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Le mal-être des jeunes

Le mal-être des jeunes
La mort au volant
Les jeunes : menés en bateau
Jeunes en difficultés
Expérience de l’école St François

Écrit le 22 mai 2002 :

 Mal être des jeunes

12-15 ans : ils sont à l’adolescence, ou au début de leur vie d’adulte, la vie leur sourit, l’avenir se construit. Les jeunes commencent à élaborer leurs projets personnels. La vie est belle ?

Oui, sauf que c’est aussi la période d’un mal-être mis en évidence dans un rapport remis le 19 avril dernier à M. Kouchner, par le psychiatre Xavier Pommereau qui propose des mesures destinées à lutter contre la première cause de mortalité des jeunes : les accidents de la route et les suicides.

Ils sont trop nombreux, en effet, à se tuer sur la route, à se suicider ou à tenter de le faire, à boire de l’alcool, à fumer des cigarettes ou du cannabis et ils sont de plus en plus sujets à l’obésité. Comment convaincre les jeunes de 12 à 25 ans de préserver leur « capital-santé » et de réduire leurs conduites à risque ?

Certes le gouvernement a changé. Mais les problèmes des jeunes demeurent.

Bien dans sa tête

Xavier Pommereau, psychiatre à l’unité médico-psychologique de l’adolescent et du jeune adulte au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, avance une série de propositions, en termes de prévention, susceptibles d’être « comprises et acceptées » par les jeunes.

« Un discours hygiéniste et menaçant qui supposerait les jeunes incapables ou ignorants et qui s’adresserait à eux pour les dissuader par la peur serait au mieux inutile, au pire dangereux car susceptible de provoquer des effets inverses à ceux escomptés », prévient ce spécialiste de l’adolescence. Pour lui, être en bonne santé entre 12 et 25 ans ce n’est pas « être exempt de maladie » mais « être bien dans sa peau, dans sa tête »

Accidents de la route

Les accidents de la circulation sont la première cause de mortalité chez les jeunes (40 % des décès des 15-19 ans et 37 % chez les 20-24 ans), surtout chez les garçons, qui en sont trois fois plus victimes que les filles. Accidents de trajet domicile/école ou domicile/travail, mais aussi résultat d’une « conduite à risque ». Synonyme d’autonomie vis-à-vis des adultes, la conduite d’un véhicule permet aussi de se sentir « reconnu et admiré » par ses pairs, souligne Xavier Pommereau. « En scooter devant le lycée, en voiture avec les filles ou en rejouant « La fureur de vivre » sur les parkings déserts de supermarché », les garçons affirment" « leur puissance et leur fougue », précise-t-il.

Pour limiter les « débordements », le psychiatre propose notamment de mettre en place un dispositif de « navettes » gratuites reliant les discothèques au centre-ville et un « pass jeunes » donnant droit à un tarif réduit en taxi les soirs et nuits de week-end. Il recommande aussi d’interdire totalement la vente d’alcool dans les stations-service. Reste à savoir si ces mesures peuvent être suffisantes...
voir plus loin

Substances psychoactives

L’alcool est le produit le plus précocement expérimenté (en moyenne entre 13 et 14 ans). Un jeune sur quatre en consomme au moins une fois par semaine et l’âge moyen de la première ivresse est de 15,5 ans. Quant au tabac, trois quarts des adolescents l’ont déjà expérimenté, et on dénombre environ 50 % de fumeurs chez les 14-19 ans. Enfin, l’usage de cannabis ne cesse de progresser : en 1999, à 18 ans, 59 % des garçons (contre 34 % en 1993) et 43 % des filles (17 % en 1993) en ont consommé.

Devant l’usage de plus en plus précoce des substances psychoactives, le rapport remis à Bernard Kouchner préconise d’interdire la vente [d’alcool et tabac] aux moins de 16 ans pour retarder l’âge des premières consommations. En outre, il demande l’application effective de la loi Evin dans les établissements scolaires et souhaite que les moyens de lutte contre la dépendance tabagique (patch, chewing-gum) « soient financièrement et matériellement abordables aux jeunes ».

M. Pommereau propose également d’interdire le mécénat par les entreprises commercialisant de l’alcool et d’inciter les fabricants et débiteurs à développer des produits de moindre contenance et/ou moins alcoolisés.

Santé mentale et suicide

Le mal-être et la souffrance psychique sont souvent à l’origine des conduites à risque. Soulignant que les suicides représentent 17,4 % des décès des jeunes hommes et 15,1 % de ceux des jeunes filles, Xavier Pommereau regrette que la France ne dispose pas d’études épidémiologiques qui permettent de connaître la prévalence des problèmes de santé mentale parmi les élèves du primaire.

7 % des jeunes scolarisés (11-19 ans) déclarent avoir fait une tentative de suicide. Et ce taux est multiplié par deux parmi les jeunes ayant quitté précocement le système scolaire.

Dans un rapport du Conseil Général de Loire-Atlantique établi en février 1999, on peut lire : « Beaucoup de jeunes parlent de solitude. Quand ils sont chez eux, ils sont seuls jusqu’à 20 heures parce que les parents rentrent tard. Ce peut être aussi des problèmes de communication au sein de la famille : problèmes d’adaptation qui les placent en situation de boucs émissaires ou de victimes, selon qu’il s’agisse de problèmes comportementaux liés aux difficultés familiales ou de problèmes d’adaptation liés à des établissements scolaires qui ne sont pas à dimension humaine. Ce sont encore des souffrances liées aux difficultés scolaires, au regard de la norme qui veut qu’un gamin doit suivre . On entend alors dire : « je suis nul, à quoi bon, tout cela ne sert à rien » » disait une infirmière d’un collège d’Ancenis, tandis qu’une autre infirmière scolaire, à Châteaubriant, signalait : « Il y a bien souvent une relation conflictuelle, un manque de dialogue avec les parents parce qu’ils ne se comprennent pas. Les difficultés viennent de différentes causes : alcoolisme des parents et violence dans la famille, dépression chez l’un ou l’autre des parents, divorce mal géré, tentatives de suicide. Il y a une souffrance due au manque de dialogue et d’écoute »

Sexualité

L’éducation à la sexualité est désormais obligatoire en milieu scolaire, « elle ne doit pas se limiter à la description de la procréation et des méthodes contraceptives ou de protection », insiste le psychiatre, qui milite en faveur de débats jeunes-adultes sur des thèmes tels que « le risque, l’amour, le respect, la confiance ».

Obésité

Mode de vie trop sédentaire, déséquilibre alimentaire, développement du grignotage et des conduites boulimiques « liées à l’altération des relations affectives interpersonnelles » : les causes de l’obésité, qui concerne en moyenne 10 % à 12,5 % des 5-12 ans et 13,4 % des 12-19 ans, sont multiples. Dans son rapport, le médecin psychiatre Xavier Pommereau propose deux actions qui pourraient facilement voir le jour : « Distribuer gratuitement des fruits dans les écoles » et « généraliser la mise en place de fontaines d’eau fraîche dans les établissements scolaires pour limiter la consommation de boissons sucrées ».

Sport-loisir : M. Pommereau souhaite aussi que la pratique d’un « sport-plaisir » (skate, roller, etc.), en dehors de toute considération compétitive, « soit valorisée ». Il estime aussi qu’il faudrait inciter les industries agroalimentaires à limiter la teneur en sel, en sucre et en graisse dans les produits prêts à consommer.

Ecoute

Dans son rapport, M. Pommereau appelle de ses vœux le « développement de nouveaux dispositifs de consultations et d’hospitalisation spécialisées pour les grands enfants et les adolescents ». (à condition que ces dispositifs pratiquent effectivement l’écoute, et pas seulement, comme trop souvent, la délivrance de médicaments ! ).

Enfin, il insiste sur la nécessité - maintes fois rappelée - de créer un poste d’infirmière à temps plein « dans chaque collège et lycée » et de soutenir l’action du numéro vert « Fil santé jeunes ». On pourrait ajouter la nécessité de mettre en place des structures locales permettant aux jeunes de se retrouver ailleurs que dans la rue, dans un café ou aux portes des HLM.

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Ecrit le 28 septembre 2005 :

 La mort au volant :
route et insécurité sociale

La pacification de la route est-elle limitée par l’insécurité Sociale ? C’est la question que pose Nicolas Rehany, chercheur à l’INRA, après avoir mené une enquête auprès de jeunes ouvriers ruraux (Cf Le Monde Diplomatique de septembre 2005).

Avec la sécurisation progressive des réseaux routiers, la mortalité due aux accidents de la circulation ne cesse de chuter depuis 30 ans dans les pays occidentaux. En France, le nombre de tués, par km parcouru, a été divisé par 8,4 entre 1970 et 2003.

Une tranche d’âge résiste à cette évolution : les 18-24 ans, et eux seuls, ont vu leur nombre de tués sur les routes augmenter en 2004.
– 93 % des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins,
– dans 73 % des cas ils ont eu lieu en rase campagne,
– plus de 30 % des accidents mortels ont été des accidents « avec alcool »
– 70 % d’entre eux se sont produits la nuit.

C’est donc la population des hommes jeunes engagés dans des festivités nocturnes qui paraît la plus concernée par la « délinquance routière ». Lorsqu’on sait que c’est « à la campagne » que les risques d’accidents sont les plus élevés, est-ce dû à l’état du réseau routier ? ou à la composition sociologique du territoire national ? C’est l’objet de l’étude menée par Nicolas Renahy.

Le recensement de 1999 montre que, sur les jeunes de 15 à 24 ans, plus d’un sur trois vit « à la campagne »

A 25 ans, le statut d’ouvrier concerne plus de 60 % des hommes ruraux actifs (contre 44 % des citadins) et 18 % des femmes rurales actives (contre 9 % des urbaines).

Globalement, 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains.

Les jeunes ruraux sont aussi moins diplômés que les urbains. (*)

Selon Nicolas Renamy, « sortant peu qualifiés de l’école, ceux qui n’ont pas les ressources disponibles pour effectuer une migration urbaine se voient isolés, faisant difficilement front à la précarisation sociale qui les guette. Les nouveaux entrepreneurs locaux ne cherchent pas, comme leurs prédécesseurs, à former une main d’œuvre sur place. Ils se tournent vers un réseau géographique de plus en plus étendu, dans lesquels ils puisent des personnels qualifiés, et de la main d’œuvre sans formation industrielle ni syndicale.

Pour les jeunes « autochtones », l’insertion professionnelle se fait en contrats à durée déterminée (CDD) ou en intérim avec alternance de périodes de chômage. “

La bande

Dans ce contexte les les relations de « bande », nouées dans l’adolescence, ont tendance à se prolonger parfois jusqu’à près de 30 ans et avec elles l’instabilité matrimoniale et le report de l’accès à l’indépendance. Elles s’accompagnent de délinquance routière, de consommation de drogues.

La « bande » constitue le dernier rempart contre le sentiment de ne pouvoir reproduire le modèle parental qui avait socialisé les ouvriers ruraux :
– Acquisition rapide d’un savoir-faire professionnel « rentable » écono-miquement et symboliquement
– Formation d’un couple et procréation précoces, dès le départ du domicile parental.

Continuer à fréquenter les amis d’enfance qui ont un devenir social similaire, se retrouver dans l’entre-soi familier de « la bande » permet de mettre temporairement à distance la violence rencontrée sur le marché du travail et de se réassurer quant à son appartenance à un monde où l’on est connu et reconnu.

Braver la fatigue

Le fait de braver la fatigue, l’alcool mais aussi les distances est, en soi, significatif de la volonté de ces jeunes de ne pas rester à l’écart des formes de mobilité géographique dont font preuve les cadres urbains et ouvriers qualifiés. Passer le permis de conduire dès l’âge requis, avoir un véhicule le plus tôt possible, deviennent ainsi les garants d’une autonomie relative pour ces jeunes dont les conditions d’accès à une réelle indépendance tardent à être réunies.

Alors boire beaucoup, résister à la fatigue, sont, pour ces jeunes, des signes de virilité.

L’ami d’un jeune, qui s’est tué en voiture, a dit à l’auteur de l’article du Monde Diplomatique, “C’était un costaud, l’Hervé. Un gramme cinq d’alcool dans le sang, c’était rien pour lui. Non c’est l’boulot qui l’a tué. Fallait voir les semaines qu’il se tapait. Comme moi ... on bosse tous les deux comme des fous ! Il n’en pouvait plus, c’est tout “.

L’explication met en avant l’intensité du travail à laquelle sont confrontés ces jeunes ouvriers sortis récemment du système scolaire. Et qui ne doivent pas se montrer « trop difficiles » lors de leur entrée sur le marché du travail. Une enquête a montré l’ampleur de l’engagement au travail dont certains d’entre eux font preuve pour échapper au chômage et aux formes d’emploi précaires, pour se prouver qu’ils sont capables de faire front face à la « vulnérabilité ouvrière et familiale » que leur groupe d’origine rencontre depuis que leurs parents ont connu le chômage.

Pour Nicolas Renahy, « le véritable problème de l’insécurité routière contemporaine est qu’elle ne constitue, sous ses formes les plus persistantes, que l’une des conséquences du développement de l’insécurité sociale »

(Le Monde Diplomatique de sept. 2005)

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Ecrit le 11 janvier 2005

Les jeunes, moi, je les emmène en bateau


Ecrit le 7 juin 2006

 L’expérience de l’école St François

L’école Saint-François, à Ste Foy au Québec, accueille 200 jeunes de 7 à 17 ans, d’intelligence normale, qui présentent d’importants problèmes de comportement.

À la fin de l’année scolaire 2002-2003, le personnel constate une augmentation des comportements agressifs chez les élèves. Pour réagir à cette montée de violence, l’équipe se mobilise autour d’un projet-école que les élèves baptiseront « Pacifiquement vôtre ».

Cinq volets d’intervention sont jugés importants pour le développement global des adolescents :
– développement des habiletés sociales (gestion des émotions, comportements anti-sociaux)
– intimidation et taxage,
– éducation en toxicomanie,
– entraide par les pairs,
– santé et bien-être dans les relations amoureuses.

Ces éléments ont été définis, avant de se lancer dans la planification des interventions, grâce à un questionnaire proposé aux intervenants scolaires et aux jeunes.

Trois conditions essentielles à la réussite du projet :

    • La formation des enseignants : animation d’activités centrées sur le développement des habiletés sociales et sensibilisation aux phénomènes d’intimidation.
    • L’implication des élèves : choix du nom du programme, sélection des volontaires, formation et implantation du système d’entraide par les pairs, comité de promotion du programme, etc.
    • La planification de la prise en charge et de la continuité du projet par les intervenants du milieu scolaire au cours des années à suivre.

L’implication des jeunes eux-mêmes, dans la préparation et le déroulement de l’action est fondamentale.

Une originalité : un groupe d’élèves confidents est mis sur pied pour promouvoir les valeurs d’entraide et permettre aux jeunes volontaires de développer leurs aptitudes à l’entraide. La sélection des volontaires, effectuée par les élèves et les enseignants, permet de cibler onze élèves (quatre filles et sept garçons) qui ont par la suite participé à une formation (sujets abordés : confidentialité, obstacles à la communication, perception des sentiments, écoute active, rumeurs, préjugés, taxage et intimidation). Ces adolescents mèneront par la suite leur travail d’aidant sur la base des demandes individuelles, avec la supervision continue de la part de l’équipe de psychologues de l’école.

Vie sociale : une cinquantaine d’actions s’attachent aux causes et aux conséquences de la violence, les types de conflits, les solutions de rechange à la violence, la communication efficace, l’empathie, l’influence positive ou négative des pairs, l’entraide, les valeurs et le rapport à l’autorité.

 Et finalement ?

Les réponses aux questionnaires fournies par les enseignants à la fin de l’année scolaire 2003-2004 témoignent des retombées positives du programme sur les élèves :
– une meilleure affirmation de soi,
– une augmentation des comportements prosociaux et
– une amélioration plus marquée de l’autocontrôle comportemental chez ceux qui ont agi comme élèves confidents.

De plus, une diminution de la fréquence des comportements violents est enregistrée entre le début et la fin de l’expérimentation. Plus précisément, ce sont les violences verbales et les bousculades qui ont connu la diminution la plus importante. Les élèves ont davantage fait appel aux éducateurs pour régler les situations conflictuelles de façon pacifique plutôt qu’en arriver à des règlements de compte utilisant la force physique.

Contrairement à ce qui s’était produit lors d’années scolaires précédentes, pas d’actes de vandalisme, d’agression armée ou d’incendie criminel.

La satisfaction élevée exprimée par les élèves concernant la mise sur pied du service d’élèves confidents témoigne finalement de la grande popularité du volet « entraide » auprès de ces élèves à risque.

 Appréciation des élèves

Les aspects du programme les plus appréciés par les élèves ont été les ateliers portant sur la prévention de la toxicomanie, sur l’intimidation et sur la violence dans les relations amoureuses. Cinquante pour cent des élèves ont dit avoir modifié leur façon de gérer leurs conflits.

Ceux qui ont agi comme élèves confidents ont exprimé leur fierté d’avoir pu aider les autres. Ils ont constaté qu’ils faisaient preuve d’une meilleure écoute et ont apprécié que les adultes leur aient fait confiance pour jouer ce rôle.

Source :
http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/numeros/138

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fil santé jeunes« Ils » ont 15 ans, 16 ans. Ne sont jamais sortis de leur banlieue. Certains d’entre eux sont déjà placés dans des centres spécialisés, soit parce qu’ils sont atteints de troubles psychiques, ou de graves troubles du comportement, ou parce qu’il a fallu les enlever à leur famille, pour cause de mauvais traitements. D’autres sont de pré-délinquants, « ils se procurent, par des voies pas toujours légales, les objets que leur vante la publicité et qu’ils n’auront jamais les moyens d’acquérir ». Le Centre Spécialisé est un moyen de rompre avec un milieu défavorisant et de découvrir une autre façon de vivre.

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Mais être en Centre Spécialisé, toute l’année, c’est pas toujours drôle. Et quand arrive la période des vacances, les publicités montrent la montage, la mer, « et les grands oiseaux qui s’amusent à glisser l’aile sous le vent » (comme chante Yves Montand)

Avant que ma jeunesse s’use
Et que mes printemps soient partis
J’aimerais tant voir Syracuse
Pour m’en souvenir à Paris.

Syracuse ?
Pas si loin ! Le Centre propose un séjour d’une semaine au Crouesty, dans le golfe du Morbihan. Cinq-six jeunes, un éducateur, et un skippeur : Thierry Taillandier, de Joué sur Erdre. C’était au mois de juin 2005.

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L’Oceva, un voilier de 14 mètres, est amarré dans la darse nord. Les jeunes montent les bagages, s’installent dans les cabines. Florian trouve les « chambres » très petites ! Dernières courses au supermarché du coin. Première nuit sur le bateau. Les mouvements du voilier bercent les voyageurs qu’inquiètent cependant les bruits sourds des vagues.

Dimanche matin, réveil matinal. Il fait beau. Prendre le petit-déjeuner dehors dans le cockpit : un plaisir nouveau. Chacun des jeunes est équipé d’un harnais, avec corde de sécurité, pour se déplacer le long des « lignes de vie » du bateau : pas question de jouer « un homme à la mer », c’est trop risqué ! « Ces jeunes qui supportent difficilement les contraintes, acceptent celle-là car ils en comprennent le sens. Je n’ai jamais eu de problème à ce sujet » explique Thierry.

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Sur le bateau, tout est découverte : le carré (qui sert de séjour le jour et de chambre la nuit), la table à cartes (les cartes maritimes !), la barre, les mâts et les voiles et ..... « la mitraillette » : ce fil très long équipé de plusieurs hameçons, où des poissons trop gourmands laisseront leur liberté.

Houat, Hoedic, Sauzon en Belle-Ile, l’Ile aux Moines, Le Palais en Belle-Ile, La Trinité sur Mer : une sortie différente tous les jours, sept à huit heures de bateau le temps de sortir du port, d’installer les voiles, de trouver l’itinéraire en tenant compte des récifs et des vents. A bord les jeunes discutent, ou se dorent au soleil. Ceux qui le veulent prennent la barre sous l’œil attentif de Thierry qui, sans en avoir l’air, surveille les opérations. « Je leur fais confiance, ils le sentent, et tout se passe bien » dit-il.

Pourtant l’aventure n’est pas toujours facile : le bateau est un espace confiné. Un mot de trop et la bagarre peut partir rapidement. « L’éducateur et moi, nous commençons par calmer le jeu, pour éviter le conflit, puis, quand le temps a passé, nous reprenons les événements pour en discuter »

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Thierry Taillandier a en effet un Brevet d’Etat de Sport Adapté, qui lui permet d’encadrer une activité-vacances avec des jeunes en difficulté. Il a aussi un CAP ... de pâtissier, et a travaillé en rayon traiteur. Bien agréable pour faire la cuisine avec les jeunes. Plus d’un se souvient de délicieuses tartes aux pommes.

Houat, la pointe ouest : il fait très chaud. Les jeunes gonflent le petit bateau qu’on appelle « l’annexe », qui les mène à la plage. Les vagues chahutent la frêle embarcation .....

Belle-Ile :après deux heures de navigation, l’Oceva accède au point d’eau. « Catastrophe ! Les services portuaires ne donnent plus d’eau aux plaisanciers, une pénurie à cause de la sécheresse oblige à la réserver aux insulaires ». Découverte, fortuite, d’une des contraintes de l’existence. Le retour à bord est épique : panne d’essence, il faut ramer pour ramener « l’annexe ». A l’arrivée, une nouvelle surprise : une vedette de la douane vient fouiller le bateau et contrôle même la coque sous l’eau. Pas de panique : il n’y a rien à cacher ici. Ces péripéties n’étaient pas prévues au voyage !

Avis de grand frais, pluie, « toute la nuit du 15 juin, le vent a soufflé dans les haubans », sur le bateau la matinée s’étire ... En soirée les jeunes de l’Océva échangent avec des étudiants de l’université de Strasbourg. Chansons, musique, la fête se rit des différences sociales....

Dernier jour, derniers travaux, laver à fond le bateau à l’intérieur comme à l’extérieur pour le rendre nickel à son loueur. La semaine est finie, la fatigue se fait sentir, mais les images dansent encore au fond des yeux.

Thierry Taillander fait ainsi 5 à 6 semaines de bateau pour des jeunes en difficulté. « Le voyage est un élément de bonheur dans leur vie, une activité qu’ils n’auront peut-être plus les moyens de se payer » dit-il. « Mais le but profond est autre : passer une semaine ensemble, supporter chacun, avec toutes les contraintes qu’impose la vie en collectivité, dans un espace restreint : rangement, cuisine, respect de règles de sécurité et de navigation ».

Ce type d’activité permet des contacts plus étroits. « Moi j’aime bien rencontrer des jeunes, discuter avec eux, de leur vie, de leur avenir, de leur comportement aussi, de façon informelle. Le bateau offre de nombreuses occasions d’être tranquilles pour échanger sur ce qu’ils ont fait, sur ce qu’ils ont envie de faire ». Pour Thierry, ces jeunes sont « attachants », « dyna-miques », prêts à se mobiliser quand ils ont trouvé quelque chose qui leur paraît valoir le coup.

« Ces jeunes sont fragiles, de par leur environnement économico-familial. Ici ils prennent de l’assurance. Ils passent des vacances actives, ils mettent le monde entre parenthèses, ils ajoutent une pièce dans leur jeu de construction ». « Je n’ai jamais eu à subir un mauvais comportement de leur part » conclut Thierry.

Contact : Thierry Taillandier
06 83 41 61 59
nsvsport@wanadoo.fr

Alcool-désespoir


NOTES:

(*) (ndlr : ceci s’explique :
1) les cadres répugnent à venir résider « à la campagne »
2) les jeunes diplômés de l’ensei-gnement supérieur s’en vont trouver de l’emploi, et résider, dans des villes de plus grande importance. Si les diplômés s’en vont, le pourcentage de non-diplômés augmente)