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Situation sociale (03), plan Borloo

Ecrit le 24 septembre 2003

 Un jour férié en moins

On sait que le Premier Ministre a suggéré de supprimer un jour férié pour venir en aide aux vieux. Des personnes lui ont écrit ceci :

Monsieur le Premier Ministre,

Si vous cherchez de l’argent pour financer votre plan pluri-annuel, voici la proposition que nous vous soumettons :

Selon l’Union des Annonceurs, en 2001, en France, 29 milliards d’euros ont été investis dans les différentes formes de communication : un tiers dans les médias (affichage, cinéma, presse, radio, télévision) et deux tiers dans le hors-médias (internet, marketing direct, parrainage, promotion, relations publiques, salons...).

Sauf erreur, si une année compte 365 jours, ce sont donc 79 452 054,79 euros qui sont dépensés en « communication » quotidiennement soit 521 205 479,45 Francs

Si une seule journée était utilisée pour le financement des besoins de nos anciens, elle permettrait le recrutement immédiat et l’emploi annuel de 3392 aides-soignantes en prenant comme référence un salaire mensuel de 1220 euros (8 000 F) + charges sociales.

L’effort qui serait demandé aux professionnels de la ’’communication’’ serait dérisoire (1/365e ) soit 0,27 % de l’investissement annuel annoncé.

Bien entendu, cette proposition novatrice supposerait que nos concitoyens acceptent d’être privés de publicité pendant 24 heures. Peut-on vraiment croire qu’une journée sans publicité aurait un impact négatif sur la consommation ? Nous qui sommes abreuvés de messages publicitaires, pourrions-nous oublier en une seule journée quelle eau rend plus jeune, quelle crème atténue les rides, quel produit nous permet de maintenir la forme malgré l’âge qui avance, quelle est la meilleure assurance-vieillesse, quelle voiture nous permet de nous rendre plus vite à la maison de retraite ? ...

Espérant que cette proposition rencontrera une oreille attentive, nous vous prions de croire Monsieur le Premier Ministre en l’expression de notre profonde considération.

Comme un lundi (texte publié le 14 juillet 2004)

Cher lundi de Pentecôte,
Bientôt, tu n’auras plus la cote
Car, pour tous les salariés,
Tu ne seras plus férié !
Tu seras même supprimé
Nous devons te sacrifier,
Sous prétextes de solidarité
Avec les personnes âgées.
Elle a bon dos la canicule
Pour nous faire avaler la pilule :
Travaillons ! Travaillons !
Et des taxes, de plus en plus, nous aurons.
Nous aurions dû descendre dans la rue,
Pour défendre ton statut...
Mais tout le monde s’est tu
Car plus personne n’y croit plus :
Ni travailleurs, ni syndicats
Ne font désormais le poids
Face au pouvoir du patronat
Qui fait ce qu’il veut de l’emploi.
Il eût été plus populaire
De donner un de vos salaires
Messieurs les Ministres et Députés
Au lieu de nous culpabiliser
En nous disant : " Trop de loisirs,
Ce n’est pas bon pour l’avenir ! "
Nous n’irons plus au bois
Nous promener ce jour-là,
Mais dans les usines et les bureaux,
Nous irons bosser le cœur gros !
Nous ne pourrons plus maintenant,
Rendre visite à nos parents,
Eloignés par la distance,
Dans un joli coin de France ;
Vous, qui avez eu cette idée,
Messieurs les Députés,
Avez-vous donc pensé
A toutes ces personnes âgées
Que leurs enfants pouvaient retrouver
Lors de ces week-end prolongés ?
Ce sera fini désormais !
Et ne soyez pas étonnés
Qu’il y ait un jour, un revers
A cette décision arbitraire
A vouloir tout casser,
A ne plus rien respecter,
Il est possible et je l’espère
Que vous récoltiez tout le contraire
De ce que vous attendez
En supprimant ce jour férié !
Il nous reste l’espoir encore
Que l’Esprit (de Pentecôte !) ... souffle très fort
Et vous ramène à la raison
En nous laissant à la maison.
Toi qui existais depuis des années
Si vraiment tu disparais
Sache que nous t’aimions bien, tu sais,
Ô lundi de Pentecôte, désormais,
Nous ne penserons plus à toi avec le sourire
Car, de toi, il ne nous restera que souvenirs


On ne se méfie jamais assez

D’après le Canard Enchaîné du 10 septembre 2003, Jean-Marc Ayrault, Marylise Lebranchu et Laurent Fabius se font discrets au moment de critiquer la fameuse suppression d’un jour férié proposée par Raffarin : en juin dernier, ils ont signé la pétition de l’hebdomadaire « LA VIE » proposant la suppression d’un jour férié pour financer l’aide aux handicapés. On ne se méfie jamais assez des journaux ....

Club du Petit Déjeuner (écrit le 24 septembre 2003]

Recréer du lien social, cela devient une nécessité en France. Au Japon aussi où le « ko-shoku » (repas solitaire) constitue un problème social depuis plusieurs années. 46 % des familles ne prennent pas le petit déjeuner en commun. 27 % des enfants sont seuls le matin. En 2020, quelque 14,5 millions de ménages japonais seront composés d’une seule personne, dont 5 370 000 personnes de plus de 65 ans. A l’initiative   de plusieurs associations, les « restaurants communautaires » se développent comme ces « clubs du petit déjeuner » qui offrent le petit déjeuner pour 1,90 euros (environ 12,50 F) et en plus des gens avec qui parler. (un petit déjeuner à la japonaise avec trois plats : soupe aux légumes fermentés, riz bio, poisson séché). La chaîne de restaurants communautaires permet en outre d’employer des gens en situation de précarité et de tisser des liens avec des producteurs locaux


Ecrit le 5 novembre 2003 :

Qu’est-ce que le jour de l’égalité nationale ?

Réponse :

Après le jour de la Fraternité Nationale, décrété par le Premier Ministre, celui-ci serait bien inspiré de créer un jour de l’égalité nationale. Ce jour-là, les salariés pourraient recevoir le salaire quotidien du patron du Medef. Sachant que celui-ci a gagné 1,37 millions d’euros en 2002, cela ferait 3753 euros de prime à verser à chaque salarié. Une fois, une seule fois dans l’année. Cela assurerait définitivement la popularité du Premier Ministre


Ecrit le 1er octobre 2003 :

Ils n’arrêtent pas ! chaque jour ils veulent détruire un peu plus de droit social :

François Fillon veut créer un nouveau contrat de travail

François Fillon a annoncé lundi 22 septembre 2003 qu’il prépare un « nouveau type de contrat de travail correspondant à une durée de projet » afin de rendre « plus fluide, plus ouvert et plus efficace » le marché de l’emploi. Il s’agit d’un CDD à la tâche, la durée du travail n’y étant plus comptabilisée, seulement l’objectif. Un chantier sera ouvert, un « projet », et on vous embauchera pour le réaliser au forfait. C’est la pire des exploitations... mais ce n’est pas étonnant : ce gouvernement est une tyrannie ultra-libérale composée d’idéologues sectaires prêts à tout.

Ils remettent en cause le droit de grève

Une proposition de loi n°974 du 25 juin 2003 signée par 97 députés UMP se propose de réglementer non seulement le « service minimal obligatoire » mais aussi de façon plus générale, le droit de grève en imposant dans le Code du travail à l’article L 521-3 :

« la décision de faire usage du droit de grève par les personnels... doit faire l’objet d’un vote à bulletin secret des salariés à la majorité. La cessation concertée du travail doit être précédée d’un préavis ».

Il s’agit d’un système similaire à celui mis en place par Mme Thatcher qui interdit de facto le démarrage des grèves en Grande-Bretagne.

Ils veulent sanctionner autant que l’employeur,
le sans-papier qui travaille de façon dissimulée

Jusqu’à présent, les contrôleurs et inspecteurs du travail ont la possibilité de relever à l’encontre de l’employeur et de lui seul l’infraction aux articles L 324-9 et 10 du Code du travail pour emploi de salariés non déclarés et l’infraction à l’article L 341-6 pour l’emploi d’un salarié étranger démuni de titre de travail. L’employeur et lui seul encourt des sanctions pénales (3 ans d’emprisonnement et 4500 euros d’amende).

Un amendement du député Mariani propose qu’une sanction de 3750 euros soit applicable au salarié et que celui-ci soit expulsable, interdit de territoire français pendant trois ans (3e séance , mardi 8 juillet, JO, à propos de l’article 14 de la loi Sarkozy).

« Ce serait le seul article visant le salarié et le considérant comme coresponsable de l’infraction au droit du travail, alors qu’il est dans un lien de subordination. Cela bouleverse la philosophie fondatrice du droit du travail » dit une inspectrice du travail. De plus la perspective d’une expulsion est une forme de « double peine » en pleine contradiction avec la politique affichée concernant les sans-papiers.


Ecrit le 29 octobre 2003

J.P. Raffarin a annoncé
une "grande loi sur le travail
et l’emploi" d’ici la fin de l’année.

François Fillon, Ministre du Travail, met la dernière main à son projet de loi sur les « accords majoritaires », pour torpiller toute démocratie sociale, et permettre à chaque entreprise d’imposer son propre « droit » contre tout « ordre public social » .

Des propositions de loi fleurissent (fleurs vénéneuses)
– contre l’inspection du travail,
– contre le droit de grève,
– pour le service minimum,
– pour libéraliser les licenciements,
– pour des« contrats de projet »,
– pour renverser les 35 h,
– et le gouvernement a mis en place une « commission » dite « de Virville » pour « simplifier le Code du travail ».

Michel de Virville, secrétaire général et chef du personnel du groupe Renault, préside une commission d’experts chargée par François Fillon de « moderniser » et « sécuriser » (sic) le droit du travail. Il doit rendre son rapport avant la fin de l’année à la Commission nationale de la négociation collective.

Ses premières « pistes de travail » sont effrayantes, dix coups de poignard dans le code du travail.

1°) Il préconise la recodification du Code du travail, pour « rendre cohérentes les différentes sources de droit » : communautaire, législatif, réglementaire, conventionnel, jurisprudentiel.

Cela peut être la voie
pour casser toute la hiérarchie
des sources de droit, et du même coup « l’ordre public social ».

2°) Il veut mettre en place, pour « sécuriser le droit du travail », des « commissions paritaires d’interprétation » qui seraient saisies par le juge en cas de « difficulté d’interprétation » :

Cela peut ouvrir une difficulté
et des délais plus grands pour les justiciables
devant les prud’hommes,
une ingérence plus grande
des employeurs dans la façon de « dire le droit »...
après le législateur !

3°) Il veut développer la procédure d’avis de droit rendu par la Cour de cassation et « aménager les décisions juridictionnelles » dans le temps :

Cela peut rendre encore plus longs,
après l’avis des employeurs,
les avis des instances judiciaires,
toujours au détriment de la justice,
des réparations dues aux salariés lésés.

4°) Il veut encadrer de « nouvelles formes d’emploi » : limites du contrat de travail et de l’emploi salarié, développement des « emplois indépendants », « contrats de mission » ou de « projets », conséquences des développements des Nouvelles technologies de l’information et de la communication :

Tout cela vise
à faire resurgir des contrats de louage
de bras et de cerveaux,
au lieu des contrats de travail.

5°) Il veut réviser les modalités de rupture des contrats de travail : licenciement, rupture négociée, plan de sauvegarde de l’emploi : il n’aura pas suffi à Fillon de suspendre la « loi de modernisation sociale », il envisage de modifier le droit du licenciement pour le libéraliser à l’anglo-saxonne :

la simplification ce sera : « dehors ».

– Il est question de « paquets de 20 » (au lieu de 9) en deçà desquels il n’y aura pas de plan de sauvegarde de l’emploi.
– Il est question de simplification de la procédure (moins d’information et de consultation des institutions représentatives du personnel, délais raccourcis pour rendre les licenciements effectifs).
– A cela s’ajoutera la fin de toute apparence de service public de l’emploi (Anpe).

6°) Il veut faciliter la sous-traitance (au lieu de la réglementer... enfin, car elle est la principale source de désorganisation et de fraude dans le droit du travail...)

7°) Il veut limiter "la notion de travail
effectif" :

Va-t-on réduire encore plus
le temps de travail effectif
en déduisant les pauses,
déshabillage, casse-croûte, pipi, etc. ?

8°) Il veut revoir le régime des dérogations au repos hebdomadaire et de la modulation des horaires de travail :

Est-ce la fin des durées maxima du travail
(encore limitées à 10 h par jour et à 48 h par semaine !) ?
Est-ce la fin du repos dominical :
tout le monde va travailler
le dimanche ?

9°) il veut réviser les forfaits jour, les congés payés, le temps partiel :

– Va-t-on étendre les forfaits jour
à tous les itinérants, comme il en est question depuis des mois ?
– Les congés payés vont-ils pouvoir être « payés » au lieu d’être pris obligatoirement (extension des comptes épargne-temps devenus épargne-argent au détriment du congé obligatoire et de la santé) ?
– Les temps partiels (sous-emplois)
vont-ils être encore encouragés
notamment au détriment des femmes ?

10°) Il veut revoir le fonctionnement des Comités d’Entreprise (CE) et des Délégués du Personnel (DP) dans les Petites et Moyennes Entreprises

Déjà qu’il n’y a guère d’élus CE et de DP
dans les 97 % d’entreprises
de moins de 50 salariés,
est-ce que cela va être aggravé
« pour être adapté aux réalités de terrain » ?

On a là de quoi frémir. D’autant que tout n’est pas encore connu au delà de ces dix points déjà abordés dans les travaux de la commission : le député Hervé Novelli prédisait, avec un ton de défi, à Gérard Filoche (inspecteur du travail), au sortir de l’émission « Ripostes » qu’ils « arriveraient à toucher à l’inspection du travail ! ».

Le sort des travailleurs s’annonce sombre.


Ecrit le 14 juillet 2004 :

Plan Borloo :
Cohésion ou coercition sociale ?

Jean-Louis Borloo a présenté, le 30 juin 2004, son grand plan de cohésion sociale. (jamais on ne nous parle d’un ... petit plan !). Huit jours plus tard, on n’en parle plus. On attendait des mesures concrètes : elles ont fait « flop » dans la moro-sité ambiante, dans cet espèce de magma où s’englue l’opinion publique, plus intéressée par « l’ogre des Ardennes » ou « Pierrot le fou » (voir page 9) ou par le Tour de France. Mais qui fait l’opinion publique, sinon la presse ? Celle-ci a fait peu de cas de l’échec de la droite aux Européennes (à tel point que cet échec a été vite gommé). De même la presse s’attarde peu sur les opinions critiques envers les décisions gouvernementales.

Que disait-il, ce plan de JL Borloo ? Il parlait de « cohésion sociale ». Cohésion, le mot est à la mode. Il s’agit de la « force qui unit les parties d’un ensemble ».C’est en quelque sorte le contraire de l’exclusion. Selon JL Borloo, cette cohésion repose sur trois piliers : l’emploi, le logement, l’égalité des chances.

Emploi :
Un dispositif incohérent

Éric Besson, député de la Drôme et secrétaire national du PS, chargé de l’économie et de l’emploi, commente : « Le plan Borloo est mensonger dans la mesure où il fait, financièrement, peu de cas de la réalité. Les programmes de cohésion sociale et de réinsertion par l’emploi ont été particulièrement affectés par les gels de crédits, qui atteignent 650 millions d’euros cette année. Concrètement, le plan Borloo ne bénéficiera d’aucun apport financier en 2004, pour atteindre la somme dérisoire d’un milliard l’an prochain et l’équivalent l’année suivante, avant une montée en puissance qui est censée connaître son apogée... après les élections de 2007 ! Ce procédé est malhonnête : on nous explique que le meilleur est à venir » dit Eric Besson

La réalité est nettement moins alléchante que le discours. Surtout si l’on songe que le gouvernement ampute 125 millions d’euros au dispositif d’insertion des publics en difficulté et 53 millions au mécanisme de reclassement des travailleurs handicapés. Et envisage une réforme de la formation professionnelle des adultes qui va conduire à 600 ou 700 suppressions de postes de formateurs. Difficile, dans ces conditions, de ne pas s’interroger sur le sens des promesses ministérielles.

L’association « AC ! » parle de « plan de coercition sociale » : « Le pilier emploi du Plan propose la création de 300 maisons de l’emploi, d’un dossier unique du demandeur d’emploi (consultable par tous les partenaires, de l’ANPE, des Assedic aux collectivités locales.) Les chômeurs seront ainsi davantage contrôlés : "des sanctions justes et graduées pourront [ainsi] être prononcées. ». C’est en effet formidable : les salariés sont exclus d’un emploi qu’ils auraient voulu garder et seront sanctionnés s’ils ne retrouvent pas assez vite un travail.

« On lit donc, en filigrane, l’obligation de travailler à n’importe quelles conditions, à n’importe quel prix sous peine d’exclusion de toute forme d’indemnisation » dit encore AC !.

Jeunes :
Etudiants des métiers

Un volet important de la loi Borloo concerne l’accompagnement des jeunes en difficulté et la lutte contre l’exclusion. Le plan propose en effet « d’accompagner 800 000 jeunes en difficulté vers l’emploi durable » et d’augmenter de 40 % le nombre d’apprentis « pour le porter à 500 000 en 2009 ». Pour valoriser la situation des apprentis, ceux-ci seront appelés des « étudiants des métiers »

Pour Eric Besson, les jeunes sont les principales victimes du système Raffarin : 21,5 % des moins de 25 ans sont touchés par le chômage. « Le gouvernement a fini par convenir que les deux tiers des contrats-jeunes signés en entreprise relevaient d’un simple effet d’aubaine. Cela s’ajoute à la disparition de quelque 52 000 emplois-jeunes pour la seule année 2003, à laquelle devrait s’ajouter la suppression de 47 000 postes, en 2004 ». Le plan Borloo n’augure rien de nouveau sur ce point.

Ah si, il y a quelque chose de précis : favoriser les emplois de vacances pour les jeunes de plus de 16 ans. Encore faut-il en trouver, ce qui n’est pas le cas dans notre région. Il faut aussi préciser les conditions de ces emplois

Logement : bluff

En matière de logement, comment croire aux promesses gouvernementales ? Depuis quelques années, en effet, les subventions inscrites dans le budget au profit des organismes HLM sont versées avec de plus en plus de retard.

Le gouvernement promet 120 000 logements sociaux par an d’ici 2009. "Nous n’arriverons même pas à 60 000 logements sociaux cette année, déclare le responsable d’une société de HLM. L’offre de terrains à bâtir n’est pas suffisante. De nombreux maires ne sont pas disposés à libérer du foncier au profit de programmes d’habitation. Ils préfèrent l’immobilier d’entreprises, qui leur rapporte plus de recettes fiscales. »

Sur les 120 000 logements sociaux annoncés à l’horizon 2009, quelque 20 000 seront mis en chantier par l’Agence nationale de rénovation urbaine pour compenser les démolitions dans les quartiers populaires.

De plus, l’offre locative sociale à « loyer intermédiaire », qui cible les classes moyennes, va monter en puissance : autrement dit, la création nette de logements « vraiment » sociaux est « largement surévaluée », commente Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement.

L’égalité des chances
Pour qui ?

Il y a vraiment de belles choses dans cette histoire, autour du vocabulaire et des promesses. Le plan Borloo prévoit des « maisons de l’emploi » (mais seulement 300 en France). Et des « équipes de réussite éducative » mais seulement 750 en France. Et des « lieux d’écoute pour les jeunes » : 300 en France. Et des « guichets uniques d’accueil sur les droits sociaux » (un par département). Autant dire que, tout ça, une ville de la taille de Châteaubriant n’y aura pas droit. Même chose pour les communes environnantes. « L’égalité entre les territoires » ne pourra donc pas être réalisée, et, quand bien même cela se mettrait en place, ce qui va demander du temps, cela ne pourra pas avoir de réelle efficacité.

Il y aura aussi une HALDE : haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. (il n’y a jamais de basse autorité ?)

Cicatrices

« Je pense qu’il faut vraiment mesurer qu’un pays blessé, un pays nourri de cicatrices, un pays fracturé, est un pays qui se freine lui même, qui perd confiance en lui, en ses ressorts et en ses valeurs. C’est un pays qui n’a pas forcément la capacité de faire face aux défis de l’avenir », a ajouté Jean-Pierre Raffarin lors de la Journée de l’exclusion le 6 juillet 2004

Un pays blessé, un pays nourri de cicatrices ... quelle poésie !

Mais l’essentiel, moins poétique, c’est que le plan Borloo sera financé par de simples redéploiement de crédits. C’est donc un plan de baratin, mais sans moyens
BP  


Ecrit le 8 septembre 2004 :

 Une aide (très) généreuse
pour la création d’emplois

The financial Times écrit à ses lecteurs, le 31 août 2004 : « Vous devez admirer le génie inépuisable du gouvernement français dans sa lutte contre un chômage chronique qui va continuer à glisser vers les 9,9 %. Le ministre des Finances [Nicolas Sarkozy], faute de meilleure solution, vient d’allouer à Vivendi Universal, une baisse de taxes de 3,8 milliards d’euros, en échange de la création de 2100 emplois et de l’aide à 1500 emplois dans des zones en difficulté »

Vivendi Universal, en bénéficiant désormais du régime fiscal dit de « bénéfice mondial consolidé », (ce qui a été salué par la Bourse de Paris) va pouvoir calculer le résultat imposable du groupe en intégrant les résultats des filiales étrangères : des activités à l’étranger déficitaires peuvent compenser des activités bénéficiaires en France, et réduire ainsi le montant des impôts à payer.

Tax and job

En échange de cette importante ristourne, Vivendi a accepté de créer au moins 1 600 emplois en CDI en trois ans et 2 100 en cinq ans. C’est donc pas pour tout de suite On parle d’un centre d’appels à Belfort dans un an et à Douai dans deux ans.

Le groupe apportera en outre une aide indirecte à la création d’emplois en subventionnant, à hauteur de 5 millions d’euros par an pendant 5 ans, des sociétés de reconversion dans des régions en difficulté (1 500 emplois en cinq ans).

Pendant 41 ans

Il est intéressant de faire un petit calcul :

3,8 milliards moins 5 millions pendant 5 ans, cela fait 3 775 000 000 € à consacrer à 2100 emplois.

Imaginons que ces emplois soient bien payés (2000 € nets par mois, soit 3650 € par mois, cotisations sociales comprises, soit 43 824 € par an). Imaginons donc des emplois qui coûtent 44 000 € par an à l’entreprise.

44 000 x 2100 = 92 400 000 €
Les 2100 employés coûtent donc 92,4 millions d’euros en un an.

3,775 milliards, divisés par 92,4 millions, cela fait 40,9 ......

Ainsi, avec sa ristourne de 3,775 milliards, l’Etat permet à
Vivendi Universal d’embaucher 2100 personnes pendant presque 41 ans.

De cette façon, c’est facile de créer des emplois ! On s’étonne de voir la Bourse, si prête à dire que la dépense publique est trop importante, approuver cette même dépense publique lorsqu’elle crée des emplois « privés ». (privés ? Vraiment ?)

Ainsi donc les emplois privés, c’est bien.
Les emplois publics c’est pas bien ??

Imaginons maintenant que Vivendi paie ses salariés moins cher. Dans la poche de qui irait la différence ?

En tout cas, dans cette histoire, Vivendi indique avoir « répondu à une demande du gouvernement, dans un esprit d’entreprise citoyenne ». On en a les larmes aux yeux : en échange d’un bon salaire pendant 41 ans, nombreux seraient les bons citoyens


Ecrit le 8 septembre 2004 :

 Les beaux lundis d’Allemagne

Depuis le 28 juillet 2004, les Allemands protestent, chaque lundi, contre la politique gouvernementale de démantèlement social. On appelle cela « les manifestations du lundi », ce qui fait allusion au mouvement qui, dans les années 89-90, a débouché sur la chute du gouvernement de l’Allemagne de l’Est.

« C’est semer la panique de façon irresponsable », prétend le président de l’organisation patronale allemande. « C’est une falsification de l’histoire », s’écrient les ministres et dirigeants du SPD (socialiste) .

Dans une lettre de lecteur, publiée dans le journal Junge Welt, un manifestant répond : « C’est vrai : il existe une distinction entre les lundis de manif de 1989-90 et les actuelles protestations justifiées contre l’exceptionnel dépouillement des gens tel que l’organise le capitalisme allemand. Les manifestants d’alors avaient tous un travail stable, ils pouvaient tirer parti du meilleur système de sécurité sociale, ils ne devaient pas se faire de souci quant à l’éducation et à l’avenir de leurs enfants. Mais ils ont été trompés et manipulés ».

Les Manifs du lundi c’est la révolte contre l’arbitraire capitaliste, contre le dépouillement et l’humiliation de grandes parties de la population, contre la redistribution de l’argent à partir de la base vers le haut.

Samedi 14 août, l’hebdo Unsere Zeit rapportait qu’à peine 1% des Allemands détiennent presque 70% de toute la richesse allemande, à savoir 2.511 milliards d’euros. Un impôt de 1% sur les fortunes rapporterait là-bas 25 milliards d’euros, mais le gouvernement socialiste allemand préfère s’emparer de l’argent des chômeurs. Et quand il organise d’importantes réductions d’impôt, c’est au seul profit des nantis.

(note de la rédaction : le parti socialiste SPD du Président Gerhard Schröder a subi une lourde défaite aux élections régionales en Sarre, le 5 septembre 2004. Il perd 14 points, passant de 44,4 % à 30,6 % des voix. voir aussi page 1989
Cet échec laisse présager d’autres échecs. La politique du gouvernement allemand est de plus en plus contestée)


Ecrit le 22 septembre 2004 :

 Plan Borloo :
Comment faire sérieux à peu de frais

Comment avoir l’air sérieux ? Tout simplement en faisant une multiplication. Promettez quelque chose sur 5 ans, ça sera toujours plus gros que sur un an.

Par exemple, promettez à un chômeur 60 000 € en cinq ans. Cela semble intéressant même si, en fin de compte, ça ne fait que 1000 € par mois (le SMIC)

Promesses et prévisions

C’est une promesse de ce genre qui a été faite, le 15 septembre, par Jean-Louis Borloo, Ministre du Travail et de la Cohésion sociale. Il promet 12,8 milliards d’euros sur cinq ans. Cela paraît important, mais cela ne représente pas plus que l’emploi de 213 000 SMICards pendant 5 ans. Ce n’est pas ça qui va réduire durablement le chômage (celui-ci est officiellement de 2 453 600 chômeurs, et même de 3 813 800 si l’on compte les sous-emplois)

Les trois piliers du plan Borloo sont l’Emploi, le Logement et l’Egalité des chances..

Il promet que 800 000 jeunes, sans qualification, en marge de toute vie professionnelle, auront tous un « référent » et que 500 000 apprentis seront formés par an dès 2009.
2009, on n’y est pas ! Il y a le temps de voir passer les trains d’ici là.

Le plan prévoit un million de « contrats d’avenir » pour les personnes les plus éloignées de l’emploi, allocataires du RMI ou de l’ASS. Il s’agira d’un contrat de travail aidé (c’est l’employeur qui sera aidé) de 26 à 35 heures hebdomadaires, rémunéré au SMIC avec formation obligatoire, (obligatoire mais pas rémunérée). « Ce contrat permettra, sur la durée du plan, à 2 millions de familles de se former à des nouveaux métiers »

Le plan prévoit la création de 300 maisons de l’emploi. Cela ne fait guère que 3 par département. Les régions comme la nôtre en resteront éloignées.

Le plan prévoit que dès la maternelle, les enfants fragiles bénéficieront du soutien de 750 équipes de réussite éducative. Cela pourra bénéficier à 2 % des communes ! (mais pas 2 % des écoles !)

De la même façon, au collège, les jeunes qui en auront besoin seront accompagnés dans 150 plates-formes de réussite éducative. Une trentaine d’internats de réussite éducative seront créés ainsi que des « pôles d’excellence éducative » dans 150 collèges situés dans des quartiers difficiles.

Le plan prévoit enfin un rattrapage en matière de logement locatif social tant dans le parc social que dans le parc privé.

Chômeurs livrés en pâture au patronat

Le projet Borloo prévoit
d’augmenter la pression sur les chômeurs
pour leur faire accepter n’importe quel emploi.
Il instaure un dispositif de sanctions
et ouvre le service public de l’emploi
à des agences privées et aux entreprises d’intérim.

Le volet emploi du plan Borloo prévoit d’accroître le contrôle pesant sur les demandeurs d’emploi, dans le cadre d’un « service public de l’emploi » largement ouvert au privé, soumis à l’UNEDIC, et chargé de pousser au « retour à l’emploi » le plus rapide possible, aux conditions dictées par les employeurs : le chômeur devra accomplir des « actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi », et « participer à toute action d’aide à la recherche d’emploi, d’insertion et de formation qui lui est proposée par le service public de l’emploi ». Autrement dit, le demandeur d’emploi sera totalement soumis aux services de placement. contrôle des chômeurs

Dans la catégorie « insertion », il ne pourra pas non plus refuser un stage gratuit ni un contrat d’insertion RMA (revenu minimum d’activité).

Contrôle et sanctions

Un chômeur sera sanctionné s’il refuse un emploi dans un secteur dans lequel on l’a obligé à se former. De même, le critère géographique sera apprécié en fonction « des aides à la mobilité qui seront proposées » au chômeur. Sous prétexte du versement d’une petite prime, il faudra aller travailler à l’autre bout du département...

Mais qui sera chargé du contrôle des chômeurs ? La décision finale de la sanction restera du ressort du préfet du département, mais les « opérations de contrôle de la recherche d’emploi » seront élargies aux agents des ASSEDIC. L’organisme d’assurance chômage, géré paritairement mais dominé par le patronat, mettra certainement beaucoup d’énergie dans ce nouveau pouvoir de contrôle, qui pourra aboutir à des économies par la suppression d’allocations.

Agences privées de placement

Pour s’appliquer pleinement, ce dispositif s’accompagne d’une remise en cause du « service public de l’emploi » constitué actuellement du ministère du Travail, de l’ANPE et de l’AFPA  . Aujourd’hui, même largement gagnée aux critères patronaux, l’ANPE continue en partie à travailler au service des chômeurs, de leurs projets et exigences. Le projet Borloo veut supprimer cette spécificité, en mettant l’agence en concurrence avec des agences privées de placement, dont la création est autorisée.

Le texte garantit au chômeur le « libre accès » aux services de placement et la « non-discrimination », mais les critères de rentabilité pousseront les agences privées tout comme l’ANPE à faire le tri et à bichonner les demandeurs d’emploi présentant le meilleur profil. Le projet élargit d’ailleurs le périmètre du « service public de l’emploi » à ces opérateurs privés, aux entreprises d’intérim, aux boîtes de formation, à l’UNEDIC et aux ASSEDIC, ainsi qu’aux collectivités territoriales. Une maison d el’emploi à Châteaubriant ?

Fichage

Le plan Borloo prévoit la création d’un « dossier unique du demandeur d’emploi, auquel auront accès tous les organismes qui concourent au suivi et au placement de celui-ci ». Pourquoi pas un « livret ouvrier » comme autrefois ? Ce dossier unique constitue un fichage liberticide et dangereux au regard du durcissement du contrôle et des sanctions.

 Ce qu’en pensait le
Conseil Economique et social
Mardi 31 août 2004

L’Avant-projet de loi de programmation pour la cohésion sociale, dit « Loi Borloo » a été soumis au Conseil Economique et Social (CES) en juillet 2004. Celui-ci a donné son point de vue le 31 août 2004 « car une belle idée qui a du mal à aboutir vaut mieux qu’une mauvaise qui voit le jour »

« L’idée de cohésion sociale est nécessaire car elle ouvre des perspectives d’espoir aux plus démunis. Elle implique que l’on s’attaque aux causes du chômage, des inégalités et de l’exclusion ». dit le CES en ajoutant :

« Pour ne pas continuer à fabriquer des exclus, il faut créer des emplois et sauvegarder ceux qui existent » ce qui nécessite « d’encourager ceux qui créent des emplois en France et de contrôler plus sérieusement les fonds publics ». On ne voit rien de cela dans le plan Borloo.

Une réserve a été formulée par le CES sur la volonté affichée de retour « à l’activité » « car la priorité ne peut être qu’un retour à un emploi de qualité et stable. Vouloir occuper les gens par une activité, aussi modeste soit-elle, c’est déjà se résigner, au risque d’aller vers un sous-emploi dérégulé »

S’agissant de l’obligation de recherche active d’emploi, « les insuffisances du système actuel ne sont pas une raison pour renforcer les sanctions. Cette partie du texte est en contradiction avec la volonté de mieux traiter l’exclusion : plus les gens sont en difficulté, moins les contraintes et les sanctions ont d’effet. Il faut au contraire tout mettre en œuvre pour offrir à l’intéressé la possibilité de se faire assister et pour comprendre les raisons des blocages. Le rapprochement à marche forcée de la demande et de l’offre de travail n’est pas la bonne solution. Forcer la main pour prendre un emploi peut conduire à une déqualification et à une baisse des rémunérations, néfastes à l’économie et aux salaires ». dit le Conseil Economique et social. Le Ministre n’en a pas tenu compte.

En ce qui concerne le logement, le CES apprécie « la construction de 500.000 logements sociaux en cinq ans » mais estime qu’il est encore bien en dessous des besoins estimés à 120.000 logements par an, rénovation urbaine incluse.

S’agissant de l’égalité des chances entre les enfants et les adolescents, le Conseil approuve globalement les orientations du plan mais affirme que « le concept de réussite éducative doit traduire le refus de la fatalité, de l’échec et non l’adhésion à une logique de compétition » .

« Le Conseil est favorable à la création des internats de réussite éducative qui permettront aux élèves de retrouver confiance et respect d’eux-mêmes grâce à de nouvelles règles de vie en commun. Il ne doit toutefois pas y avoir de confusion entre les missions de l’éducation nationale et celles de la protection judiciaire de la jeunesse. Cette dernière n’a pas à résoudre les difficultés de logement de la famille.

Le Conseil rappelle enfin que réserver le contact précoce avec le monde professionnel aux seuls élèves en difficulté nuirait à la revalorisation de l’enseignement professionnel.


Ecrit le 5 mars 2008

 Droit de grève : la non-grève pour 1000 euros

On savait que polluer c’était pas bien, mais qu’il existe dans le monde la possibilité d’acheter des droits à polluer. Mais voilà du nouveau : on peut acheter le droit de ne pas respecter la Constitution !

A Tarnos (dans les Landes), l’entreprise GT Logistics, qui assure la logistique du fabricant de moteurs d’hélicoptères Turboméca, a proposé à ses 94 salariés un « contrat de bonne conduite » doté d’une avance de 1.000 euros : elle verse, tout de suite, une prime de 1000 euros à ses salariés, s’ils s’engagent à ne pas faire grève. Et si, sur un coup de colère ou de ras-le-bol, il leur arrive de cesser le travail, il leur faudra rembourser.

Pour la CFDT le « contrat de garantie de permanence de prestation » est assimilable au rachat du droit de grève. Le syndicat a annoncé son intention d’alerter l’Inspection du travail et de porter l’affaire en justice.

Une maison de l’emploi au pays de Châteaubriant ?

voir Vivendi

L’assedic et le bandit-manchot

Punissez les chômeurs