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Alter (01)-La mondialisation contre les travailleurs

Ecrit le 7 juin 2000 :

La mondialisation contre les travailleurs

« Une économie mondiale au sein de laquelle les gens n’auraient pas le droit de s’organiser et de se syndiquer n’aurait aucune légitimité sociale » : dans un rapport global sans précédent, le BIT (Bureau International du Travail) appelle à un plus grand respect des Droits du Travail.

Dans ce rapport intitulé « Votre voix au Travail » le BIT affirme que « Dans un certain nombre de pays, les travailleurs qui essaient de s’organiser sont souvent encore en butte à des intimidations et à des menaces. Ils risquent parfois même leur vie ». Le BIT plaide pour la liberté d’association et le droit effectif à la négociation collective et demande aux gouvernements de ne pas se contenter d’accepter ces principes du bout des lèvres : « faire en sorte que les autorités publiques reconnaissent qu’une bonne gouvernance du marché du travail, fondée sur le respect des principes et droits fondamentaux au travail, contribue puissamment à un développement économique, politique et social stable dans le contexte de l’intégration économique internationale, de l’expansion de la démocratie et de la lutte contre la pauvreté »

Encore plus difficile

Lors de l’ouverture, mardi 30 mai, de la Conférence internationale du travail, qui tient sa session annuelle jusqu’au 15 juin, à Genève, le BIT constate que : « En assurant aux capitaux une grande liberté de mouvement, l’internationalisation de la production a réduit les possibilités de négociations collectives. » (...) « Des méthodes de travail plus flexibles, le recours croissant à des accords de sous-traitance et le travail à temps partiel rendent encore plus difficile toute organisation des travailleurs en vue de défendre leurs intérêts propres ». Résultat, le « déficit de représentation » est de plus en plus marqué dans la plupart des pays, ce qui confirme aux auteurs que « la mondialisation, sous sa forme actuelle, ne profite pas à suffisamment de monde ». Le BIT plaide pour le développement du syndicalisme : « la consolidation de la démocratie va de pair avec l’élargissement de la liberté d’association ».

Les femmes et les migrants

« La mondialisation doit protéger les plus faibles et mettre un terme aux inégalités les plus graves et les plus aberrantes. L’insécurité, quelle qu’elle soit, ne fait pas bon ménage avec la croissance » : le rapport disséque les catégories de population les plus touchées par le phénomène (les femmes et les migrants). « un système d’exclusion est incompatible avec le contrat social démocratique » dit-il.


Ecrit le 10 janvier 2001 :

L’OMC et les manifs

Seattle, Washington, Genève, Prague : on croit que les manifestations ne servent à rien. Et pourtant, voilà maintenant que l’OMC (organisation mondiale du Commerce) cherche désespérément un lieu de réunion ministérielle. Le temps n’est plus où les pays membres se disputaient l’honneur d’accueillir la conférence bisannuelle des ministres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Après les deux premières réunions à ce niveau, en 1996 à Singapour et en 1998 au siège de l’organisation, à Genève, les Etats-Unis avaient mis tout leur poids dans la balance pour obtenir le privilège de mettre sur pied la dernière rencontre du siècle à Seattle. Avec tous les désagréments que l’on sait. Les émeutes de 1999 dans cette ville ont refroidi les ardeurs et nul ne se bouscule plus au portillon. Doha, au Qatar, et Santiago du Chili sont les seules villes candidates

Des bateaux au large

Du coup, échaudés par le spectacle de Seattle et craignant des débordements, les membres de l’OMC ne montrent plus le même empressement à faire acte de candidature à ce genre d’événement. Si bien que pour l’heure, et à moins d’une année de l’échéance, les responsables de l’OMC ne savent toujours pas où se tiendra la prochaine conférence ministérielle, prévue statutairement à la fin de 2001. Depuis le fiasco de Seattle, un seul pays, le Qatar, s’est proposé pour recevoir l’honorable assemblée en sa capitale, Doha.

Le Qatar est un petit Etat du Golfe. La réunion de l’OMC devrait s’y tenir fin 2001, mais alors ce serait la période du ramadan il faudrait donc avancer la date de réunion. Ensuite, l’émirat ne dispose pas d’infrastructures hôtelières suffisantes pour héberger les quelque 5 000 délégués attendus. Pour y suppléer, les autorités ont proposé d’amarrer des bateaux de luxe au large des côtes afin de loger les participants. Enfin, l’Arabie Saoudite, qui ne fait toujours pas partie de l’OMC, craint les risques de dérapage d’une telle réunion à sa frontière. Ca fait bien des problèmes !

La candidature de Santiago du Chili a aussi été examinée, mais la ville n’a pas le financement nécessaire

Genève, dévoue-toi !

Faute d’autre solution, il ne resterait plus qu’à se rabattre sur Genève, siège de l’OMC. Mais cette ville, qui s’était naguère dépensée sans compter pour garder l’organisation internationale en ses murs, ne manifeste guère d’enthousiasme : tout le monde se souvient encore de la nuit d’émeute qui a secoué les rives du Léman lors de la réunion des ministres en mai 1998, et l’image de l’OMC est loin de faire l’unanimité dans l’opinion.

Afin de prévenir la répétition de tels incidents, les autorités genevoises envisagent d’organiser parallèlement à la conférence officielle un « sommet alternatif » pour permettre à la société civile de s’exprimer. Mais ce n’est pas ce que celle-ci souhaite !

OMC voir page 1328

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Ecrit le 10 janvier 2001 :

Porto Alegre

Deux forums internationaux vont se tenir simultanément, du 25 au 30 janvier 2001 :

– L’un à Davos, c’est le forum des puissances d’argent. Créé en 1971 ce Forum économique joue un rôle stratégique dans la formulation de la pensée de tous ceux qui promeuvent et appliquent les politiques néo-libérales dans le monde entier. Sa base d’organisation est une fondation suisse dotée d’un statut consultatif auprès de l’ONU, et financée par plus de 1 000 entreprises multinationales.

– L’autre à Porto-Alegre, au Brésil, sera un nouvel espace international pour la réflexion et l’organisation de tous ceux qui s’opposent aux politiques néo-libérales pour donner la priorité au développement humain et mettre fin à la domination des marchés financiers dans chaque pays et dans les relations internationales.

Echange d’expériences, mise en place de coordinations entre organisations non gouvernementales (ONG), mouvements sociaux, syndicats, associations et groupes de citoyens : le forum social mondial est la suite des manifestations de Seattle, Wahsington, Genève, Prague qui ont mis en évidence l’émergence d’un mouvement civique transfrontières.

Les grandes institutions internationales habituées, depuis des décennies, à prendre, hors de tout contrôle démocratique, des décisions engageant la vie de centaines de millions de personnes découvrent qu’elles ont désormais des comptes à rendre aux opinions publiques.

Les gouvernements doivent également savoir que cette vigilance s’exercera avec encore plus de rigueur à leur égard. Pour certains d’entre eux, il ne sera plus possible de prétendre s’être fait « imposer » d’en haut des mesures néfastes pour leurs peuples, alors qu’ils ont contribué à leur élaboration, ou les ont cautionnées, au sein même de ces institutions.

Des milliers de syndicats, associations et autres mouvements populaires qui, chacun dans son pays, sa province, sa ville ou sa campagne, menaient des luttes qu’ils croyaient isolées, ont pris conscience qu’ensemble ils constituaient une force de résistance à la mondialisation néo-libérale. Ils ont commencé à se connaître, ils échangent régulièrement des informations, ils se rejoignent dans des actions communes ou convergentes, et ils ont vocation à devenir un contre-pouvoir citoyen international.

C’est ce mouvement que la proposition d’un Forum social mondial entend prolonger. Le choix de Porto Alegre, au Brésil, n’est pas innocent : le Brésil est l’un des grands pays victimes de la mondialisation. Mais de fortes résistances s’y développent, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, dans les lycées et universités que dans les favelas. Les organisations populaires y disposent déjà de solides points d’appui dans plusieurs Etats et dans de nombreuses municipalités.

Lieu de débats ouverts, de présentation d’expériences, de coordination de combats futurs, le Forum social mondial sera un jalon de plus vers la naissance d’une citoyenneté planétaire s’enracinant dans les luttes sociales locales et nationales.


(écrit le 29 janvier 2003)

Le WEF à Davos
Le FSM à Porto Alegre

Jeudi 23 janvier 2003 ont démarré deux forums mondiaux, l’un est celui de la peur, l’autre est celui de l’enthousiasme. Reste à savoir qui gagnera la bataille.

A Davos (Suisse), pour le WEF (World Economic Forum) (forum économique mondial) : 2150 personnes ont été invitées sur le thème « Construire la confiance » : en fait l’heure est à l’incertitude et aux remises en question : les marchés financiers s’effondrent, des scandales comptables secouent de grandes entreprises américaines comme Enron ou WorldCom et la guerre annoncée avec l’Irak pourrait ralentir encore une économie mondiale chancelante.

L’inquiétude se marque également par des mesures de sécurité exceptionnelles. La presse helvétique a évoqué « le plus grand système de sécurité jamais mis en place en temps de paix en Suisse ». Pour la première fois, il était prévu que tout appareil entrant dans l’espace aérien au-dessus de Davos sans autorisation pouvait être abattu. Rien que cela ! C’est dire à quel point le WEF de Davos s’est tenu dans un « camp retranché ». La peur a changé de camp. Et ce n’est pas simplement sensible à Davos : si le gouvernement de Bush, si le gouvernement de Raffarin, multiplient les menaces sur les libertés c’est qu’ils se sentent eux-mêmes menacés.

A Porto Alegre (Brésil) s’est tenu le Forum social Mondial (FSM) : 100 000 personnes pour discuter sur le thème « Un autre monde est possible ». Conçu à l’origine comme un « anti-Davos » le Forum social paraît plus dynamique que jamais : ses promoteurs le voient se muer en force d’initiative  . « il a aujourd’hui acquis une dynamique propre et le FSM continuera d’exister même si Davos venait à s’arrêter », affirme Benoît Berger, du conseil international du FSM. Ses responsables le conçoivent comme un laboratoire d’idées pour une civilisation solidaire, tolérante et pacifique. Le nouveau président brésilien, « Lula », en a été une des vedettes, seule personnalité à participer à la fois au Forum de Davos et à celui de Porto Alegre.

A Davos : la peur

Selon le journal « 24 heures » de Lausanne, Davos s’est tenu sur fond de tensions internationales. Chefs d’Etats et auto-proclamées « élites » de l’économie, se sont interrogés sur les moyens de « construire la confiance. »

« Confiance », le Forum aurait tant voulu redonner courage à des responsables politiques et économiques inquiets. L’énoncé des conférences donne la mesure du taux d’angoisse perceptible à Davos :

L’ombre d’Al-Qaïda

D’abord, des experts en renseignements ont tenté de recomposer les pièces manquantes du puzzle d’Al-Qaïda. Un petit jeu à se faire peur. Les informations sur cette nébuleuse islamiste sont aussi opaques qu’un jour blanc sur les pistes de Davos. Le terrorisme fut à l’ordre du jour avec « les conséquences sur l’économie de la guerre contre la terreur. »

Non sans innocence ( ?) ou ironie (?) John Ashcroft, le ministre américain de la Justice, invité de marque au Forum (et farouche partisan de la peine de mort) a déclaré : « La plupart des nations visées par le terrorisme partagent des valeurs semblables, comme la liberté... » Mais de quelle liberté s’agit-il ? pour ce chrétien fondamentaliste (= extrémiste), il n’y a d’autre justice que celle de Dieu. Et pour lui, il ne s’en est jamais caché, Dieu, c’est aussi un peu l’Amérique. Et on sait les pratiques de l’Amérique vis-à-vis des prisonniers d’opinion (relire la Mée du 8 janvier 2003).

Le conseiller socialiste vaudois Pierre Tillmanns commente : « A Davos, les riches se préoccupent avant tout d’enrichir les riches. On fait semblant d’aider les pauvres tout en les étranglant financièrement. Résultat : la montée de la haine. Il ne suffit pas de bombarder l’Afghanistan ou l’Irak pour la faire taire ! »

L’Irak en premier plan

Pas inscrite au programme, l’éventuelle guerre en Irak n’a pas été absente des esprits car à la veille de la clôture de Davos et de Porto Alegre, le chef des inspecteurs de l’ONU, Hans Blix, doit remettre au Conseil de sécurité son premier rapport sur le désarmement de Bagdad.

Mais le terrorisme et la guerre n’ont pas été seuls au cœur des débats : la progression du sida, l’effondrement de l’économie argentine, le nucléaire, l’environnement, les scandales comptables, tout ce qui inquiète nos sociétés industrialisées a été présent dans les têtes. Juste deux phrases prononcées à Davos :

MAHATHIR Mohamad (Premier ministre de Malaisie) : « Nous avons fait du monde un beau gâchis (...) aujourd’hui, nous avons peur des lettres, des colis, des couverts en métal (...) nous sommes en pleine Troisième Guerre mondiale (...) »Terrori-ser les terroristes ? ça ne marchera pas".

Klaus SCHWAB, fondateur du Forum : « Nous avons été victimes d’une euphorie coupable (...) nous entrons dans une période de modestie et l’humilité devient une valeur en hausse ».

Etat-voyou

A Porto Alegre, au lendemain d’une « marche pour la paix » qui a réuni plus de 70.000 personnes alors que plane la menace d’une guerre en Irak, l’intellectuel égyptien Samir Amin a qualifié les Etats-Unis « d’Etat-voyou numéro un du monde ».

« Le plan stratégique des Américains vise à établir le contrôle militaire sur la planète, à soumettre tous les peuples du monde au chantage permanent qui vise à détruire par les bombes tout ce qui résiste au pillage américain », a-t-il dit.

Lula da Silva

Du journal O estado de Sao Paulo, 23 janvier 2003

Lula da Silva, un des critiques les plus virulents, dans le passé, du Forum de Davos, s’y rendra cette année comme chef d’Etat de la République Brésilienne. « Il y exprimera sans doute son hostilité de principe à l’économie de marché. Sa présence à Davos sera le symbole d’un refus du système économique mondial : contre le déséquilibre qui existe entre les nations prospères et les autres, contre la « liberté du commerce » qui n’est en fait que le protectionnisme des sociétés puissantes contre les pays pauvres, contre la politique des subventions agricoles qui favorisent les pays riches et détruisent les productions de pays pauvres, contre l’arrogante hyper puissance américaine qui envisage sereinement une guerre mondiale favorable à ses propres intérêts »

Au moment de « boucler » ce numéro de La Mée nous ne savons pas encore ce qu’a dit Lula da Silva, au forum de Davos. A Porto Alegre il a promis de dire qu’il est inconcevable de « perpétuer un système qui fait que certains mangent cinq fois par jour et que d’autres passent cinq jours sans manger » ; que « les enfants noirs ont autant le droit de se nourrir que ceux aux yeux bleus des pays nordiques » ; que « le monde n’a pas besoin de guerre mais de paix » et qu’il « serait plus heureux si les dépenses d’armements servaient à « tuer » la faim ».

Lula da Silva représente un espoir pour les peuples latino-américains. Aura-t-il la possibilité d’aller au delà des grands principes ? Aura-t-il les moyens de sa politique ou sera-t-il affronté aux puissances économiques et financières ? Déjà le real, monnaie brésilienne, est au plus bas face au dollar. Le passé a montré que les puissances ne reculent devant rien, même pas le crime, pour se débarrasser de ceux qui se dressent sur leur route.

Les années à venir, dans le monde, sont des années de grave incertitude.


Un bréviaire contre la « mondialisation libérale »

« Le Monde diplomatique » publie un Atlas d’un nouveau type. Dense et richement illustré par des cartes et des infographies très originales, ses textes prêtent aussi à discussion.

Le lecteur que hérisse la dimension ultralibérale quasi-systématique des analyses de nombreux hebdomadaires dispose désormais d’un contre-feu d’excellente facture : l’Atlas du Monde diplomatique, sorte de bréviaire de l’antimondialisation libérale.

L’appareil cartographique, statistique et infographique y est remarquable conférant à cet Atlas une incontournable utilité.

Ignacio Ramonet, directeur de la rédaction, évoque le « rouleau compresseur de la mondialisation libérale », caractéristique principale d’une ère historique nouvelle, consécutive à la chute du mur de Berlin et la disparition de l’Union soviétique, qui ont « rendu obsolètes beaucoup de nos références antérieures ».

Il détaille les funestes conséquences de la mondialisation : « perte d’autonomie des gouvernements, dégradation du rôle des partis, puissance des marchés financiers, activisme des entreprises géantes, essor des réseaux mafieux, prolifération des paradis fiscaux, endettement des pays du Sud, saccage de l’environnement », et surtout l’émergence d’une hyper-puissance

unique, les Etats-Unis, « qui domine (...) un monde entré dans une nouvelle ère impériale, pleine d’incertitudes et de menaces »

Hors série de « Manière de voir » janvier 2003, 194 pages, 10 euros

AGCS

ATTAC

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Argent du crime