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Arche de Zoé

Note du 10 novembre 2007

ARCHE DE ZOÉ •

Ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche

Devant l’ambassade de France à N’Djamena, le 8 octobre
AFP

Le scandale provoqué par une poignée d’aventuriers européens qui ont affrété un avion pour aller s’emparer d’une centaine d’enfants, sous prétexte d’action humanitaire, sans droit ni titre, sans morale ni raison, est à lui seul tout un symbole de la contradiction dans laquelle baigne l’Occident. Comment comprendre qu’au moment où les portes de tous les pays européens semblent se fermer à l’Afrique par le biais de législations infernales contre l’immigration, on nous annonce que, par charité, une centaine de gamins ­nègres devaient être accueillis par des familles blanches ? S’agit-il d’en faire des esclaves dans des maisons closes, des jouets pour petits Blancs, ­de la bonne chair pour des fauves de cirque ? Combien d’enfants ont-ils déjà été victimes de ces rapines, comdes victimes africaines innocentes dont le seul tort est d’avoir été condamnées à la misère ?
Le gouvernement tchadien a pu stopper l’opération, en arrêtant ces aventuriers et en confiant les enfants à la garde de l’UNICEF. Mais de quel gouvernement tchadien s’agit-il ? Celui qui est protégé, supervisé et tenu à bout de bras par la France ? Bien évidemment, il ne faut avoir aucune illusion : la libération de ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche sera finalement arrangée. Ils sont citoyens des pays maîtres qui écument le continent, et le bon petit soldat tchadien n’échappera pas à la règle.

Sans doute inspiré par les histoires et les images qui emplissent les ­bulletins d’informations à travers le monde sur la misère totale du continent africain, un véritable commerce de la pitié s’est mis en place dans les pays riches. L’excitation a dorénavant gagné toutes les couches sociales.
– Il y a ceux qui se sont assignés pour mission, sans que mandat leur soit donné pour quoi que ce soit, de sauver des enfants africains traités à tort ou à raison d’orphelins.
– Il y a ceux qui se battent pour inventer des pro­grammes de sauvetage, tantôt pour la Somalie, tantôt pour l’est du Congo démocratique en proie à une rébellion sans fin, tantôt pour le Tchad et la Centrafrique, où des accords de paix succèdent aux accords de paix sans jamais faire taire les armes.

On se bat donc partout au nom de l’Afrique.
Mais, et c’est édifiant, on cherche aussi, pour comprendre, pour cadrer, pour dompter la misère, à donner une couleur aux souffrances, à affecter une religion à la pauvreté et même à inventer une génétique de la violence. Où faudrait-il dorénavant orienter les recherches sur les causes de la misère de l’Afrique ? Faudrait-il continuer dans une critique intellectuelle des systèmes de gouvernance ou recourir à une étude approfondie des traits génétiques des peuples africains ?

Le monde ne parle plus que de nous, de l’Afrique. Le monde ne voit plus que nous comme le problème, la honte éternelle de l’espèce humaine, l’humiliation des continents, la source de toutes les maladies.

Il y a une trentaine d’années, alors que je résidais à Washington, je découvris un article fort significatif dans le très sérieux Washington Post, sans doute un des plus prestigieux et des plus importants quotidiens des Etats-Unis. L’auteur de l’article, que l’on présentait comme un scientifique éminent, décrivait les différentes espèces de cafards en prenant soin de mentionner leurs capacités de nuisance, leur dangerosité et leur origine. Une bonne dizaine de ces bêtes étaient ainsi répertoriées, provenant de tous les continents. La plus douce, la plus fine et en même temps la moins nuisible était arrivée aux Etats-Unis dans les bagages des immigrants européens. La plus nuisible, la plus grossière, la plus méchante et plus envahissante provenait d’Afrique, importée dans les baluchons des esclaves.

Avant cela, mon séjour d’étudiant en Occident fut très souvent troublé par les injures des marchands de sommeil, qui, pour nous refuser la location de leurs minuscules chambres insalubres, expliquaient que les mets africains étaient trop épicés et dégageaient une forte odeur, gênante pour les voisins.

Aujourd’hui, en 2007, nouveau siècle, nouveau millénaire, et alors ­que le monde a évolué dans toutes les branches de la recherche scientifique, de la technologie et de l’information, alors que les peuples s’inquiètent de leur place dans la mondialisation, l’Afrique se voit rappeler brutalement ses insuffisances.

Nous entrons dans la phase finale du procès cruel fait aux peuples, lequel mettra à mort les continents misérables et les races maudites.

Shanda Tomne, dans « Le Messager » (Cameroun)