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Ukraine, Tchétchénie

  Sommaire  

Ecrit en 2000

 Voyage en Ukraine

Eté 2000, j’ai eu la chance de faire un voyage en Ukraine, avec des amis. Un pays très attachant, que l’on disait autrefois le grenier à blé de l’URSS.

J’y ai découvert la misère où vivent ces gens : par exemple, j’ai dormi deux jours chez un couple, lui chirurgien, elle médecin. Salaire : 18 dollars par mois, soit environ 150 francs de France, le prix d’un pantalon. Une seule pièce pour vivre et bien sûr, pour dormir, moi sur le canapé de leur enfant et lui avec eux sur l’autre canapé. Du Zola, et, en quinze jours, j’en ai vu bien d’autres. C’est le fruit direct du passage brutal de l’économie dirigée communiste à l’économie de marché, rongée par la spéculation, les détournements de fonds et de subventions. Là-bas vous ne pouvez pas être riche et honnête, mais vous pouvez être très riche, comme en témoignent les dizaines de petits palais neufs qui poussent à la sortie de chaque ville .

Et je me suis dit que j’aimerais que nos français « libéraux », partisans du moins d’Etat, du moins d’impôts, du moins de règles, viennent y vivre.

Ils verraient où conduit l’affaiblissement d’un Etat pas assez fort pour réprimer la corruption et collecter correctement l’impôt. Ils verraient :

– Un service public à l’abandon, sous-développé, hormis des transports en commun abondants mais délabrés, sur un réseau routier qui vous ferait perdre votre dentier même si vous n’en avez pas

– La majorité de la population mal logée, mal payée, mal tout, qui survit en tâchant de garder la tête haute, et une minorité au luxe criard qui s’engraisse sur son dos.

– Des retraités ruinés. Ils ont subi toute leur vie la dictature (du prolétariat ?) croyant qu’en échange au moins leur vieillesse serait matériellement convenable : foutaises ! La dévaluation de la monnaie ne leur a rien laissé.

– Des cadres (ingénieurs, médecins, profs ...) compétents mais sous-payés (quand ils le sont).

– et toute une classe moyenne ne rêvant que d’émigrer dans des pays occidentaux qui ne les attendent pas. (Les trop pauvres sont scotchés à leur débine, les trop riches, trop bien là - et puis, la Riviera n’est qu’à une portée de jet.)

Mais non, nos libéraux ne verraient rien, car ils rouleraient dans d’énormes 4x4 bien suspendus, aux vitres noires pour ne rien voir. Sauf peut-être le petit vendeur de roses d’Odessa, propre et digne malgré sa pauvreté, à qui ils mégoteraient dédaigneusement les piécettes de la survie.

 Car

Retour par le car qui fait régulièrement Kiev-Paris. Deux jours de cohabitation entre une majorité d’Ukrainiens et quelques français, dont un groupe qui met peu de temps à montrer qu’il penche (dangereusement) plus vers Jean-Marie Le Pen que vers Arlette Laguillier. On réussit à apprendre qu’ils reviennent de manœuvrer avec leurs amis nationalistes ukrainiens dans les Carpathes.

Ils vont nous gratifier tout le trajet de réflexions à voix haute sur les Ukrainiens, les Polaks, les Chleus (sic), sur tout ce qui les énerve (le balayeur noir parisien qui « sera ma première victime » dit l’un d’eux), ou ce qui les amuse dans le car. Exemple : « Visez la gamine, les mecs (trois ans, attention au syndrome Dutroux, les gars). C’est joli à cet âge là, dommage qu’elle deviendra ça en vieillissant. »

« Ca », nous le saurons plus tard, c’est une vieille dame qui fait aussi partie du voyage, ingénieur retraitée, ruinée tant physiquement que matériellement par le communisme et sa chute. Mais un sourire ! une classe !

Hé oui, on peut s’appeler Charles-Henri, François-Xavier et associés (je vous épargne les patronymes à coulisse), se croire la crème de la Vieille France, mais être assez mufles pour parler ainsi de femmes, et trop cons (ou trop méprisants ?) pour imaginer que la majorité des Ukrainiens présents, dont les parents de la petite, comprenaient et parlaient le français.

Pierre Marie Bourdaud.