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USA : Ben Laden court toujours

(écrit le 2 janvier 2002)

A qui le tour ?

Les Etats-Unis ont gagné, d’éclatante manière, leur guerre d’Afghanistan, du moins la guerre contre les Talibans (les sous-fifres), mais ils n’ont pas attrapé les meneurs, réels ou supposés, et Ben Laden continue à les défier par télévision interposée.

Peu de pertes américaines

D’un point de vue technologique, la guerre en Afghanistan a marqué un progrès dans l’impressionnante supériorité des Etats-Unis. Aviation, missiles, moyens de repérage et de guidage ont été à chaque fois plus précis, plus économiques aussi : beaucoup moins de bombes ont été lancées sur l’Afghanistan que sur la Serbie, mais elles ont fait de plus grands ravages.

Les pertes en « vies américaines » sont - à l’échelle d’une guerre - à peu près nulles : un agent de la CIA et trois soldats tués par une bombe lancée par un B-52. Les victimes dans le camp ennemi, essentiellement du fait des bombardements, sont nombreuses, ce qui est conforme aux objectifs de campagne : les responsables américains ont déclaré à plusieurs reprises, sans aucune fausse pudeur, que leur intention était de tuer le plus possible de Talibans. Ils ont aussi fait comprendre, de manière transparente, qu’ils préféraient que les « terroristes » - en particulier étrangers - soient tués plutôt que faits prisonniers.

Les civils on s’en fout

Quant aux victimes civiles, jamais le Pentagone n’a donné la moindre estimation sur leur nombre. Qu’elles soient très rarement reconnues et jamais comptées ne veut pas dire qu’elles ne comptent pas. Mais, pour le public américain, elles restent virtuelles (la presse américaine s’est largement abstenue de publier des photos que ses lecteurs ont tendance à juger « antipatriotiques »).

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Jamais sans doute le gouffre entre l’attention prêtée aux uns et aux autres n’a été aussi considérable - à la mesure du gouffre technologique insondable qui sépare désormais les USA des pays où ils projettent leur puissance.

Ils n’ont eu besoin de personne pour mener leur campagne aérienne, et déployer, au sol, les forces spéciales destinées essentiellement à guider les tirs. L’OTAN est restée plus ou moins en rade. Les alliés « locaux » des Américains ont assumé un rôle beaucoup plus important : celui de nettoyer et d’occuper le terrain. Mais il est parfaitement clair que ces alliés afghans dotés d’armes d’un autre âge étaient considérés comme des auxiliaires dont l’autonomie ne devait pas dépasser certaines limites. En particulier lorsqu’il s’agissait de négocier la reddition des combattants ennemis, dans des conditions jugées trop clémentes par Washington.

La raison du plus fort est toujours la meilleure

Le triomphe militaire américain, précédé d’une victoire politique tout aussi retentissante aux Nations Unies, a des conséquences qui dépassent très largement le cadre du conflit afghan, ou même de la lutte contre Al-Qaïda.

Il est clair que pour Georges Bush, l’actuel occupant de la Maison Blanche, la force (militaire, et aussi « morale ») crée le droit. L’institution de tribunaux militaires américains appelés à juger, où que ce soit dans le monde, des étrangers accusés de terrorisme, illustre cette assurance redoublée, alors que, dans le même temps, les USA refusent de coopérer avec la Cour Suprême Internationale.

Vertige du succès

Certes le souvenir de la terrible blessure infligée à New York est toujours aussi vif, et les Américains n’ont absolument pas l’impression d’être invulnérables. Mais leur désir impérieux de réduire tout ce qui peut les menacer, conjugué à un sentiment de puissance inégalée, crée les conditions très favorables à l’apparition de comportements qu’on pourrait assimiler à un « vertige du succès ».

George Bush promet de poursuivre « les méchants » partout dans le monde, et un chœur d’éditorialistes et de têtes pensantes se charge d’entretenir la détermination des responsables et du public.

Sans contrôle

La guerre finie en Afghanistan, les experts du Pentagone s’interrogent déjà sur ce que sera leur prochaine cible. L’Irak ? La Somalie ? Le Soudan ? Le Yemen (où une opération policière, a déjà eu lieu le 18 décembre, suite aux pressions exercées par les USA) ? voire la Libye, la Syrie ou l’Iran. Comme dit un responsable du Pentagone : « le principal front après l’Afghanistan sera d’aller à la recherche d’Al Qaïda ici ou là ».

Ce qui est grave, c’est que les Etats-Unis se considèrent comme « la » force morale du monde. Ce qui les autorise, croient-ils, à se dispenser de tout contrôle.

Alors qu’ils exigent des autres l’abandon des armes de destruction massive, ils cherchent à obtenir une modification du traité ABM (Anti-Ballistic-Missile) leur permettant de renforcer leur propre arsenal.

Alors qu’ils veulent imposer une inspection de tous les sites susceptibles de créer des armes biologiques, ils refusent une inspection sur leur propre sol.

En même temps qu’ils sont prêts à mettre en place des tribunaux d’exception dans leur pays, ils refusent de coopérer avec la Cour Suprême Internationale qui est chargée de juger les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Toujours prêts à désigner « les Etats voyous » les USA s’exonèrent des règles qu’ils veulent imposer aux autres : la lutte contre le terrorisme, qui est à la mode actuellement, peut conduire à toutes les dérives, comme cela s’est fait dans le passé avec la lutte contre le communisme.

Les Résistants aussi étaient des « terroristes »

En particulier, c’est au nom de la lutte contre le terrorisme que Georges Bush apporte un soutien sans restriction à Israël. La victoire en Afghanistan étant acquise, et les remous dans les pays musulmans s’étant avérés beaucoup plus limités que prévu, il n’est plus vraiment nécessaire de préserver ne serait-ce que les apparences d’une approche équilibrée du problème du Proche-Orient. Les Etats-Unis et Israël, confrontés à des situations différentes, appliquent d’ailleurs des stratégie politico-militaires similaires, fondées sur l’utilisation à la fois massive et sélective d’une force sans égale.

On peut, on doit rêver d’un monde débarrassé des terroristes. Encore faut-il savoir exactement ce qu’est un terroriste. Les Résistants français de la Seconde Guerre Mondiale étaient aussi des terroristes pour les occupants nazis. Un opposant peut toujours être qualifié de « terroriste » par le pouvoir en place, et s’il n’y a pas de garde-fous ...

Il n’est donc pas acceptable que le monde soit dominé par une surpuissance sans contrôle. Au risque que cette surpuissance nourrisse à nouveau les racines du « mal », de la terreur.

D’après des points de vue de Jan Krauze (pour Le Monde) et de Denis Sieffert (pour Politis)

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