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Paroles d’adolescents

Paroles d’adolescents

Les dernières larmes que j’ai versées

Les dernières larmes que j’ai versées, c’était le mercredi 5 ... La veille mon père était rentré très tard et ma mère s’est mise en colère. Il y a eu des voltiges de mots grossiers. Moi j’étais dans ma chambre, j’entendais tout. Le lendemain lorsque je suis rentrée chez moi à 12h, on m’a reproché que tout ce qui se passait de mal dans ma famille était de ma faute et que si je n’étais pas sur terre, tout pourrait aller pour le mieux. J’ai l’habitude d’entendre ça depuis que je suis en âge de comprendre, j’entends toujours ces phrases-là. Mais ça me fait toujours un nœud dans moi.

Lorsque je pense à des couples qui adorent les enfants mais qui n’en ont pas et d’autres qui ont quatre enfants et qui, sur ces quatre, en maltraitent une, qui sont injustes, voire même ignobles, qui ne lui souhaitent que des échecs dans sa vie, je suis vraiment dégoûtée. Je me dis que la vie est vraiment mal faite. On devrait punir tous ceux qui ne souhaitent que du malheur à leurs enfants.

Peur

J’ai peur de la mort. Quand je pense que l’on vit une vie et qu’en une fraction de seconde tout peut basculer et on n’existe plus. Avoir un but dans la vie, c’est bien, mais si on ne va pas jusqu’au bout, notre passage sur terre n’aura servi à rien. Plusieurs fois dans ma vie j’ai pu voir la mort s’attaquer à mes proches et je la trouve injuste car elle s’empare de la vie même si elle n’a pas été longue (...) Quand je pense à la mort, je revois tous ces gens qui ont souffert avant de partir et qui n’ont pas eu le temps de vivre leur vie.

La vie

Arriver dans la vie active me fait peur, car on ne peut pas connaître les futurs événements qui vont bouleverser notre vie, si les personnes vont bien nous recevoir, bien nous accepter ou nous rejeter, si on va bien réussir notre vie professionnelle ou si on va être heureux ou malheureux, si on va avoir de bonnes conditions de vie pour avoir l’occasion de visiter d’autres paysages ou d’autres continents, que ce soit sur terre ou sur mer , pour pouvoir dire à la fin de notre vie qu’on a eu une vie heureuse en tout.

La mort

La mort de mon grand-père. J’étais très proche de lui car j’allais presque tous les jours chez lui. Quand on m’a dit qu’il était mort, je croyais que j’allais m’évanouir. je l’aimais plus que tout au monde.

Mes parents n’ont pas voulu que j’assiste à son enterrement puisque je pleurais à chaque fois que je le voyais étalé sur son lit de mort. Maintenant il me manque beaucoup car il me faisait rire. J’aimerais le revoir pour que je le serre une fois de plus dans mes bras.

L’enfance

Pour moi, l’enfance, c’est le plus beau moment de sa vie car on fait les choses sans réfléchir ; on vit sa vie telle qu’elle vient, on s’amuse, on connaît nos premiers fous rires, le premier petit copain qu’on appelle plutôt à cet âge son amoureux. Et puis on est chouchouté, on nous bichonne, on apprécie les petits bonbons de sa grand-mère, les beaux sourires lancés qu’on apprend à échanger lorsqu’on grandit.

L’enfance se termine aux alentours de treize ans, en tout cas pour moi ça été le cas. Mais la fin de l’enfance n’a pas vraiment d’âge car tout ça se passe dans la tête de chaque personne. On peut même à dix-huit ans être encore un enfant dans sa tête et à huit ans être capable de s’assumer tout seul ; tout ça dépend de sa personnalité. Je me suis rendu compte que je devenais une adolescente car je voulais souvent rester seule dans ma chambre, me sentir seule pour faire le vide dans ma tête, rêvasser, penser à de belles choses. Puis j’ai eu droit à mes premières sorties, ma première fête où j’ai eu mon premier petit copain. L’adolescence, on ne peut pas l’oublier, on doit s’assumer tout seul, être responsable de soi-même. Puis on devient adulte et ça je ne peux pas l’expliquer car mon expérience de la vie n’est pas rendue à ce stade-là. Tout ce que je peux ajouter, c’est que Dieu nous a donné une vie, il faut savoir en profiter sans trop exagérer.

Pour moi on grandit quand on en a envie. Quand on se dit qu’il est temps de grandir et de cesser de faire des bêtises

Difficile

La chose la plus difficile que j’aie dû faire, c’est quand j’ai demandé des renseignements sur mon grand-père à mon père pour mes leçons. Quand je lui ai demandé, ça faisait deux mois qu’il était mort. Il a commencé à être triste car ça lui rappelait des souvenirs.

Violence

Quand je regarde en moi je vois un garçon très sérieux qui ne boit que de l’eau minérale, pas comme certains. Je voudrais dire à ceux qui sont orgueilleux, à ceux qui disent qu’ils sont les plus forts, à ceux qui ne pensent qu’à se battre comme des brutes, qu’ils devraient aller faire de la boxe.

Critiques

Je crois que je suis quelqu’un de sensible, de romantique, mais aussi quelqu’un d’orgueilleux qui a un sale caractère et beaucoup de rancœur envers les personnes qui se critiquent constamment et qui ne se rendent pas compte de ce qu’elles possèdent. Ils dénigrent les personnes qui les aiment le plus, notamment leurs parents (...) ils devraient savoir que malgré toutes les choses dites ou faites, ils pourront toujours compter sur eux en cas de besoin. Je crois que je vois en moi une personne qui se sent différente et complètement extérieure à toutes les personnes qui se conduisent ainsi avec leurs parents et avec ceux qui les aiment énormément. Car on mesure toujours ce que l’on a une fois qu’on l’a perdu ! !

Moi en rose ....

Quand je regarde en moi, qu’est-ce que je vois : je vois une fille pleine de bonheur, prête à aider son entourage en lui donnant de l’amour. Je suis aussi parfois timide mais très rarement car je suis très nerveuse et me stresse très facilement surtout quand je n’arrive pas à faire mes devoirs. Je pense que je suis une fille plutôt très dynamique, joyeuse, qui aime la vie et qui a beaucoup de côtés positifs. Je suis prête à écouter les autres. J’éprouve du bonheur à en donner aux autres.

Moi en noir

Lorsque je me regarde dans un miroir, je suis dégoûtée. Je n’accepte pas mon corps tel qu’il est car je me trouve grosse. Quelquefois je me pose la question : pourquoi n’ai-je pas la silhouette d’un mannequin ? Je n’ai vraiment pas de chance de ce côté-là. J’en ai parlé à mon copain qui m’a répondu : « Mais ma chérie, tu es très belle, ton corps est bien comme il est, surtout ne change pas ». D, mon copain m’a répondu que si j’étais fascinée par ce problème, c’est parce que cela se passe dans ma tête. On dit que c’est psychologique et physiologique. Heureusement que D. est là pour m’aider. Il fait tout pour que cela sorte de ma tête. Sans lui, je me sentirais très seule. Cela va faire six mois que nous sortons ensemble et j’en suis heureuse. Je l’aime et il est toute ma vie. Merci de cette lecture.

Paroles d’adolescents ....Ils ont 15-16 ans, ils font les fous, les insouciants, mais ils n’en pensent pas moins.

Merci de les avoir écoutés.


Ecrit le 11 juin 2003 :

  Paroles d’ados

Ils ont 14, 15 ou 16 ans, dernière année de collège avant le troisième grand virage de leur vie : l’entrée dans une classe de seconde, professionnelle ou classique. Sous leurs airs je m’en-foutiste ou sérieux, qu’est-ce qui leur trotte par la tête, quelles joies, quelles souffrances ? quels enthousiasmes ? quels bonheurs ?

Voici des extraits d’une trentaine de témoignages de jeunes. A eux-seuls toute la diversité d’un monde. Depuis des années déjà ils ont ouvert les yeux sur ce qui les entoure, ils savent ce qu’ils aiment, et ce qu’ils n’aiment pas, ils ont le souvenir de faits, de lieux, et se confient avec spontanéité par écrit, avec une certaine innocence. Ils ont des idées sur leur passé mais, à part quelques-uns, ils ne se projettent guère encore dans la vie.

Ma chambre

Leur lieu préféré : leur chambre. « Là, j’y suis tranquille et je peux écouter de la musique et lire tranquillement sans que mon petit frère vienne me déranger ! ». « c’est le seul endroit où je me remets en question quand ça ne va pas ». Après réflexion, un autre s’interroge : « Quand je suis chez moi je vais directement dans ma chambre. J’y suis bien car je n’ai plus de problème (...). Alors normal que j’aime rester dans ma chambre. .... Mais je ne suis jamais chez moi, bizarre. ».

Avec malice, une jeune fille précise : « Le deuxième endroit que j’adore est la salle de bain car je me pomponne beaucoup » et elle ajoute : « vous pouvez rigoler de moi. » D’autres lieux attirent les jeunes : « le jardin car on trouve toujours quelque chose à y faire. Quand l’été arrive, certaines plantes fleurissent, cela est coloré ». Un autre jeune préfère « la salle où il y a notre ordinateur », ou l’annexe de la maison « j’adore me reposer dans le hamac ». A l’époque de la télévision omni-présente, ces jeunes aiment se retrouver avec les habitants de leur commune les jours de kermesse, ou de course cycliste, et des soirées-cabaret où jouent les jeunes et les adultes, « un spectacle, qui fait d’ailleurs la fierté de tous » (...). « Malheureusement, cela fait un petit moment que tout est fini ... mais c’est comme ça, le temps passe et on n’y peut rien... »

La mer

Plus loin, la montagne « où il y a des volcans comme en Auvergne », et la mer, les attirent : « La mer pour moi c’est un lieu de rencontre. C’est là que chaque année je retrouve des amis ». Pour quoi faire ? « Aller dans le port voir les bateaux décharger leurs marchandises. Le matin se lever de très bonne heure et aller ramasser les coquillages sur les rochers et passer l’après-midi à se baigner dans la mer chaude. Et se faire de nouveaux amis dans le camping. » - « On peut se retrouver entre copains le soir pour passer de bonnes soirées en écoutant la mer et parfois même en se baignant. il y a aussi le paysage qui est très intéressant, les rochers, la mer, et parfois les bateaux à l’horizon. J’adore observer la faune aquatique, les poissons, les coquillages... ». Non sans romantisme « Le plus joli moment à la mer qu’on pourrait vivre c’est le soir au coucher du soleil. »

Les copains

Les amis, les copains, les copines tiennent une grande part dans leur vie. « On a mis toutes les couvertures dehors et on a parlé, on a fait un « actions et vérités » un jeu auquel tous les adolescents jouent et puis il y a eu des petites amourettes comme vous à notre âge ! Ensuite on a parlé , parlé ... ». Les vacances favorisent les rencontres   : « Je trouve que le camping peut rapprocher les gens puisque j’ai encore un contact avec des personnes que je n’ai vues que quelques jours. ».

Les premiers émois se devinent de quelques phrases pudiques. Un soir de St Sylvestre par exemple : « ce que j’aurais souhaité, c’est que la chose pour laquelle j’étais venu (sortir avec la fille que j’aime) arrive plus tôt et pas juste avant de partir »- « Je suis sortie dehors et puis Eric était là. Et nous sommes sortis ensemble ». Mais n’imaginez pas tout savoir, mesdames et messieurs les adultes qui lisez ces lignes : ils ont leur jardin secret « on garde un peu de notre intimité pour nous ... ».

Les parents

Des parents, de la famille, ces jeunes en parlent un peu. « Mon plus grand malheur serait de perdre mes parents, parce que je suis proche d’eux, que j’ai beaucoup de complicité avec eux, je les vois tous les jours donc ils me manqueraient. ».
Une jeune fille exprime son émotion : « ma sœur est venue à la maison et a offert un cadeau à mes parents, c’était un livre intitulé « les grands parents ». Tout de suite j’ai réagi et mes parents aussi, par contre ma petite sœur n’avait rien compris (...). Puis une semaine après, mon autre sœur invite mes parents pour aucune raison et sans nous les enfants. (...) Tout de suite je me suis dit que mon autre sœur était enceinte. J’avais raison, je me souviens encore ce sentiment de joie, de bonheur. ».

D’autres fois, c’est le souvenir d’un village, lié au souvenir du père. « Un petit village situé à trois kilomètres du bourg. C’est ici que j’ai eu mes premières dents. Ma petite sœur y est née, et ce n’est que quelques mois après que l’on a appris que mon père était malade. Ce n’est que vers ma sixième année, que je commençai à comprendre lorsqu’il eut ses premiers malaises. ».

« mon père était dans le coma. Je ne comprenais pas. Je ne savais pas ce que c’était. Etait-ce grave ? Il est resté dans le coma plusieurs jours, je ne sais pas vraiment car nous n’avions pas le droit d’aller le voir. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi nous n’avions pas le droit. Qu’est ce qui pouvait bien être interdit ? Est ce que sa maladie était contagieuse ? Etions-nous trop jeunes ? »

La mort

Certains jeunes ont la chance d’avoir une enfance heureuse : « avec une vraie famille car c’est lorsqu’on est enfant et dès qu’on est le plus jeune que l’on a le plus besoin d’être le mieux encadré, et moi j’ai vraiment eu cette chance-là dès que j’étais toute petite ».

D’autres jeunes ont l’expérience de la mort :
« La dernière larme que j’ai versée c’était à la mort de mon frère. Depuis ce jour-là ça me fait comme si on m’avait enlevé une partie de mon cœur. Quand je suis rentrée chez moi je voyais mes parents qui pleuraient, mes oncles et mes tantes, je vis aussi mon frère allongé, tout le monde autour de lui !. Aujourd’hui il me manque beaucoup. Il y a huit jours, c’était l’enterrement de mon oncle (...). Je vois tous ceux que j’aime autour de moi partir, mon frère, ma grand-mère, des amis, mon oncle. Je me demande bien quand mon tour arrivera. »

La mort, ça arrive à tout âge. A 26 ans, est-on vieux ? « Je n’aurais pas cru que l’un de mes oncles serait mort à un âge aussi jeune parce qu’il n’avait que 26 ans. Et puis moi je trouve que 26 ans c’est un peu jeune pour mourir. Mais d’autres personnes peuvent trouver que 26 ans ce n’est pas jeune. Le jour de son enterrement j’ai beaucoup pleuré ».

Divorce

La mort est une épreuve difficile. La vie peut être plus difficile encore. Le divorce des parents par exemple, et les circonstances qui l’accompagnent : « Le problème c’est qu’on avait un chien. Le jour de notre déménagement j’ai vu que mon père n’en voulait pas et que nous, on ne pouvait pas le prendre car on n’avait pas de terrain et que c’était trop petit pour un gros chien, nous avons donc été obligés de le laisser à la fourrière. Voilà ceci est la chose qui a été très difficile pour moi car je l’adorais. (...). Le jour où mon père a emménagé dans sa maison, mon chat est parti. Mais ce qui est bien, c’est qu’au bout de sept mois d’absence on l’a retrouvé dans le champ à côté de chez mon père, ce qui m’a beaucoup remonté le moral » .

Certains jeunes vivent à la maison des situations dramatiques :
« Il y a sept ans de cela, et cela fait sept ans que je n’ai pas oublié. Je ressens encore la chair de poule me venir partout dans le corps, et mon cœur se soulève en entendant la voix de mon père, quand il m’a dit « dégage ». Je n’ai jamais entendu mon père me dire cela avec ce regard de fureur et cette voix, que personne n’aurait osé contester. Je l’ai écouté, et suis partie en courant, en ne comprenant pas ce qui s’est passé. Tout ce que j’ai dans la tête c’est le nom de ma belle-mère. Une fois de plus, elle a réussi à monter mon père contre l’une de ses filles, mais pour une fois, ce n’est pas mes sœurs, mais moi. Lorsque j’étais rendue au garage je me sentais frustrée comme si j’avais quelque chose à me reprocher. Depuis, je ressens toujours cette frustration en moi et la plupart du temps je suis triste. ».

Une autre jeune fille raconte : « Je rentrais de mes vacances où tout s’était passé normalement. Mais, le dimanche mes parents m’ont demandé de passer le balai, alors je l’ai passé. Bien sûr ce n’était pas assez bien pour eux. Alors ils se sont énervés. Pourtant je suis habituée à les avoir énervés, mais là ils étaient fous ! Ils ne se contrôlaient plus. J’ai eu très peur. Alors ma mère m’a appelée. Je suis arrivée et mon père est arrivé par derrière, et il m’a giflée. Jamais je n’avais reçu de claques aussi fortes que celle-là. J’avais mal, je souffrais. Mais ensuite, il a continué à me donner des coups de poing sur mon corps et ma mère aussi. Pourtant ma mère ne me faisait jamais ça auparavant. J’avais mal, mal physiquement, mais surtout mentalement. Savoir que ma mère pouvait me voir souffrir ainsi. Je criais, criais ! Mon père (je ne sais même plus pourquoi je dis « père », pour moi, il ne sera bientôt que le mari de ma mère) a continué et il m’a couru après, alors je me suis mise en boule sur le canapé. Ma sœur qui était à l’étage est arrivée en entendant les cris, elle a dit : « Arrêtez ! Arrêtez ! » Je vous promets que de raconter ça me fait... Mais rien n’a changé depuis ce jour là, on dirait que ça l’amuse de me voir pleurer ».

Injustices

Moins graves sans doute, mais bien marquées, l’histoire de quelques injustices :
« Mon cousin insista pour que l’on fasse une bataille de coussins sur le lit de ses parents alors qu’ils nous l’avaient strictement défendu. Je refusai. Mon cousin n’était pas content et me lança un coussin qui tomba sur la lampe [de la table de nuit], qui s’éclata par terre. Il me fit croire que tout cela était de ma faute, et au fond de moi, je me sentais coupable. Mon oncle et ma tante entendirent le bruit et montèrent donc voir ce qui se passait, et lorsque mon cousin leur expliqua que c’était de ma faute, ils appelèrent ma mère qui me gronda. Tout ceci n’est pas bien grave mais moi je m’en souviens ».

L’injustice, dans un autre cas, est liée à la rouerie d’autant plus dangereuse lorsqu’elle émane d’un bébé de 4 ans « un petit bout de chou craquant, haut comme trois pommes, avec une tignasse blonde et frisée, le regard pétillant de fraîcheur et muni d’une adorable petite bouille ronde : arme redoutable ! » : (...) « Calmement, tranquillement, il se dirigea vers le beau vase qui se trouvait sur la petite table, juste à côté de moi, et le poussa de toute la force de ses petits bras... Et là, catastrophe ! Le vase éclata en morceaux... Ne comprenant strictement rien à ce qui venait de se produire, je restai debout, l’air niais, à côté des dégâts. Mon petit frère, quant à lui, s’empressa de se rouler sur le canapé en hurlant : « Maman ! Maman ! ». Bien sûr, maman était déjà là... Elle venait de perdre un des cadeaux qui lui avait été offerts... Evidemment, je montre mon frère du doigt, mais il fait de même et raconte à maman que ça ne peut être que moi puisque je suis à côté du vase et que lui il est dans le canapé, de l’autre côté de la pièce... De toute évidence, je suis plus qu’outrée, je dis à ma mère : « Tu ne vas pas le croire maman ? », et là , le comble du comble, il se met à pleurer et à m’accuser d’être une menteuse ! Pour bien clore le débat, il ouvre ses minuscules bras potelés, se dirige vers maman avec sa petite démarche mal assurée et gémit : « maman... », sans oublier le bisou et le magnifique sourire qu’il lui fit ! Voyez-vous, moi je ne peux pas rivaliser avec ça, alors, malgré mon caractère, j’abandonne le duel... J’essayai tout de même de faire jaillir la vérité, mais en vain. Je fus punie pour avoir brisé ce vase ! ».
L’injustice résulte des circonstances de la vie : « Mon plus grand souvenir d’injustice date de trois ans. J’étais en classe de 5e. Un des garçons de la classe venait d’arriver au collège, une quinzaine d’autres élèves se mirent à le frapper. Après que l’élève ait eu posé sa plainte, moi et d’autres élèves nous avons été convoqués dans le bureau du sous-directeur. Le fait d’avoir été convoqué alors que je n’avais rien fait m’a surpris et mis en rogne. Car j’étais innocent ».

Le sentiment d’injustice aussi peut être lié à un simple cambriolage vécu comme traumatisant, un soir en rentrant d’une fête : « il y avait un bazar pas possible sur la table. Tous les placards étaient vides. La salle à manger était dans un état pas possible. Prenant mon courage à deux mains, j’entrai. Je montai à l’étage, je vis tout d’abord la chambre de mes parents ; leur armoire était vide. La nuit fut blanche et atroce. Le lendemain, j’allai au collège. J’étais obligée. Vers dix heures, j’annonçai ce qui m’était arrivé à quelques amies. L’une d’entre elles éclata de rire, puis les autres suivirent. Je me sentie humiliée. Pourquoi ? Ce n’était pourtant pas de ma faute.

Avec réflexion, je pense qu’elle voulait faire son intéressante, et qu’elle n’avait pas su comment réagir, mais en tout cas, je n’irai pas lui demander pourquoi elle a eu un rire si cynique et méchant. »

Qui suis-je ?

Qui sont-ils ces jeunes ? Ils ne le savent pas trop. « Si je regarde en moi, je vois une personne qui a du caractère, quelqu’un qui a de la colère en soi. Mais pourtant en regardant de l’extérieur, je suis plutôt réservé, timide ». « Certains me disent qu’ils me trouvent immature pour mon âge comme mes parents, ou d’autres trop dure ou même trop protectrice, comme l’une de mes amies, mais en réalité qui suis-je ? Suis-je tout cela en même temps ou une partie ou ne suis-je rien de tout ça, suis-je énervante, gentille ou au contraire désagréable, suis-je comme je le pense ou comme les autres pensent ? » (...) « Enfin bref, tout ce que je sais c’est que je suis comme je suis et je plais à qui je plais » . Cela débouche sur une façon de vivre : « je ne juge pas les gens quand je ne les connais pas ».

Ces adolescents chantent sous la douche, ils aiment la mer parce qu’elle les calme, ils ne sont pas toujours très hardis : « La chose la plus difficile que j’ai dû faire dans ma vie, c’est traverser une petite rivière la nuit dans un endroit que je ne reconnaissais pas. J’avais 13 ans ».

L’enfance

Pour l’un l’enfance finit à 10 ans : « c’est l’âge où l’on arrête de faire des bêtises et où l’on se sent dans une nouvelle vie qui commence, dans une nouvelle peau. Nous pouvons avoir des aventures que nous n’avons jamais connues quand nous étions tout petits et que nous connaissons maintenant. ».
Pour un autre, l’enfance finit quand commence l’adolescence « mais on garde toujours une âme d’enfant ».

Pour un troisième : « une enfance ne termine jamais, car on a toujours une part de jeunesse en soi. A 10 ans, à 30 ans, ou même à 80 ans, on sera toujours la même personne avec les mêmes envies et les mêmes sentiments bien que l’on n’ait plus les mêmes centres d’intérêt . L’enfance se passe avant tout dans la tête et n’a pas besoin d’être délimitée par tel ou tel âge et s’adapte en fonction de la jeunesse d’esprit de chacun ».

Passions

Et l’avenir ? Peu de jeunes parlent de leur avenir. Mais ceux qui le font ont vraiment une passion dans leur vie :

Soit en termes de travail : « Si je n’étais pas moi-même je serais Bill Gates. Mais pas pour les richesses qu’il possède, mais pour sa connaissance développée à propos de la création de programmes [informatiques]. Le domaine informatique m’intéresse beaucoup et si je n’étais pas intéressé par le domaine des droits je serais sûrement programmeur »

Soit en termes d’engagement, comme ce jeune qui décrit le centre de formation des jeunes sapeurs-pompiers où il passe tous ses samedis matins pour se former « à ce fabuleux métier » : « Si je devais revivre des journées, ce serait les journées de mon stage car j’ai adoré être en présence de Sapeurs Pompiers professionnels. La seule chose que je voudrais changer, c’est que je voudrais être à leur place. Je veux faire ce métier car un jour j’aimerais partir sur une catastrophe naturelle pour sauver des personnes. Et si je devais mourir en service ce serait en sauvant un enfant. »

Soit en termes de foi : comme cette jeune fille qui affirme haut et clair qu’elle est témoin de Jéhovah et raconte sa journée la plus riche en émotions : celle du baptême qu’elle a demandé. « Comme tous les candidats de par le monde, j’ai voué ma vie à Jéhovah, nom que nous donnons à Dieu. Autrement dit je me suis engagée dans la prière à le servir toute ma vie. J’ai fait l’offrande de ma vie à Dieu ». Dans un long témoignage poignant elle raconte son cheminement avant de terminer « Je veux absolument faire remarquer que j’ai fait ceci parce que je l’avais décidé. C’est tout le sens de ma vie ».


Ceci est la synthèse de témoignages autobiographiques récoltés par un professeur, dans une classe ordinaire, lors d’un cours de français (Merci à Mme R. de les avoir communiqués, avec l’accord des jeunes). Ils montrent que la jeunesse d’aujourd’hui n’est pas différente de celle d’autrefois, que les jeunes, s’ils ont leurs goûts propres, ont aussi tout un système de valeurs, des souffrances, des interrogations, des enthousiasmes qui en font presque des adultes.

Il suffit seulement qu’on leur donne la possibilité de se dépasser, de se consacrer à une tâche qui les passionne. C’est réconfortant. Non ?


Ecrit le 2 mars 2005 :

 De moi en mois

Des élèves du collège St Michel de Guémené Penfao, dans le cadre des actions cultu-relles du Conseil Général de Loire-Atlantique ont réalisé des photos-confidences. Un grand miroir a été placé par les jeunes, en divers endroits du collège, la cour, le préau, le parc à vélos, le hall, les toilettes, etc. Chacun explique le cadrage choisi et décrit son personnage dans le décor.

expo-departement

Sur la photo qui illustre l’affiche (voir ci-contre) , Laur’Anne s’interroge : « Pourquoi mon pied est-il appuyé sur le robinet ? Eh bien même moi je ne saurais vous répondre, si ce n’est juste pour rappeler les coups de pieds que l’on donne dedans pour nous défouler après les cours ! Devant, au premier plan, c’est ma silhouette ! Sinon, en haut à droite, on voit deux petites têtes : c’est Laurie et Céline, elles font aussi partie de la mise en scène car j’aime beaucoup être entourée de mes amis pour rire et m’amuser ».

Sur une autre photo, Elodie décrit : « Derrière le miroir, on voit les bras de deux personnes mais je n’ose pas aller plus loin pour les rencontrer. De plus le miroir fait un cadre, on y voit la lumière. Pour moi cette lumière symbolise la liberté, mais je n’arrive pas à y accéder à cause du cadre plus sombre qui est la timidité ».

Défi à soi-même et aux autres

Matthieu analyse : « le miroir nous emporte dans une autre dimension, celle de l’imagination et de la créativité. Le ciel que nous voyons sur la photo ainsi que l’espace de la cour montrent ma personnalité, c’est-à-dire que je suis ouvert aux autres. Mais le préau qui m’assombrit montre que je suis un peu renfermé sur moi-même. Dans cette photo j’ai laissé un soupçon de mystère qu’il faut découvrir comme un livre qui nous emmène au plus profond de soi »..

Jeff a voulu mettre en avant son aspect étourdi. Sylvain a préféré montrer un côté cascadeur en défiant « l’autorité de l’école. Car l’action est réputée dangereuse ». Marine présente ses deux facettes : « au collège, discrétion, effacement, fille réservée. Là-bas, animation, rigolades, présence ». Pour elle le miroir représente la liberté « liberté d’agir, liberté de penser, liberté indispensable au bonheur ». Mathieu se représente suspendu au panneau de basket car il « adore faire le singe et le fou ».

Exposition très intéressante, façon originale de permettre l’expression des jeunes. A voir à la Maison du Département  , rue Denieul et Gatineau à Châteaubriant .

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