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Proche Orient : un bulldozer pour la Palestine

Ecrit le 9 juillet 2008

 Occupation

« Une fois encore nous sommes allés au Moyen-Orient, en Palestine et en Israêl. Nous étions dix membres du Comité Palestine Israël du Pays de Châteaubriant  . Notre but : apprécier la situation sur le terrain, en multipliant les rencontres   » explique Louis David.

S’immerger une semaine dans la réalité du pays, et non à travers les médias, c’est quelque chose qui surprend les visiteurs qui viennent pour la première fois. « On ne s’habitue pas aux contrôles permanents, aux checks-points, au manque d’eau, aux terres sans accès ».

Le mot qui revient souvent dans les témoignages : celui d’occupation. Avec le sens qu’il avait en France lors de la dernière guerre. Avec une incompréhension : comment des Juifs, qui ont tant souffert, peuvent-ils ainsi imposer leur loi ? Avec un risque : « nous ne voudrions pas que notre témoignage tourne à l’anti-sémitisme »

Et pourtant les témoignages sont nets :
« Les enfants du village de Al-Twani, perdu dans la montagne, au sud d’Hébron, doivent traverser une colonie israélienne pour se rendre à l’école. Normalement l’armée israélienne escorte ces gamins pour freiner l’ardeur des colons. Mais il arrive que l’escorte ne vienne pas ou qu’elle vienne en retard ».

« Alors il y a un groupe de chrétiens américains qui les accompagnent, matin et soir, caméra à l’épaule, pour veiller à leur sécurité ». Mais cela ne se passe pas toujours bien. Selon Amnesty, le 19 mars, deux observateurs internationaux ont été agressés par des colons israéliens alors qu’ils essayaient de suivre l’escorte militaire des écoliers palestiniens. Le 29 mars, des colons auraient jeté des pierres sur des enfants qui allaient à l’école ; l’escorte militaire n’est pas intervenue.

Construction d’une voie d’a

En Palestine les colonies israéliennes sauvages se multiplient, sur les meilleures terres évidemment. Apport de mobil-homes d’abord, puis constructions en dur. Les maisons, dans les colonies israéliennes, sont reliées au réseau électrique et au système de distribution d’eau. Les villages des Palestiniens, même s’ils existent depuis des générations, ne sont pas « reconnus » par les autorités israéliennes. Ils ne bénéficient d’aucun service (électricité, eau, évacuation des eaux usées, éducation, santé). Les villageois palestiniens se voient également interdire la construction de citernes recueillant l’eau de pluie (alors que les forages leur sont interdits). Il s’agit là d’une violence quotienne dont on n’a pas idée tant qu’on n’est pas allé voir.

« Dans la région de Jérusalem, il y avait beaucoup d’artisanat d’art. Cela ne fonctionne plus. Il ne reste que du micro-artisanat sans débouchés. Le tourisme   s’est effondré » dit Martine Buron.

« La région d’Hébron, où nous étions, dispose d’une terre fertile … quand les cailloux ont été retirés. Avec ces cailloux les Palestiniens contruisent des terrasses et produisent des fruits et des légumes. Souvent pour rien car les exportations sont entravées par les tracasseries militaires, les sorties bloquées souvent sans raison ». Les Israéliens ne se privent pas d’annexer des terres, tant pis si, de ce fait, les Palestiniens ne peuvent plus accéder à leurs parcelles ! « Les paysans palestibiens ont besoin de bulldozers et de pelleteuses pour refaire sans cesse les chemins d’accès à leurs terres et pour conquérir de nouvelles terres sur le désert ».

Dans des circonstances pareilles on se demande comment les Palestiniens trouvent encore le moyen de se battre pour survivre . « Nous allons essayer de trouver l’argent nécessaire pour les aider. Nous vendons de l’huile d’olive et des savons de Naplouse à Erbray (Proxi), Rougé (Vival), Châteaubriant (la Cave), St Aubin (boucherie), Ancenis (économat Terrena) ». Et surtout le groupe témoigne de ce qu’il a vu. Une réunion publique aura lieu à l’automne.

« Et puis nous allons poursuivre nos liens avec les associations palestiniennes de la commune de Beit Omar. Nous allons chercher des partenariats dans la région de Châteaubriant ».

 Des pierres et du feu

Beit Omar, ville palestinienne de 17 000 habitants. Un immense mirador surplombe le jardin d’enfants. « Ce matin-là nous devions partir vers 8.30. Mais nous avons entendu des coups de feu : des jeunes Palestiniens envoyaient des pierres sur des soldats israéliens. Cela c’était l’aspect visible des choses. Nous avons appris alors que, vers 2 heures du matin, l’armée a fait irruption dans la ville et occupé une maison. Puis, au matin, elle a tiré des coups de feu sur un jeune qui passait par là, le blessant grièvement. Des balles perdues ont blessé 3 autres personnes. C’est alors que les jeunes ont jeté des pierres ».

Ce genre d’agression de l’armée, ou des colons, est très fréquente en Palestine. On ne le sait guère. La presse est sous censure. Le groupe de Castelbriantais a pu voir comment elle s’exerce au siège du journal palestinien Al-Quds (celui à qui N. Sarkozy a donné une interview fin juin 2008). La presse internationale ne relate pas ces incidents quotidiens qui empoisonnent la vie des Palestiniens et les poussent à des actes de violence par dés-espoir.

 Cadeaux sans solution

Les difficultés des Palestiniens sont évidentes. A Yatta, par exemple, 72 000 habitants, il n’y a que 4 lits de maternité. Les femmes viennent accoucher et retournent chez elles, bien heureuses si elles ne sont pas bloquées aux checks-points. Dans cet hôpital la liste d’attente pour des opérations chirurgicales va jusqu’à l’an 2010 !

Beaucoup de pays du monde ont fait des dons en argent, ou en bâtiments, « mais on a l’impression que c’est pour se donner bonne conscience, pour masquer l’absence de solution politique ». Et quand l’argent manque, les constructions ne sont pas terminées, le fonctionnement est entravé.

Partout, pourtant, les Palestiniens s’organisent. « A Aîda nous avons rencontré Abed, 40 ans, docteur en biologie, qui travaille avec les jeunes du camp de réfugiés. Sur le mur, à 30 mètres d’eux, ils ont peint un écran pour projeter les films qu’ils réalisent et qu’ils iront proposer à Douarnenez cet été. ». Des groupes de femmes proposent de l’alphabétisation et de l’informatique, se lancent dans la transformation de produits alimentaires dont elles assurent la commercialisation. Elles ont réellement voix au chapitre ! On sent cependant le désespoir que cachent mal ces activités.
« Il nous faudrait garder l’espoir
Car tout est désespérant » dit Abed en
souhaitant une paix qu’il pense ne jamais voir pour lui-même.

 Non violence

drapeau-palestine

« Nous avons été étonnés de la vitalité des Palestiniens. Et de noter la montée des mouvements non-violents ». Tous les vendredis, depuis février 2007, des actions non-violentes se développent. Par exemple des jeunes s’enchaînent aux oliviers que les Israéliens veulent détruire. Ils s’accrochent aux grues qui apportent les mobil-homes des colonies israéliennes sauvages.

Certains Castelbriantais ont participé à la conférence de Bil’In (près de Ramallah) sur la résistance populaire non-violente. Il s’y dessine le projet d’un Etat unique, où vivraient ensemble les Israéliens et les Palestiniens car tout le monde sent bien que l’existence de deux Etats séparés n’est pas possible. Et qu’il n’est pas possible non plus d’envisager la disparition pure et simple des Palestiniens.

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