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Proche Orient : la guerre s’enkyste

(écrit le 12 mars 2003)

La guerre s’enlise

Pendant qu’on continue à s’angoisser pour la paix dans le monde, la guerre dure et s’enkyste au Proche Orient.

Au moins 15 personnes ont été tuées et plus de 40 autres ont été blessées mercredi 5 mars 2003 par un kamikaze palestinien qui a fait exploser une charge de très forte puissance à bord d’un bus dans la ville portuaire de Haïfa (nord), mettant fin à une période de deux mois sans attentat en Israël.

L’attentat s’est produit au lendemain de la première réunion du nouveau gouvernement du Premier ministre Ariel Sharon, lors de laquelle celui-ci avait affirmé que le renforcement de la sécurité était l’une des priorités de son cabinet.

L’Autorité palestinienne a publié un communiqué condamnant « violemment l’attaque qui a fait des victimes civiles israéliennes et palestiniennes », ajoutant « refuser la logique de la vengeance contre des civils (...) qui noircit la réputation de notre peuple qu’on accuse de terrorisme ».

L’attentat a rappelé aux Israéliens des scènes tragiques qu’ils espéraient révolues : des corps étendus dans le bus et des débris de toute sorte jonchant la chaussée à plusieurs centaines de mètres à la ronde.

L’explosion du bus a eu lieu dans la foulée d’une série de raids meurtriers de l’armée israélienne dans les territoires palestiniens. Pendant deux mois (le dernier attentat ayant eu lieu le 5 janvier à Tel-Aviv) il n’y avait pas eu d’attentat palestinien. Ce qui n’a pas empêché les raids israéliens à répétition dans les territoires palestiniens. « ce sont ces raids qui empêchent tout nouvel attentat » disaient les responsables israéliens. L’explosion de Haïfa leur a prouvé que non.

Le lendemain, jeudi 6 mars, 15 Palestiniens ont été tués et près de 140 autres ont été blessés lors d’une incursion israélienne dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, où une quarantaine de chars et véhicules blindés israéliens ont pénétré peu après minuit, appuyés par des hélicoptères d’assaut. La bataille est toujours à armes inégales.

Selon des sources sécuritaires et médicales palestiniennes, deux chars voulant se dégager ont tiré des obus à fléchettes qui ont explosé au milieu d’un attroupement à l’entrée de la ville voisine de Jabaliya.

L’armée israélienne a également réoccupé la vieille ville de Naplouse.

Le lourd bilan de l’opération embarrassait les responsables israéliens dans la mesure où il risque d’occulter celui de l’attaque suicide la veille.

Depuis le début de l’Intifada en septembre 2000, 3.048 personnes ont été tuées, dont 2.282 Palestiniens et 705 Israéliens


(écrit le 26 mars 2003) :

Il l’a vue

Elle s’appelait Rachel Corrie, elle avait 23 ans et était née à Washington. Dimanche 16 mars 2003, elle était assise, avec d’autres pacifistes, devant une maison de Rafah, au sud de Gaza, que les bulldozers israéliens s’apprêtaient à détruire. Elle était dans la trajectoire d’un de ces monstres métalliques, son conducteur l’a vue mais il a poursuivi sa route et lui est passé dessus.

Un regrettable accident, dit un responsable israélien. Le département d’état américain a demandé une enquête. Mais la jeune fille est morte, victime, avec d’autres, de la colonisation israélienne. Mais George Bush a les yeux fixés sur l’Irak. L’extermination du peuple palestinien ne l’intéresse pas. Le monde entier s’en fout. Comment on dit shoah en palestinien ?


(écrit le 26 mars 2003)

Silence !

Israël a bouclé les territoires palestiniens et interdit aux Palestiniens des territoires (Cisjordanie et Gaza) d’entrer en Israël, durant la « fête juive de Pourim » , célébrée du 16 au 19 mars 2003 : l’armée a refoulé plus de 10.000 ouvriers palestiniens de la bande de Gaza qui voulaient rejoindre leur lieu de travail, d’après une source sécuritaire palestinienne.

« Il s’agit d’une nouvelle escalade dans la politique d’agression d’Israël contre le peuple palestinien et il faut s’attendre à d’autres mesures de répression à l’occasion de la guerre en Irak », a déclaré Saëb Erakat, ministre palestinien des Collectivités locales.

« Toute nouvelle escalade dans l’agression Israélienne et dans l’occupation entraînera un effondrement total de l’économie palestinienne » prévient un responsable palestinien qui ajoute : « depuis la première guerre dans la région du Golfe, nous savons que Israël peut de nouveau imposer un couvre feu total de 24 heures pour les habitants de Cisjordanie et de la Bande de Gaza pendant des semaines, détruisant l’économie, les systèmes de santé et d’éducation du peuple palestinien ». L’augmentation des couvre-feux dans une population déjà sévèrement affaiblie par des mois de barrages et de couvre feux pourrait conduire à une catastrophe humanitaire.

Clôture

M. Ariel Sharon, accompagné de ses ministres, a inspecté le chantier de la clôture de sécurité, censée empêcher les attaques palestiniennes, en cours d’édification le long de la ligne de démarcation entre Israël et la Cisjordanie.

Il a reconnu lui-même que cette clôture, si elle rend difficile le passage de commandos palestiniens, suscite une intensification de la colère des Palestiniens et peut entraîner l’implication des Arabes israéliens dans le terrorisme

Répondant au discours prononcé vendredi 14 mars par le président américain George W. Bush dans lequel il a annoncé la publication de la « feuille de route » du plan du quartette (USA, Russie, UE, ONU) visant à créer un Etat palestinien d’ici 2005, après l’investiture d’un Premier ministre palestinien doté de réels pouvoirs, l’Etat hébreu, selon le quotidien Haaretz, conteste les termes « Etat palestinien indépendant » figurant sur la « feuille de route ».

Grignotage

Israël souhaite que ce document parle uniquement de « certains attributs de souveraineté », et précise que le développement « naturel » des implantations de colonies juives dans les quelques territoires qui restent aux Palestiniens, doit continuer.

Ainsi, l’occupant Israélien refuse toujours l’idée d’un état Palestinien totalement indépendant et trouve normal de continuer à grignoter son territoire ! Les Palestiniens seront ainsi dépossédés de leur territoire.

10 milliards pour Sharon

La guerre en Irak a démarré dans la nuit du 19 au 20 mars 2003. Ariel Sharon en a été le premier averti. Son gouvernement a reçu, le même jour, des Etats-Unis, un milliard de dollars pour ses dépenses militaires, et neuf milliards de dollars de garanties bancaires. Car, entre George W Bush et Ariel Sharon, la logique est de même nature. Et ce n’est pas un hasard si Ariel Sharon s’est fait le promoteur le plus virulent de l’attaque de l’Irak. Peu importent les dizaines de milliers de morts de cette guerre, les conséquences humaines, économiques et politiques, les immenses manifestations dans le monde contre la guerre. Désormais, Washington désigne un ennemi global, le « terrorisme international ». C’est pain béni pour le gouvernement israélien. D’abord pour ses projets en Palestine. Il ne cesse de le réaffirmer : il veut achever ce qui ne l’a pas été en 1948, c’est-à-dire la dépossession-expulsion des Palestiniens. L’annexion rampante est la règle ; les barrages militaires, les couvre-feux, les meurtres, les kidnappings, les destructions de maisons, de récoltes, les occupations d’écoles, la terreur au quotidien sont le mode de vie imposé.

Selon des chiffres récents 30 % des enfants Palestiniens souffrent déjà de malnutrition chronique, 46 % des cancéreux nécessitant un traitement ne peuvent pas avoir accès aux soins et 42 % des malades nécessitant une dialyse ne peuvent pas y avoir accès.

La France a su manifester une réelle détermination face aux Etats-Unis pour faire prévaloir que la guerre ne peut être qu’un recours ultime. Pourquoi un silence complice et une totale inactivité politique et diplomatique en Palestine ? Pourquoi aucune protection internationale de la population palestinienne contrairement aux obligations de la IVe Convention de Genève ?


(écrit le 9 avril 2003)

Les militaires percent les murs

Les autorités israéliennes ont réaffirmé mercredi 2 avril 2003 que « l’état d’alerte dans le pays, de crainte d’une attaque irakienne, se poursuivra au moins encore deux semaines » : sous le prétexte de la guerre contre l’Irak, les Israéliens opèrent de vastes opérations de « ratissage » par exemple dans le camp de réfugiés palestiniens de Tulkarem (nord de la Cisjordanie), passant au crible les habitants : un millier de Palestiniens, âgés de 15 à 40 ans, ont été rassemblés par les militaires israéliens dans la cour de l’école du camp pour des vérifications d’identité. Ils ont été transférés à deux kilomètres du camp de réfugiés et relâchés trois jours plus tard avec interdiction de regagner leurs maisons avant que les soldats aient achevé leurs fouilles.

Cette politique, censée avoir un caractère dissuasif, est dénoncée par les organisations humanitaires ou de défense des droits de l’Homme qui la considèrent comme une sanction collective.

L’armée israélienne a effectué vendredi matin 4 avril 2003 deux nouvelles incursions en territoire palestinien, l’une dans la ville de Jénine dans le nord de la Cisjordanie et l’autre faisant sept blessés dans le camp de réfugiés de Nusseirat, dans la bande de Gaza.

A leur retour, les expulsés (plus de 1.000 selon l’armée, 1.500 à 2.000 selon des sources palestiniennes) se sont plaints de graves dommages causés à leurs domiciles, notamment du fait que les militaires ont percé les murs pour passer de maison en maison.

L’armée israélienne a réoccupé depuis juin 2002 la quasi totalité de la Cisjordanie en riposte à une série d’attaques meurtrières palestiniennes en territoire israélien, et elle contrôle toutes les grandes villes autonomes de ce territoire, à l’exception de Jéricho.

Un adolescent palestinien de 14 ans, grièvement blessé vendredi 4 avril 2003 par des tirs israéliens dans le secteur de Ramallah, a succombé à ses blessures portant le nombre de personnes tuées depuis le début de l’Intifada, fin septembre 2000, à 3.120, dont 2.343 Palestiniens et 719 Israéliens.


Les enfants d’abord

En Palestine, l’Organisation Internationale de Défense des droits de l’Enfant liste les faits pour la période : Septembre 2001 - mars 2003.

424 enfants tués
plus de 9000 enfants blessés
plus de 1400 arrêtés
plus de 150 écoles détruites ou attaquées

Aujourd’hui 1,7 millions d’enfants palestiniens vivent en Cisjordanie et la bande de Gaza, ils représentent 50 % de la population palestinienne. Pratiquement tous ces enfants ont subi au moins une fois et souvent plus, une violation de leurs droits dans leur petite vie. Ces violations vont depuis le harcèlement, les interdictions quotidiennes leur faisant perdre le droit à l’éducation, les condamnant à la pauvreté voire à la perte de leur vie.

Israël fait pourtant partie des pays qui ont signé la charte des droits humains et est considéré comme un Etat démocratique.


(écrit le 16 avril 2003)

La déportation massive
Les mains attachées

Mercredi 2 avril 2003 à minuit environ, 40 véhicules militaires Israéliens sont entrés dans le camp de réfugiés de Tulkarem en Palestine. Ils ont imposé un couvre-feu et demandé à tous les hommes entre 15 et 40 ans de sortir immédiatement de leur maison et de se présenter aux forces d’occupation. Samer Omar, un garçon de 17 ans du camp explique :

"Quand les soldats sont arrivés ils nous ont menacé de nous arrêter, de nous battre ou de nous tirer dessus si nous ne sortions pas immédiatement. Donc des milliers d’habitants masculins sont allés sur les terrains de l’école des Nations Unies. Dix huit mille personnes habitent le camp de Tulkarem, vous pouvez donc imaginer que nous avons été nombreux à quitter notre maison. Il était environ 6 heures du matin.

Cracher dessus

Une fois qu’on s’est trouvé là, les soldats nous ont partagés en groupes, poussant les types entre 15 et 20 ans dans un coin , séparés du reste. Quelques uns parmi les plus jeunes étaient trop jeunes pour avoir des papiers mais les soldats s’en fichaient. Ils nous ont fait alors aller dans une salle de l’école. Quand nous étions ensemble dans la salle, le commandant a commencé par nous demander si nous voulions travailler pour les Israéliens, disant qu’il nous donnerait de l’argent si nous acceptions.

Quand le commandant est parti, un des soldats nous a fait déchirer des photos de martyrs [palestiniens, ndlr] et cracher dessus, sans autre raison que la menace de son arme. Il prit alors un Coran, l’a jeté par terre et demandé à un des types de marcher dessus, mais il a refusé et le soldat a alors tenté de l’obliger en lui pointant l’arme sur la tête. Mais le commandant est revenu et le soldat s’est arrêté.

Après ça nous avons eu les yeux bandés, les mains attachées et nous avons été mis dans un gros camion militaire puis conduits au camp de Nur Shams loin de 8 kilomètres. Je pense qu’il était alors 10 heures du matin. Les soldats nous ont enlevé les bandeaux, délié les mains, et laissé partir nous disant que nous pouvions aller où nous voulions du moment que nous ne retournions pas dans nos maisons dans le camp de Tulkarem. Pour ce qui me concernait c’était la partie la plus épouvantable de l’épreuve. Je savais que je pouvais rester quelque part dans Nur Shams car j’y avais des amis et chacun aurait essayé de nous aider. Mais ce que je craignais le plus était que je ne puisse jamais plus retourner dans ma maison, ni voir ma famille ou mon frère qui a dix ans. ».

« Tout le monde pense que les Israéliens veulent profiter de la guerre en Irak pour évacuer les Palestiniens du territoire et je pensais que c’était une des premières dans leur dernière tentative. D’abord en 1948 , puis en 1967 et maintenant en 2003. Je suis resté une nuit chez mes amis, jusqu’à vendredi , quand on nous a dit que le couvre-feu avait été levé et que nous pouvions retourner chez nous. Je ne peux pas vous dire combien je me suis senti soulagé quand je suis arrivé chez moi malgré le fait qu’une grande partie du camp avait été attaquée y compris ma maison. Je pensais que je ne reverrais jamais l’endroit alors c’était magnifique ».

Le gouverneur de la ville de Tulkarem, Izz Ad-Din Ash-Sharief commentait ainsi ces derniers évènements : « Le gouvernement Israélien et l’armée ont mené cette opération dans le but de jauger les réactions publiques et internationales au transfert des Palestiniens- c’est vraiment aussi simple. Cette fois ils ont transféré des gens pendant 3 jours, puis ils les ont autorisés à renter chez eux. La prochaine fois il pourrait s’agir de plus de monde, transférés plus loin et pour plus longtemps, et peut être que la fois d’après ils les transféreront et ne les laisseront pas retourner.

Silence !

Ils ont fait cela aussi pour augmenter l’accoutumance des gens. La première fois que les troupes Israéliennes sont entrées dans Gaza ça a été un tollé international et la pression a été mise pour quitter immédiatement. Moins d’un an après, la Cisjordanie entière a été envahie et réoccupée sans un murmure de protestation. Les gens sont devenus plus accoutumés, plus « immunisés » contre ces évènements, et c’est précisément ce qu’ils espèrent atteindre aussi maintenant. Ils veulent immuniser le monde contre la menace d’un transfert palestinien ... puis déplacer qui ils voudront ».

Ainsi les Occupants Israéliens auront, sans que personne ne bouge, réussi la déportation des Palestiniens. Ceux-ci auront perdu le territoire qui était le leur en 1947. Peut-on penser que cela sera favorable à la paix ? 3140 personnes sont mortes depuis le début de l’Intifada (fin septembre 2000)dont 2363 Palestiniens