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Proche Orient : Terrorisme d’Etat

(écrit le 18 juin 2002)

Terrorisme d’Etat

Lev Grinberg est professeur de sociologie politique, et directeur de l’Institut Humphrey de Recherche Sociale à l’Université Ben Gourion du Néguev (Israël). L’essentiel de ses travaux a porté sur la stratégie du parti travailliste israélien, et sur le processus de paix d’Oslo. Voici ses propos :


Quelle est la différence entre terrorisme et actes terroristes individuels ? Comprendre cette différence, c’est comprendre aussi la nuisance de la politique américaine au Moyen-Orient.

Le terrorisme d’État d’Israël est défini, par les représentants américains, comme « autodéfense », alors que des individus qui se font sauter sont appelés « terroristes ». Yasser Arafat est tenu en otage dans ses propres bureaux au motif qu’il ne fait pas « assez » pour condamner et combattre le terrorisme, alors qu’Ariel Sharon reçoit le feu vert pour continuer son invasion des villes palestiniennes.

Il y a une différence entre les actes d’agression israéliens et palestiniens - la différence est que l’agression israélienne est de la responsabilité directe d’Ariel Sharon, Benjamin Ben Eliezer, Shimon Peres et Shaul Mofaz, alors que les actes terroristes individuels sont le fait d’individus désespérés, généralement contre la volonté d’Arafat. Une heure après qu’Arafat ait déclaré son soutien à un cessez-le-feu et ait souhaité aux Juifs une heureuse fête de Pâque, un homme s’est fait sauter dans un hôtel de Netanya, tuant 26 Juifs innocents qui célébraient la Pâque. La responsabilité en a été rejetée sur Arafat, accusation qui a justifié la réoccupation de la Cisjordnaie par les Forces de Défense israéliennes.

Qui arrêtera ???

Chaque attaque terroriste israélienne se voit toujours justifiée par la dernière attaque terroriste palestinienne, en passant sous silence le fait que chaque attaque fait partie d’un cercle ininterrompu de violence mutuelle et de vaine riposte.

Cela a été le cas avec l’assassinat du ministre israélien Rehavaam Zeevi, qui a servi à légitimer le siège contre Arafat. Ce qu’on a oublié de dire c’est que Zeevi a été tué en riposte à l’assassinat ciblé de Abu Ali Moustafa, Secrétaire Général du Front Populaire Palestinien, la deuxième faction la plus importante au sein de l’Organisation de Libération de la Palestine ;

Toutes les activités militaires d’Israël et la répression depuis le début du mois de décembre se sont fondées sur l’exigence qu’Arafat arrête les meurtriers de Zeevi. Pourquoi personne n’a-t-il exigé l’arrestation des meurtriers de Abu Ali Moustafa ? Parce que c’est le Gouvernement israélien qui l’a tué.

Le meurtre de civils innocents par des attentats-suicide doit être condamné sans équivoque : ce sont des actes immoraux et leurs instigateurs devraient être envoyés en prison. Nous ne pourrons pas continuer à vivre ensemble en Israël et Palestine si ces actes ne sont pas extirpés. Cependant ils ne peuvent être comparés au terrorisme d’État exercé par le Gouvernement israélien. Les premiers sont des actes de désespoir individuels au sein d’un peuple qui ne voit pas d’avenir et qui est largement ignoré par une opinion publique internationale inéquitable et faussée. Les derniers sont le fruit de décisions froides et « rationnelles » d’un État et d’un appareil militaire d’occupation bien équipé, financé et appuyé par la seule superpuissance du monde.
J’aimerais savoir : qui devrait être arrêté pour l’assassinat ciblé de près de 100 Palestiniens ? Qui sera emprisonné pour le meurtre de plus de 120 auxiliaires médicaux palestiniens ? Qui sera condamné pour le meurtre de plus de 1.200 Palestiniens et pour la sanction collective contre plus de 3.000.000 de civils durant les dix-huit derniers mois ? Et qui se retrouvera face au Tribunal International pour la colonisation illégale des terres palestiniennes occupées, et pour avoir enfreint les décisions de l’ONU depuis plus de 35 ans ? Quand Sharon sera-t-il considéré comme un terroriste lui aussi ?

Le cri

Combien de temps le Gouvernement américain va-t-il encore ignorer le cri des Palestiniens : que ce qu’ils veulent c’est la liberté et l’indépendance ? Quand cessera-t-il de fermer les yeux sur le fait que le but du Gouvernement israélien n’est pas la sécurité, mais le maintien de l’occupation et de l’assujettissement du peuple palestinien ?

Ce n’est que lorsqu’Arafat aura un État indépendant, avec des frontières, des policiers bien équipés et des services de renseignements, qu’il pourra être jugé pleinement responsable de ses citoyens. Ce n’est que lorsqu’Arafat sera en mesure de réaliser l’objectif de l’indépendance palestinienne et d’apporter la sécurité à la population palestinienne qu’il pourra légitimer une lutte ouverte contre toute forme de terreur.

Nous israéliens

Nous, Israéliens dans l’opposition, nous nous battons contre notre gouvernement, mais le soutien international que reçoit Sharon compromet en permanence notre combat. L’opinion publique internationale doit être retournée, et les Nations Unies doivent déployer des forces d’intervention pour arrêter l’effusion de sang et restaurer l’approvisionnement en eau et en électricité, l’aide médicale et autres nécessités dans les villes palestiniennes dont l’approvisionnement a été coupé par Israël.

L’obstacle à ce déploiement, ce sont les États-Unis dont la politique continue de considérer Israël comme victime d’attaques terroristes, et qui délégitimise la lutte palestinienne pour l’indépendance en la taxant de terreur.

Aucune nation n’a acquis son indépendance sans lutte. Il est absurde qu’au vingt-et-unième siècle nous soyons encore les témoins d’un cas d’occupation où le camp dominateur est perçu comme la victime.

Israéliens et Palestiniens ont désespérément besoin du réveil de l’opinion publique de la communauté internationale, et d’un retournement dans l’attitude globale. Il le faut à la fois pour préserver nos vies (littéralement) et pour préserver notre espoir d’un avenir meilleur.

Traduit de l’anglais par Michel Ghys.
Texte publié dans le numéro de mai-juin 2002 du magazine Tikkun. http://www.tikkun.org/


(écrit le 3 juillet 2002)

800 000 personnes sous couvre-feu

A Hébron, l’armée israélienne a fait exploser le quartier général de l’Autorité palestinienne, dans la nuit du 28 au 29 juin 2002. Quinze Palestiniens, assiégés dans le bâtiment, ont été tués. Pas de gros titres dramatiques dans la presse occidentale.

La plupart des villes de Cisjordanie sont réoccupées et 800 000 personnes vivent sous couvre-feu, privant d’emploi 549 000 Palestiniens, soit l’écrasante majorité de la population active palestinienne.

Un mur de 4 mètres de haut est en construction pour isoler les territoires palestiniens. A Washington, le responsable de l’office des Nations unies pour les réfugiés a dénoncé les entraves opposées par les autorités israéliennes au travail de son agence et s’est alarmé de la dégradation de la situation humanitaire dans les territoires palestiniens ... afin que nul n’oublie.