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Alter (06)-Textile chinois

 Histoire de textile de Chine

Ils avaient dit ....
Ils disent ....
« concurrence libre et non faussée »

On en voit un exemple très concret depuis le 1er janvier 2005 : le textile chinois.

Ce n’est pas une nouveauté : depuis 1974 la libéralisation était prévue. Les Chinois s’y sont préparés. Ils ont créé des emplois (tant mieux pour eux) et fabriqué de nombreux vêtements de « Troisième catégorie » : chemises en coton, vestes, pantalons en coton, lingerie en coton et en fibres artificielles.

Résultat : dès la fin des quotas qui leur étaient imposés, les exportations de textile vers les Etats-Unis ont bondi de 258 % depuis le 1er janvier 2005. : Selon Bruxelles, les importations de tailleurs féminins en provenance de Chine ont été multipliées par deux, celles de pull-overs par trois. Et les bas, collants et chaussettes... par 57. Pékin en a en effet écoulé plus de 913 millions de paires, contre moins de 16 l’année précédente.

+ 1574 %

Le ministère chinois reconnaît lui-même que les exportations mondiales de pantalons et de chemises en coton ont grimpé respectivement de 1574 % et 595 %, celles de sous-vêtements de 742 % lors de la période allant de janvier à février 2005.

L’arrivée de l’été devrait encore accélérer le phénomène.

L’organisation patronale européenne du textile, Euratex, chiffre à un millier les emplois détruits chaque jour en 2005 dans l’Union Européenne. Un rythme deux fois plus élevé que les années précédentes. Il faudrait y ajouter les dizaines de milliers de postes supprimés au Maroc, en Turquie, à Madagascar... Autant de pays qui avaient un accès privilégié au marché européen grâce aux pourcentages réservés, mais qui ne peuvent lutter contre les bas coûts chinois. Même en Asie, des États comme le Bangladesh et le Sri Lanka perdent des milliers d’emplois

Les patrons s’inquiètent. Pour qui ?

Les plus chanceux sont les patrons qui ont pu, depuis plusieurs années, tirer bénéfice des bas coûts en Asie où ils ont délocalisé massivement, et d’où ils ont organisé un juteux système de réimport vers l’Europe. Mais d’autres patrons du textile sont en difficulté.

En face, le lobby de la distribution défend bec et ongles un libre-échangisme débridé, qui lui permet de tirer les prix vers le bas ( ??) et les bénéfices vers le haut.

Les consommateurs, eux, ont plutôt le moral dans les chaussettes. Les baisses de prix provoquées par l’importation massive de vêtements chinois ne profitent pas à tout le monde. Le syndicat patronal européen Euratex reconnaît que le prix des articles importés par l’Europe entre 2000 et 2004 a baissé de 39 % mais que les prix à la consommation n’ont baissé que de ...1,1 % en Europe. Plus curieux encore : au cours de la même période le prix de détail des articles textiles a augmenté de 0,6 % en France alors qu’il a baissé de 23 % en Grande-Bretagne. On se demande qui a empoché la différence.

Protectionnisme

Le patronat s’inquiète (pour qui ?) car, après le textile bas de gamme, la Chine vise les filières de haute qualité et les produits « techniques », des créneaux très profitables.

En quelque sorte, les libéraux sont victimes de leurs propres règles libérales et ils parlent de quotas, de limitation autoritaire des importations chinoises, quand ça les arrange !. Les grands champions du libéralisme débridé, les Etats-Unis, commencent à dire qu’on ne peut pas toujours laisser faire “la main invisible” du marché, montrant ainsi une nouvelle fois l’ampleur du fossé qui sépare les actes des intentions affichées.

Dans l’Union Européenne il y a une marge entre des pays producteurs de textile comme le Portugal, la France ou l’Italie et d’autres qui n’en ont pas comme la Suède. Les uns souhaitent des mesures restrictives, les autres non.

Personne n’oublie que le commerce est un échange. Si l’Europe veut vendre des produits, il faut qu’elle achète ceux des autres. On dit qu’un Airbus A 320 correspond à 20 millions de chemises chinoises. Et comme la France a vendu 25 avions ......ça fait 500 millions de chemises chinoises à acheter. Une pour chacun des Européens !

Le gouvernement chinois n’a pas tardé à réagir aux perspectives de remise en cause d’un marché à “la concurrence libre et non-faussée” par justement ceux qui tentent de persuader l’opinion que le “libéralisme” ou son synonyme d’“économie sociale de marché” sont la seule issue.

Travailleurs
contre travailleurs

Dans cette histoire, il y a ceux qui parlent haut (les industriels) et ceux qui font le dos rond. Cette affaire est un combat : travailleurs contre travailleurs. Les travailleurs du textile en Europe, en Amérique, dans les pays du Maghreb, ont le droit de travailler et de pouvoir vivre de leur travail. Les Chinois aussi ! Verrouiller les importations chinoises, ce serait forcer 100 millions de Chinois à rester sous le seuil de pauvreté (selon l’organisation Oxfam). Entre 1981 et 2000 l’extrême pauvreté en Chine est passée de 40 % à 21 %.

Le problème c’est que le combat est à armes inégales : horaires démentiels, salaires très très bas, peu de charges sociales (donc pas de services publics : éducation, santé, etc), monnaie dévaluée, etc.

Le système des camps
de travaux forcés

Une des causes des prix bas du textile chinois est le système des camps de travail dans lesquels les détenus sont forcés de fabriquer des produits dans des conditions esclavagistes.

Selon des sources en Chine, les détenus travaillent en moyenne plus de 20 heures par jour. Ils ont uniquement l’autorisation de faire une courte sieste après l’aube sur la plate-forme même où ils fabriquent les pull-overs. Quand ils travaillent aux machines, ils doivent souvent y rester jour et nuit sans interruption. La plupart d’entre eux ont le corps meurtri, sont mal nourris et maintenus dans des conditions de travail épuisantes et exécrables.

Les camps utilisent une partie des profits pour s’agrandir dans le but de développer leurs capacités de production. Ainsi, les produits manufacturés par les camps de travail envahissent le marché international à des prix compétitifs et très attrayants à cause de leur coût de production extrêmement bas.

« Le salaire minimum rend l’industrie nationale inefficace », de même que la bureaucratie, analyse une économiste de Djakarta (Indonésie) : « Rien ne sert d’être jaloux de la Chine, il faut être plus compétitifs. » . Ainsi même l’Indonésie, et les pays à bas coûts, souhaitent tirer encore vers le bas. Tirer quoi ? les conditions de travail, les salaires ? l’emploi ?

Pourquoi n’importerait-on pas en Europe le système des camps de travail chinois ? Ce serait le bonheur !

Réagir

Tous les grands patrons qui savaient ce qu’allait donner la « concurrence libre et non faussée » des produits chinois, tous ces grands patrons qui gagnent des cent, des mille et des millions, qu’ont-ils prévu pour créer de l’emploi dans d’autres secteurs ?

Il ne s’agit pas en effet d’empêcher les Chinois de travailler. Il s’agit de trouver du travail, à des conditions correctes, pour tout le monde. Cela ne semble pas être la préoccupation des grands de ce monde.

Zorro

A l’aide, Zorro européen, défenseur de la veuve et de l’orphelin ! Et du salarié licencié. .......sauf que .........

Le projet de Traité Constitutionnel Européen a fixé de nombreuses règles sur le marché. Mais n’a rien prévu de précis sur les conditions de salaire et de travail (sauf quelques voeux pieux)

Si le mot banque y figure 417 fois, le mot marché 138 fois, les mots salaire (ou dérivés) y figurent 18 fois et jamais l’expression salaire minimum ou rémunération minimum. Il est dit : « Tout travailleur a droit à une limitation de la durée maximale du travail et à des périodes de repos journalier et hebdomadaire, ainsi qu’à une période annuelle de congés payés » mais c’est très vague (vœu pieux) et il n’est nullement question d’harmonisation des conditions de salaire et d’emploi.

Pourtant « avec le textile, on voit bien que c’est seulement avec l’Europe qu’on peut répondre », a déclaré sur Europe 1 le ministre délégué de l’Industrie, Patrick Devedjian oubliant que, sur les 200 000 salariés du textile en France, très peu sont concernés par la fabrication des tee-shirts et des pulls désormais importés de Chine. Si des clauses de sauvegarde étaient mises en place, elles n’auraient que peu d’effets en France.

Mais nous sommes en période de référendum et il est bon d’agiter le drapeau de coton pour inciter l’électeur à voter OUI.

Remarquons d’abord que l’Union Européenne existe depuis pas mal d’années et que le projet de traité constitutionnel ne va rien changer dans cette affaire de Textile.
Remarquons ensuite que la mise en place d’éventuelles clauses de sauvegarde, peut demander 2 mois d’enquête et 3 mois de pourparlers.

Mais ce qui compte ici, ce n’est pas le résultat, c’est le bruit que l’on peut faire.

Cierges

Enfin, c’est sûr, l’Europe va prendre le taureau par les cornes ! La Chine peut trembler ! Samedi 23 avril, Peter Mandelson, Commissaire européen pour le commerce a déclaré avoir décidé « de recommander à la Commission d’ouvrir des enquêtes sur un certain nombre de catégories d’importations chinoises ». Mazette !

Mais, nous apprend-on également, la décision de faire jouer les clauses de sauvegarde, prévues dans les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) contre les importations ne pourra pas se faire avant le mois de ... septembre. En effet, c’est à l’Union Européenne d’apporter la preuve des « graves perturbations » sur le marché occasionnées par la fin des quotas depuis le 1er janvier 2005. D’ici là, Bruxelles compte sur des « restrictions volontaires de la part de la Chine » pour ralentir ses exportations. Pourquoi pas allumer des cierges à Sainte Rita ?

Rappelons que cette ouverture des marchés à la Chine remonte à une décision de 1974.

  Une parade

Le 29 octobre 2003 : la Commission Européenne a fait une communication sur l’avenir du secteur du textile et de l’habillement dans l’Union européenne élargie (COM(2003) 649). Cette communication vaut le détour. Une vraie arme de guerre.

http://europa.eu.int/eur-lex/lex/LexUriServ/

Cette communication dit que :

« Les entreprises [ du secteur textile ] ont amélioré leur compétitivité en réduisant fortement ou en cessant la production de masse et la fabrication d’articles de mode simples et en se concentrant plutôt sur un éventail plus large de produits ayant une valeur ajoutée supérieure.

La compétitivité a également été maintenue par la sous-traitance ou la délocalisation des installations de production vers des entreprises implantées dans des pays ayant des coûts de main-d’œuvre moindres »

Donc (commentaire !) : délocalisations, faibles coûts de main d’œuvre ...

« La seule stratégie durable que l’Europe puisse appliquer pour ce secteur est de développer son industrie grâce à l’innovation, la recherche, la création, les connaissances, l’utilisation de nouvelles technologies et les relations industrielles positives.

À cet égard, il est importe de prendre conscience du fait que de nouveaux processus de production ne devraient pas mener à moins d’emplois mais à des emplois de meilleure qualité, dans un milieu de travail plus agréable avec des méthodes de travail diversifiées. Il est donc important que l’enseignement, la disponibilité des compétences et l’organisation du marché de l’emploi soient bien coordonnés.
Le dialogue social et le partenariat social à tous les niveaux sont essentiels pour anticiper et gérer de façon positive le changement en général et les restructurations en particulier. »

(Commentaire :) Un peu de rêve, avec des emplois plus agréables, si le dialogue social permet de gérer les changements.

Le rapport reconnaît que : « la plupart des travailleurs perdant leur emploi dans le textile et l’habillement ne seront pas en mesure de retrouver un emploi dans ce même secteur. Les opportunités qui continueront de ses présenter à l’avenir devraient se situer à un niveau d’éducation supérieur ».

Le rapport affirme que « les aides d’Etat peuvent être particulièrement perturbatrices » . (...) « Toute initiative   future prise dans ce domaine se devra de respecter les règles de la concurrence en vigueur et devra viser à améliorer la performance du marché en stimulant l’intégration et l’allocation efficace des ressources dans - et entre- les secteurs et les régions du marché intérieur et ce, sans introduire de distorsion de la concurrence »

Commentaire :
Concurrence, concurrence !
On ne parle pas d’emploi.

Le rapport poursuit :
« Depuis juillet 2003, la nouvelle Stratégie Européenne pour l’Emploi [vise à] renforcer le développement du capital humain et la formation permanente, à améliorer l’adaptabilité sur le marché du travail, à encourager l’entreprenariat et la création de postes de travail et à réduire les disparités régionales en matière d’emploi »

Commentaire :
L’homme devenu un « capital humain »
qu’il convient de gérer avec « une meilleure gouvernance »

Le rapport dit encore :
« Il faut anticiper les mutations industrielles à travers toute l’Europe élargie, créer de nouvelles possibilités d’emploi dans les régions qui dépendent des secteurs en question et mettre en place des programmes de reconversion et de redéploiement pour les personnes qui ne peuvent plus trouver d’emploi dans le secteur du textile et de l’habillement. »

Commentaire : ça c’est bien dit, mais cela reste très théorique. La commission propose « la création de réseaux virtuels (en ligne) et de plates-formes de communication, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC), notamment par les PME »,

Et pour cela : « la formation et l’apprentissage tout au long de la vie des travailleurs actuels » et la création de centres d’excellence : « dans des domaines où le secteur a une forte présence, afin de combiner une formation de grande qualité à des opportunités d’emploi » pour « engendrer d’importantes synergies et une masse critique ».

Bref, de belles phrases ........
Mais rien de concret. Le textile chinois est arrivé. Les travailleurs sont abandonnés.
La parade guerrière ne fut qu’une parade d’opérette. BP  

BP  


Ecrit le 1er juin 2005 :

Un euro pour qui ? La Chine augmente ses taxes à l’exportation. Le prix de base d’un T-Shirt va ainsi passer de 0,80 € à 0,87 €. En y ajoutant 7 % de frais de transports et 12 % de taxes imposées par l’Union Européenne, le T-Shirt reviendra à 1,04 €. C’est pas ça qui va faire reculer les importateurs. A propos, il coûte combien le T-shirt pour le client ? 7 €, 8 € ? La différence sert-elle à créer de l’emploi ?


Info du 13 juin 2005 :

Textiles : accord entre l’UE et la Chine

Promis avant le référendum du 29 mai, annulé aussitôt après, un narrangement est finalement intervenu le 10 juin entre la Chine et l’Union européenne : un accord limitant jusqu’en 2008 les exportations de textiles chinois.

Pékin a annoncé le 12 juin avoir accepté de réduire de 8 à 12,5% ses exportations sur une dizaine de produits (dont les tee-shirts, fils de lin, nappes, draps et pantalons) jusqu’à la fin 2007 et déclare ses bonnes intentions pour 2008.

« nous nous sommes mis d’accord pour respecter le principe du bénéfice mutuel et promouvoir de manière active le développement stable et sain du commerce des textiles », a résumé le communiqué du ministère chinois du Commerce.

Le textile pèse pour 16% des exportations chinoises et occupe 19 millions de personnes.

La Chine a un sérieux différend avec les Américains qui ont décidé la limitation de la hausse des exportations chinoises à 7,5%. L’agence Chine nouvelle estime que la mesure coûterait 400 000 emplois à la Chine et un manque à gagner de 2 milliards de dollars. La réédition d’un affrontement de cette nature avec l’UE, quelle qu’en soit l’issue, n’augurait rien de bon pour le climat des affaires.

Le textile n’est que le premier épisode d’une longue série à venir : après viendra le temps de la métallurgie, de la chimie, de la machine-outil, de l’automobile made in China. Ainsi, contraints et forcés, les pays riches sont obligés d’accepter un partage des richesses. Mais les travailleurs n’y gagnent rien !