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Dialogue

Ecrit le 28 septembre 2011

 Analyse transactionnelle

Le RAM (Relais Assistantes Maternelles) a 20 ans. Il a été créé en 1991 par Josiane Boulogne, adjointe, sous la municipalité Martine Buron. A l’occasion des 20 ans, des remises de diplômes « Premiers Secours » ont eu lieu et deux départs en retraite, chacune des deux dames ayant 18-19 ans d’ancienneté et ayant suivi 80 à 120 enfants.

A cette occasion JC.Fontaine, psychothérapeute, est intervenu sur les relations entre les assistantes maternelles et les parents. « Vous n’êtes pas employées des parents. Considérez-vous comme des prestataires de service, établissez un contrat avec les familles : celui-ci vous protège ! ».

Puis il a donné une conférence sur ... la communication ! Nous lui empruntons, ci-après, des explications.

Les anthropologues disent, qu’à l’origine, l’homme est un primate social, territorial et belliciste. Social parce qu’il vit en groupe pour assurer sa sécurité et sa reproduction. Territorial parce que ce groupe est organisé sur un territoire sécurisé. Belliciste parce que, dans son groupe, les places sociales, les rôles, se définissent selon des rituels agressifs d’intimidation voire d’attaque. Aujourd’hui les différends ne se règlent plus que rarement à coups de dents, mais la rencontre de l’autre est toujours accompagnée d’angoisse. Ami ou ennemi ? Pour faire baisser cette tension nous avons recours à des rituels : le sourire, le signe de tête, le signe de la main, le « bonjour ». On entre ainsi en communication.

La communication est quelque chose de subjectif. Des regards qui gênent ou qui rapprochent : on est dans le ressenti. L’autre paraît sympathique ou bien étrange, inquiétant. On ne le « sent » pas. C’est que nous faisons appel à la lecture d’une foule de petits signes que nous interprétons, à tort ou à raison, selon notre « cadre de référence » (celui-ci peut varier selon notre milieu, notre éducation, notre expérience. Par exemple en France il est de bon ton de regarder l’autre dans les yeux. En Asie ou en Afrique une telle attitude est signe d’arrogance).

Une des fonctions de la communication est donc d’apaiser la relation en émettant des signes de reconnaissance. Une autre fonction est d’échanger des informations. La communication est un des facteurs essentiels de l’organisation sociale.

 Cybernétique

La cybernétique, c’est l’art de gouverner les hommes. Prenons deux personnages P1 et P2.

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Discussion à deux

P1 envoie un message en direction de P2 et vérifie, selon sa réponse ou son comportement, s’il a bien été compris, s’il se trouve « sur la même longueur d’onde ». Par exemple, un homme dit « bonjour » à une femme. Celle-ci répond-elle « bonjour » avec un sourire engageant, ou d’un ton sec ? Ou bien ne répond-elle pas ? Dans tous les cas l’homme va interpréter cette attitude en fonction de son cadre de référence et adapter son discours de façon à être compris.

 Les états du moi

L’analyse transactionnelle est une théorie de la personnalité et de la communication. Elle vise à une meilleure compréhension de « ce qui se joue ici et maintenant » dans les relations entre deux personnes et dans les groupes. Ce « jeu » concerne plusieurs « parties » du moi. Éric Berne, médecin psychiatre, a défini trois parties du moi de chacun de nous.

Le Parent correspond aux pensées, émotions, et comportements acquis par imitation de figures parentales ou éducatives marquantes.

L’Adulte caractérise les émotions, pensées et comportements en réaction directe avec la réalité de l’ici et maintenant.

L’Enfant correspond aux pensées, émotions, et comportements qui sont une reviviscence de notre propre enfance.

Nous sommes toujours dans l’un de ces états du Moi et nous passons sans cesse de l’un à l’autre selon notre personnalité et selon les événements. Exemple : je suis en voiture, j’observe les panneaux, je choisis mon itinéraire tout en écoutant de la musique. Je suis dans « mon Adulte ». Mais voilà que quelqu’un me dépasse en me serrant de trop près. Je râle « Bougre d’idiot, tu pouvais faire attention » : je porte là un jugement en prenant l’attitude qu’aurait prise mon père en paraille circonstance. Je suis dans « mon Parent ». Enfin je me gare et je marche sur le trottoir en m’amusant à éviter les interstices des pavés. Je suis alors dans « mon Enfant ».

Dans l’état « Parent » nous avons deux fonctions : la fonction normative (« celui qui dit la règle ») et la fonction nourricière (« celui qui protège »). Ces deux fonctions peuvent être positives ou négatives.

Je t’interdis de voler sur un chantier, c’est du normatif positif. Je t’interdis de lire : c’est du normatif négatif.

Si je dis « Prends soin de toi, on annonce du mauvais temps » : c’est du nourricier positif. Si je dis « tu es trop timide pour faire cela, laisse-moi le faire » : c’est du nourrissier négatif, qui empêche de grandir.

Dans l’état du moi Adulte, je suis dans la fonction « ordinateur ». La personne examine objectivement ce qui se passe en elle ou à l’extérieur, s’exprime généralement en dehors des préjugés et des pressions, de façon réfléchie, logique, rationnelle.
Dans l’état du moi « enfant » on distingue trois catégories : adapté soumis (en accord avec l’éducation reçue et avec la société), ou adapté rebelle ou libre.
– Quand je m’arrête à un feu rouge, je suis adapté soumis positif. Quand je dis « oui monsieur » à quelqu’un qui me dit que je suis nul, je suis adapté soumis négatif.
– Je suis rebelle positif quand je résiste à un parent négatif. Et rebelle négatif quand je m’oppose à un parent positif.
– Enfin l’enfant libre se caractérise par le jeu, la créativité, la spontanéité. Il peut être positif (quand il peint, dessine ou fait du théâtre) ou négatif (quand il tague une façade même avec de belles couleurs !)

 A qui qu’on cause ?

Ces trois états du moi jouent sur la qualité des relations entre les personnes. Voici le cas de Martine (assistante maternelle) et de Monique (Maman de Léa).

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Discussion en adultes

Martine : à quelle heure déposerez-vous Léa ?
Monique : à 8 heures

C’est une transaction Adulte-Adulte :
– les deux femmes ont échangé une observation ici et maintenant
– les mots utilisés sont adultes
– l’intonation de la voix et la posture confirment l’état du Moi adulte

C’est une transaction parallèle, complémentaire. La communication peut durer indéfiniment.

Autre cas : la transaction croisée

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Transaction croisée

Martine : à quelle heure déposerez-vous Léa ?
Monique : dès que je serai prête. Vous le verrez bien !

Dans ce cas Monique croise la transaction. Elle prend le pouvoir à partir d’une position dominante qui positionne Martine dans l’Enfant.

Dans une transaction croisée, il y a rupture de la communication (moment de stupeur, coup de théâtre). Le croisement oblige l’interlocuteur à changer d’état du moi. Que peut donc répondre Martine ?

– soit elle reste dans l’Enfant et se soumet « D’accord, Monique » - ou se rebelle « Je ne vais rien voir du tout. Ca ne marche pas comme ça »

– soit elle passe dans le Parent et se met en compétition « Non, moi j’accueille Léa entre 7h30 et 8h. Ni avant, ni après, c’est comme ça »

– soit, et c’est la meilleure transaction, elle se replace dans l’Adulte et dit : « Non Monique, j’ai besoin de connaître l’heure de façon à m’organiser ».

La transaction à double fond

Dans ce type de transaction cachée, deux messages sont envoyés en même temps.

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Transaction à double fond
Cliquer pour agrandir

– Martine (assistante maternelle en position adulte) : « Léa a beaucoup toussé aujourd’hui ».
– Monique (la maman, en position adulte) : « elle était en pleine forme ce matin ! » (et sous entendu, en position parent : c’est chez vous qu’elle a attrapé froid !)
– Martine se sent en position enfant et pense « C’est pas de ma faute, elle est arrivée malade » mais répond (en position adulte) : « Je l’ai trouvée palotte quand elle est arrivée ».

Il y a différents degrés dans la transaction cachée. En effet, celle-ci peut être employée pour dire ce que l’on pense sans créer de conflit ou se mettre en danger. Exemple :

Jean (à Line) : voulez-vous voir mes estampes japonaises ? [Sous-entendu : j’aimerais vous connaître davantage]

Line : oui d’accord [Sous-entendu : vous m’intéressez aussi !]

La transaction cachée peut-être manipulatoire. Exemple :

– Le vendeur à un jeune client : il y a bien cette voiture, mais je crains qu’elle soit trop chère [sous-entendu : t’es trop fauché pour la payer]
– Le jeune répond [de façon cachée ! tu me prends pour un fauché !] et ouvertement « Eh bien, je la prends cette voiture »

 Finalement il y a trois règles fondamentales

– une relation peut se poursuivre tant que la transaction est parallèle.
– lorsque la transaction est croisée, la relation est soit stoppée, soit modifiée
– lorsque le récepteur d’un message caché choisit de répondre au message apparent, il entre dans la dynamique du « Triangle dynamique » (ou triangle des conflits)

 Le triangle des conflits

Il existe trois rôles sociaux : le persécuteur, le sauveur et la victime.

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Triangle des conflits

Chacun de nous peut être dans l’une de ces positions. Dès qu’une personne se plaint, elle est en position de victime. Elle a besoin de trouver un sauveteur ou un persécuteur pour confirmer sa position de victime, ce « cadre de référence », cette façon de vivre qui la sécurise.

Mais on peut changer de rôle ! Exemple : une femme avec un sac très lourd : elle est en position de victime. Un homme se propose de l’aider (il est donc en position de sauveur) mais la femme se rebiffe et ..
lui répond « Je ne vous ai rien demandé » - Alors le sauveteur devient victime (il s’est fait rembarrer) et la femme-victime devient persécuteur !

Chacun a un cadre de référence élaboré depuis la toute petite enfance, construit à partir des expériences, des injonctions reçues, des modèles ou contre-modèles observés. C’est ainsi que, peu à peu, nous décidons de ce que nous sommes et de ce qu’est le monde et, a priori, tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre de référence peut être perçu comme menaçant. Si quelqu’un se dit « je suis de gauche », tout ce qui viendra de la Droite aura du mal à rentrer. Si quelqu’un se dit « je suis athée », tout ce qui touchera au religieux aura du mal à rentrer !"

 En conclusion

JC Fontaine, lors de la discussion, a donné quelques conseils :

–  veiller à ce qu’on dit de l’enfant. Tout ce qu’il entend est vécu comme une vérité absolue « Mon fils est très timide » ... alors l’enfant n’osera pas faire plein de choses.

– tout mode de communication professionnelle doit se faire dans le Moi-adulte, sans coefficient émotionnel

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Analyse transactionnelle, dessin de Moon (06 87 32 77 47)

- avec les enfants, ne pas utiliser la transaction « double lien » où, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, ce n’est jamais bien. Exemple : une mère vient rendre visite à son fils à l’hôpital. Il est heureux de la voir et spontanément met sa main sur son épaule. Elle sursaute (1re injonction : refus de son geste d’amour) et il retire sa main. Elle lui dit alors « tu me n’aimes plus ? » (2e injonction, qui nie la première). Et enfin de conclure : « tu ne devrais pas avoir peur de tes émotions » (3e injonction, qui le place dans une impossibilité de sortir de la situation). Lui laisser plutôt le choix : tu veux mettre tes souliers ou tes nu-pieds ?

– ne pas accepter n’importe quoi de la part des parents. Les relations avec ceux-ci doivent être détaillées au maximum dans un contrat. Le RAM est là pour aider à la rédiger. Par exemple, s’il doit y avoir de temps en temps des modifications d’horaires, il faut que ce soit contractualisé au départ. « Car le contrat est protecteur. Vous avez le droit à une vie privée. Sinon vous allez accumuler des ressentiments et ça explosera un jour. Vous n’avez pas à su-bir ! Les parents attendent une assistante maternelle à leur disposition ? Eh bien non ! Plus vous allez être sur des bases professionnelles et mieux ce sera »

–  Fiez vous à votre intuition. 80 % de la communication est non verbale. Si vous rencontrez une famille et que vous vous dites « ça ne va pas le faire », Eh bien, ne le faites pas !

–  Vous avez un rôle paradoxal ! Car vous en savez davantage sur l’éducation des enfants, que les parents eux-mêmes. Vous apportez la sécurité aux parents. Ils ont besoin de savoir comment ça s’est passé, justement pour être sécurisés"

– l’enfant aussi a besoin d’être sécurisé. Pour cela, il faut lui fixer des limites. S’il n’en trouve pas, il expérimente sa puissance, et son insécurité augmente alors.

–  la fessée, même sur les couches, on oublie ! Si vous utilisez un geste de violence, vous montrez à l’enfant que la violence est efficace et qu’elle crée de l’humiliation. Et plus tard il adoptera ce comportement !

– un enfant qui tape ? Taper est une pulsion animale. Un film à voir à ce sujet : « les récréations » (de Claire Simon). Les pulsions agressives servent à se défendre et à se construire. Le travail éducatif consiste à socialiser l’enfant pour en faire un adulte libre, autonome, responsable. Taper est souvent un geste de colère. Expliquer à l’enfant qu’il a le droit d’être en colère ... mais pas de taper ! On ne réprime pas les émotions, on contrôle les comportements liés à ces émotions !


Il y a 360 assistantes maternelles sur les 19 communes de la Com’Com’   du Castelbriantais. Elles maillent le territoire, elles permettent aux familles d’habiter dans des petites communes. Elles sont « la seconde maman », assurant un accueil de qualité, aussi bien humain que technique. Comme dit Michelle Cochet, maire du Petit Auverné, elles ont un rôle essentiel.