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Proche Orient : Briser le silence

(écrit le 23 octobre 2002)

Briser le silence

Alors que la presse nationale et internationale ne s’intéresse plus qu’au Terrorisme, à l’attentat de Bali (Indonésie) le 12 octobre 2002, ou à celui de Zamboanga (Philippines) le 17 octobre, au tueur fou « à la carte de tarot » de la région de Washington, à la rébellion en Côte d’Ivoire et aux menaces de Bush sur l’Irak, un peuple disparaît, et il faut briser le silence sur cette tragédie. Voici le témoignage d’une jeune fille de la région nantaise qui se trouve actuellement en Palestine, en pleine saison de cueillette des olives, en intermédiation entre les Palestiniens et les Israéliens.

Elle écrit : « Pour ceux qui ne sont jamais venus et qui n’ont pas une exacte représentation du contexte, je tiens à dire que la Palestine est un mirage, une illusion. La Palestine n’existe pas. Israël l’a avalée par morceaux. Les Palestiniens se sont faits expulser par vagues successives hors de leur terres. Il y a des millions de réfugiés qui pourrissent dans les camps depuis plusieurs générations au Liban et en Jordanie. Ceux qui restent sont bien décidés à tenir, et à résister à la plus invraisemblable des occupations.

Ce que j’ai d’urgent à vous dire est que nous ne sommes pas assez nombreux, que les villageois ne peuvent pas aller ramasser les olives sans se faire agresser par les colons armés qui les repoussent brutalement, tirent sur eux.

A beaucoup d’endroits le pire est déjà arrivé. Les Israéliens ont ramassé les olives et ensuite mis le feu à l’oliveraie. Dans ce contexte, les Palestiniens ont besoin de notre protection toute relative pour ramasser d’ici mi-novembre les olives, leur unique revenu.

Nous sommes des sortes de médiateurs entre les colons israéliens et les villageois palestiniens. Dans certains cas nous arrivons à faire baisser la tension et à faire dialoguer les parties.

Quand la police militaire entend des tirs elle arrive sur le champ. Au lieu d’enregistrer les doléances des Palestiniens elle décrète que ces terres sont en zone militaire fermée, comprenez qu’il ne faut plus y mettre les pieds. C’est ainsi que les colons grignotent toujours plus de terrain avec la complicité de l’armée.

La Palestine est un mirage, une illusion. Les Israéliens l’ont avalée par morceaux. Le peu de terres qui restent aux Palestiniens est occupé par l’armée israélienne omniprésente qui arrête, fusille, contrôle, humilie, dégrade, maintient en état d’enfermement, en violation de toutes les lois et Conventions internationales. Si on ne vient pas voir de ses propres yeux, ce que les autorités israéliennes ont mis en place comme système concentrationnaire, nul ne peut l’imaginer dans toute son extraordinaire abomination. Et on en souffre assez. Car cela demeure largement étouffé. Il faut briser le silence. Ne plus avoir peur de dire ce qui est.

Pourquoi des êtres humains peuvent-ils être aussi cruels avec des êtres humains ? C’est la question qui me taraude sans cesse l’esprit. Les animaux de même espèce ne se font pas mal entre eux. Sans doute parce que les hommes sont dotés d’intelligence.

Pourquoi les soldats israéliens sont-ils indifférents à cette souffrance qui se lit dans les yeux de ces gens par eux traqués, que je me dis sans cesse. Des yeux qui me poursuivent et parfois me déchirent.

Je peux vous parler des yeux de Samir, un jeune photographe (...). Il revenait d’un village les joues en feu, abattu. Ses yeux saignaient de ce qu’il avait vu, qu’il n’aurait pas voulu voir. Ils se sont fixés dans les miens pour parler des horreurs qu’il avait essuyées. C’est un dur métier, le vôtre. It is very hard, a-t-il dit avec une petite voix brisée. Ils saignaient ses yeux je vous dis, comme s’ils avaient épongé tout ce sang versé pour rien. Le plus dur avait été quand il a soulevé le drap qui recouvrait le visage du cadavre jeté sur un camion. Il a vu un visage jeune et pur. Cette beauté figée l’a secoué d’une manière inconnue jusqu’ici. Puis il a vu les hommes pleurer, les femmes crier, les enfants qui regardaient dans le vide...

Croyez moi, les yeux blessés de Samir m’ont à mon tour bouleversée à un point que j’en pleure. Ce sont des moments d’une grande intensité, où les yeux parlent et expriment mieux que les mots, l’indicible. Puis il m’a dit que les gens sont devenus très pauvres depuis une année, que les jeunes sont sans travail, qu’il n’y a pas de vie ici, plus d’espoir....

Il y a le couvre feu à 18 heures et je dois rentrer en taxi à l’hôtel qui se trouve à côté de la Mokataa. Je n’ai pas pu me relire ni finir de vous écrire. A demain ...
Silvia Cattori

(un autre pays se meurt dans le silence du monde : la Tchétchénie. En mai 1945, nous avions dit « plus jamais ça, en parlant de la guerre.

La guerre est partout dans le monde et aussi terrible qu’au temps des Nazis ...)


(écrit le 30 octobre 2002)

Interdire la récolte des olives

Au risque de vous lasser, amis lecteurs, La Mée se doit de rappeler sans cesse ce qui se passe en Palestine et qui dépasse l’entendement. Voici un communiqué du PARC (Palestinian Agricultural Relief Committees) :

Selon un ordre militaire, l’armée israélienne interdit aux Palestiniens de récolter leurs olives : l’armée israélienne a annoncé le 23 octobre 2002 un nouvel ordre militaire qui interdit aux Palestiniens dans toute la Cisjordanie de récolter leurs olives et renforce ses troupes et ses missions afin de durcir le siège des villes et villages palestiniens. En conséquence, il ne lui serait pas possible de protéger les familles palestiniennes qui récoltent leurs olives des agressions des colons.

En déclarant que la récolte des olives est une activité hostile à l’encontre d’Israël, l’armée donne clairement licence de tuer les familles et les fermiers palestiniens qui récoltent leurs olives, à un moment vital qu’ils attendent avec anxiété toute l’année durant. De plus, cet ordre est en contradiction manifeste avec la Quatrième Convention de Genève, qui oblige la puissance occupante à protéger les populations civiles des territoires sous contrôle. En décrétant un tel ordre, l’armée israélienne néglige une fois de plus sa responsabilité de protéger le peuple palestinien.

Ceci ne met pas seulement en danger les vies des familles et des fermiers palestiniens en les livrant aux mains des colons - qui ont multiplié depuis la semaine dernière leurs agressions, les incendies de terres agricoles, voire même les vols de récoltes - mais contribue à aggraver la situation déjà désastreuse de l’économie palestinienne.

Nous appelons la communauté internationale, et tous nos amis dans le monde entier, qui nous ont toujours aidés, à agir et à nous soutenir dans cette épreuve critique. Nous vous demandons de contacter immédiatement vos représentants politiques et vos ambassades, pour exiger du gouvernement israélien l’annulation de cet ordre militaire et la protection des fermiers palestiniens contre les colons.

PARC - Tél. : ++972-2-5833818
Site web : http://www.pal-arc.org/


Ecrit le 30 octobre 2002 :

L’eau aussi

Par ailleurs, l’ingénieur Fadel Kaouche vice-président de l’autorité hydraulique palestinienne, a mis en garde contre les dangers que représente la dernière décision israélienne d’interdire aux Palestiniens de creuser des puits d’eau. Pour lui cette décision est une étape supplémentaire pour assoiffer les Palestiniens, assécher leurs terres et les faire partir. Il ajoute que les autorités d’occupation israélienne contrôlent la grande majorité des sources d’eau potable palestiniennes alors que les colonies israéliennes inondent de leurs eaux usées les vallées de Cisjordanie nuisant aux cultures et à la nappe phréatique.

M. Kaouche a demandé que des commissions indépendantes viennent en Cisjordanie pour constater les effets destructeurs des eaux usées des colonies qui coulent vers les plus belles vallées palestiniennes et en particulier Wadi Kana à l’ouest de Salfit (considéré comme l’un des plus beaux paysages naturels en Palestine) et les vallées de Zoumer, Foukine, Houssane, AlKhader et Nahaline...

40 litres pour les uns
800 litres pour les autres

Le responsable palestinien a précisé que dans le meilleur des cas, le citoyen palestinien reçoit 40 litres d’eau par jour et que dans la région de Kalkilya, Salfit, Toubas et Naplouse, cette quantité ne dépasse guerre les 10 à 20 litres par jour alors que le minimum admis par l’Organisation Mondiale de la Santé est de 150 litres par personne et par jour. Il a également ajouté que dans les colonies israéliennes le taux atteint 800 litres par personne et par jour pour entretenir les pelouses et remplir les piscines.

M. Kaouche a révélé que 240 villages palestiniens peuplés de plus de 350 000 habitants n’ont pas l’eau courante et que des bassins et des sources d’eau palestiniens ont été complètement asséchés à cause de la surexploitation de la part des autorités d’occupation que ce soit pour l’usage des colonies ou pour Israël même.

Sur le fonctionnement de la commission israélo-palestinienne sur l’eau, il a précisé que les Palestiniens ont présenté 200 projets pour creuser et remettre en état 120 puits agricoles, mais seulement 3 ont été acceptés par les israéliens en plus d’un puit d’eau potable à Jénine. Les 4 puits acceptés ne sont pas profonds et ne pompent que 10 m3 par heure.

Dans le même temps, un seul puits israélien creusé dans la région de Bardala au nord de la Cisjordanie pompe 1000 m3 par heure et tous les habitants de Bardala ont été chassés pour laisser la place à 22 puits d’eau potable et 10 puits agricoles creusés et exploités par l’occupation israélienne dans la région.

Eaux usées

Selon Fadel Kaouche, Israël empêche tout projet de traitement des eaux usées des grandes villes. Il a révélé qu’à Salfit, Israël a arrêté un projet commencé en 1998 pour construire une station de traitement des eaux usées financée par le gouvernement allemand à la hauteur de 50 millions de marks .

Un autre projet a été arrêté par Israël à Naplouse, ainsi qu’un projet à Hébron financé par une aide américaine de 60 millions d’Euros/dollars et beaucoup d’autres

Cette attitude d’Israël n’est-elle pas une forme de terrorisme ? mais le monde entier ferme pudiquement les yeux.