Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Pays (international) > Proche orient, Israël, Palestine > Proche Orient : vous ne détruirez pas nos âmes

Proche Orient : vous ne détruirez pas nos âmes

(écrit le 8 janvier 2003)

Vous ne détruirez pas nos âmes

De quoi 2003 sera-t-il fait en Israël-Palestine ? L’année qui vient de s’achever a indiscutablement été la plus terrible depuis l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de Gaza, il y a trente-cinq ans. Elle a infligé un démenti retentissant à tous ceux qui voulaient se convaincre que le processus de paix israélo-palestinien était irréversible, et elle a définitivement enterré les accords d’Oslo.

Dialogue impossible

Le dialogue entre les deux parties relève désormais du passé : il n’est plus question que de sécurité ; aucune perspective politique n’est ouverte. Les pays arabes ont proposé en mars 2002 un plan de paix qui a été favorablement accueilli par la communauté internationale, mais peu apprécié par Israël. De son côté, les Etats-Unis, l’Union européenne, les Nations unies et la Russie ont tracé les grandes lignes d’une « feuille de route » qui doit conduire à la création d’un Etat palestinien à l’horizon 2005. Mais certaines divergences opposent encore les quatre. Et les Etats-Unis (plus engagés vers la guerre avec l’Irak), ont refusé de s’engager avant les élections générales israéliennes prévues pour le 28 janvier.

Grignotage

2003, le cancer qui ronge la terre, ce n’est pas Ben Laden, ce n’est pas Saddam Hussein, ce n’est pas l’Afghanistan ni la Tchétchénie : c’est encore et toujours le Proche Orient. Depuis le début de l’intifada (la guerre des pierres) en septembre 2000, les morts se comptent par milliers sans qu’il y ait égalité : 2 073 Palestiniens et 685 Israéliens.

Les vivants non plus ne sont pas à égalité. : couvre-feux et bouclages imposés aux civils, « liquidations ciblées », arrestations et « internements administratifs », Israël poursuit avec détermination, sous prétexte de terrorisme, une politique de faits accomplis qui modifie la donne en profondeur sur le terrain

Deux ONG israéliennes B’Tselem et Icahd (Comité israélien contre les démolitions de maisons) dénoncent le grignotage incessant des terres des Palestiniens. B’Tselem estime que, entre les mesures « légales » et les ordres militaires, 46 % des terres de Cisjordanie sont déjà « israéliennes de fait », les Palestiniens en étant exclus ou pouvant « légalement » l’être à tout instant.

Le mur

Le mur de Berlin est tombé en 1992, le mur d’Israël est en construction. Il doit faire 360 km, annexant de fait 7 % de territoire palestinien (400 km2). Plusieurs dizaines de villages se retrouveront soit à « l’intérieur » du mur, leurs terres restant de l’autre côté, soit l’inverse ; dans les deux cas sans accès possible à leurs champs ; Pour l’instant seulement une vingtaine de kilomètres sont construits, au nord, devant les villes de Kalkilya et Tulkarem et près de Jérusalem et Kalkilya est déjà privée de 15 % de son territoire municipal, dont ses terres fertiles. Icahd estime que 90 000 villageois palestiniens sont menacés d’être privés de moyens d’existence.

Saccages, harcèlements

Hormis celles jugées nécessaires à la construction du mur, Israël exproprie continuellement des Palestiniens de leurs terres, essentiellement agricoles, pour des motifs dits de « sécurité ». L’expérience depuis 1967 démontre, selon les ONG, que, dans 90 % des cas, elles sont remises plus tard à des colonies israéliennes.

Des arasements de vergers sont effectués par l’armée, par exemple lorsque des arbres fruitiers perturbent la visibilité pour défendre une implantation. De leur côté, une minorité de colons activistes et armés harcèlent les paysans palestiniens, dévastant les vergers à proximité de leurs implantations ou empêchant semailles et cueillette. Dans la quasi-totalité des cas, l’armée n’intervient pas, sinon pour interdire l’accès à leurs champs aux agriculteurs palestiniens, Tsahal (armée israélienne) se déclarant « incapable d’assurer leur protection face aux colons ».

Des communes sont peu à peu délaissées par leurs occupants : il suffit pour cela que les colons israéliens bouchent la source, cassent le générateur d’électricité et détruisent les oliviers.

Passant parfois à 50 mètres des villages palestiniens, mais réservé aux seuls Israéliens, un réseau routier sillonne la Cisjordanie de part en part. Il oblige les Palestiniens à emprunter des petites routes parsemées de check-points. Ajouté aux bouclages, l’effet est dévastateur. Selon les ONG, ces restrictions feront perdre en 2002 jusqu’à 60 % de leurs revenus aux agriculteurs palestiniens, en privant leur production de débouchés.

Démolitions de maisons

Les démolitions de maisons, concernent les logements des familles des auteurs d’attentats, mais pas seulement. La plupart sont motivées par des « raisons de sécurité ». A Itamar par exemple, 700 Israéliens empêchent toute extension de Beit Furik (9 000 Palestiniens).

A Hébron, le 29 novembre 2002, après une embuscade ayant fait douze morts israéliens, neuf militaires et trois vigiles colons, dans la zone H2 sous contrôle israélien (où vivent 20 000 Palestiniens), le gouvernement a décidé de créer une « continuité territoriale juive » le long de la « route des fidèles », où résident 500 colons. A cet effet, le général Kaplinski a donné l’ordre de démolir les maisons de 110 familles palestiniennes ainsi que de nombreux bâtiments historiques de la vieille ville, certains remontant à la période mamelouks (XVe siècle).

Rien, ou presque ...

Devant cet état de fait, que tout le monde connaît, nul ne veut admettre la rage et le désespoir des Palestiniens qui sont ainsi peu à peu expulsés de chez eux. Seuls font la une des journaux occidentaux les morts victimes d’attentats . Pour les autres, silence. Comme a écrit un journaliste, dans une phrase malheureuse, en septembre 2002 : « Un attentat en Israël met fin à une période d’accalmie de 6 semaines. Pendant cette période, 65 palestiniens ont été tués » ce qui a bien entendu fait bondir les Palestiniens : « Période d’accalmie : période pendant laquelle, il n’y a pas eu de morts israéliens ? ».

Cette « accalmie » a été perturbée par les festivités de Noël à Bethléem, et par la rituelle interdiction faite à Arafat de se rendre à l’église de la Nativité. A part ceci, rien. Ou presque :

Sinon, quelques dizaines de Palestiniens tués, mais attention, ils ne sont que « victimes de la violence au Proche-Orient, selon l’expression favorite des journalistes de Radio France »

Sinon, plusieurs centaines de Palestiniens interpellés, mais attention, il ne s’agit pas de rafles - terme utilisé seulement pour certaines populations bien précises - et puis Israël est tout de même une démocratie.

Sinon, des dizaines de maisons détruites dont quelques-unes, patrimoine mondial de l’humanité, à Hébron.

Sinon, un mur de béton qui avance inexorablement en expropriant et en chassant les Palestiniens de leurs terres - Surtout, ne dites pas qu’il s’agit de nettoyage ethnique, (terme réservé) c’est juste un problème technique, disent les généraux qui gouvernent Israël, et puis ce pays est tout de même une démocratie !

Sinon, un couvre feu qui perdure et qui enferme des centaines de milliers de Palestiniens dans leurs habitations - Ne dites pas qu’il s’agit de prison à ciel ouvert, les enfants Palestiniens ont même pu jouer dans les rues de Cisjordanie avec de vrais chars, qui leur ont offert des vrais feux d¹artifice, les veinards.

Candidatures impossibles

En Israël, la justice a interdit des listes arabes aux élections législatives. Seuls ceux qui prônent le transfert des Palestiniens hors de Palestine sont autorisés à y participer. Les autres, non .

La commission électorale israélienne a récusé, le 31 décembre, la candidature du député arabe israélien Azmi Bichara et du député arabe israélien, Ahmed Tibi, pour le scrutin législatif du 28 janvier sous prétexte qu’ils « remettent en cause le caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël ».

Mais, deux poids deux mesures, la même commission n’a pas interdit à un ancien dirigeant du mouvement raciste anti-arabe Kach de se présenter aux élections. Pas plus qu’elle n’a interdit la candidature de la vice-ministre des infrastructures nationales, Naomi Blumenthal, impliquée dans un scandale politique qui secoue le Likoud (il lui est reproché d’avoir payé les notes d’hôtel de membres du comité central du Likoud en échange de leur voix, afin de s’assurer une bonne place sur la liste de candidats).

Ecrasez-les !

Pour Amos Harel, correspondant militaire du journal Haaretz, M. Harel Moshe Yahalon, chef d’état-major, aurait fait état, lors de réunions internes, « de la nécessité d’obtenir une victoire décisive » sur les Palestiniens en 2003, en exerçant sur eux une forte pression, au moyen d’assassinats ciblés, de multiplication des arrestations et de démolition des maisons.


Le témoignage de Riyad

Voici un message venu directement de Hébron : c’est le témoignage de Riyad, jeune homme de 21 ans, participant régulièrement aux activités de l’association « Hébron-France ». Il apprend le français tant bien que mal, mais se donne les moyens de raconter les évènements, sans doute le nez plongé dans le dictionnaire. Son témoignage exprime la violence de l’occupation israélienne, malgré les fautes de français

Chers amis

D’abord je vous souhaite joyeux noël et bonne année nouvelle. Cela fait un bout de temps que je ne vous ai pas écrit. Tous les événements se répètent ici, donc je trouve que ce n’est pas la peine de vous raconter la même chose toujours.

Il y a trois semaines que les patrouilles de l’armée israélienne agressent les foyers au quartier. Chaque nuit, les soldats entrent dans trois à six maisons. Et l’avant-hier matin, c’était notre tour. C’était trois heures et demi du matin, je n’étais pas dormant encore. Ils ont commencé frapper à la porte très fort. J’ai ouvris la porte à la vue de quatre canons du fusil orientés à moi. Heureusement, les parents et ma nièce qui habite chez nous n’étaient pas à la maison ce jour là, on était seulement trois à la maison, mes deux frères et moi. Ils sont entrés à la maison et m’ont demandé qui est à la maison avec moi. Je leur ai répondu : je vais réveiller mes frères dormants (pour qu’ils se réveillent calmement) mais ils m’ont poussé au mur et puis ils sont entrés dans la pièce où mes frères dormaient et ils ont découvris mes frères agressivement.

Chaque soldat a pris un de nous pour fouiller les pièces de la maison, après ils ont forcé chacun de nous de sortir tout le contenu des armoires et les placards sur le sol sous le frappement et l’outrage en nous demandant toujours où c’est qu’on cache nos armes. Ils sont restés en fouillant la maison pendant deux heures et puis la maison est devenue comme une décharge publique. Ils n’ont rien trouvé à la maison, seulement un grand drapeau palestinien qui était dans l’armoire de mon frère. Le capitaine a poussé des cris comme s’il a trouvé des prohibés graves. Il nous a demandé pourquoi on garde un drapeau palestinien à la maison. Issam lui a répondu simplement parce que cette maison est palestinienne et ce n’est pas prévu de trouver un drapeau jordanien ici.

Lorsqu’ils n’ont rien trouvé ils ont commencé à ramasser les journaux vieux dans la maison et couper toutes les photos parlant de l’Intifada et des martyrs. Après finir de ramasser les photos, ils nous ont demandé un sac poubelle pour mettre le reste des journaux coupés. Ce n’est pas la peine, vous avez déjà transformé toute la maison à une décharge publique, commenta un de mes frères. A la fin de la fouille, ils ont pris le drapeau, les photos des journaux et deux CD de chansons patriotiques. (...) Le capitaine nous a dit : il faut que tout le monde sache dans ce quartier que l’armée israélienne a le pouvoir d’arriver n’importe où et n’importe quand. Voyez-vous quelle puissance, quel héroïsme et quel honneur chez cette armée pour fouiller les maisons des civils et réveiller les gens dormants chez eux ? Avant qu’ils partent, le capitaine qui parle parfaitement l’Arabe a mis la main sur mon épaule et m’a dit, « je vais te parler personnellement, pourquoi tu poursuis les bêtises et tu gardes ces photos et ces trucs qui ne ramènent que des problèmes pour toi et ta famille » ? J’ai trouvé ce qu’il a dit comme une bonne chance de commencer ce dialogue avec lui :

– C’est bien que tu veux me parler personnellement, est-ce que je peux te parler en même façon

– Bien sûr

– Je me permets d’imaginer que je te vois sans ton costume militaire et ton fusil. Quel âge as-tu ?

– 21 ans

– Je crois qu’il vaut mieux pour toi d’être dormant chez toi en attendant aller au travail, à l’université ou avec ta copine, à la place d’être dans les foyers des Palestiniens à cinq heures du matin. Est-ce que tu es vraiment satisfait de toi et de ce que tu fais maintenant ?

– Bien sûr je suis satisfait et je suis fier de porter le costume de l’armée israélienne. Ce que je fais c’est un devoir national, on ne fouille pas les foyers des gens arbitrairement on cherche les armes pour donner la sécurité pour mon peuple, et je suis venu à cette maison selon des informations confirmant qu’il y a des prohibés chez vous.

– mais je reviens à ma question, pourquoi tu ne t’a pas inscris dans une université à la place de l’armée israélienne, tu peux avoir de la classe à la place de porter ce costume et tu peux tenir des livres à la place de ce M16, qu’est ce que t’en pense ?

Fêtez attention

– Je n’ai pas de temps à perdre par ce parole. Je vous laisse et fêtez attention à vous et rester loin des problèmes. Je confirme ce que j’ai dit avant, faut que tout le monde sache dans ce quartier que l’armée israélienne a le pouvoir d’arriver n’importe où et n’importe quand. La prochaine fois, si je trouverai des trucs comme ça chez vous, cette maison sera détruite.

Après partir de chez nous, ils sont allés chez nos voisins. Effectivement, ce capitaine était bloqué, et il a préféré terminer la conversation, j’ai essayé de toucher le côté humain dans lui mais ça n’a rien à avoir, ils se trouvent bloqués lorsque quelqu’un essaye faire un dialogue avec eux.

La logique de la force

Je m’excuse puisque que je n’ai pas voulu parler de moi et mes frères dans ce message, j’ai voulu juste vous donner une idée sur la culture et la mentalité de cette armée israélienne. Je voulu dire par mon message qu’on a la force de la logique mais ils ont la logique de la force.

Je vous embrasse tous
Riyad, Hébron, 29 décembre 2002