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Un été à l’hôpital

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écrit le 16 octobre 2002

Merci la Sécurité Sociale

Le ministre de la Santé, Jean-François Mattei, a présenté mercredi 9 octobre 2002, en conseil des ministres puis devant les députés, son premier projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), l’inscrivant dans une volonté de réforme dont il a admis qu’elle relevait du « pari ».

Il a confirmé la prévision d’un déficit du régime général de 3,9 milliards d’euros en 2003. Impliquant les patients, plusieurs articles ébauchent une réforme de la politique du médicament, notamment à travers l’abaissement du taux de remboursement des produits qui appartiennent à la même classe thérapeutique qu’un générique.

Cependant, les moyens de maîtriser les dépenses ne sont qu’esquissés, le PLFSS 2003 mettant surtout l’accent sur l’allocation ponctuelle de nouvelles ressources (droits tabac, remboursement d’une partie de la dette de l’Etat...). Clarification et réforme du mode de financement de la Sécurité sociale sont aussi remises à plus tard.


Pour le Syndicat de la Médecine Générale le véritable danger est la remise en cause du système public de sécurité sociale : les dépenses de soins pourront dériver pour le plus grand profit des entreprises pharmaceutiques et de services, ce sont les remboursements qui seront limités ; les patients qui en auront les moyens se paieront des assurances privées, les autres auront un accès aux soins réduit.

Le même syndicat s’inquiète des propos tenus, lors de son congrès de Ramatuelle à la fin du mois de septembre 2002, par la CSMF (confédération des syndicats médicaux français) qui s’est posé la question des indemnités journalières « dont l’augmentation en un an atteint 15,3 %, ce qui est supérieur aux autres postes de dépenses de soins de ville » tout en notant que cette augmentation « se concentre sur la tranche des 55-59 ans, (+ 24 %) ».

De là à suggérer au ministre de la santé de limiter les arrêts de maladie des personnes de plus de 50 ans pour résoudre les problèmes de la sécurité sociale, il n’y a qu’un pas, vite franchi. C’est ce que dénonce le Syndicat de la Médecine Générale qui déclare : « Si les médecins sont amenés à faire des arrêts de travail à des personnes de plus de 50 ans, c’est que les conditions de travail de bien des salariés deviennent intolérables, du fait de l’usure et de la fatigue entraînées par leur poste de travail, ou du fait du harcèlement dont elles sont souvent victimes pour les pousser à démissionner, dans les contextes de restructuration ». On peut ajouter que la quasi-disparition des dispositifs de préretraite joue un rôle dans la mauvaise santé des 55-59 ans. On sait en effet que le travail en France, d’après des études statistiques récentes, est plus intense qu’ailleurs et qu’aucun allègement de la charge de travail n’est prévu pour les personnes commençant à prendre de l’âge.

Christian Bonnaud, Tél 06 75 69 57 33


Le document suivant a été acheté au quotidien « les échos » du 25/09/2002 . Il émane d’un journaliste, Jean Marc Sylvestre, rédacteur en chef de TF1, tout acquis aux thèses du Medef et à la défense des pauvres patrons accablés de charges et de cotisations patronales, pourfendeur de l’Etat-providence et de cet absurde système de sécurité sociale qui est de temps en temps en déficit. Mais voilà que l’été dernier, par suite d’une attaque de septicémie, le sceptique s’est converti …

J’ai failli mourir

J’ai passé un été épouvantable... Hôpital, radiographie, IRM, infection, cardiologie, bloc, réanimation, rééducation. J’ai quitté la société civile, une nuit, au début du mois de juillet, en urgence. Je la retrouve à peine aujourd’hui, retapé, guéri, dit-on, mais passablement groggy. Entre-temps, un été pourri. Trois mois de galère aux frontières de la mort. Il y a des croisières plus agréables. J’ai failli mourir. Quand ça arrive aux autres, on compatit. Quand ça vous arrive à vous, on regarde la planète d’une façon différente. (…)

Ça commence par une banale douleur à l’épaule, ça dégénère assez rapidement en attaque septicémique et ça se termine par la découverte d’une poubelle explosive à l’entrée de l’aorte... Au bout de quelques jours, le scénario devient tellement compliqué qu’il occulte tout ce qui peut se passer à l’extérieur... Tout ce qui vous a passionné jour et nuit pendant des années devient totalement dérisoire... Le 14 juillet, la télé de Chirac, les querelles budgétaires, la chute de la Bourse, les grands départs et la saison pourrie sur le bassin d’Arcachon, tout ce qui devait faire l’ouverture des journaux télévisés m’indifférait alors totalement. La morphine n’amortit pas seulement la douleur.

Jusqu’à cet été, je ne connaissais du système de santé français que l’ampleur du déficit de l’assurance-maladie. Depuis, je sais que ce déficit, que j’ai tellement critiqué, m’a sans doute sauvé la vie. En deux mois, j’ai dû subir tous les examens possibles. Il n’y a pas un millimètre de mon corps qui n’ait été radiographié, avec à chaque fois un gros paquet d’inquiétudes jusqu’à ce transfert en cardiologie où l’angoisse vous tétanise et engendre la résignation. « Vous êtes d’accord pour être opéré ? », me demande le chirurgien. Il me fallait signer... J’aurais signé n’importe quoi... « Faites ce que vous voulez... Je suis fini. » « Taisez-vous ! je vous jure qu’on gagnera. » Je n’en croyais pas un mot et d’ailleurs ce qu’il me disait n’avait aucune importance. J’en arrivais à souhaiter que tout s’arrête.

En toute logique, je n’aurais pas dû survivre. (…). Ma chance, c’est d’avoir été traité par une poignée de médecins extraordinaires de compétence. Des fous de médecine qui n’ont eu de cesse de comprendre ce qui se passait. Dans un système qui, pour être critiqué, n’en demeure pas moins des plus performants...

Je sais aujourd’hui que, sans ce système de santé français et la capacité d’investigation qu’il donne aux médecins, j’étais mort. Dans une logique purement financière, aucun contrôleur de gestion n’aurait pu accepter de telles dépenses. Financièrement, les médecins font prendre à la collectivité des risques considérables. Mais il faut reconnaître que c’est cette liberté totale qui leur permet de gagner des vies. Je leur dois la vie...(…)

Cette médecine haut de gamme est évidemment très chère. Deux mois d’hospitalisation dans trois hôpitaux différents, des traitements antibiotiques très lourds, les radios, les scanners, les IRM (…). Sans la Sécurité sociale, couplée à des systèmes complémentaires d’assurance financés en partie par l’employeur, je n’aurais jamais eu les moyens de payer cette chance de survivre.

La querelle du déficit est sans doute importante mais elle est dérisoire par rapport à l’enjeu. Quand on sait la valeur détruite chez Vivendi sous le règne de Jean-Marie Messier ou celle qui s’est évaporée à France Télécom. Quand on sait les salaires que demandent les stars du football, on se dit que les hôpitaux pourraient dépenser un peu plus d’argent sans qu’on les traite d’inciviques et les médecins, les bons, pourraient gagner plus. (…)

On ne parle jamais de l’importance du réseau de médecins dans le fonctionnement du système français. Et pourtant le secret est là... C’est la qualité du réseau de médecins qui apporte au malade la promesse d’une bonne médecine. Les solistes sont rares dans ce métier, c’est l’humilité de chacun qui fait la force de l’équipe. Le seul problème, c’est que le système français nie l’existence d’un marché. Lequel n’est donc pas transparent. Le bouche-à-oreille tient lieu de marché. Chez les médecins, il y a des bons et des mauvais - comme dans toutes les professions. Mais officiellement personne n’en parle... Les bons ne sont pas mieux rémunérés et les mauvais ne sont jamais sanctionnés... Officiellement, les médecins ne font jamais de fautes ou alors très rarement... Généralement, le « client » ne réclame rien, ni comptes, ni responsabilités, ni dommages et intérêts... D’ailleurs, le médecin n’a pas d’obligations de résultat ni même d’information. Il faut bien reconnaître qu’en règle générale le consommateur de médecine n’est pas en état de demander des explications et de les juger. Il subit inquiet, résigné ou inconscient. (…)

Maintenant, de deux choses l’une, ou vous avez les moyens de choisir et de repérer le bon médecin et c’est tant mieux. Ou vous n’avez pas cette possibilité, soit parce que vous êtes en urgence et isolé, soit parce que tout simplement vous ne savez pas et dans ce cas-là vous êtes forcément en état de risque. Ce n’est pas toujours une question d’argent. Le déficit de la Sécu mélange tout. Les bons médecins coûtent forcément moins cher que les mauvais. A tout le monde, à la Sécu, aux mutuelles, aux patients et à la collectivité.

Le système de santé français est formidable ; il faudrait être sûr que tout le monde puisse en bénéficier.

Jean-Marc Sylvestre