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Situation sociale : de plus en plus difficile

 Le rapport du CREC

Le CERC (Conseil Emploi Revenus Cohésion Sociale) a publié son 7e rapport, en novembre, sur la France dans la période 1993-2005. Créé par le gouvernement, et comprenant des personnalités de sensibilités différentes, il étudie « des faits économiques et sociaux pour enrichir le débat public et aider à la réflexion sur les actions à prolonger ou à entreprendre dans les années à venir » . On peut le trouver ici : http://www.cerc.gouv.fr/rapports/rapport7/rapport7cerc.pdf.

Un index, à la fin des 242 pages, permet de retrouver les principaux points abordés.

Le rapport est constitué de trois parties.

– La première partie concernant le contexte général : démographie, croissance, prélèvement sociaux et fiscaux et les transformations de l’État-social
– La seconde partie analyse l’emploi, le chômage et les revenus
– La troisième partie traite de certains facteurs affectant la cohésion sociale en quatre documents : les disparités de revenu et de patrimoine, la formation et l’égalité des chances, l’espace vecteur d’inégalités et la pauvreté.

En voici quelques extraits :

 Démographie

Le nombre de naissances demeure élevé, pourtant la France vieillit. La manière de vivre ensemble se transforme : on vit plus souvent seul (en 2004 le tiers des ménages sont des personnes seules). Et les ménages sont plus petits : en moyenne, un ménage comptait presque 2,6 personnes en 1990, et seulement 2,3 personnes en 2005.

La tendance à la baisse de la taille des ménages renforce notablement la demande de logement des ménages. Il manquerait actuellement un million de logements, alors qu’il s’est construit environ 260 000 logements neufs par an, entre 1995 et 2003.

 Chômage

Le taux de chômage moyen de 9,5 % en métropole au 1er trimestre 2006 recouvre de fortes disparités régionales, de 7,5 % en Limousin jusqu’à un peu plus de 13 % dans le Nord et en Languedoc. Les raisons en sont multiples :

Par exemple, le Limousin et l’Auvergne, où l’emploi ne se développe pas plus que dans l’ensemble de la France, ont un taux de chômage sensiblement inférieur à la moyenne nationale parce qu’une partie des actifs habitant ces régions, surtout avant 30 ans, tentent leur chance ailleurs. [ndlr : c’est ce qui se passe dans la région de Châteaubriant !].

 Formation

Dans l’ensemble de la population en âge de travailler, la proportion des personnes de faible ou très faible niveau de formation est importante en France comparée à celle de nombre de pays de l’Union européenne. Ceci, joint à l’effort insuffisant d’investissement, de recherche-déve-loppement et d’innovation, limite sans doute la part de l’activité économique engagée dans l’économie mondiale, part qui ne peut se développer que dans les activités à forte valeur ajoutée pour éviter la concurrence des pays à bas salaires.

Dans le processus d’entrée dans le marché du travail, la part des contrats temporaires s’est accrue fortement en vingt ans.
Ceci tend à pénaliser doublement les personnes peu diplômées ou ayant connu l’échec scolaire : elles sont nettement plus nombreuses à demeurer dans cette alternance entre contrats temporaires et chômage. D’autant plus que la formation continue en entreprise est davantage orientée vers les salariés en contrats à durée indéterminée.

 Emploi des jeunes

Les jeunes se trouvent dans une situation moins favorable que leurs aînés : taux de chômage supérieur, salaires moins élevés, patrimoine inférieur. Ainsi, 28 % des jeunes qui étaient actifs en 2003 ont connu au moins une période sans emploi au cours de l’année alors que ce n’est le cas que de 17 % de l’ensemble des actifs.

Ce désavantage relatif n’est pas nouveau, mais il semble qu’il s’aggrave au point qu’on a pu parler d’une génération sacrifiée. Les conditions d’entrée dans la vie active des jeunes débutants sont plus difficiles à la fin des années 1990 qu’au début des années 1980

Les jeunes sont plus exposés qu’auparavant aux contrats courts. Cette situation dure également plus longtemps. La part des emplois stables parmi les salariés ayant moins de dix ans d’ancienneté sur le marché du travail était de 97 % en 1982, elle n’est plus que de 87 % en 2002. Certes, ce phénomène touche toutes les catégories de salariés, mais il est nettement plus marqué pour les jeunes.

Le déclassement des jeunes s’accroît, en particulier pour les bacheliers qui occupent de plus en plus souvent un poste non qualifié dix ans après la fin de leurs études. À la fin des années 1990, plus d’un jeune sur cinq est touché par le déclassement qui frappe plus fortement les enfants des classes populaires que les enfants de catégories sociales supérieures.

 La vie est difficile

Le rapport analyse les inégalités.

La principale source d’inégalités des revenus est l’instabilité et l’insécurité de l’emploi. Si, pour une large partie de la population en âge de travailler, l’emploi est à temps plein et stable, une autre partie (les jeunes, les moins qualifiés notamment) cumule instabilité de l’emploi et faible taux de rémunération.

Par ailleurs, pour les personnes largement avancées dans la vie active, la perte d’un emploi occupé depuis de nombreuses années, mais aussi l’interruption contrainte d’une activité non-salariée, constituent souvent des drames d’autant plus graves que la perspective de retrouver un emploi s’amenuise dès que l’on approche de ce qu’on tend à appeler les seniors.

Une seconde source d’inégalités des revenus salariaux tient au travail à temps partiel : une forte proportion de celui-ci ne résulte pas de choix personnels, mais de l’impossibilité de trouver un emploi de durée du travail suffisante.

Au total, dans l’ensemble des salariés âgés de 25 à 54 ans, le montant des salaires nets perçus dans l’année, varie de 1 à 13 et même de 1 à 18 pour les femmes. Cet élargissement des inégalités de revenu salarial tient en effet au cumul d’un taux de rémunération faible, d’un emploi à temps partiel et/ou à durée incomplète dans l’année.

 Lutter contre la pauvreté

Lutter contre la pauvreté nécessite à la fois de tenir compte de la variété de ses formes comme de ses origines et de définir une stratégie d’ensemble.

Parler de stratégie, c’est à la fois identifier les problèmes, se donner des objectifs, définir le rôle des différents acteurs et les actions à engager dans la durée, évaluer les résultats. En particulier, une stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et ses conséquences sur leur devenir est indispensable.

L’accès à l’emploi et à un emploi suffisant est sans doute la composante essentielle.

Il ne s’agit pas seulement d’accompagner les personnes en cause (mais ceci est indispensable et on sait que c’est, en France, un point faible du traitement du RMI et de la décentralisation de sa gestion).

Sont en cause aussi le nombre et la localisation des logements sociaux, ainsi que la politique d’aide à la conciliation entre vie professionnelle et responsabilités familiales.

Si cette voie doit être privilégiée, force est de reconnaître que, dans la situation de sous-emploi présente, elle n’est pas accessible à tous.

Se pose alors la question du niveau des minima sociaux : des pays européens ont choisi, rappelons-le, de retenir des niveaux supérieurs, tout en renforçant l’accompagnement des personnes concernées.

Enfin, reconnaissons, en leur donnant les moyens nécessaires, l’action de terrain des associations, qu’aucun dispositif général ne saurait assez prendre en charge.