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Proche-Orient : des matraques pour les pacifistes

Ecrit le 10 avril 2002 :

POSTE D’AL-RAAM (Cisjordanie), (AFP)
3 avril 2002 :

Les matraques s’abattent indistinctement sur juifs et arabes

Sur la grande route qui conduit de Jérusalem à Ramallah, les coups de matraque des garde-frontières israéliens s’abattent sans distinction, sur les pacifistes, qu’ils soient juifs, ou arabes.

L’attaque survient sans préavis et la charge est brutale.

Les deux mille manifestants rassemblés juste avant le poste de contrôle d’Al-Raam, à une dizaine de kilomètres de la ville où le président palestinien Yasser Arafat est encerclé par les troupes de l’Etat hébreu, sont pris au dépourvu et refluent en désordre.

Le rassemblement se déroulait sans incident majeur jusqu’à ce qu’une camionnette, remplie de vivres et de médicaments affrétée par les pacifistes à destination de Ramallah, se présente au barrage.

Lorsque les cris en hébreu « Paix maintenant, non à l’occupation » ou en arabe « Palestine, Palestine » commencent à fuser, les manifestants sont surpris par le brusque mouvement en avant des soldats et policiers israéliens.

Les garde-frontières en treillis vert olive et casques à visière, les membres des unités anti-émeutes en casquette et combinaison bleue tirent plusieurs volées de grenades lacrymogènes ou assourdissantes qui projettent sur les bas-côtés boueux les militants du « Goush Shalom » (Bloc de la Paix), une coalition pacifiste, les journalistes et les badauds.

Militantes juives en chasuble blanche « symbole de paix et de non-violence » selon l’appel à la manifestation, femmes arabes portant des keffiehs (foulards) blancs et noirs, jeunes gens aux lunettes cerclées portant au revers du veston un badge avec les drapeaux israélien et palestinien accolés et vieux Palestiniens aux traits rugueux, tous pleurent et suffoquent tandis que soldats et policiers israéliens remontent l’avenue au pas de gymnastique.

Ephraïm Kidron, 73 ans, un artiste israélien d’origine mexicaine, qui, quelques instants plutôt, expliquait qu’il était ici pour protester contre « l’occupation (des territoires palestiniens) et les massacres », reflue sous les coups de matraque et de bâton et les grenades assourdissantes qui continuent à pleuvoir.

Un homme aux cheveux gris crie en hébreu aux soldats : « Vous n’avez pas honte, vous n’avez pas honte » et des manifestants scandent, toujours en hébreu « Criminels de guerre, criminels de guerre » en direction des hommes casqués.

Les drapeaux palestiniens vert, blanc, noir et rouge, sont systématiquement arrachés des mains de ceux qui les portent.
Un garde-frontières donne de grands coups de pieds dans le panneau vert d’un enfant d’une dizaine d’années sur lequel est écrit en hébreu et en anglais « Arrêtez l’occupation, libérez les prisonniers ». Malgré la violence du soldat, le gamin résiste et défie du regard le militaire qui redouble de violence. Il faut toute la détermination de deux adultes pour l’entraîner à l’écart.

La chaussée est jonchée de panneaux et de banderoles en anglais, en arabe et en hébreu « Arrêtez l’occupation », « IDF (armée israélienne) go home », « Sortez » (des territoires). »

Plusieurs manifestants, dont un député arabe israélien qui tente de calmer la fureur des soldats, portent des marques de coups sur le visage.

A un carrefour où les pacifistes remontent dans les autobus qui les ont amenés, des garde-frontières montent la garde, le doigt sur la gâchette de leur fusil lanceur de balles en caoutchouc.

Un policier jette à une collègue une bannière palestinienne roulée en boule prise à « l’ennemi ». Elle l’emmène vers sa jeep grillagée comme un précieux trophée.


A Beethléem,
ville natale de Jésus

BETHLEEM (Cisjordanie), 3 avril, (AFP)

Deux corps tordus et ensanglantés dans le désordre d’une boutique de Bethléem : parce qu’ils refusaient d’ouvrir la porte aux soldats israéliens, Soumeya et son fils Khaled Abda, deux commerçants, sont morts sous les balles, affirmaient mercredi des témoins palestiniens.

Dans la petite boutique du 5 de la Rue Fawagreh, près de la Place de la Mangeoire, sur la porte en fer de la boutique du rez-de-chaussée, sorte d’épicerie-bazar, 18 impacts de balles. Dans la petite pièce gisent les deux corps, celui de la mère, 64 ans, sur le sol, et celui de son fils, Khaled Yacoub, 37 ans, effondré au bord d’un lit, la tête rejetée en arrière.

« Ils sont arrivés à huit heures, hier. Ils ont tiré, ils ont tiré, mais pourquoi ? Ceci est une maison, une maison ! », crie Sami.

En prenant le contrôle de la ville autonome palestinienne de Bethléem, mardi 2 avril au matin, les troupes et blindés israéliens ont tiré des milliers de projectiles, des heures durant, au fusil M16, à la mitrailleuse et au canon de char.

Dans les rues du centre ville, de l’eau sort sous pression des canalisations éventrées, de nombreuses voitures ont été écrasées par les chars ou ont été incendiées, des boutiques ont brûlé et montrent des ouvertes béantes.

Place Madbasseh, devant une église, un bâtiment public aux vitres brisées laisse flotter des rideaux dans le vent et la pluie.

« Ils sont venus chez moi, ils ont tout cassé », se lamente une dame âgée qui a entrouvert sa porte et se met aussitôt à pleurer, la tête dans les mains.

Au milieu des gravats, dans les rues piétonnes de la ville natale du Christ, de petits panneaux bleus indiquent encore l’itinéraire d’une visite, pour d’improbables touristes


Ramallah
Témoignages d’enfants

Adila Laïdi est la directrice du Centre culturel Khalil Sakakini de Ramallah. Elle a envoyé, par le biais du Comité Palestine Méditerranée du Pays de Châteaubriant  , des témoignages d’enfants.

Elle ne souhaite pas des prières et des dons, mais des actes « Nous résistons et nous restons constants dans l’adversité et nous demandons au monde de faire sa part, au nom de l’humanité à laquelle nous appartenons tous. Nous ne voulons pas devenir les Peaux-Rouges du monde arabe. Nous voulons simplement vivre libres sur cette terre, dans la paix et la dignité »

Je m’appelle Alayyan Zayed, j’ai 9 ans. Je ne peux pas jouer dans ma cour. Je ne peux pas sortir devant la porte d’entrée de ma maison à cause du couvre-feu. J’ai caché mes jouets parce que j’ai peur que les soldats israéliens m’emmènent parce que j’ai des fusils jouets et des tanks jouets. Je ne peux même pas aller au magasin acheter des bonbons à cause du couvre-feu.

Voici une lettre de Rana : en ce moment, mon père est au loin. Quand j’ai remarqué pour la première fois que ma sœur et ma mère pleuraient en regardant la TV où on voyait les soldats israéliens qui tuaient les hommes qu’ils avaient arrêtés, j’ai cru que mon papa était l’un d’eux. J’ai commencé à pleurer et pleurer et puis au bout d’une minute je me suis demandée pourquoi je pleure, c’est notre destinée. Mon père est policier et nous devons résister.

Je m’appelle Lema Zayed, j’ai 11 ans : je veux aller à l’école finir mes études cette année. Je veux être libre pendant l’été, aller nager et m’amuser. Je veux que les soldats israéliens quittent notre pays, arrêtent l’occupation et arrêtent d’utiliser ces gros tanks. Nous n’avons rien pour les affronter. Je ne veux pas qu’ils occupent nos maisons ou qu’ils tirent des obus dessus.

Je m’appelle Ahmed Tuqan, j’ai 7 ans. Depuis que l’Intifada a commencé, nous avons commencé à déménager d’une maison à l’autre. Chaque semaine, nous habitons une maison différente. Les Israéliens entrent dans les maisons et ils font peur aux gens. Quand ils sont entrés dans Jérusalem, nous avons déménagé à Ramallah et quand ils sont entrés à Ramallah, nous avons déménagé à Jérusalem.

Mustafa Mulhem, 8 ans : je veux dire merci aux pays étrangers parce qu’ils veulent aider les enfants palestiniens. Notre situation est très, très mauvaise. Nos villes sont occupées. Je suis à Ramallah, c’est l’occupation totale par les soldats israéliens, la ville est pleine de tanks et de véhicules militaires. J’ai du chagrin pour les shuhada (morts) et les blessés mais nos hôpitaux et nos docteurs nous protégeront.

Je m’appelle Ala’ Jibrin, j’ai 12 ans : j’habite Ramallah dans une vieille maison d’une pièce. Il n’y a pas de toilettes, alors nous utilisons les toilettes dehors de nos voisins, à 30 mètres de chez nous. Les soldats israéliens nous empêchent d’y aller ou d’aller à la cuisine, qui est aussi à l’extérieur de chez nous. Nous ne pouvons même pas faire la cuisine. Nous sommes 8 frères et sœurs dans cette situation difficile. Nous n’y comprenons rien et nous ne savons pas quoi faire. Si nous sortons, il se pourrait qu’ils nous tirent dessus. En plus, les soldats jettent leurs ordures, ils chient et pissent devant notre porte d’entrée. L’électricité est coupée depuis hier. Nous sommes nerveux et c’est une situation difficile. Nous demandons à Dieu et à toute personne sur cette terre qui a des sentiments humains de s’interposer et de mettre fin à ce cauchemar que vivent les enfants palestiniens.

Je m’appelle Yanal Zayed, j’ai 4 ans. Je veux nager. Je veux être chez moi, avoir une maison et une fenêtre pour regarder dehors.

Je m’appelle Sara Atrash, j’ai 5 ans, Maman, je t’aime.

Heba Burkan : 12 ans : Nous désirons ardemment la paix et la sécurité. Nous voulons de l’amour et de l’affection. Donnez-nous notre enfance et la liberté.

Ahmed Atrash, 8 ans : Je m’ennuie. Mes parents ne me laissent pas jouer dans la cour. Ils ne me laissent pas regarder la TV, parce qu’ils regardent les nouvelles. Je suis triste pour les shuhada (morts) et j’étais encore plus triste quand j’ai entendu que leur nombre augmentait. Mais je joue avec mes amis dans le quartier. Mon seul souhait est que les soldats israéliens partent de mon pays et c’est le meilleur vœu que je fais.

Mizer Jibrin, 15 ans (frère d’Ala). Les soldats israéliens nous ont empêchés de sortir pour aller à la cuisine ou aux toilettes. Nous étions dans une situation incroyable. Comme les toilettes sont loin de la maison, mes plus jeunes sœurs utilisaient une boîte à ordure vide. J’ai refusé et insisté pour aller aux toilettes dehors. Mes parents ont essayé de m’empêcher, et comme j’insistais ils ont été d’accord en me disant de faire attention. Quand j’ai eu fini aux toilettes, les soldats m’avaient encerclé et m’ont demandé de mettre les mains en l’air. L’un d’eux m’a poussé et a commencé à me questionner : Qu’est-ce que tu fais, comment tu t’appelles, quel âge as-tu ? Je leur ai répondu et ils allaient me battre quand mon père a crié : « arrêtez, arrêtez, c’est un enfant qui est sorti pour aller aux toilettes ». Ils m’ont relâché et ont fait irruption dans la maison. Ils ont emprisonné mes sœurs, mes frères et moi dans notre petite chambre et ont détruit nos affaires. Ils ont arrêté mon père et l’ont battu avec d’autres hommes. Puis ils leur ont couvert la tête avec des sacs en plastique en les emmenant vers une destination inconnue. J’ai connu l’occupation et je n’oublierai jamais, jamais. Je veux dire : arrêtez votre occupation, arrêtez votre tyrannie et arrêtez votre tuerie, arrêtez...

Alayyan Zayed, 9 ans : les soldats israéliens tuent les hommes jeunes et effrayent les enfants. Ils emprisonnent les soldats palestiniens et tuent les journalistes. Soutenez-nous !

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Israël a déclenché une offensive massive contre les Palestiniens, dans la foulée du sanglant attentat suicide du 27 mars à Netanya, au nord de Tel-Aviv. Dès le 30 mars le Conseil de sécurité de l’ONU, dans sa résolution n° 1402, a exigé le retrait des forces israéliennes des territoires palestiniens qu’ils ont occupés. Les Américains ont tardé à intervenir, les Européens ont multiplié les démarches mais en restant au niveau d’une diplomatie bien polie.

Les belles âmes intellectuelles, qui se sont émues, à juste titre, du sort des réfugiés kosovars ou des bombardements sur Grozny, se taisent sur le sort des réfugiés palestiniens et se lavent les mains devant les murs calcinés et les ruines de Ramallah !

Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, a demandé l’envoi d’une mission pour s’informer de la situation sur place et réaffirmé son souhait d’une présence d’observateurs internationaux dans la région. Le 4 avril le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté une nouvelle résolution (n° 1403) demandant l’application « sans délai » de la résolution n° 1402. Le Président américain Georges Bush a demandé gentiment , samedi 6 avril, l’arrêt de l’offensive israélienne et le retrait de Tsahal (armée israélienne). Mais Ariel Sharon, que d’aucuns à Châteaubriant ont rebaptisé Ariel Charogne, ne veut rien savoir. Il promet d’arrêter ... quand il aura fini. Quand il aura écrasé les Palestiniens ?

Israël a encore étendu ses opérations militaires en Cisjordanie dimanche 7 avril, au dixième jour de son offensive. Des soldats, appuyés par des chars et des véhicules blindés, ont pénétré, dans la nuit de samedi à dimanche, à Beit Rima, près de Ramallah. Le quotidien israélien à grand tirage Yédiot Aharonot a publié dimanche un témoignage des violents combats dans le camp de réfugiés de Jénine. "Des bulldozers démolissent des maisons, enterrant parfois sous leurs décombres, ceux qui ont refusé de se rendre. Les hélicoptères de combat tirent des roquettes. Les chars tirent au canon et à la mitrailleuse »

Réunis samedi 6 avril au Caire, les ministres arabes des Affaires étrangères ont demandé poliment une nouvelle réunion d’urgence du Conseil de sécurité et réaffirmé leur soutien au président Yasser Arafat mais leur léthargie surprend.

Le pire c’est que le retrait inconditionnel de l’armée israélienne des territoires occupés et le démantèlement des colonies ne constitueraient même pas une réparation de l’injustice faite aux Palestiniens. La situation est très grave. Quel peut être l’avenir d’un Etat fondé sur l’oppression, l’injustice et le crime ? Et quel peut être l’avenir d’un peuple fuyant ses malheurs et ses angoisses dans une escalade meurtrière ? C’est le ferment d’un conflit sans fin aux répercussions mondiales.


Le conflit entre Israël et la Palestine n’a plus aujourd’hui pour enjeu que les territoires de Cisjordanie et de Gaza. Tout le reste de l’ex-territoire palestinien est devenu territoire Israélien. Mais Israël « grignote » peu à peu ce qui reste !

La Cisjordanie, où vivent 1 600 000 Palestiniens c’est une superficie à peine plus grande que le département de la Creuse. Du Nord au Sud il n’y a guère que 120 km. A hauteur de Jérusalem la distance est-ouest n’excède pas 30 km. Au total la Cisjordanie et Gaza représentent 22 % de l’ancienne Palestine, avant la création de l’Etat d’Israël en 1948. C’est ce minuscule territoire que le gouvernement israélien tronçonne et découpe en morceaux

En Cisjordanie, 352 installations israéliennes sont des points de présence civile et militaire de l’occupation : 175 colonies de peuplement et 61 bases militaires, mais aussi des postes de police, des aires industrielles (7), et 31 colonies sauvages (il s’agit le plus souvent de baraquements installés par des colons qui reçoivent ensuite la protection de l’armée). La surface occupée effectivement par les constructions des colonies représente 2,4 % de la surface totale de la Cisjordanie. Mais, en réalité, la surface neutralisée en vue de constructions futures, les zones devenues interdites aux Palestiniens représentent une superficie incomparablement supérieure.

Sur la carte on distingue très nettement la multiplication des barrages militaires qui longent la frontière qui marque la séparation entre la Cisjordanie et Israël, ou qui encerclent les villes palestiniennes, les isolent, créant comme en pointillé les frontières de futurs bantoustans (de minuscules ghettos comme jadis en Afrique du Sud). On comprend le désespoir et la colère des Palestiniens.


(écrit le 10 avril 2002)

Des violences inadmissibles

L’attaque d’une synagogue et les autres incidents qui viennent de se dérouler sont des manifestations d’antisémitisme et, dès lors, sont intolérables.

Critiquer et condamner la folle politique du gouvernement d’Israël ne justifie en rien de s’attaquer à des lieux de culte et à des individus en raison de leur origine.

La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) renouvelle sa condamnation absolue de tels actes. Elle rappelle que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne s’accommode d’aucun compromis ni d’aucune division.

La Ligue des Droits de l’Homme réaffirme sa volonté de combattre, avec tous ceux qui les refusent, toutes les manifestations de racisme. LA MEE s’associe à cette position.


(écrit le 17 avril 2002)

Ramallah

« La journée débute avec l’image du corps nu d’un jeune homme exécuté et laissé sous un figuier, puis de vieillards abandonnés à leur sort, sans eau ni nourriture », raconte Mme Luisa Morgantini (députée européenne, Italie) qui explique qu’elle a rejoint avec un groupe de pacifistes un centre médical à Ramallah en Cisjordanie. Sur place, elle a vu arriver un bataillon de l’armée israélienne comprenant six chars et un groupe de soldats qui ont commencé par démolir l’entrée de l’immeuble qui faisait face au centre médical.

« Ils en ont fait sortir 20 hommes qu’ils ont humiliés dans la rue, puis les chars ont commencé à tirer sur l’immeuble et un homme s’est jeté par la fenêtre du troisième étage. Ensuite, ils sont venus au centre médical pour exiger l’évacuation en affirmant qu’ils allaient détruire le bâtiment. Avec le médecin, nous avons essayé de leur faire comprendre qu’il n’y avait pas de terroristes dans ce lieu. Après une vive discussion, ils ont accepté de visiter le bâtiment, y compris le sous-sol, mais en utilisant des civils comme boucliers humains, ce qui est contraire au droit international. Ils ont pu constater qu’il n’y avait pas de Palestinien qui se cachait, mais ils nous ont fait évacuer les lieux et ont séparé les hommes et les femmes à l’extérieur avant de détruire le centre médical »

Mme Morgantini a encore évoqué la mort d’une jeune femme abattue sans raison, la fosse commune installée en face de l’hôpital parce que les Israéliens ont interdit les enterrements, une femme enceinte con-trainte d’accoucher dans la rue, parce que l’ambulance ne parvenait pas à franchir les barrages, et dont l’enfant est mort. « Cette occupation totale et cette cruauté ne sont pas une façon de combattre le terrorisme. Elles ne peuvent qu’en susciter davantage « , a-t-elle dit en soulignant les violations des droits de l’Homme et du droit international. » Il faut arrêter cela ! ", s’est exclamé Mme Morgantini

Comme en écho, un psychiatre de Gaza, hostile à la violence, explique : « La société palestinienne vit les contrôles et les opérations israéliennes comme des humiliations collectives, répétées, implacables. Face à des traitements inhumains, notre résistance devient inhumaine. Le vivier de kamikazes potentiels s’élargit de jour en jour. Les gens les plus modérés commencent à l’accepter » dit-il avec rage. « L’extrémisme nous a poussés, israéliens et Palestiniens, aux instincts les plus primaires : manger et tuer »

Samedi 13 avril, quelques heures après une rencontre Powell-Sharon, à l’issue de laquelle le secrétaire d’Etat avait admis n’avoir pas eu de « réponse précise » sur la durée de l’offensive en Cisjordanie, (qui est entrée dans sa troisième semaine), une jeune femme a provoqué un attenta suicide à Jérusalem Ouest. Six morts, 80 blessés. « Des civils palestiniens sont tués tous les jours par des soldats israéliens. Qui en parle ? Les opérations suicide, c’est la seule résistance qui nous reste face à l’occupation israélienne, face aux chars et aux avions » disent les Palestiniens. Cycle infernal. Cycle sans fin ?