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Alerte aux pratiques sectaires

Ecrit le 14 avril 2010

 Chamanisme et naturopathie

Dans le cadre de la semaine de l’environnement, un film a été projeté au ciné-Atlantic à Châteaubriant sur la naturopathie. Des spectatrices ont exprimé leur surprise : un film centré sur la personne du fondateur (M. Marchesseau) et une conférence parlant de la naturothérapie, présentée comme le remède universel à toutes les maladies. « On nous a dit : on peut mourir de vieillesse, mais pas de maladie » - « On nous a expliqué que, si nous sommes malades, c’est que nous le voulons bien ». Quelqu’un dans la salle a demandé si cette dernière affirmation concernait aussi les bébés. « La réponse a été vaseuse : c’est peut-être pas le bébé lui-même, mais peut-être la famille, les conditions de la grossesse ou autre ». « Pas de prise de sang, pas de médecin, la naturopathie peut tout guérir ! Les assistants à la conférence étaient béats … ou estomaqués ! Peu sont sortis avant la fin ». Ces personnes ont souhaité un article dans La Mée.

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Et voilà que, pur hasard, la Miviludes vient de publier son rapport annuel. Cette « Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires » (Miviludes) dénonce d’abord les dérives du chamanisme en disant qu’il est difficile, pour un public ordinaire, de « distinguer un charlatan d’un chaman scrupuleux et averti des dérives possibles ». Le titre de chaman n’est en effet, ni évalué, ni protégé, ni contrôlé, il s’agit d’un titre « religieux » et non scientifique, ce qui autorise tous les abus, escroqueries et tromperies

 Chamanisme

Le rapport de la Miviludes relève que de nouveaux guides prospèrent au nom de l’épanouissement spirituel. Epanouissement ? Il s’agit souvent de « pratiques ésotériques, vidées de leur contexte culturel et de leurs buts traditionnels, (…) des techniques mentales avec lesquelles on peut faire tout et n’importe quoi. Un « chamanisme touristique », une pure arnaque »

« Certains chamans auto-proclamés peuvent se servir de votre crédulité et de votre influençabilité pour vous faire faire ce qu’ils souhaitent que vous fassiez :
– payer plus ;
– avoir un pouvoir sur vous, vous faire devenir les « ambassadeurs prosélytes » de nouvelles techniques de sujétion et d’addicts psychotropes ;
– abuser de votre confiance ;
– abuser de vos charmes avec une finalité sexuelle ».
… surtout quand ils s’adressent « à des gens désireux de vouloir guérir une partie d’eux-mêmes, des gens blessés, maltraités, perdus, prêts à tout pour guérir, prêts à payer des sommes vertigineuses, à prendre un avion pour le bout du monde, prêts à vendre leur corps et leur âme pour des connaissances, des savoirs, des vérités cachées… ».

Souvent le chamanisme s’accompagne de prise de drogues hallucinogènes ou de breuvages qualifiés de sacrés. Ayahuasca, iboga, datura et d’autres… « La sacharunascapi permettrait de percevoir et déchiffrer les messages des esprits à travers les bruits ».

Ces substances hallucinogènes ne procurent pas la détente souhaitée « Autour de moi c’est le délire : certains vomissent, d’autres crient ou rient, d’autres ont la diarrhée. Tout se passe dans un état d’ivresse avancée. La séance se déroulant dans l’obscurité, tout cela est très impressionnant » - « Au bout de quelques heures, l’atmosphère ne tient même plus du dérapage mais plutôt d’un accès de folie dans un monde parallèle. On sent la perte de contrôle totale, avec un risque certain de ne jamais redevenir normal ».

A la base, une croyance : le bonheur se trouve nécessairement ailleurs, dans « d’autres mondes révélés par les entités invisibles ou les esprits gardiens de la forêt au terme de parcours initiatique », pour peu que l’on ingère ces filtres ou tisanes, qui sont en réalité des produits neurotoxiques. À force d’espérer une solution à tous les problèmes : maladie, retour d’affection, argent, rémission d’un cancer…, on oublierait presque d’évoquer les effets secondaires allant jusqu’au risque psychiatrique.

Les publicités concernant ces chaman-guérisseurs sont légion sur Internet, avec des indications de leur cursus, non vérifiables et soumis à leur unique « conscience professionnelle » : « chaman occitan au service de la médecine des plantes sacrées » ; « femme-médecine enseignant les pouvoirs du cœur à travers le mystère de l’Être humain » ; « homme médecin instruit au druidisme archaïque » ou encore « scientifique bio-énergéticien en lien avec le règne végétal ».

 Le jeûne et les lavements

Le même rapport s’intéresse aux déviations nutritionnistes. L’espérance de vie, qui était de 50 ans il y a un siècle, est de 80 ans maintenant. Parallèlement on assiste « à un développement de pathologies graves ou invalidantes telles les affections cancéreuses, cardiovasculaires, chroniques avec le diabète et l’obésité, ou encore dégénératives… dont les facteurs favorisants tiendraient entre autres à des causes environnementales et aux modifications de nos modes de vie comme les habitudes alimentaires et une moindre activité physique ».

Dessin de E
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On prône alors le retour à la nature, les médecines naturelles, un nouvel art de vivre, la recherche du bien-être ou encore le développement personnel : instinctothérapie, naturopathie, végétarisme, jeûne prolongé, hygiéniethérapie, médecine ayurvédique, respirianisme, etc. Le vocabulaire est très riche, les pratiques sont fort diverses. Dans nos pays qui ne connaissent pas les grandes famines, « le volet nutrition est promesse de prévention et de guérison des maux d’ici-bas. La quête de la pureté, récurrente dans la mouvance à risque sectaire, requiert la mise en œuvre de pratiques de détoxination alliant exercice physique, frugalité ou encore jeûne alimentaire »

L’initiateur de l’opération « Croisade pour la santé » se déclare par exemple « messager de l’espoir et de la vie saine ». « La nourriture est une addiction de l’être humain. Nous n’avons pas besoin de manger, c’est un manque que nous nous créons ». Les personnes vivant dans les pays sous-développés sont donc bien heureuses !

Les protestations et messages d’alerte se multiplient, rappelant que dès que l’on cesse de s’alimenter, s’installe notamment très vite une insuffisance de protéines dans l’organisme, entraînant une chute de l’immunité. Mais la naturopathie-Mar-chesseau a réponse à tout : « courbature générale, céphalées ou vertiges : il n’y a pas lieu de s’effrayer, mais bien de se réjouir puisqu’ils indiquent que la purification de l’organisme progresse normalement. II faut seulement avoir soin d’assurer un nettoyage complet du tractus gastro intestinal par des purges salines ou des lavements abondants ».

Le risque sectaire est évident. Par exemple, tel mouvement exigera de ses adeptes un régime alimentaire particulier qui, sous couvert de purification, a pour effet de les affaiblir physiquement et de briser d’éventuelles résistances psychologiques tout en rendant difficile l’interaction sociale avec d’autres personnes extérieures au mouvement.

Problème de santé publique, phénomène de mode, objet de recherches scientifiques ou d’activités économiques, le domaine de la « nutrition » est aujourd’hui investi par une multitude d’acteurs et intéresse aussi bien le bien-être que le soin, la production agricole, l’industrie alimentaire, l’art culinaire, la restauration, les loisirs, etc. Il est l’objet d’un intérêt très marqué de la population et d’un engouement pour de nouveaux régimes parfois cautionnés par des personnalités du spectacle ou du monde sportif. Ses évolutions nécessitent une vigilance des institutions publiques et privées au titre de la sécurité sanitaire et alimentaire, compte tenu de la gravité des préjudices physiques et mentaux relevés dans certains cas.

Source : http://www.miviludes.gouv.fr/-Rapport-2009