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Devenir Français, et fier de l’être

Ecrit le 16 décembre 2009

Débat sur l’identité nationale, 10 décembre 2009. Voici deux témoignages apportés ce soir-là. Deux vies. Mille questions

 Fernando

Le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale est une volonté d’amalgame entre immigration et nationalité, être Français ou non, et sur l’insécurité.

Le débat est mal venu en temps de crise : il servira à dire que les étrangers viennent en France pour prendre le travail, et profiter des avantages sociaux de la France. En temps de crise c’est la passion plus que la raison qui commande, c’est le racisme ordinaire et pas la volonté de vivre ensemble.

Le débat parle finalement d’intégration. Celle-ci est souhaitable, mais pas une nécessité absolue pour vivre sur la même terre, dans la même ville. Si on respecte les lois, les habitudes du pays, l’égalité entre femmes et hommes, la laïcité comme liberté qui conditionne toutes les autres libertés, doit-on se renier et se dire Français pour satisfaire à un débat qui stigmatise les étrangers ? Car ce débat, il n’est pas pour les Français de souche, ils n’en ont pas besoin.

Pourquoi vient-on en France ? Parce que c’est mieux que dans le pays d’origine, et que les patrons sont allés chercher ou ont fait venir. Et la France à l’époque était bien contente de trouver des travailleurs immigrés. Car ceux qui arrivent sont prêts à travailler, d’âge mûr, sans frais d’éducation pour le pays d’accueil. Par la suite leurs enfants deviendront français et le débat et l’analyse ne sont plus les mêmes.

 Le temps et la communauté

L’immigration a besoin de temps, et même avec le temps, les immigrants de la première génération, arrivés déjà à l’âge adulte, ne s’intègrent presque jamais, ils s’accommodent.

En arrivant l’immigré a besoin de sa communauté. Elle est pour lui la sécurité, le lieu et le lien qui lui permettront de faire le pas vers l’intégration. La communauté est le lieu du va-et-vient, jusqu’au moment où l’immigré n’y revient plus pour y rester.

Plus la communauté est nombreuse, moins facile est le départ, le groupe rassure, vit en circuit fermé sur les idées du pays d’origine. Ce ne sont alors que des individus qui s’intègrent, jamais un groupe à la fois.

Un moment important pour l’immigrant : celui où il adopte des comportements du pays d’accueil, ce qu’implique pour lui l’abandon de certaines valeurs, habitudes ou traditions du pays d’origine. Ce n’est pas facile à vivre, cela signifie reconnaître que les valeurs du pays d’accueil sont supérieures à celles du pays d’origine, sans pour autant renier le passé. Le pays d’accueil demande toujours plus, au point que pour ne plus être regardé comme un étranger, il faut apparaître comme Français, un citoyen presque parfait comme si on devait toujours prouver être mieux que tous les autres. Si l’immigré est venu en France, ce n’est pas pour faire des bêtises, et il doit toujours dire merci. Merci de quoi ?

Le monde, comme la terre, l’eau, la nature, appartient à ceux qui y naissent, l’homme va là où on vit mieux, et ce n’est pas fini, nous sommes 6 milliards, en 2050 nous serons 9, je vois les crimes qui sont déjà une réalité : laisser mourir des milliers en Afrique. Que sera demain ?

 L’immigration n’est pas finie.

C’est à partir de ce constat, de cette compréhension, qu’on peut souhaiter l’intégration. La France n’est pas pire, les Français ne sont ni pires ni mieux que les autres. Ils ont une histoire riche, très riche du vécu, d’apport de femmes, hommes de cultures diverses qui ont façonné la France à travers les siècles. Des hommes, femmes, enfants qui ont posé le sac et sont devenus français, quelle qu’en soit la raison, la France est aussi cette histoire.

Devenir Français ça ne se décrète pas. On vit la France. On vit en France et on voit, on côtoie ceux qui sont là, on construit avec eux par des luttes sociales, des guerres entre pays, ce que la France est aujourd’hui, ce qu’elle sera demain.

L’intégration au supermarché, à l’école, au travail, se fait très vite. C’est l’intégration à l’histoire qui est le plus difficile. Demander à un immigré de faire sienne l’histoire du pays d’accueil : c’est trop lui demander, tout le monde ne peut pas se renier.

S’intégrer aux valeurs, quelles valeurs ? D’égalité, de liberté, de fraternité, mais ce sont des valeurs universelles. Êtes-vous sûrs que ce sont les immigrés qui ne veulent pas de la devise de la France ???

 

Fernando Riesenberger

 

Voir réaction de Paul Chazé

 Henri : Ce jour-là j’ai eu honte d’être Français…

Je suis sous-lieutenant en Algérie. Je commande, par intérim, une compagnie d’environ 140 hommes dans la région de Tlemcen. Un jour de décembre 1956, la Préfecture m’apprend, par téléphone, que, d’ici peu, il va me falloir héberger et surveiller un certain nombre de prisonniers. Effectivement, quelques heures plus tard, des camions amènent au cantonnement une trentaine d’individus encadrés par des C.R.S. Je revois encore ce colosse de lieutenant de C.R.S. me tendant une liste de 30 noms, en me disant : « Mon lieutenant, signez-moi cette décharge. » J’ai signé. C’est ainsi que j’ai pris livraison de 30 prisonniers exactement comme je le faisais habituellement pour 30 chaises, 30 tables ou 30 matelas sauf que là c’était des hommes ramassés dans les rues au cours de rafles ; ce dernier mot ne vous rappelle rien… ? Ainsi donc, le Préfet dépositaire des valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité m’enjoignait de bafouer ces valeurs. J’ai obéi de la même façon que les agents de la police parisienne lors de la rafle du Vel d’Hiv. Y a t-il des degrés dans l’ignoble ?

Ces prisonniers, je les fais travailler au renforcement de défense de fils de fer barbelés. Plusieurs fois dans la journée j’inspecte le chantier, je supervise la surveillance de ces prisonniers au travail. A ce moment-là, je pense fortement à mon père qui, 12 ans auparavant, fut réquisitionné par les autorités allemandes afin de creuser des tranchées pour la défense de la forteresse de Saint-Malo. Je l’ai vu, de loin, creuser une tranchée sous les ordres et la surveillance d’un officier allemand, et là, dans les monts de Tlemcen je m’identifie à cet officier allemand de l’armée d’occupation. Elle est où mon identité française avec ses valeurs. ?

J’avais nommé un responsable des prisonniers, c’était un géomètre-expert, je l’avais choisi pour que le travail soit bien fait et il l’était. J’avais établi avec lui un semblant de climat de confiance. Il savait que je n’étais pas un militaire de carrière, il m’avait confié qu’il désapprouvait les actions sanglantes du F.L.N. mais qu’il était d’accord sur le but à atteindre. Un après-midi alors qu’un vent aigre et glacial portait quelques flocons de neige, nous étions assis, tous les deux, sur un rocher (je revis la scène comme si c’était hier) Tout d’un coup, il se lâche : « Que pensez-vous, mon lieutenant, de l’application de la Déclaration des Droits de l’homme en Algérie ? » Je ne lui ai pas répondu que mon identité française était supérieure à son identité algérienne qui n’existait pas encore et que nous combattions. J’ai répondu platement : « Je ne fais qu’exécuter les ordres. ». Ce jour-là j’ai eu honte d’être Français.

J’ai participé au débat sur l’identité nationale au Théâtre de Verre  . J’ai raconté cette histoire, mon histoire parce que, plus de 50 ans après, je l’ai encore en travers de la gorge.

 

Henri Beloeil

 

Voir réaction de Paul Chazé


Plus d’histoire en Terminale : http://www.leplacide.com/dessin-de-presse/dessin-de-presse.php?dateplus=2009-12-08


 Lettre à M. Sarkozy

Action discrète : un débat désopilant : http://player.canalplus.fr/#/300320