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Situation sociale (01)

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(écrit le 2 avril 2003) :

Un million d’enfants pauvres

Jacques Chirac a décidé de consacrer un milliard d’euros à la lutte contre l’exclusion en France. C’est 75 fois moins que ce que Bush demande à son Congrès pour faire la guerre à l’Irak.

Mais ce milliard contre l’exclusion risque fort de rester un simple effet d’annonce car, par un décret publié le 15 mars au Journal officiel, le gouvernement a décidé l’annulation de 1,4 milliard d’euros de crédits et le gel de 2,5 milliards.

Pourtant, selon une étude de l’INSEE dévoilée vendredi 21 mars, environ un million d’enfants vivent, en France, dans un ménage dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté, soit 8 % de la population âgée de moins de 18 ans. Dans un cas sur deux, les parents de ces enfants n’ont pas d’emploi. Le taux de pauvreté des enfants est d’autant plus élevé que le niveau d’instruction de leurs parents est faible. A Paris et dans le monde rural, cet indicateur est inférieur à la moyenne alors que dans les villes de plus de 200 000 habitants (à l’exception de Paris), ce taux atteint son maximum (11 %).

Hausse de la CSG

Pendant que l’Irak préoccupe les Français et occupe les médias, pendant que sa cote de popularité est au zénith, Jacques Chirac en profite pour dire qu’il ne tiendra pas une de ses promesses électorales : la baisse des impôts. Ce n’est pas ici que nous allons nous en plaindre, car cette baisse est très injuste et avantage les familles aisées tandis que les autres paient plein pot.

Cependant, ce qui inquiète, c’est le niveau de l’économie et les conséquences que cela va avoir sur les familles modestes. Ne parle-t-on pas déjà d’un relèvement de la CSG (contribution sociale généralisée ?). On sait qu’il y a eu des coupes claires dans le budget des maisons de retraite (relire La Mée de la semaine dernière), et dans le budget des handicapés (6,5 millions d’euros de crédits sont supprimés sur le poste « subventions d’équipement social » : établissements pour handicapés, instituts nationaux de jeunes sourds et aveugles.). Il est question de réduire le nombre de fonctionnaires tandis que les plans sociaux se ramassent à la pelle.

Les incertitudes se multiplient sur le front de la croissance. Le gouvernement a dû nettement réviser ses prévisions à la baisse. Il table désormais sur un produit intérieur brut (PIB) qui progresserait de 1,3 % en 2003 (après avoir augmenté de 1,2 % en 2002), alors qu’il espérait, à l’origine, une hausse de 2,5 %. Conséquence : les déficits publics ne cessent de se creuser. La dette publique aussi.

( note du 6 avril : il paraît qu’il n’est plus question de hausse de la CSG)

Emploi en panne

Quant à l’emploi, il n’est pas florissant : ne dit-on pas que dans la région de Châteaubriant « le stock » des demandeurs d’emploi (comme on dit à l’ANPE) a augmenté de 10 % sur l’année 2002 (contre 4 % en moyenne nationale) ?

En France le chômage a progressé de 0,8% en février 2003 par rapport à janvier pour le quatrième mois consécutif, totalisant 2.343.000 personnes, selon les statistiques du ministère des Affaires sociales publiées le 28 mars. Le chômage avait progressé de 0,7% en janvier, après avoir déjà enregistré de fortes hausses en novembre (+0,6%) et décembre (+0,8%).

Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 (immédiatement disponibles à la recherche d’un emploi à durée indéterminée et à temps plein) augmente de 0,8%, soit 19.200 personnes supplémentaires (après une augmentation de 17.000 personnes en janvier).

Le nombre de demandeurs d’emploi des catégories 1+6 (qui prend en compte ceux ayant exercé une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures dans le mois), progresse de 0,9% en février, comme en janvier.

Sur un an, entre fin février 2002 et fin février 2003, le nombre de chômeurs de catégorie 1 a augmenté de 5,7% et celui des chômeurs des catégories 1+6 de 4,6%.

La priorité des priorités nous semble devoir aller à la réduction, non pas des impôts et cotisations sociales, mais du chômage.


Ecrit le 30 avril 2003 :

Chômage : la dégradation

Selon son bilan d’activité publié mercredi 23 avril 2003, l’ANPE a déployé en 2002 des moyens financiers et humains en hausse, permettant de multiplier les prestations d’aide à la recherche d’emploi, mais a dû faire face à une situation dégradée, avec une hausse des inscriptions de demandeurs d’emploi de 6,4 %.

Peu de créations d’emplois

Selon Michel Bernard, directeur général de l’ANPE, l’année s’est soldée par un nombre de créations nettes d’emploi salarié en fort recul : 61.000 créations nettes contre 230.000 en 2001 et 570.000 en 2000.

Année de montée en puissance du PAP   (Programme d’action personnalisée), qui propose aux chômeurs bilans d’évaluation, formations éventuelles et suivi régulier, 2002 a vu croître parallèlement le nombre de demandeurs d’emploi : + 6,4 % d’inscrits à l’ANPE (et en particulier + 9,8 % à la suite d’un licenciement économique). Et ça continue.

Ce sont ainsi 3,8 millions de personnes qui sont entrées dans le dispositif du PAP   en 2002, et le nombre de prestations d’aide à la recherche d’emploi a presque doublé (+84,6 %) avec 1,8 million de bénéficiaires. Les chômeurs qui ont reçu une formation étaient en hausse de 42,8 %, selon les données communiquées par l’ANPE, cette hausse d’entrées en formation caractérisant les périodes de progression du chômage.

Ce surcroît d’activité de l’ANPE (+ 40 % depuis le démarrage du PAP   en juillet 2001) a été rendu possible par une augmentation des effectifs de l’agence : + 27 % en deux ans (4.600 personnes). Malgré ces moyens supplémentaires, le bilan de l’efficacité du PAP   et du PARE (Plan d’aide au retour à l’emploi) reste à tirer. Un exercice rendu difficile par la dégradation continue du marché du travail depuis la mise en œuvre du dispositif.

+ 15,8 % à Châteaubriant

Michel Bernard a souligné que le chômage de très longue durée était en baisse (-7,6 % en un an) au niveau national.

Notons que pour le bassin d’emploi de Châteaubriant le nombre de chômeurs de longue durée (un an et plus) est passé de 932 à 1079, soit une hausse de 15,8 %

Face à un taux de chômage, qui pourrait atteindre ou dépasser les 9,4 % de la population active à la fin de l’année 2003, l’ANPE s’est fixé des objectifs, parmi lesquels une baisse de 9 % du chômage de très longue durée, ou encore la sortie du chômage de 576.000 RMistes.

Des objectifs qui, selon Michel Bernard, « vont être difficiles (à atteindre) car le marché n’est pas porteur ».


(écrit le 25 juin 2003)

Que c’est chouette d’être au chômage

Chômeur. Le rêve. Etre payé à ne rien faire. Vendredi 20 juin 2003, aussi bien dans Le Monde que dans l’Humanité, est expliquée la situation enviable de ceux qui n’ont plus d’emploi.

Pensez donc : une nouvelle convention a été signée avec l’UNEDIC (= assurance-chômage) en décembre 2002, par le patronat, la CFDT, la CFTC et la CGC. Elle est si avantageuse que 860 000 chômeurs vont être privés d’allocations d’ici à 2005 . C’est une note interne de l’UNEDIC, publiée par l’AFP, qui le révèle.

En effet un gros tiers des deux millions d’allocataires des ASSEDIC vont basculer hors de l’assurance chômage, sachant que 42 % des chômeurs ne perçoivent d’ores et déjà aucune allocation.

L’avenant, signé pour réduire le déficit de l’UNEDIC, a prévu de modifier ce qu’on appelle les « filières » : elles déterminent la durée d’indemnisation des chômeurs en fonction de la durée d’activité, et de l’âge. Cette réorganisation a comme effet une réduction drastique des droits à partir du 1er janvier 2004.

Une réduction que l’ASSEDIC explique froidement à ses allocataires, comme dans cette circulaire adressée par l’ASSEDIC de l’Est francilien : « Les durées d’indemnisation ont notamment été modifiées : si la durée de vos droits était initialement de quinze mois, elle passera, à compter du 1er janvier 2004, à sept mois »- « Si elle était de vingt et un mois elle passera à sept mois » - « Si elle était de trente mois elle passera à vingt-trois mois » .

Et pour que les choses soient bien claires, le texte poursuit : « À compter du 1er janvier 2004, le nombre de jours qu’il vous restera à percevoir sera donc égal à la nouvelle durée indiquée ci-dessus diminuée du nombre de jours déjà perçus, le résultat pouvant être égal à zéro »

Impactés

Selon la note interne de l’UNEDIC, 856 700 allocataires sont potentiellement concernés par ce basculement. Optimiste, l’UNEDIC estime que 242 000 de ces chômeurs auront retrouvé du travail avant, et que 613 900 seront « réellement impactés » par la réforme. Entre ces deux hypothèses, elle calcule que 250 000 à 370 000 chômeurs seront éjectés du système d’indemnisation dès le 1er janvier 2004, « car ils auront déjà dépassé la durée maximale de leur nouvelle filière ». Et d’ici décembre 2005, c’est entre 362 000 et 487 000 autres allocataires qui seront progressivement exclus de l’indemnisation.

« Licenciement massif à l’UNEDIC », annoncent trois associations de chômeurs dans un communiqué commun. « Pour tous ceux qui vont ainsi se voir spoliés, rappellent ces trois associations, il ne restera que les minima sociaux inférieurs au seuil de pauvreté » .

Le montant mensuel moyen de l’Assedic est de 856 euros (5600 F/mois). Les allocataires qui perdront leurs droits dépendront alors des minima sociaux tels que l’allocation de solidarité spécifique (ASS, 400 euros, 2600 F) ou le revenu minimum d’insertion (RMI, 356 euros hors forfait logement, soit 2335 F).

Pour François Desanti, de la CGT chômeurs, qui appelle à une journée de mobilisation le 2 juillet, « la remise en cause de l’assurance chômage, la réforme des retraites et celle, à venir, de la Sécu, sont du même tonneau ». Pour FO « l’essentiel des efforts imposés pour rétablir l’équilibre des comptes de l’UNEDIC repose sur une pénalisation des chômeurs ».

La CGT, pour sa part, déplore l’inefficacité d’un régime qui ne remplit plus son rôle, c’est-à-dire couvrir le risque de la perte d’emploi. Pour la centrale syndicale, « le patronat et le gouvernement considèrent le retraité, le chômeur, le malade comme des coûts et n’envisagent qu’une solution : diminuer les droits sociaux et faire payer l’addition aux salariés, aux retraités et aux privés d’emploi ».

La CGT dénonce également l’objectif du Medef d’exclure 50 à 70 % des intermittents du spectacle du système d’indemnisation, actuellement en cours de renégociation.

D’après Lucy Bateman
L’Humanité du 20 juin 2003


Les trublions

16 parlementaires de l’UMP ont fait sensation à l’Assemblée Nationale en proposant, mercredi 18 juin, de faire passer l’impôt sur les sociétés de 33,5 % à 34,5%, ce qui rapporterait « plus d’un milliard d’euros par an » pour financer les retraites. François Fillon s’est prononcé résolument contre.

Le PS a salué ce commencement de la sagesse, ces « courageux députés de l’UMP », qui « au bout de dix jours de débat, commencent réellement à comprendre le sens ultra-libéral du projet de loi » de François Fillon.


Salaires des patrons

Un autre député UMP, M. Alain MARSAUD, ancien conseiller de Jean-Marie Messier, à Vivendi Universal, a demandé au Président de la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale, de créer une mission d’information « sur les rémunérations susceptibles d’être considérées comme excessives » de certains patrons (cf Le Monde du 20 juin 2003).

Il explique que la valorisation boursière des entreprises a été divisée par 2 voire par 10 au cours des deux dernières années et que, en même temps, les rémunérations des PDG ont été multipliées par 2 voire par 6.

« ceci est capable de créer un malaise et un risque social dont le Parlement doit s’inquiéter » dit-il.

Décidément l’ultra-libéralisme commence à faire des déçus y compris dans les rangs de l’UMP dont, pourtant, Alain Juppé salue le retour à droite dans sa revue « Les débats de l’Union » de juin 2003.