Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Pays (international) > Proche orient, Israël, Palestine > Proche-Orient : le massacre de Jénine

Proche-Orient : le massacre de Jénine

(écrit le 24 avril 2002)

D’après l’ONU : le massacre de jénine : Une horreur qui dépasse l’entendement

Les destructions dans le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, envahi par l’armée israélienne, montrent une « horreur qui dépasse l’entendement », a déclaré jeudi 18 avril l’envoyé spécial de l’ONU Terje Roed-Larsen.(1)

« C’est totalement détruit, c’est comme si un tremblement de terre avait touché le camp », a-t-il déclaré après avoir visité le camp avec des délégués des Nations Unies et de la Croix-Rouge.

« Nous avons des experts qui sont habitués aux guerres et aux tremblements de terre et ils disent qu’ils n’ont jamais rien vu de tel » a-t-il dit à l’AFP

« Il est totalement inacceptable que le gouvernement israélien n’ait pas autorisé, depuis onze jours, les équipes de sauvetage et de recherches à venir. C’est moralement dégoûtant » a ajouté le coordonnateur spécial de l’ONU au Proche Orient.

L’armée israélienne a déclaré le camp, qu’elle a qualifié de refuge de « terroristes » palestiniens, « zone militaire fermée » après y être entrée le 3 avril. Elle en a refusé ensuite l’accès aux médias, sauf à un petit groupe de journalistes accompagnés par des soldats.

Tsahal (= l’armée israélienne) a pris entièrement le contrôle du camp, après une semaine de combats acharnés entre soldats et combattants palestiniens armés. Elle a expliqué son refus d’autoriser les équipes de secours par le fait que des engins piégés et des bombes rendaient l’accès au camp impossible.

M. Roed-Larsen a réfuté cet argument, déclarant que l’Etat hébreu aurait pu autoriser des experts internationaux à s’y rendre pour aider à la recherche de survivants éventuels dans les décombres. « Ce n’est pas une excuse », a-t-il déclaré. (et le fait est qu’un survivant a été retrouvé après 10 jours passés sous des décombres)

Un gamin calciné

« Je vois deux frères qui sortent leur père des ruines, la puanteur de la mort est horrible. On est en train de déterrer un gamin de 12 ans, totalement calciné », a poursuivi le responsable de l’ONU, M. Roed-Larsen en ajoutant que la priorité était d’envoyer des équipes de sauvetage et de recherches. Les seuls secours actuellement sur place sont ceux des habitants qui fouillent les ruines de leurs maisons, malgré tous les risques d’éboulement.

M. Roed-Larsen a précisé que son organisation allait tenter de savoir ce qui s’est passé exactement au cours des combats, alors que l’armée pourchassait les militants palestiniens. Les Palestiniens ont qualifié l’opération dans le camp de Jénine de « massacre », ayant fait des centaines de morts,(certains exécutés après leur reddition)

Mais Israël a rejeté ces accusations et déclaré que des dizaines, et non des centaines de Palestiniens ont été tués. Il a annoncé que vingt-trois de ses soldats y ont été tués, dont quatorze lors d’une seule journée.


La bataille de Jénine dans la presse

Apparemment terminée sur le plan militaire, la bataille de Jénine ne fait que commencer dans les colonnes de la presse internationale, avec les premiers témoignages d’envoyés spéciaux ayant réussi à circuler sans escorte israélienne dans les ruines de ce camp dévasté de Cisjordanie.

Tombe humaine. « Lorsqu’on pénètre dans la zone d’exclusion, les raisons pour lesquelles les Israéliens se sont évertués à empêcher les curieux d’y pénétrer deviennent claires », écrit David Blair, du Daily Telegraph de Londres.

« De monstrueux crimes de guerre qu’Israël a tenté de couvrir pendant quinze jours apparaissent finalement au grand jour : ses troupes ont dévasté le centre du camp de Jénine (...), transformé en tombe humaine’ » dit Phil Reeves pour The Independent.

« En dix ans, après avoir couvert la Bosnie, la Tchétchénie, la Sierra Leone et le Kosovo, j’ai rarement vu des destructions aussi délibérées ni un tel mépris pour la vie humaine », confie Janine di Giovanni, du Times de Londres. « Chaque personne ayant survécu à la plus féroce bataille de cette opération « Mur de protection » israélienne raconte une terrible histoire. Elle vous prend par la main et vous conduit dans sa maison ou dans ce qu’il en reste. (...) Là, il y a des corps brûlés ou tordus, surpris par la mort. Rien ne prépare jamais à découvrir la petitesse d’un cadavre », poursuit-elle.

« Camp des horreurs ». Alexandra Lucas Coelho, du quotidien portugais Publico, relate « le jour où les vivants sont sortis dans les rues de Jénine » ; Angeles Espinosa d’El Pais (Madrid) décrit le « camp des horreurs ». Tous, pour ne citer que ces médias de la presse européenne, évoquent la même odeur âcre, mélange de brûlé et de putréfaction, provenant vraisemblablement de corps ensevelis sous les dents des bulldozers israéliens, d’après les témoignages concordants. Tous soupçonnent un bilan bien plus élevé, côté palestinien, que celui dressé par le gouvernement d’Ariel Sharon. L’armée israélienne, qui dit avoir perdu 23 hommes dans la bataille de Jénine, « a commencé à raser systématiquement les maisons au bulldozer quatre jours après son entrée dans le camp, le 3 avril, après les avoir mitraillées à partir de tanks ou d’hélicoptères », affirme Suzanne Goldenberg, du Guardian de Londres.

Haine et désespoir

« Tout ce qu’il y a de certain est que les combats ont été violents et que des civils [palestiniens] ont été piégés en leur milieu. Des organismes comme la Croix-Rouge internationale se sont vu refuser l’accès jusqu’à lundi 15 avril, où elles n’ont été autorisées à ramasser que quelques corps », écrit le Financial Times dans un éditorial. « Le gouvernement israélien dit qu’il mène une guerre totale contre le terrorisme, mais même dans ces circonstances, ses forces de sécurité doivent se comporter de manière civilisée vis-à-vis des civils. Cela ne fut pas le cas en Cisjordanie », poursuit le quotidien économique londonien.

« Le refus de laisser passer les ambulances ne peut se justifier par des raisons de sécurité. Il sent la revanche, (...) et ressemble à un effort coordonné pour terroriser tous les Palestiniens. (...)

A court terme, les souffrances infligées à la population civile réduiront peut-être le nombre d’attentats-suicides mais ne les arrêteront pas.

A long terme, (...) Israël nourrit le désespoir et la haine, qui sont précisément à la racine du terrorisme » dit-il encore

Extraits de presse rassemblés par Le Monde


Les Etats-Unis, après avoir averti jeudi 18 avril 2002 le Conseil de sécurité des Nations Unies qu’ils opposeraient leur veto s’il était proposé un projet de résolution demandant une enquête sur les « événement tragiques » ayant eu lieu au camp de réfugiés palestinien de Jénine, ont fini par accepter cette enquête.

Par ailleurs le président américain George W. Bush a qualifié le Premier ministre israélien Ariel Sharon d’homme de paix. La paix des cimetières ?

« Trois choses resteront à propos de Jénine », explique M. Jarbaoui, professeur de sciences politiques à l’université de Bir Zeit près de Ramallah, en Cisjordanie : « La résistance héroïque, le sentiment d’avoir été abandonné par la communauté internationale qui n’a rien fait pour nous, et la nécessité de reconstruire ». « Et quand on parle de reconstruction, il ne s’agit pas seulement des infrastructures, des maisons démolies, mais de redonner aux gens une vie normale », ajoute-t-il.

(1) après ces propos, Terje Roed-Larsen.a été déclaré « personae non grata » en Israël