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Accueil > Thèmes généraux > Condition ouvrière et/ou salariale > Situation sociale (05) - Plan Borloo

Situation sociale (05) - Plan Borloo

Ecrit le 23 février 2005 :

 Plan Borloo
Plan, plan, rataplan

Les décisions gouvernementales se suivent et se ressemblent, dans le sens d’une plus grande dé-régulation, d’une plus grande flexibilité imposée aux travailleurs. Pour les non-travailleurs se multiplient les plans de lutte contre l’exclusion . Le dernier en date, dit Plan Borloo, a été lancé à la Préfecture de Nantes le 18 février 2005. Il relève ce que nous connaissons bien : « des exclusions et des inégalités sans précédent : sorties sans qualification du système scolaire, exclusion durable du marché du travail, panne de l’ascenseur social, indécence des logements, persistance des discriminations. »

« Le danger que représente la poursuite du « détricotage social » justifie une réaction ambitieuse des pouvoirs publics » dit le rapport qui insiste sur 3 axes majeurs : l’emploi, le logement et l’égalité des chances et décline 20 programmes et 105 mesures. Parmi ces dernières, 44 sont clairement territoriales requérant « la collaboration des collectivités territoriales, des partenaires sociaux, des associations et de tous les acteurs qui interviennent dans le champ du social »

La lecture de ces mesures est très décevante car, au-delà des titres ronflants, il n’y aura pas grand chose de concret et d’immédiat.

 Maisons de l’emploi

Courez jeunes gens

Dans le domaine de l’emploi, il est question de l’accompagnement des jeunes sans qualification, du développement de l’apprentissage, des contrats d’avenir et les maisons de l’emploi.

Le Pays de Châteaubriant   se propose de réaliser une Maison de l’Emploi orientée vers les besoins de développement des activités de son territoire.

Qu’est-ce que ça change par rapport à maintenant ? Le contrat CIVIS pour les jeunes est le nouveau nom des contrats TRACE, « il ne s’agit pas d’un contrat de travail mais de l’engagement dans un parcours d’accès à l’emploi ». En d’autres termes ; courez jeunes gens, mais on ne vous garantit pas un emploi au bout.

L’apprentissage reste toujours aussi peu incitatif, les « contrats d’avenir » remplacent les contrats CES et CEC, les maisons de l’emploi veulent être le regroupement des ANPE+Assedic + etc.

Les personnes en situation d’exclusion recherchent un vrai emploi, et ont besoin d’un accompagnement. On ne leur proposera rien de plus que ce qui existe maintenant. On proposera même moins car les conditions des nouveaux contrats sont plus restrictives que celles des anciens.

D’ici la fin mars 2005, on nous promet des « diagnostics territoriaux ».Tous les beaux plans se traduisent ainsi par des tonnes de papier en « diagnostics » divers. Cela fait du travail, momentané, pour des « consultants » qui, eux aussi, voudraient bien un emploi permanent. Mais ça c’est pas prévu.

Baratin

Le plan Borloo est riche ... en baratin. On nous promet des « plate formes de vocation » pour l’emploi des jeunes, à qui une « allocation interstitielle » pourra être versée, tandis que le programme de réussite éducative devra garantir « une qualification corollaire de l’intégration et de la promotion sociales »

 Logement, où ?

En matière de logement, le dispositif Borloo garantit des crédits sur une durée de cinq ans. Sur la période 2001-2004, 1260 logements sociaux ont été produits en moyenne chaque année. On nous en promet 2000 sur la période 2005-2010 soit + 59 %. Beau programme.

Mais concrètement on ne voit pas où, à Châteaubriant, la municipalité aurait prévu des terrains pour le développement de l’habitat destiné aux ménages modestes.

 Réussite scolaire : contrats

Le rapport Borloo fait un constat : de nombreux enfants rencontrent « des difficultés éducatives, culturelles, sociales, familiales ou sanitaires » et se propose d’analyser « les causes multiples de blocage ou d’échec » sans se poser le problème des familles vivant avec 500 euros par mois !

Le maître-mot du « Programme de réussite scolaire » est « contrat » : contrat de réussite, contrat éducatif local.

Il est question de mettre en place des « équipes pluridisciplinaires de soutien » rassemblant des professionnels et vacataires de diverses spécialités « ensei-gnants, éducateurs, animateurs, travailleurs sociaux, psychologues, pédopsychiatres, rééducateurs, intervenants sportifs et culturels » : l’énumération fait sérieux. La réalité ne sera malheureusement pas différente de ce qu’elle est actuellement. Seul l’habillage change. Quant aux moyens financiers, ils restent modestes pour 2005 et 2006. On nous promet six fois plus de crédits pour 2007. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient !

 Egalité des chances

« l’égalité des chances passe tout d’abord par le respect des droits individuels » dit le rapport Borloo qui organise :
– la HALDE Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité
– La COPEC Commission départementale pour la promotion de l’égalité des chances et la citoyenneté

Avec ça, on est bien ! Sûr que l’égalité des chances va progresser !

 Quelques chiffres Loire-Atlantique :

les bénéficiaires du RMI étaient 17 053 personnes en décembre 2004, soit une hausse de 8,3 % en un an
Les bénéficiaires de l’Allocation de parent isolé étaient 2794 en décembre 2004, (hausse de 5,4 % en un an)

Le nombre de jeunes entrés en apprentissage a été :
– 9651 en 2002-2003
– 9404 en 2003-2004
– 9121 en 2004-2005

Le nombre de chômeurs en décembre 2004 a été de 60185 en Loire-Atlantique :
– 46878 personnes en catégorie 1 (en baisse de 4,1 % en un an)
– 13307 en catégorie 6
(en hausse de 16,8 % en un an)

Les chômeurs de catégorie 1 sont ceux qui sont à la recherche d’un emploi temps plein et sont immédiatement disponibles.

Les chômeurs de catégorie 6 ont accepté « des petits boulots » (plus de 78 h dans le mois). Ceux-là auraient sûrement souhaité plus de 35 heures par semaine ! Au lieu de cela ils sont condamnés à être des « travailleurs pauvres »

– les offres d’emploi en décembre 2004, sont au nombre de 4446, en baisse de 10,1 % sur un an. Elles comprennent tous les contrats, de moins d’un mois à plus de 6 mois.


Ecrit le 2 mars 2004 :

 100 000 euros pour une maison
500 000 emplois à domicile
STOP : n’en jetez plus !

Les plans Borloo se suivent
et amusent la galerie en se moquant du monde.

  Les maisons à 100 000 euros

Dernière nouveauté, toute fraîche : la promesse de maisons à 100 000 euros, « tout compris ». Qu’est-ce qui est compris ? A dire vrai le ministère ne sait pas ce qu’a voulu dire le ministre ! 100 000 euros, c’est la maison ? Et les frais de notaire ? Et le terrain ? Comment pourront se faire les remboursements ?

Le ministre lui-même parle de terrains de 250 m2 : c’est-à-dire moins de la moitié des terrains actuellement disponibles dans les lotissements de Châteaubriant. Il parle de terrains dans « les zones sensibles où le foncier n’est pas cher ». Ca veut dire qu’on va parquer les familles modestes à Perpète-les-Oies, dans des zones éloignées de la ville, là où elles n’auront ni facilités de transports, ni équipements publics ?

100 000 euros ! Les sommes rondes se prêtent bien aux effets d’annonce. Après l’ordinateur, puis le permis de conduire, à 1 euro par jour, voici le troisième chiffre magique du gouvernement. 60 % des ménages les moins riches pourraient bénéficier de ce nouveau dispositif immobilier, un joli rêve de maison pas chère.

Aussitôt les annonces faites, les critiques ont fusé. « C’’est un effet d’annonce totalement déplacé. Il y a beaucoup de gens qui vont croire cela et qui risquent de tomber de haut », commente un constructeur de maisons individuelles. Calculettes en main, les professionnels du secteur n’ont pas mis longtemps à démontrer que, même en comprimant au maximum tous les coûts, on ne peut pas réaliser une maison à ce prix. « 100 000 euros, cela correspond grosso modo au prix d’une maison neuve sans le terrain. Or, autour des grandes agglomérations, le coût du foncier est souvent aussi important que celui du bâti ». Le Snal (Syndicat national des professionnels de l’aménagement et du lotissement), estime qu’un terrain coûte environ 59400 € . Dans les agglomérations, où vivent 80 % de la population française, c’est encore beaucoup plus.

Quelques municipalités, dans le cadre de la politique de la ville prêtent des terrains afin de mélanger l’habitat et favoriser la mixité sociale. Par exemple à Mantes la Jolie ou à Montereau.

L’annonce de la maison à 100 000 euros intervient en fait dans le cadre d’une communication tous azimuts du ministre de la Cohésion sociale.

Il ne s’est pas interrogé sur les moyens financiers dont disposent les familles. Il a parlé de remboursements de 500 € par mois, sur 20 ans. D’après les règles bancaires cela signifie que les familles ont un revenu minimum de 1500 € nets par mois. Regardez donc autour de vous et vous verrez que la plupart des familles modestes sont largement en dessous de ce seuil.

Le SMIC est à 900 € nets environ.

Maisons à 100 000 euros ? et le terrain ?

La communication, c’est du vent.
Ca peut apporter du rêve.
Plus dure sera la chute.

 Services à domicile

Le coup des services à domicile, c’est du même tabac. Le ministre promet 500 000 emplois, les spécialistes estiment que c’est 5 fois plus que la réalité !

Sur quelle étude s’est fondé Jean-Louis Borloo pour préparer le « plan de développement des emplois de service à la personne » annoncé le 16 février ? Réponse : sur un rapport du commissariat général au Plan.

Mais impossible de se procurer ce document : le gouvernement s’est bien gardé de le rendre public. Et il pourrait l’enterrer définitivement.

« Le secteur des services à la personne n’a jamais fait l’objet d’une véritable reconnaissance de l’État », affirme le ministre de la Cohésion sociale, oubliant que depuis vingt ans les rapports se sont succédé et ont souvent été suivis de mesures concrètes : Aged, l’APA (1), chèque emploi-service. Et si l’emploi a crû en moyenne depuis 1990 au rythme de 5,5 % par an, c’est pour une large part le résultat de ces mesures. Mais on est loin de « l’énorme gisement d’emplois » évoqué par M.Borloo.

« Quand on parle de 1,3 million d’emplois actuellement, et de 500 000 emplois à créer en trois ans, il ne s’agit pas d’équivalents temps pleins. Car, en moyenne, les salariés de ce secteur travaillent 7 à 8 heures par semaine. On est donc loin du compte. » disent les experts.

Ainsi le 1,3 million de personnes salariées ne représente en réalité qu’environ 350 000 emplois à temps plein. A comparer aux 16 millions du secteur privé marchand, aux 5 millions du public et aux 2 millions de travailleurs indépendants.

Quant à l’objectif de 500 000 emplois à créer en trois ans, il représente selon le même calcul à peine plus de 100 000 équivalents temps pleins, à comparer aux 2,5 millions de chômeurs. Même si le secteur est par son dynamisme « au premier rang de l’économie française », comme dit le ministre, il reste très marginal.

La vraie difficulté, selon les experts du Plan, serait avant tout de faire sortir de la précarité les salariés du secteur. Mais le remède n’a toujours pas été découvert.

Aide à domicile, voir Adar

 Emplois domestiques :
un plan qui s’appuie sur les inégalités

Dessin de E

Selon Louis Maurin, [Observatoire des inégalités], le plan Borloo concernant le développement des « emplois domestiques » est fortement inspiré par le modèle américain. C’est ce qui explique qu’il s’appuie sur les inégalités de revenus existantes.

La dernière enquête disponible révèle que 1 % des couples gagnant moins de 1 500 euros (10 000 Francs) par mois emploie une femme de ménage. Ce chiffre est de 40 % pour les couples gagnant plus de 5 300 euros (37 000 Francs) par mois.

Ainsi il y a d’un côté les ménages qui auront les moyens de se payer des services à domicile, et qui vont être encore plus favorisés, et, de l’autre, ceux, les plus nombreux, qui ne pourront pas les payer.

Qu’aurait-on pu faire à la place ?

Il existe des besoins :
– de la petite enfance (à domicile, dans les crèches et les écoles maternelles),
– des personnes âgées (à domicile, en maisons de retraite et en lieux de vie)
– et des personnes handicapées.

Là se trouvent les gisements d’emplois utiles à promouvoir dans les services aux personnes, en y affectant des moyens importants, des plans de formation diplômante financés par l’État, des grilles salariales décentes. Avec les mesures Borloo, ce secteur restera le domaine des petits boulots féminins précaires et du temps partiel subi : dans le secteur des services domestiques, la majorité des emplois sont en effet « non qualifiés », et les employés non qualifiés sont à 96% des femmes, généralement payées au Smic. 60% de ces femmes sont à temps partiel, souvent non choisi.

Ce taux est même de 80% pour les femmes de ménage. La
proportion de travailleurs pauvres y est élevée. Est-ce cela que l’on veut développer ?

Le plan Borloo se contente, sur toutes ces questions qui conditionnent l’avenir d’un secteur, d’« inviter les partenaires sociaux à négocier ». C’est ce qu’on appelle botter en touche et fuir les responsabilités publiques en matière d’affirmation de droits et de devoirs.


Ecrit le 6 avril 2005 :

 Contrat d’avenir

Le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, a signé le 30 mars les premiers contrats d’avenir, destinés à favoriser le retour à l’emploi des allocataires de minima sociaux.

Le ministre a défini ce dispositif d’emplois aidés comme « la clé de voûte » de la loi de cohésion sociale.

Le contrat d’avenir est destiné aux allocataires de minima sociaux (RMI et allocation spécifique de solidarité principalement, mais aussi allocation de parent isolé).

Il remplace les différents contrats aidés existant précédemment dans le secteur non marchand : CES et CEC (contrats emploi solidarité et contrats emploi consolidé).
Il est conclu pour une durée déterminée de six mois renouvelable dans la limite de trente-six mois. La durée hebdomadaire moyenne de travail est de 26 heures, rémunérée au Smic horaire. Cette durée hebdomadaire, en prenant en compte les actions de formation obligatoires, ne doit pas excéder 35 heures.

Le ministre a fixé pour objectif la signature d’un million de contrats d’avenir sur la durée du plan de cohésion sociale, soit jusqu’en 2008, à raison d’environ 250.000 par an, afin de faciliter à leurs bénéficiaires le retour vers l’emploi durable.

Dans la mesure où ils REMPLACENT les CES et CEC, les contrats d’avenir n’ont pas beaucoup de chance de réduire le chômage ! Par ailleurs la durée (26 heures mini) et le financement, posent de redoutables problèmes.


Ecrit le 4 mai 2005 :

 Les chiffres du chômage

Chômage : + 0,3 %

Le chômage a encore augmenté de 0,3 % en mars 2005 pour les chômeurs de catégorie 1 (immédiatement disponibles). Le chômage touche presque 2,5 millions de personnes (un mauvais résultat jamais atteint depuis février 2000), et monte à 10,2 % de la population active : (un mauvais résultat jamais atteint depuis décembre 1999). A ce total il faut ajouter tous les intérimaires et précaires.
Les jeunes sont les plus touchés avec une hausse de 1,3 % en mars. Leur taux de chômage atteint 23,1 %
De plus l’INSEE constate un ralentissement de l’activité industrielle depuis le début de l’année, les choses ne vont donc pas s’arranger.


Ecrit le 13 juillet 2005 :

 Contrat nouvelle embauche
Démontrer sa soumission pendant deux ans

 Contrat nouvelle embauche

Le contrat Villepin sera accessible le 1er septembre aux entreprises de moins de vingt salariés... Cela représente environ 98 % des entreprises et cela concerne 1 salarié sur trois (prés de 5 millions) !

D’autant que Villepin a ouvert la porte pour les autres. Le contrat « devra être évalué au fur et à mesure de sa mise en œuvre, en liaison avec les partenaires sociaux. Nous verrons alors s’il y a lieu de l’adapter dans ses modalités ou dans son champ d’application ». En clair, ce contrat pourra être étendu aux entreprises de plus de vingt salariés : à toutes !

Selon ce contrat : « Les personnes qui seraient embauchées sous ce nouveau régime juridique bénéficieraient d’un préavis de licenciement d’une durée de deux semaines au bout de deux mois de travail ». C’était déjà le cas avant. En fait dans les CDI « normaux », il n’y avait pas d’indemnités de licenciement avant deux ans révolus.

« Au bout de six mois, la durée de ce préavis augmentera en fonction de l’ancienneté ». C’était déjà le cas avant. Il y avait une légère progressivité de préavis, même si le « préavis de deux mois » ne commençait qu’après deux ans révolus.

« En cas de rupture du contrat, l’employeur devra verser une indemnité au salarié. » Ce n’était pas le cas avant, seulement dans le cas d’un CDD, c’est-à-dire d’une précarité, une « IPE » (« indemnité de précarité ») était versée, égale à 10 % du salaire brut.

Dans le cas d’un CDI, elle était déjà trop peu élevée : deux dixièmes de mois par année d’ancienneté après deux ans. De combien sera l’indemnité de contrat de nouvelle embauche (CNE) ? Si elle est plus basse, que 10 %, et plus basse que 4/10° de mois, lce nouveau contrat permettra de baisser des salaires déjà trop bas...puisque « Son montant sera déterminé en fonction des salaires déjà versés »

Qu’est-ce à dire ? Si elle est « proportionnelle » cela ressemblera à l’Ipe... De combien sera l’indemnité de reclassement ? Quels droits seront ouverts au chômage ?
Villepin a concédé un aménagement sémantique : la « période d’essai » s’appelle « période d’embauche » mais dure deux ans au lieu de deux mois. Elle est censée correspondre à « un temps de consolidation de l’emploi ». Au terme de cette période, le salarié est considéré comme en contrat à durée indéterminée.

Le but de ce CNE (contrat nouvelle embauche) est de « permettre à l’employeur de se séparer de ses salariés en contrat de nouvelle embauche sans donner de motif » comme l’y obligeaient les régimes des CDD et des CDI.

Donc in fine, ce qu’il y a de nouveau, ce n’est pas le contrat, mais les modalités de sa rupture. Il s’agit essentiellement d’un « nouveau droit de licenciement » : on peut mettre dehors n’importe qui, n’importe quand, sans motif, sans procédure, sans recours !

A quel ressort cela fait-il appel vis-à-vis des employeurs puisqu’il s’agit prétendument de les inciter à embaucher ? L’employeur, on le sait, n’embauche que s’il en a besoin : qu’est-ce que le contrat Villepin lui fait comme « cadeau » pour le faire davantage ? Il l’autorise à pouvoir « foutre dehors » son salarié embauché depuis moins de deux ans sans aucun risque juridique.

C’est permettre la fin de l’état de droit dans la petite entreprise, c’est la destruction de la dernière et fragile barrière qui défend les droits d’un salarié : rendre impossible de faire valoir que les conditions de son licenciement étaient illégales.

Si un salarié refuse des heures supplémentaires impayées, cas le plus fréquent, il pourra être « viré ». C’est dire que si un salarié se présente comme délégué du personnel, (dans les 102 000 entreprises de 11 à 20 salariés concernées) avant deux ans, il pourra être aussi « viré ». Cela veut dire que s’il « déplait » à son petit patron, il peut être renvoyé, du jour au lendemain, sans recours... Déplaire, cela peut vouloir dire n’importe quoi, mais la plupart du temps, cela signifie faire valoir ses droits, faire valoir sa convention, faire valoir ses conditions de travail, sa dignité, refuser d’être « aux ordres ». Le patron peut lui faire faire son café, des travaux chez lui, des boulots qui ne sont pas dans sa compétence, travailler le samedi et le dimanche, rester douze heures de suite, ne pas payer ses frais, ne pas faire de syndicalisme, ni de politique, ne pas aller voter aux prud’hommes, etc...

Si le salarié se plaint, hop, il est
viré... Pas besoin d’écrit, donc pas besoin de motiver, pas de recours aux prud’hommes, pas d’appel à l’inspection du travail, pas de recours syndical, ça ne servira à rien.

Dés que vous enlevez la nécessité de motiver le licenciement, la zone de non droit est totale. (Soyons clairs au passage : même le fait d’être obligé de motiver un licenciement est une protection insuffisante, fragile, car il y a encore des centaines de milliers de licenciements abusifs chaque année ! Ce qu’il faudrait, c’est renforcer le droit du licenciement, pas l’affaiblir ! )

chomage_oulala
source :
http://www.oulala.net

Le Contrat Villepin, comme la période d’essai, sera donc une « zone de non droit ». Le salarié, pendant deux ans, deux fois 365 jours, ne saura pas, chaque soir, en se couchant, s’il aura encore un travail le lendemain soir ! Il tremblera encore plus la veille du 730° jour, car, en dépit qu’il se soit « défoncé » pendant deux ans, le patron pourra le virer et en reprendre un autre...

Le « contrat nouvelle embauche », c’est ça ! Villepin l’appelle cyniquement un « temps de consolidation de l’emploi » : si les mots ont un sens, consolider ce type d’ emploi, c’est démontrer sa soumission pendant deux ans, c’est accepter de renoncer à l’état de droit dans l’entreprise, c’est se taire, ne pas déplaire, et une fois qu’on a passé le cap de deux ans, c’est consolidé, on continue pareil ?

Gérard Filoche.


Ecrit le 31 août 2005 :

 Danemark : le triangle d’or

En matière sociale, le « modèle danois », est à la mode, supposé combiner sécurité et flexibilité. Nombreux sont ceux, politiques ou économistes, qui suggèrent d’imiter le Danemark, en telle ou telle de ses caractéristiques. Mais en oubliant les autres !

Le modèle danois est particulier, il repose la minimisation des inégalités sociales, et sur un « triangle d’or » :
– La générosité de la protection sociale
– Les politiques d’activation de l’emploi
– La flexibilité du marché du travail

Ce qu’on retient du Danemark dans le débat d’opinion, c’est surtout la flexibilité des contrats sur le marché du travail, la facilité d’embaucher et de licencier. Mais beaucoup de discours laissent de côté les autres aspects du « triangle d’or » danois (la générosité de la protection sociale et l’importance des politiques dites actives) ; on parle encore moins du rôle de l’emploi public et dans les services

 Générosité de la protection sociale

Il n’y a pas de précarité de l’emploi, au Danemark, ni même de « précarité » tout court (la notion y est inconnue) car ce pays s’appuie sur la « confiance sociale ».

1) revenus

Les emplois de moindre qualité, au Danemark, donnent accès à des revenus, après impôts, proches des salaires moyens.

L’assurance-chômage, gérée uniquement par les syndicats de salariés, représente 90 % du salaire antérieur (jusqu’à 27 000 € annuels). Elle dure 4 ans, sans baisse des niveaux d’allocations, pour les chômeurs qui se conforment aux engagements pris.

La différence entre le chômage indemnisé et l’emploi reste donc modérée.

2) emploi public

L’un des points importants au Danemark, c’est que l’emploi public est l’un des plus élevés de l’Europe, avec environ 31% de la population active en 2004.

Il n’y a pas de « fonctionnaires » à la mode française. Mais il existe l’équivalent de nos emplois temporaires aidés du secteur public et associatif.

Ces emplois représentent encore aujourd’hui , au Danemark, l’un des principaux moyens d’insertion professionnelle des chômeurs et des personnes percevant des équivalents de « minima sociaux ».

Activation de l’emploi

Le système danois fonctionne en vue d’une obligation de résultat : en cas de situation de non-emploi, en échange d’une prestation généreuse, le chômeur se voit proposer des « offres d’activation » (formation, stage en entreprise, contrat aidé dans le public ou le privé, prestation longue de conversion, activation associée au statut de handicapé).

Mais faut pas croire que cela s’applique à tous les chômeurs : seulement un tiers des personnes au chômage depuis plus d’un an suivent des « mesures actives ». Mais 25 % des chômeurs sont « hors emploi » : en pré-retraite, reconversion, ou handicapés.

Il existe au Danemark des « Contrats à durée déterminée » (CDD) : un quart sont des apprentis, un quart des salariés qui remplacent des salariés absents, environ 8% sont des personnes en « activation » ; le reste, soit environ 40%, sont des personnes qui ont un CDD pour diverses raisons (travail saisonnier, sur projet, jeunes sur emplois d’appoint, etc..) mais qui sont passés dans des conditions identiques à celles des contrats indéterminés, et contrôlés dans le cadre des conventions collectives. Rappelons enfin que tous ces salariés bénéficient de la protection sociale universelle danoise.

Flexibilité

Au Danemark les règles de droit du travail sont souples, les entreprises ont une grande capacité d’adaptation. Mais les mécanismes mis en place dans le cadre de la « confiance sociale » font que le système est en mesure de marier mobilité, faible incidence du chômage de longue durée et sécurité des revenus et des trajectoires professionnelle sur la durée.

On assiste à la fois à une grande flexi bilité du travail et à une sécurité de l’emploi qui se répartit sur plusieurs emplois assurés dans une trajectoire professionnelle. Situation exactement opposée à celle que la France connaît actuellement.

Confiance sociale

Le Danemark s’appuie sur la confiance sociale :
– Force des partenariats sociaux. Les relations entre salariés et employeurs sont encadrées par des conventions collectives régulièrement négociées entre le principal syndicat ouvrier (LO) et le syndicat patronal (DA)
– Confiance sociale des salariés vis-à-vis des caisses de chômage qu’ils gèrent eux-mêmes. Le droit au chômage est acquis aux salariés ayant travaillé 52 semaines sur les trois dernières années.
– Moindre inégalité des revenus : si les personnes ne sont pas capables de s’insérer dans des univers compétitifs, les emplois de moindre qualité donnent l’accès à des revenus après impôt qui ne sont pas énormément éloignés des hauts salaires.

Globalement la protection collective négociée est égalitaire au Danemark. Bien sûr, il y a des différences de traitements catégoriels, mais, dans le secteur public ou le secteur privé, les règles de droit du travail, de protection contre le licenciement, de préavis, de temps de travail, etc., sont globalement les mêmes.

Le ministre Jean-Louis Borloo a déclaré au Sénat, le 2 novembre 2004 : « Au Danemark, depuis 1896, les partenaires sociaux dialoguent sans s’invectiver mutuellement. Le dialogue social est aussi la priorité que notre gouvernement veut mettre en œuvre. Il n’est pas question d’opposer les uns et les autres dans une forme de lutte des classes permanente, il s’agit de travailler au service d’une conception équilibrée de la société ».

Mais qui donc, en France, mène la bagarre ... sinon les employeurs qui s’efforcent de coincer et d’éliminer les salariés qui, face à eux, seraient capables de discuter. Au Danemark les relations sociales sont conçues sur la base du partenariat. En France elle sont conçues sur la base du rapport de forces. Toute faiblesse syndicale se traduit par une avancée en force du Medef sur le terrain de la dérégulation sociale.

Coût

Le modèle danois est coûteux du point de vue des dépenses publiques

Le Danemark, en 2000, consacrait 4,63 % de son PIB aux dépenses d’aide à l’emploi (contre 3,13 % en France). Mais au moins cela conduit à une réelle « cohésion sociale » et à une réduction des inégalités sociales. Le système français qui impose aux sans-emploi des revenus de misère, sans espoir d’en sortir, ne peut conduire qu’à l’explosion.

Source : Jean-Claude Barbier RÉFLEXION SUR LE « MIRACLE DANOIS »
Publication du CNRS, février 2005. Pour le trouver, taper sur internet : « Barbier emploi Danemark »


Ecrit le 31 août 2005 :

OCDE et SMIC

« Les augmentations futures du SMIC devraient se limiter à celles nécessaires au maintien de son pouvoir d’achat afin de ne pas réduire l’employabilité des travailleurs peu qualifiés. » dit l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans un rapport de juin 2005.

L’erreur de l’OCDE est de croire que le SMIC ne concerne que des travailleurs peu qualifiés. En réalité 15,6 % des salariés, en France, sont scotchés au SMIC. Celui-ci est à 8,03 € de l’heure depuis le 1er juillet 2005.
soit 1217 € bruts.


Ecrit le 7 septembre 2005 :

Précarité : La patronne des patrons, Madame Laurence Parisot, ne cache pas ses opinions. Dans une interview au Figaro elle déclare, à propos de précarité : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? ».

Elle plaint aussi les patrons : « Regardez à quels excès peut conduire l’obligation de reclassement, quand une entreprise en vient à proposer des reclassements en Roumanie à un salaire de misère. ».


Ecrit le 14 septembre 2005 :

 CNE : recrutez sans risque

Lu sur une annonce commerciale :

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Renseignez-vous, c’est gratuit !

Y a juste des honoraires à payer : 4000 € HT   pour un employé, 5500 € pour un agent de maîtrise, et 7000 € pour un cadre expérimenté. Vous n’y croyez pas ? Allez voir :
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Dumping social

Chômeurs : un bracelet de surveillance

Salariés à 110 euros par mois

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Contrats d’avenir