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Terrorisme, Bel Laden, Kissinger, Martin Almada

(écrit le 16 septembre 2002)

 Dieu, Ben Laden et le Grand Satan

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont stupéfié le monde occidental et ont été dénoncés par la plupart des Etats du monde :

– ceux qui s’estiment effectivement les premiers visés, les pays occidentaux et
– ceux qui en redoutent les conséquences, à commencer par les Etats arabes qui craignent d’en faire les frais.

Quant aux populations, selon qu’elles sont ou non occidentales, elles auront sans doute porté un regard différent sur les images télévisuelles de la destruction en direct des symboles de la puissance économique et militaire américaine.

L’avant garde de la lutte des pauvres ?

Ces attentats posent deux principales questions et pourraient se « lire » de deux manières : en s’attaquant aux symboles de la puissance financière et militaire des Etats-Unis,
– les terroristes islamistes se considèrent-ils comme l’avant garde d’une lutte des pauvres contre les riches ....
– ou bien désirent-ils la destruction de « l’Empire du Mal » afin d’étendre sur le monde entier la loi de Dieu, la Charia ?

– Réactivent-ils la guerre du Croissant contre la Croix
– ou bien sont-ils les combattants d’une guerre déclenchée contre un « mon-dialisme » ultra libéral triomphant ?

– La religion n’est-elle que le prétexte à des conflits bien profanes qui opposent les hommes entre eux depuis toujours
– ou bien les « fous d’Allah » ne visent-ils pas à étendre « la seule vraie religion » de par le monde ?

– Sont-ils les messagers des « damnés de la terre »
– ou les valeureux soldats d’une guerre sainte déclarée contre les Infidèles ?

Pourtant, voir en Ben Laden un nouveau Che Guevara, fer de lance d’une nouvelle révolution anti-capitaliste, paraîtra aussi idiot que de voir dans José Bové un dangereux émule du terrorisme international. Et pourtant !

Le terrorisme islamiste

Quelle est la raison principale du terrorisme islamiste ? La haine de l’Occident chrétien, la lutte contre l’impérialisme occidental, la revanche sur l’occupation coloniale ou bien le fanatisme religieux ? Et si ces objectifs sont indissociablement mêlés, lequel est prédominant ?

Ce n’est pas un hasard si les fiefs du « terrorisme international » sont des pays arabes musulmans, colonisés, humiliés, frustrés, exploités, manipulés depuis des décennies par des gouvernants occidentaux occupés à faire y prévaloir leurs seuls intérêts, économiques, stratégiques, géo-politiques, culturels.

La « guerre » que veut mener aujourd’hui l’Occident contre le « terrorisme international » n’est pas plus une guerre du Bien contre le Mal que ne l’est la Djihad engagée par les islamistes contre un Occident vautré dans le consumérisme.

Deux idéologies totalitaires

Il s’agit en réalité d’une lutte entre deux idéologies totalitaires qui voit s’affronter deux intégrismes :
– celui d’un système économique qui se présente comme le seul et unique modèle de société fondé sur un seul modèle de développement, engendrant une seule culture, une seule civilisation et prétendant s’étendre à la planète entière (fut-ce au prix de son auto-destruction) ;

– celui d’une religion monothéiste qui se présente comme la seule vraie, doit engendrer un seul type de société et n’a de cesse que de conquérir l’humanité entière (fut-ce au prix du suicide de ses fidèles) ?

Il ne s’agit donc pas d’une guerre de la civilisation contre la barbarie, de la liberté contre l’obscurantisme, pas plus qu’il ne s’agit d’une guerre sainte contre le « Grand Satan » occidental mais bien d’une guerre entre deux impérialismes : celui qui vise à soumettre l’homme à l’économie, celui qui vise à soumettre l’humanité à Allah.

Conquérir le monde

Un dieu unique a engendré une pensée unique. En Occident, ce que n’avait pas réussi à faire le monothéisme religieux chrétien, conquérir le monde, le « monothéisme profane » est en train de le réaliser : un nouveau dieu unique, le dieu argent, régente le monde entier et tient sous son implacable férule la quasi totalité des êtres humains. Il terrorise et asservit l’humanité.

A cet égard, le monothéisme religieux semble avoir été le prototype de la pensée idéologique dont le propre est de prétendre s’imposer à l’ensemble des hommes.

La prégnance dans l’inconscient collectif occidental d’une croyance en un dieu unique a engendré une conception totalisante, puis totalitaire, actuellement d’ordre économique, de l’être humain. Elle est la principale cause, chez les Occidentaux, de cette prétention à être les uniques détenteurs de la vérité universelle.

A ce titre, la religion chrétienne, elle-même issue du monothéisme juif, peut être considérée comme l’archétype de toutes les idéologies occidentales modernes, dans leur volonté de dire le vrai de tout l’homme à tous les hommes de tous les temps.

La dernière religion monothéiste de l’Histoire, l’Islam, a été à bonne école ! Comment s’étonner que, face à l’impérialisme occidental et au regard du bilan mondial catastrophique qu’il a généré, les plus fanatiques de ses fidèles se dressent pour mettre à bas le Grand Satan qui étend son implacable règne matérialiste sur le monde ?

L’Islam vit, avec les 7 siècles de décalage qui le séparent historiquement du Christianisme, la phase intégriste et totalitaire de son histoire, celle qui, de l’Inquisition à l’aube du siècle des Lumières, avait obscurci la religion chrétienne au point d’en faire la religion la plus sanglante de l’Histoire.

La sphère privée

Depuis que la religion chrétienne a été reléguée dans la sphère de la vie privée, depuis qu’elle a renoncé, du moins officiellement ou publiquement, à diriger les affaires du monde, depuis qu’elle a dû distinguer « le spirituel » (tout ce qui concerne, selon elle, l’âme humaine) du « temporel » (tout ce qui aurait trait, selon elle, au gouvernement des nations), le Christianisme, non sans parfois quelque nostalgie de son passé (exprimée dans l’intégrisme catholique en particulier), ne prétend plus régner que sur les « esprits » ... ce qui ne lui évite d’ailleurs pas de déborder sur les « corps » des individus comme sur le corps social ! Il serait toutefois inimaginable de voir aujourd’hui un évêque à la tête d’un Etat occidental.

Par contre, les ayatollahs et autres talibans n’imaginent pas ne pas faire régner la loi de Dieu, sur ce que nous appelons la « société civile ». Toute société ne peut être pour eux que « religieuse », c’est à dire dirigée par eux et par eux seuls. Et l’on sait à quelles extrémités l’application de la Charia a pu conduire certains Etats musulmans.

Le choc entre ces deux totalitarismes verra-t-il la victoire de l’un d’entre eux ? Le ventre mou de l’Occident repu peut faire douter de l’issue d’un tel affrontement. Quatre islamistes fanatiques munis de cutters ont ébranlé les bases de la première puissance du monde ! De la réponse qui sera donnée au terrorisme islamiste dépendra l’avenir :

– soit les Etats occidentaux se demanderont enfin pourquoi on en est arrivé là et apporteront les bonnes réponses,

– soit ils s’enferreront dans une logique de violence sans être sûrs d’en sortir victorieux mais qui conduira par contre à coup sûr à un nouveau totalitarisme policier planétaire. Les quelques milliers de victimes innocentes new-yorkaises ne seront peut-être pas mortes pour rien : elles auront peut-être réussi à réveiller la petite minorité des nantis de ce monde, ce que n’avaient pu faire les millions de morts victimes de l’impérialisme ultra libéral occidental .

Un libéralisme totalitaire qui plie le monde entier aux seules lois du Marché et une religion totalitaire qui vise à soumettre le monde aux lois d’Allah, tels sont aujourd’hui les protagonistes d’une guerre déclarée depuis une vingtaine d’années.

La guerre engagée entre eux sera un combat à mort. Saurons-nous l’éviter et faire évoluer l’humanité vers le partage des richesses de la planète et la mutuelle appréciation de ses différentes composantes culturelles ? Saurons-nous construire un monde où le « pluralisme spirituel » se serait enfin libéré du « totalitarisme religieux » ? Tel est l’enjeu du siècle.

André MONJARDET
andre.monjardet@wanadoo.fr
et site www.monjardet.fr.st/


Ecrit le 16 septembre 2002 :

Historiette

Un avion américain est à deux doigts de s’écraser avec 5 passagers à bord, mais seulement 4 parachutes bien emballés dans leurs sacs.

Le premier passager dit :

– Je suis Michael Jordan, le meilleur basketteur de l’histoire. Mon équipe a besoin de moi. Je n’ai pas le droit de mourir. Et il attrape le premier sac à parachute et saute.

La deuxième dit :

– Je suis Hillary Clinton, la femme de l’ex-président des États-Unis. Je suis sénateur de New York, très ambitieuse et probablement la future première présidente des États Unis. Mon Etat a besoin de moi. Je n’ai pas le droit de mourir. Et hop, elle attrape un sac et saute à son tour.

Le troisième dit ;

– Je suis George Deubeuliou Bush, je suis le président des États Unis. J’ai d’énormes responsabilités en tant que leader d’une super-puissance. Et par dessus tout, je suis le président le plus intelligent de l’histoire des États-Unis. Mon pays a besoin de moi. Je n’ai pas le droit de mourir.

Et zou, il attrape un sac et saute.

Le quatrième passager est le pape. Il dit au cinquième passager, un écolier de 10 ans :
– Je suis vieux, gâteux, incontinent. Il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre. Toi, tu es jeune et vigoureux. Personne n’a besoin de moi. Pour une fois, je vais être en accord avec ma religion : je te laisse le dernier parachute.

Et le gamin répond :

– Mais non, y’a pas de problème, il reste deux parachutes : le président le plus intelligent de l’histoire des États-Unis. a sauté avec mon cartable sur le dos...


(écrit le 1er janvier 2003)

 « L’ex-ministre américain Henry Kissinger a tué plus que Ben Laden »

Le propos tient du sacrilège. Il a été tenu par Martín Almada, 65 ans, enseignant et avocat aux Etats-Unis et au Paraguay, découvreur des archives du plan Condor, le gigantesque réseau de répression mis en place par les dictatures d’Amérique du Sud (Chili, Argentine, Paraguay, Uruguay), qui a servi à torturer et à assassiner des milliers de personnes avec l’accord des États-Unis. Cette découverte a ouvert une brèche dans le mur d’impunité qui protège encore les responsables des dictatures.

Martin Almada a reçu le 9 décembre 2002 le prix Nobel alternatif (1) pour son action en faveur des droits de l’homme et la protection de l’environnement dans son pays. (20 décembre 2002). Il a répondu à des questions du « Courrier international » dont voici des extraits.

Les archives

Les archives du Plan Condor se trouvent au palais de justice d’Asunción (Paraguay). Elles concernent beaucoup de gens en Amérique du Sud qui recherchent désespérément des renseignements sur la mort ou la disparition d’un de leurs proches ou amis. C’est toute l’histoire de la répression qui se trouve là.

Dictateurs en liberté

Au nom du « bien », Georges W.Bush recherche Ben Laden, veut faire la guerre à l’Irak, menace la Corée, mais se garde bien de faire pression sur Israël et de faire arrêter les dictateurs qui sont encore libres en Amérique Latine. « C’est une véritable mafia militaire. Ils se protègent tous entre eux et ils en ont les moyens financiers » dit Martin Almada. « Ceux qui sont poursuivis dans leur pays passent dans les pays voisins où ils ont un réseau de complices. En un sens, le plan Condor continue à fonctionner. Ces tortionnaires ont amassé illégalement des fortunes colossales qui leur permettent d’acheter l’aide ou le silence de beaucoup de monde. »

Est-il alors possible de les coincer ?

« Oui, en enquêtant sur la partie économique des dictatures. En mettant en lumière les richesses accumulées par les répresseurs on découvrirait des choses terribles. La chambre d’industrie et de commerce du Chili doit posséder des documents prouvant la complicité des industriels locaux avec Pinochet et établissant leurs liens avec l’armée chilienne. De surcroît, on doit y trouver de nombreuses références de comptes bancaires en Suisse. Et au Paraguay, en Argentine, il faut suivre la trace des biens volés aux disparus. L’impunité génère deux choses : plus de corruption et plus de répression. Nous devons connaître la vérité. Si nous possédons des documents écrits, nous pouvons traîner ces gens en justice. »

Le rôle des USA

« Tout le monde sait bien le rôle sinistre joué par Kissinger en Amérique latine. La déclassification des documents de la CIA, l’enquête menée par le journaliste anglais Christopher Hitchens (« The trial of Henry Kissinger »), et divers documents trouvés prouvent que Kissinger était un véritable cerveau du terrorisme d’Etat qui a sévi dans la région de 1973 à 1986. Avec les milliers de morts de ces dictatures, on peut dire que Kissinger a largement battu Ben Laden au niveau des victimes du terrorisme ! »

Les USA ont fait ouvrir les archives de la CIA mais de façon très partielle ; « beaucoup de passages sont noircis. Surtout quand ils compromettent les Etats-Unis dans les crimes »

Condor 2

Selon Martin Almada, un plan « Condor 2 » fonctionne encore actuellement en Amérique Latine. « Des réunions de haut-gradés militaires ayant eu un rôle clé pendant les dictatures se sont tenues dans divers pays, sous le couvert de la réunion bisannuelle de la Conférence des armées américaines (CEA) ». Le but est le même qu’autrefois : resserrer les liens du réseau, échanger des renseignements sur l’état des poursuites engagées, pour mieux s’en protéger, et surtout établir les listes des supposés « subversifs » [opposants]. « Ces militaires sont vraiment dangereux car ils ont énormément de moyens financiers et sont assez désœuvrés »

Subversifs

Qui sont les « subversifs » d’aujourd’hui ? « ceux qui sont opposés à la mondialisation et aux politiques néolibérales. Les nouveaux opposants sont les paysans sans terre, les pauvres qui revendiquent plus de justice sociale, les journalistes qui enquêtent sur la vérité, les associations civiles, les défenseurs des droits de l’homme, des droits des indigènes, etc. »

« Vous savez, protéger l’environnement, c’est aussi protéger les droits de l’homme. Créer des emplois, c’est également agir en faveur des droits de l’homme. » dit Martin Almada.


Ecrit le 1er janvier 2003

 Martin Almada

Martin Almada (lire ci-dessus) fut emprisonné et torturé entre 1974 et 1977 dans un camp de concentration paraguayen sous la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989). Exilé au Panamá, puis en France, il a été mandaté par l’UNESCO pour promouvoir de 1986 à 1992 le développement rural en Amérique latine et en Afrique. Il présenta en 1992 devant les tribunaux paraguayens une demande d’accès à ses antécédents policiers et militaires. C’est comme ça que le 22 décembre 1992, guidé par des informations anonymes, il découvrit dans un bureau du siège de la police de Lambaré (à quelques kilomètres d’Asunción) les gigantesques archives de la police de Stroessner (actuellement réfugié au Brésil), preuves de la véritable dimension du plan Condor. Une documentation de plus de cinq tonnes, brèche dans le mur d’impunité qui protège encore les dictateurs.

Fondation

Martin Almada a créé au Paraguay la fondation Celestina Pérez, du nom de sa première femme, morte sous la torture.

Cette fondation lutte contre la pauvreté et pour la préservation de l’environnement. Avec le soutien de l’Espagne, elle met en place un programme de développement des zones rurales grâce à l’énergie solaire. Le soleil, sert à déshydrater des plantes médicinales et à les conditionner pour la vente sur le marché local. Au Paraguay, il y a beaucoup de pauvreté et les gens n’ont pas accès aux médicaments. C’est pour cela qu’il est essentiel de développer une médecine traditionnelle alternative. Soixante-dix femmes s’occupent de faire tourner cette affaire. Les ressources en jeu sont l’imagination, la créativité, la reconnaissance du potentiel humain et la valeur des éléments naturels.

La fondation fabrique aussi du papier végétal fait à la main à partir de feuilles de fruits ou d’arbres. Il est vendu pour les arts plastiques, les faire-part... Avec une ONG suisse, Volog, la fondation a créé un village indien qui fonctionne entièrement à l’énergie solaire. Le tout à l’échelle humaine : 42 familles bénéficient ainsi de la lumière, de réfrigérateurs, de ventilateurs, de cuisinière... avec, bien sûr, zéro pollution.


Ecrit le 17 décembre 2008

 Elsa Zaldivar, au Paraguay

C’est une cucurbitacée un peu oubliée, le luffa, qui donne - une fois séchée - une éponge rêche. Mélangez-la à des feuilles de maïs et de caranday, un palmier originaire d’Amérique du Sud, ajoutez-y du plastique recyclé : vous obtenez des panneaux solides, légers et entièrement recyclables, pour bâtir des maisons bon marché. Il fallait y penser. Elsa Zaldivar, militante au Paraguay, l’a fait. La technique qu’elle a inventée doit permettre de résoudre la pénurie de logements au Paraguay, où 300 000 familles ne disposent pas d’habitation décente, et de préserver les forêts du pays, déjà réduites à moins de 10 % du territoire national. « Pour faire cuire 10 000 briques de construction, il faut détruire au moins quatre arbres, et nous n’avons presque plus de forêt », explique-t-elle.

« L’important, c’est que nous recyclerons les montagnes de déchets produites par les matières plastiques et que nous créerons des emplois ». Elsa Zaldivar est une des cinq lauréats des prix Rolex 2008, décernés à Dubaï, en novembre.
(source : Le Monde)

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NOTES:

(1) Ce prix Nobel alternatif est pour Martin Almada d’abord un grand soutien moral. La reconnaissance de sa lutte. Ensuite, c’est le moyen de former une équipe en matière de droits de l’homme. « Avec le prix, je vais pouvoir rechercher des gens pour m’aider. Transmettre aux générations futures cette histoire. Au Paraguay, par exemple, je me rends compte que les jeunes ne savent pas ce qui s’est passé pendant les dictatures. Et pourtant ce sont eux qui feront la nation future. C’est de la prévention, et puis c’est le moyen de contrer cette politique de « mémoire interdite » pratiquée par les gouvernements et qui entretient l’impunité »