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Proche-Orient : Refuser le discours humanitaire

Ecrit le 28 novembre 2007

 Palestine : refuser le discours humanitaire

Beaucoup de monde, ce 20 novembre à Châteaubriant dans la salle de l’Amicale Laïque, pour entendre le témoignage de huit personnes qui rentrent de « là-bas », de ce petit pays qui ne fait guère que 60 km de large et 250 km de long, où se déchirent deux peuples, les Israéliens et les Palestiniens. Deux peuples qui ne sont pas à égalité puisqu’il y a un occupant et un occupé. « Nous ne sommes ni pro-Israël, ni pro-Palestine » ont dit ces huit personnes qui se déclarent « pro-justice ». Mais elles sont allées là-bas, d’un côté du mur comme de l’autre, et elles témoignent.

Claire Boisseau, originaire d’Issé, diplômée de Sciences-Po Bordeaux, a passé cinq mois dans un syndicat agricole : « l’Union des Fermiers Palestiniens » (PFU). « Je voulais aller voir là-bas si les Arabes étaient des terroristes ». « J’ai trouvé des gens qui travaillent, qui veulent valoriser leurs terres, qui sont entrés dans une démarche de qualité pour exporter sur les marchés occidentaux. J’ai trouvé une organisation centrée sur des coopératives avec partage des expériences » dit-elle.

« La Palestine est le berceau de la culture de l’olivier. Douze millions d’oliviers font vivre 100 000 familles soit un million de personnes environ ». Mais …. mais il y a le mur qui coupe en deux certains villages palestiniens ... qui interdit aux Palestiniens d’aller cultiver et récolter de l’autre côté du mur… qui interdit aux Palestiniens d’emprunter de nombreuses routes … qui bloque les expéditions ….

Et il y a la loi qui dit qu’un terrain, non labouré pendant 3 ans, peut être annexé par l’Etat. Il suffit donc d’empêcher le propriétaire d’y accéder. « Dans le village où nous sommes allées, un agriculteur a obtenu le droit d’aller cultiver sa terre, de l’autre côté du mur. Mais il n’y a pas de porte dans ce mur ... » raconte Jeanick.

Et puis il y a le non-dit : « une région de Cisjordanie avait obtenu l’autorisation d’aller vendre sa production de prunes à Gaza. Mais, en route, il a fallu tant d’attente aux check-points, tant de nouveaux papiers à fournir, que les prunes ont fermenté. Invendables » raconte Pierre.
Cueillir les olives

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Louis, Claire, Pierre, Isabelle,

Tous les ans, depuis 2001, une dizaine de personnes se rendent en Palestine pour accompagner la cueillette des olives. « parce qu’alors les Israéliens tirent moins vite ». Imaginez le mur le long duquel patrouillent les soldats, puis une large bande de terre, puis un embrouillamini de barbelés. « Des jeunes ont voulu cueillir les olives des arbres qui avaient poussé dans ce réseau de fils de fer. Mais non, pas possible, les Palestiniens doivent encore respecter 10 mètres d’écart ».

(ndlr : les tracasseries quotidiennes, les interdictions permanentes, la vie entravée font de la graine de « terroriste » . Un acte de désespoir pour des millions d’hommes humiliés).

 Des ponts au delà du mur

Chaque année, dans la région nantaise, des jeunes s’en vont là-bas pour un séjour à la fois en Israël et en Palestine. Cette année ils étaient 140. « Mais moi je n’ai pas pu entrer, raconte Akli, parce que j’ai un prénom qui trahit mon ascendance. J’ai passé huit heures dans un centre de rétention, une sorte de prison, à Tel-Aviv. Puis j’ai été refoulé, mes camarades ont dû partir sans moi ».

Les autres sont allés d’abord en Israël. On leur a fait voir les traces de quelques-uns des 400 villages palestiniens détruits : au pied des conifères qui y ont été plantés il reste trace des murs. On leur a fait rencontrer aussi des représentants de l’association des villages non-reconnus. Ce ne sont pas des villages récents ! Ce sont des villages qu’Israël, un jour, a décidé de rayer de la carte. Donc plus d’infrastructure routière, d’alimentation en eau, d’écoulement des eaux usées, de branchements électriques et de lignes téléphoniques ; plus de ramassage des ordures, de services postaux, de centres de soins, plus d’écoles, plus de crèches.

Puis en Cisjordanie les jeunes ont découvert les colonies, les luttes contre le mur, la vie dans un camp de réfugiés. A Fara’a ils ont participé aux activités éducatives qui, à partir de rien, tentent de donner un présent aux enfants en les sortant du quotidien. Pas facile lorsque chaque enfant connaît quelqu’un qui est allé en prison, sans jugement, sans même savoir pourquoi ! Pas facile lorsque les avions survolent le camp, lorsque les incursions nocturles israéliennes sont courantes.

Arlette raconte : « en 1947, Fara’a s’étendait sur 3600 hectares. Un an plus tard, 2800 hectares ont été confisqués et rattachés à Israël. Sa superficie est donc réduite à 800 hectares. La construction récente du « mur » vient de confisquer 80 hectares annexés de facto à Israël. En particulier 30 hectares d’oliviers se trouvent de l’autre côté du mur. Une porte permet en principe l’accès aux agriculteurs , mais cette porte est ouverte le matin, très peu de temps, et réouverte le soir à 4 heures, en principe, car parfois les agriculteurs doivent attendre jusqu’à 9 heures que l’armée Israélienne les laisse passer. De plus, ils doivent rentrer dans leurs champs sans aucun matériel : ni tracteur, ni ânes, ni échelles, ni bâches ; ils ont droit seulement à un petit sac. Peuvent-ils ainsi cultiver, tailler, ramener leurs olives ? …

De plus, les sources sont de l’autre côté du mur, côté israélien. Les Palestiniens n’ont pas le droit de creuser des puits. L’eau de pluie qu’ils récupèrent n’est pas potable ; ils doivent donc s’approvisionner en eau dans un autre village situé à 11 km. Cette eau ils la payent 2,5 dollars pour 1000 litres tandis que, avec les sources confisquées, les Israéliens irriguent les terres ».

La Palestine est un pays très pauvre où la plupart des gens vivent avec moins de 2 dollars par jour, un pays où 40 % des gens ont des problèmes de santé. Les autorités israéliennes et les puissances mondiales sont responsables de cet état de choses. En revanche beaucoup d’Israéliens les ignorent complètement car tout est fait pour qu’ils ignorent le peuple qui vit au delà du mur. Certains Israéliens, cependant, découvrent que la réalité n’est pas celle qu’on leur a dite mais, s’ils témoignent, ils sont mis en prison pour intelligence avec l’ennemi. C’est le cas par exemple de Tahi Fahima, une jeune israélienne coupable d’avoir voulu aller voir ce qui se passe au camp de Jénine et d’être devenue amie de Palestiniens.

Que faire ? Faire bouger l’opinion ! Refuser le discours humanitaire pour privilégier le discours politique. Les Palestiniens sont en grave difficulté parce qu’ils n’ont pas d’Etat, parce qu’ils sont sous la domination économique d’Israël qui contrôle l’eau, les exportations, les financements, la circulation … tout.

On peut trouver des témoignages
en français, ici :http://www.generation-palestine.org/ponts-mur/?Temoignages-en-francais et
http://www.france-palestine.org/article7421.html