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Proche Orient : la feuille de route est tachée de sang

(écrit le 18 juin 2003)

La feuille de route est tachée de sang

Avancer pour mieux reculer. C’est ce qui se pratique au Proche-Orient. Le conflit israélo-palestinien se nourrit d’une une mare de sang. Alors qu’on croyait que la négociation d’une « feuille de route » ouvrirait la porte à la création d’un état palestinien, les extrémistes ont fait le choix de la guerre et du cycle de la violence.

Cette histoire est un engrenage sans fin. Il n’est pas inutile de le rappeler.

Vidéo Palestine/Israël : histoire d’une terre
– http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=21537

Lord Balfour, 1917

Au début du XXe siècle des juifs installèrent des colonies en Palestine, subventionnées par la Banque Coloniale juive et le Fonds National Juif. En 1910 fut fondée, à côté de la vieille cité arabe de Jaffa, la ville nouvelle, juive, de Tel Aviv où des écoles primaires et secondaires furent ouvertes, en hébreu. En 1914, la population juive atteignait 14 % de la population totale. C’est alors, au cœur de la Première Guerre Mondiale, que l’Anglais Lord Balfour, le 2 novembre 1917, annonça que l’Angleterre favoriserait après la guerre « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif » à condition qu’il n’y ait aucune atteinte aux droits des Arabes.

Lord Balfour prétendit par la suite qu’il avait envisagé un simple « foyer juif » mais les sionistes comprirent « Etat Juif ». Aussi, dès 1921, le territoire étant sous protectorat britannique, la déception fut forte d’un côté comme de l’autre et les premiers heurts sanglants entre Juifs et Arabes se produisirent en 1921 .

Le Fonds colonial Juif, par la suite, continua à acheter des terres en Palestine, à bas prix (les Arabes étaient pauvres) et c’est dès 1909 que naquirent les premiers Kibboutz. Avec le soutien financier du judaïsme mondial, le fossé s’agrandit entre les colons juifs, riches et entreprenants, fermés sur eux-mêmes, et les Arabes misérables qui les considéraient comme des intrus et des colonisateurs étrangers.

L’arrivée d’Hitler au pouvoir provoqua une vague d’émigration des Juifs vers la Palestine, vite limitée par les Anglais. L’affaire de l’Exodus (été 1947), porta les passions à leur comble

A deux voix près

Le conflit fut porté devant les Nations Unies. A deux voix près, obtenues in extremis (en échange d’avantages économiques et financiers), le vote aurait pu faire basculer l’Histoire mais l’ONU, prenant l’une des décisions les plus graves de sa toute jeune histoire, émit un « jugement de Salomon » : deux peuples se disputent la terre de Palestine ? qu’ils en aient chacun un bout... Deux fois et demie plus nombreux que les Juifs, les Arabes n’obtinrent que 43 % de la Palestine. Quant aux juifs ils n’acceptèrent pas le partage de la Palestine, ils voulaient toute la Palestine. Menahem Begin répéta que « la patrie est indivisible. [...] Quiconque ne reconnaît pas notre droit à la patrie tout entière ne reconnaît pas notre droit à l’une des parcelles qui la constituent ». Ses hommes multiplièrent les actes de terreur.

Plus de 80 %

Depuis, les Juifs, devenant « israéliens », ont continué à chasser de leur territoire des millions de Palestiniens, avec l’appui tacite de la communauté internationale. De décennie en décennie, les Israéliens ont grignoté, « mité », tout le territoire palestinien : ils en occupent plus de 80 %. Les extrémistes israéliens refusent toujours l’idée de la création d’un territoire indépendant palestinien. « Ils n’ont qu’à aller en Jordanie » disent-ils.

Le 4 juin 2003, sous le patronage actif de George W. Bush, les premiers ministres israélien et palestinien, Ariel Sharon et Mahmoud Abbas, ont signé la « feuille de route ». Une reprise des négociations israélo-palestiniennes était en vue.

Ce même 4 juin, à Jérusalem, une manifestation a rassemblé ministres, rabbins et des parlementaires du Likoud, de l’extrême droite et du Shass, un parti ultra-orthodoxe, pour fustiger le plan de paix et la création, à terme, d’un Etat palestinien. Ils reprochent à Ariel Sharon (qui est pourtant de leur bord) de vouloir « partager la terre d’Israël ». « Cette terre ne se divise pas. Seul Dieu, qui nous l’a donnée peut en décider »"

Interdit de leur donner un Etat

Repris sur tous les tons, le slogan « Il est interdit de leur donner un Etat », résume les craintes. « Le problème, c’est que les Palestiniens ne se contenteront pas de la Cisjordanie. Ils veulent tout », ont dit les manifestants israéliens, renversant toute l’histoire ! Car la Palestine n’est plus la terre d’Israël, et ce sont bel et bien les Israéliens qui veulent tout.

« Entre Toulkarem (en Cisjordanie) et Netanya (une ville sur la côte israélienne), il y a une dizaine de kilomètres seulement ; les Palestiniens pourraient facilement couper le pays en deux. Pour nous, ce serait les frontières d’Auschwitz » ont dit les manifestants, alors que ce sont les Israéliens qui ont entrepris de construire de très hauts murs pour entraver le déplacement des Palestiniens.

Les colons refusent de quitter les colonies illégales implantées sur le peu de territoire qui reste aux Palestiniens. Ils ont rappelé, sur grand écran, ce que disait Ariel Sharon en janvier 2000 : « prendre toutes les collines » et « occuper la terre avant qu’il ne soit trop tard ».

L’arme à la main

En face de ce front du refus israélien, il existe un autre front du refus, du côté palestinien. Trois organisations de l’opposition palestinienne ont annoncé, le 4 juin, qu’elles n’abandonneraient pas la lutte contre Israël. « Le Hamas (Mouvement de la résistance islamique) se tiendra aux côtés du peuple palestinien, l’arme à la main, et ne permettra à personne de renoncer à une parcelle de notre terre », a déclaré M. Abdelaziz Al-Rantissi

Le 8 juin, les organisations palestiniennes extrémistes, dont le Hamas, ont monté une provocation : un raid contre une position de l’armée à Gaza (quatre militaires tués). La réplique n’a pas tardé :

Le 10 juin, sur décision d’Ariel Sharon, l’armée a lancé deux hélicoptères d’assaut, en plein jour, en pleine ville de Gaza, contre la voiture d’Abdelaziz Al-Rantissi. Il réchappera à l’opération mais des civils palestiniens furent tués.

Le Hamas, comme chaque fois, a annoncé une vengeance. Le lendemain, 11 juin, un attentat-suicide a provoqué un carnage dans un bus de Jérusalem.

Israél a lancé alors un deuxième raid, puis un troisième, jeudi 12 juin, et jusqu’à un septième raid, coupant en deux la bande de Gaza et encerclant le camp de réfugiés de Tulkarem, en Cisjordanie. L’armée aurait reçu carte blanche du gouvernement pour « écraser totalement » le Hamas.

Une guerre sans merci est engagée. La « solution finale » en quelque sorte, appliquée cette fois par les Israéliens contre les Palestiniens (c’est la poursuite du renversement de l’histoire). Les Israéliens ont la puissance militaire.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la situation est plus dramatique que jamais, même si l’on parle encore de négociation. Vers la paix des cimetières pour Palestiniens ?

La communauté internationale se tait, comme en de nombreuses circonstances. La loi du plus fort reste toujours la meilleure.


écrit le 2 juillet 2003

Jéricho (Palestine) : des besoins en formation

Suite aux rencontres   précédentes avec le maire de Jéricho, le besoin de formation dans le domaine agricole est apparu clairement. D’autant plus que Jéricho a un fort potentiel dans ce domaine (fruits et légumes) et que l’Autorité Palestinienne n’a pu créer aucune école d’agriculture du fait de l’opposition des Israéliens.

Le Comité envisage d’accueillir deux stagiaires de Jéricho s’il trouve les soutiens nécessaires à un tel projet. Pour préparer cela il envisage un voyage à Jéricho au mois d’octobre 2003. A cette occasion la délégation se rendrait également en Israël. Le Comité poursuit toujours l’objectif d’établir des relations avec une commune israélienne : les jumelages et la coopération décentralisée sont toujours des facteurs de paix par les rencontres   qu’ils permettent.

Situation en Palestine et Israël

Louis David a indiqué que, pour le Comité, l’intervention d’une force internationale d’interposition paraît indispensable pour permettre une évolution vers la paix. Les antagonismes et la haine sont aujourd’hui trop puissants pour laisser les deux parties régler le problème. « Mais cette évolution vers la paix, rappelle-t-il, suppose également la reconnaissance d’un état palestinien viable. »

Avec les souris

Toutes ces perspectives positives ne doivent pas faire oublier la réalité des choses, par exemple le cas du prisonnier Palestinien Talab Barghouti, 27 ans, arrêté mais non jugé, qui a commencé une grève de la faim le 31 mai, pour protester contre les conditions de son incarcération. (a) (lire plus loin)

Placé en isolement depuis 5 mois dans une cellule pleine de cafards et de souris. « quand il a commencé à se plaindre de ces conditions, l’administration israélienne ne s’en est pas préoccupé » dit son père, « au contraire, la situation s’est de plus en plus aggravée. Quand il a dit aux gardiens qu’il refusait de s’alimenter, ils sont allés dans la cellule retirer tout ce qui lui appartenait pour le punir de protester. Je ne l’ai pas vu depuis son arrestation, et on lui a refusé de voir son avocat depuis qu’il a commencé cette grève de la faim ».

Les mouvements radicaux palestiniens Hamas et Djihad islamique ont trouvé un accord avec le mouvement Fatah du dirigeant Yasser Arafat sur le principe d’une trêve des opérations anti-israéliennes, a annoncé, vendredi 27 juin 2003, un haut responsable du Hamas.

L’accord porterait sur une trêve de trois mois à la fois en Israël et dans les territoires palestiniens, ce qui représenterait une concession majeure des groupes radicaux palestiniens, Israël s’engageant en contrepartie à suspendre ses propres actions. Le Hamas est responsable de la plupart des attentats anti-israéliens depuis 1993


Ecrit le 24 septembre 2003 :

Après Rabin ... Arafat ?

Il s’est produit jeudi 11 septembre 2003, sur la scène internationale, un événement terrifiant. Un gouvernement, le gouvernement d’un pays qui se réclame des valeurs de la démocratie, a voté, froidement, le principe de l’élimination d’un dirigeant étranger. L’assassinat politique commandité par un Etat n’est certes pas une nouveauté. Le même jour, le monde se souvenait de la disparition, trente ans plus tôt, de Salvador Allende, et nul n’ignore que la CIA, l’agence américaine de renseignements, avait au minimum donné son feu vert au coup d’État de la junte chilienne. Mais, à notre connaissance, la Maison Blanche n’avait auparavant publié aucun communiqué pour annoncer son forfait. Au moins, les donneurs d’ordres avaient-ils pris soin de garder entre eux-mêmes et leurs barbouzes assez de distance pour préserver un semblant d’apparences.

Contre-productif ?

En vouant officiellement Yasser Arafat à l’exil, ou à la mort, Ariel Sharon et ses ministres ont jugé qu’ils n’avaient pas besoin de ces précautions. En soi, leur impudence en dit long sur le statut particulier dont jouit Israël au sein de la communauté internationale (...). Car, s’il y eut bien protestation de la plupart des grandes capitales, ce fut généralement dans le registre inattendu du pragmatisme : l’élimination d’Arafat, nous a-t-on répété, serait « contreproductive ». (1)

Il est vrai que ce nouveau pallier franchi par le gouvernement israélien avait été préparé de longue date dans le silence complice du monde. Le collimateur lorgne sur sa cible depuis trois ans déjà. C’est un autre général, « de gauche » celui-là, Ehud Barak, qui avait commencé le travail avec une campagne de propagande orchestrée au lendemain de l’échec de la négociation de Camp David. Souvenez-vous (...) en quelques semaines, Yasser Arafat allait passer du statut de prix Nobel de la paix à celui de paria.

Et nous voilà aujourd’hui face à cet extraordinaire paradoxe : Anel Sharon, l’homme qui n’a jamais renoncé à un iota de son projet colonial, peut en toute impunité programmer l’assassinat de celui qui a consenti à tous les compromis, reconnu Israël, et accepté de réduire son ambition nationale à 22 % du territoire qu’il revendiquait historiquement.

Ce qui étonne dans les événements des derniers jours, pour peu que l’on ait encore de vagues notions de droit, c’est la légèreté de l’accusation. Invoquant « un point de vue moral fondamental à tous les hommes de conscience » (2), le numéro deux du gouvernement israélien, Ehud Olmert, a accusé Yasser Arafat, sur la chaîne de télévision CNN, d’être « notoi-rement le chef d’un gang terroriste ». Suffit-il que M. Olmert, parangon de vertu politique, le dise et le répète pour que cela soit vrai ?

Comme tous les dirigeants nationalistes, comme jadis les dirigeants de la droite sioniste, Arafat a eu certes recours en un demi-siècle à toutes les armes de l’action politique. Et ces armes-là n’ont pas toujours été des mots, ni des rameaux d’olivier. Mais depuis l’aggiornamento historique de 1988-1989 (la reconnaissance d’Israël et le renoncement à la charte de l’OLP), il s’est engagé dans la négociation. Plusieurs de ses proches, tombés sous les balles des extrémistes palestiniens, ont payé de leur vie ce tournant.


Ecrit le 24 septembre 2003

Accords = illusions

Hélas, depuis dix ans, la politique israélienne n’a contribué qu’à prendre en étau le leader palestinien. Les accords qu’il avait courageusement signés n’ont servi qu’à bercer d’illusions les opinions publiques pendant que le nombre des colons israéliens en territoire palestinien doublait.

C’est après cela que Barak a demandé à Arafat d’accepter un État morcelé en trois entités séparées par des colonies. À Camp David, le refus du leader palestinien a surpris la partie israélienne qui a cru pouvoir le faire plier en orchestrant contre lui une campagne médiatique de délégitimation, qui a autant désespéré l’opinion israélienne que les Palestiniens, ouvert la voie à Sharon et à sa stratégie du chaos.

Certes, Yasser Arafat a aggravé son cas en refusant de « démanteler les groupes terroristes », selon la formule consacrée qui ressemble à une sommation avant le feu. Mais le vieux leader sait trop que cette invitation est un piège.

Affronter le Hamas (mouvement de la résistance islamique, groupe armé palestinien) alors que toute la politique israélienne vise à renforcer le mouvement islamiste, après qu’elle eût d’ailleurs méthodiquement laminé l’Autorité palestinienne, c’était aller à la guerre civile. Et pour quel résultat, alors qu’il n’y a strictement aucune perspective politique ?

En vérité, ce qu’Ariel Sharon reproche à Yasser Arafat c’est d’être encore et toujours le garant d’une fragile unité palestinienne.

Voilà pourquoi il veut l’éliminer. A-t-on déjà oublié que, voici bientôt huit ans, la droite israélienne a poussé à un autre crime ? Celui d’un homme qui, lui aussi, avait amorcé le grand tournant de la paix. Il s’appelait Itzhak Rabin.

Vote

Lors de ce vote au Conseil de Sécurité, le projet présenté par la Syrie et le Soudan a reçu 11 voix pour - dont la France, la Russie et la Chine -, une contre (Etats-Unis), et trois abstentions (Bulgarie, Allemagne et Grande-Bretagne) avant que les Etats-Unis n’utilisent leur droit de veto.

Pour le responsable palestinien chargé des négociations Saëb Erakat, le veto constitue « un jour noir pour l’Onu. J’espère qu’Israël n’interprétera pas cette décision comme un permis de tuer le président Arafat ».

Editorial de Denis Sieffert
Dans Politis du 18 septembre 2003


YASSER ARAFAT

Les Etats-Unis ont mis leur veto le 17 septembre 2003, à un projet de résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU exigeant d’Israël de revenir sur sa décision d’expulser Yasser Arafat. Le président Bush est même allé plus loin, appelant les Palestiniens à écarter le Président de l’Autorité palestinienne s’ils veulent un Etat à eux. L’Assemblée Générale des Nations Unies (où n’existe pas de droit de veto) a adopté le 19 septembre une résolution demandant à Israël de cesser ses menaces d’expulsion à l’encontre de Yasser Arafat et condamnant les attentats-suicide perpétrés par des groupes palestiniens et les « meurtres extra-judiciaires » perpétrés par les Israéliens. Cent trente-trois pays ont voté pour, 15 se sont abstenus et 4 ont voté contre : Israël, les Etats-Unis, la Micronésie et les îles Marshall.


Ecrit le 5 juillet 2004

A propos de Marwan Barghouti
(article extrait de l’Humanité)

Condamné le 24 mai dernier cinq fois à la prison à vie et assorti d’une peine de sûreté de quarante ans, le dirigeant du Fatah et député palestinien est le symbole de la lutte contre l’occupation mais aussi du dialogue et de la paix.

Un pays occupant se comporte ainsi : assassinats extrajudiciaires, prisonniers sans droit et tribunaux à la botte du pouvoir politique. La condamnation, le 24 mai (1), de Marwan Barghouti, dirigeant du Fatah pour la Cisjordanie et député membre du Conseil législatif palestinien, à cinq peines de prison à vie, assorties d’une peine de sûreté de quarante ans, est l’application inique d’une loi non écrite, celle de l’occupation, celle du plus fort sur le plus faible, celle qui confond à dessein résistance et terrorisme. L’histoire du XXe siècle regorge d’exemples de ce type. Nelson Mandela n’était-il pas un terroriste aux yeux des tenants de l’apartheid, en Afrique du Sud ? Les combattants algériens qui luttaient pour l’indépendance n’étaient-ils pas des terroristes aux yeux de la France coloniale ?

« Ma liberté arrivera quand prendra fin l’occupation »

Ces pouvoirs oppresseurs se comportent toujours de la même façon et commettent les mêmes erreurs : condamner un militant progressiste et démocrate, c’est rendre hommage au combat de tout un peuple, c’est doper une lutte que tout le monde sait dure et sans merci. « L’Intifada triomphera », a clamé Barghouti en faisant le « V » de la victoire alors qu’il était emmené hors du tribunal. À son entrée dans la salle, avant qu’on ne lui ôte les menottes, il avait déclaré : « Notre peuple triomphera et nous vaincrons l’occupation. » Alors que le juge avait commencé la lecture de la sentence, il a demandé la parole. « La poursuite de l’Intifada est la seule voie vers l’indépendance. Cette occupation est la pire occupation coloniale que l’humanité ait connue, mais elle se meurt et ils (les Israéliens) feraient mieux de se préparer à ses funérailles. » Il a poursuivi : « Peu importe combien seront tués ou arrêtés, ils ne briseront pas la détermination du peuple palestinien. » « Peu m’importe que je sois condamné à une peine de prison à vie, ou à dix ou cinquante peines, ma liberté arrivera quand prendra fin l’occupation, a-t-il ajouté, soutenir Marwan Barghouti, c’est soutenir la dignité et la justice. »

Son épouse l’a vu une fois depuis son arrestation en 2002

Arrêté par l’armée israélienne le 15 avril 2002, à Ramallah (Cisjordanie), Marwan Barghouti a subi la torture, l’isolement, les mauvais traitements. Comme le soulignent ses avocats français, Gisèle Halimi et Daniel Voguet, cette arrestation s’est faite au mépris de toutes les règles internationales, bilatérales, et de l’immunité des parlementaires de par le monde. Autant de raisons pour lesquelles Marwan Barghouti n’a jamais reconnu la compétence du tribunal de Tel-Aviv pour le juger, celui-ci étant, selon lui, un tribunal « d’occupation ». Saëb Erekat, ministre palestinien chargé des négociations, a estimé que « la sentence prononcée contre lui est invalide et illégale, et cette cour israélienne n’a aucune compétence pour le condamner car il est un membre élu du Conseil législatif palestinien. Nous demandons à Israël de le relâcher immédiatement. »

Chef du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, pour la Cisjordanie, et élu du parlement palestinien, Marwan Barghouti a été, dès le début de la deuxième Intifada, l’un des dirigeants de l’OLP le plus actif, le plus en phase avec la révolte d’une population qui avait cru aux accords d’Oslo mais ne voyait rien arriver. Pis, les conditions de vie devenaient toujours plus difficiles. Déjà très actif contre l’occupation dans les années quatre-vingt, notamment comme responsable des étudiants à l’université de Bir-Zeït, près de Ramallah, il avait « goûté » aux geôles israéliennes avant d’être expulsé en Tunisie en 1987. Revenu en Cisjordanie après les accords d’Oslo de 1993, dont il est alors un fervent partisan, il est élu membre du Conseil législatif lors du scrutin qui suit l’établissement de l’Autorité palestinienne. Toujours partisan d’une solution reposant sur la coexistence pacifique de deux États, israélien et palestinien, il s’est néanmoins élevé contre le blocage du processus de paix. « Marwan est le symbole vivant de l’Intifada, et Israël a voulu, à travers lui, condamner cette Intifada », disait, en larmes, sa femme Fadwa, qui n’a pu le voir qu’une fois depuis son arrestation en avril 2002.

« Ceux qui ont fait juger Barghouti seront jugés comme criminels de guerre. Un jour Israël se dotera d’un gouvernement qui demandera à négocier avec Barghouti au lieu de le maintenir derrière les barreaux », a insisté le député arabe israélien de la Knesset, Mohamad Barakeh.

8 000 prisonniers politiques incarcérés

À travers Marwan Barghouti, c’est bien évidemment la question de l’ensemble des prisonniers politiques détenus en Israël qui est posée. Ils seraient près de 8 000 actuellement incarcérés.

« Ces trois dernières années ont été les plus dures pour les prisonniers depuis 1967 », souligne Issa, responsable de l’association des prisonniers politiques palestiniens (www.ppsmo.org) dont le siège se trouve à Bethléem. « L’utilisation de la torture est systématique et, surtout, nous subissons des attitudes sadiques ». Selon lui, la torture est surtout pratiquée dans les prisons d’El-Maskobyia (Jérusalem), Atzion (près de Bethléem) et Beer Sheva (où se trouve Marwan Barghouti). « Non seulement ils torturent, non seulement ils enferment des jeunes de moins de dix-huit ans, mais en plus ils n’hésitent pas à arrêter nos mères ou nos soeurs pour obtenir plus d’informations », insiste Issa.

Surtout, Israël ne reconnaît pas le statut de prisonniers de guerre et encore moins de prisonniers politiques à ces militants incarcérés, certains depuis quinze ans. En vertu de quoi les gouvernements israéliens successifs estiment que les conventions de Genève ne s’appliquent pas aux territoires palestiniens. Issa évoque les arrestations collectives, après l’offensive israélienne de mars 2002, l’ouverture de camps près de Ramallah, Tulkarem, Naplouse, « l’utilisation de chiens pour terrifier les gens », les humiliations, les perquisitions.

Nouvelle politique israélienne lorsqu’elle libère un prisonnier par anticipation : le déporter vers la bande de Gaza. " Ils sont ainsi séparés de leurs familles qui se trouvent en Cisjordanie et celles-ci n’ont pas l’autorisation d’aller dans la bande de Gaza.

Sharon alimente la stratégie des islamistes

La libération de Marwan Barghouti et celle des prisonniers politiques signifieraient un pas vers le dialogue et la paix. Au lieu de cela, Sharon choisit la répression meurtrière, alimentant ainsi la stratégie des groupes islamistes. Ce n’est sans doute pas un hasard si Marwan Barghouti, l’un des dirigeants palestiniens les plus enclins au dialogue, est aujourd’hui enfermé. Ouvrir les portes de sa cellule, ce serait contribuer à ouvrir les portes de l’avenir pour les deux peuples, palestinien et israélien.

(1) Les députés communistes Francis Wurtz (Parlement européen) et Jean-Claude Lefort (Assemblée nationale) étaient présents à l’audience.

Une délégation du Parti communiste français conduite par Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, se rendra du 6 au 9 juillet 2004 en Israël et Palestine. Elle aura des entretiens avec Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, ainsi qu’avec des représentant(e) s de forces politiques et de la société civile palestinienne. En Israël, sont prévues des rencontres   avec l’ensemble des forces de la gauche et du camp de la paix.


NOTES:

1) Les Palestiniens ont réagi avec amertume mercredi 17 septembre au veto des Etats-Unis au projet de résolution arabe à l’Onu exigeant qu’Israël n’expulse pas Yasser Arafat.

(2) À propos de « morale » et de « conscience », lire ce qu’en dit Avraham Burg, ancien président de la Knesset (le parlement israélien) dans une belle et courageuse prise de position (Le Monde du 11 septembre) publiée par le quotidien israélien Yediot Aharonot : « La nation israélienne n’est plus aujourd’hui qu’un amas informe de corruption, d’oppression et d’injustice ».