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Comment fabriquer du chômage

(écrit le 11 juin 2002)

Très intéressante réunion d’ATTAC, ce mardi 4 juin 2002 à Châteaubriant, une bonne assistance (150 personnes) pour un sujet difficile « le rôle des actionnaires dans l’entreprise », beaucoup de têtes nouvelles, des jeunes, des femmes essentiellement, très peu de représentants des partis politiques traditionnels (mis à part les Verts). Comme si la « fracture politique » qui s’est manifestée en force aux Présidentielles le 21 avril dernier, n’avait pas encore réussi à ouvrir les yeux aux partis politiques traditionnels, décidément éloignés des préoccupations des gens.

De Manducher à Péguform

Le premier intervenant, Joël Drouilleau, a parlé d’une entreprise qu’il connaît bien : PEGUFORM à Pouancé. Cette entreprise s’appelait autrefois Manducher, du nom de la famille fondatrice, qui, partie d’Oyonax, a créé 6 usines en France, à proximité des constructeurs automobiles puisqu’elles créaient des pièces de plastique pour l’industrie automobile. L’usine de Pouancé, qui a connu jusqu’à 850 salariés, travaillait la résine polyester qui, dans les années 1980, pouvait remplacer la tôle.

Proche et trop loin

A l’époque Pouancé était « proche » de Rennes (usines Citroën) et se situait en zone rurale où la main d’œuvre était abondante et bon marché. Mais dans les années 1990 la résine polyester a connu des problèmes de qualité et de recyclage, et l’industrie automobile est revenue à des matériaux plus classiques. Sans avoir changé de place, Pouancé s’est trouvée trop « loin » de Rennes. De plus, c’était l’époque où les constructeurs automobiles souhaitaient baisser leurs coûts de production, travailler à « flux tendu » (= zéro stock) et ont engagé une concurrence féroce entre les sous-traitants. De 850 salariés, l’entreprise Manducher est tombée à 460, elle est maintenant sous le coup d’un plan de licenciement de 162 personnes (qui vient d’être ramené à 149, ce qui ne change pas grand chose à l’affaire).

Depuis quelques années, pour faire face aux exigences des constructeurs automobiles, Manducher a dû se moderniser, se robotiser, elle a eu besoin de capitaux importants que la famille n’a pas pu trouver. L’entreprise a donc été achetée par un groupe allemand Péguform et récemment par le groupe américain Venture. « Nos dirigeants sont maintenant aux USA. Du temps de Manducher un rapport de forces était possible. La famille fondatrice croyait à son rôle industriel et social. Nous avions de vrais interlocuteurs à qui nous pouvions parler. Maintenant chaque unité du groupe se doit d’être rentable. Il faut satisfaire les actionnaires au jour le jour. Les salariés ne peuvent que se sentir impuissants face à la puissance mondialisée du capital ».

De son côté, André Roul a rappelé le temps où la famille Huard possédait l’entreprise de machines agricoles de Châteaubriant . « Les syndicats pouvaient discuter d’homme à homme avec les dirigeants, ceux-ci étaient sensibles à la pression locale, ils auraient eu honte d’empocher des dividendes quand l’entreprise tournait mal et qu’il leur fallait licencier ». Maintenant Huard a été racheté par l’entreprise Kuhn située à Saverne dans l’est de la France, et dépend du groupe Suisse Bücher.

On aurait pu parler aussi de la Fonderie Focast qui est une filiale de l’Union des Banques Suisses, et de l’entreprise Novembal qui est une filiale de Tétrapak. Toutes ces entreprises, de création locale, sont maintenant passées dans les mains d’investisseurs totalement étrangers à la région et aucunement sensibles à son devenir.

Les méfaits du chômage

Jacques Nikonoff s’est alors livré à une analyse du passé industriel de la France et des pays européens. Analyse brossée à grands traits (on aurait voulu en savoir davantage !) sur le chômage qui est, selon lui, la cause des fractures de notre société.

Pour lui, le séisme politique du 21 avril, qui s’est manifesté par la présence de Le Pen au 2e tour des Présidentielles, mani-

feste ce qu’on connaît depuis 20 ans : « les sortants ont été sortis et cela va se reproduire aussi dans les 5 ans à venir si l’on ne change pas de politique ». Il ne s’agit pas là de choix de droite ou gauche, mais du refus d’une politique qui a été la même pour la gauche que pour la droite. La droite prônant cette politique, la gauche essayant d’en limiter les effets sans en remettre en cause les fondements.

« Depuis 20 ans le chômage est un cancer qui ronge notre société. En 15 ans, 10 millions de salariés ont été victimes de licenciements collectifs. La France compte 5 millions de chômeurs. Il y a ceux des statistiques officielles, mais elles ne tiennent pas compte des RMIstes, des radiés, des pré-retraités, des jeunes qui n’ont jamais travaillé, sans parler des travailleurs précaires ».

Les non, les sous, les mal-emplois

« Les non-emplois, les sous-emplois, les mal-emplois sont la cause essentielle de la mauvaise situation économique, politique et sociale que nous connaissons. Les gouvernements successifs n’ont pas voulu s’attaquer réellement au problème de l’emploi »

Or le chômage, la précarité sont les causes directes ou indirectes des difficultés de la société. Jacques Nikonoff a pris trois exemples :

1.- l’insécurité. « C’est une question fondamentale. Elle frappe d’abord les catégories populaires. Pendant la campagne électorale on l’a réduite aux violences quotidiennes, mais les autres aspects ont été gommés (relire à ce sujet l’article de la Mée : de quelle insécurité parlons-nous ?, en date du 15 mai 2002)

Lionel Jospin a avoué son erreur, sans la reconnaître, quand il a dit : je croyais qu’en réduisant le chômage, on réduirait l’insécurité. « Il ne s’est pas rendu compte que 1,8 millions d’emplois ont été créés, ce qui est considérable, mais que cette baisse du chômage a peu touché les jeunes, les chômeurs de longue durée, les salariés les moins qualifiés, en particulier dans les banlieues ».

Dans celles-ci, où parfois le chômage atteint 50-60 %, quand les gens ont compris qu’ils étaient une nouvelle fois les laissés-pour compte, cela n’a fait que décupler leur rage. On ne résoudra pas le problème par la police ou la justice ».

« En ne voulant pas s’attaquer au chômage, on ne veut pas réduire l’insécurité (surtout quand celle-ci présente des avantages en matière électorale, même si ces avantages sont illusoires) » a dit Jacques Nikonoff

2.- Deuxième exemple, l’école : « on nous dit que celle-ci doit être transformée. Les enseignants ne cessent de modifier et d’adapter leurs pratiques pédagogiques, mais le fond du problème de l’échec scolaire et des violences dans l’école, est extérieur à l’école. La cause en est le chômage des parents qui finissent par ne plus se lever le matin pour accompagner l’enfant qui part à l’école sans manger et qui rentre le soir pour trouver ses parents rivés devant leur télévision »

3.- Troisième exemple : l’espérance de vie. « Son allongement est une excellente chose. Mais on nous rebat les oreilles avec un problème de financement des retraites et de la protection sociale en général. Pour résoudre cette question, on nous parle d’allonger la durée des cotisations, et de mettre en place la retraite par capitalisation, alors que le remède le plus évident c’est l’emploi : ce sont les cotisations sociales des salariés qui alimentent les caisses de protection sociale. Si nous voulons résoudre positivement le problème du financement des retraites, il faut créer des emplois.

Ce n’est pas le travail qui manque :
c’est l’emploi

Diminuer le chômage, facile à dire. Mais comment faire ? « Il nous faut connaître d’abord les causes du chômage. Car ce qui manque ce n’est pas le travail, mais l’emploi » dit Jacques Nikonoff.

Du travail il y en a, à la pelle. Le travail sert à produire des biens et des services. La vraie question est de définir les besoins et ils sont immenses dans de nombreux domaines : logement, transports, tourisme  , ruralité  , santé, éducation, consommation, sports, etc. « Sommes-nous saturés au point de n’avoir plus de besoins individuels ou collectifs ? Les besoins sont divers et infinis, il faut mettre en face du travail. On a essayé, pendant quelques temps, de nous parler de la « fin du travail ». C’était pour faire accepter le chômage aux catégories sociales les plus basses. En fait il y a, il y aura toujours du travail. »

« Ce qui manque c’est l’emploi, c’est-à-dire le cadre légal dans lequel on exerce une activité ».

La reprise en mains

Alors, pourquoi le chômage de masse, que l’on connaît depuis 30 ans à l’échelle mondiale ? « La raison n’est pas économique, elle est strictement politique. Les milieux libéraux ont souhaité faire une reprise en mains :

– rediscipliner les salariés par le chômage
– rediscipliner les pays pauvres par la dette »

Selon Jacques Nikonoff, dans les années 60-70, le rapport des forces était défavorable au système capitaliste :

1.- une centaine de pays pauvres se regroupaient en un mouvement qui s’est appelé le « mouvement des non-alignés », à la fois contre le modèle occidental et le modèle soviétique.

2.- Les Etats-Unis étaient en situation d’infériorité, leur image s’était brisée, on découvrait chez eux les pauvres, l’apartheid social et racial, et aussi leur faiblesse : ils avaient dû mettre les pouces devant un petit pays, le Vietnam.

3.- dans le monde entier, le mouvement syndical était puissant. Rappelons que 1968 a touché la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique. « C’était le temps où le monde basculait vers le progrès. Cela s’est traduit par des avantages : le droit syndical dans les entreprises, la quatrième semaine de congés payés, le SMIC en 1970, la mensualisation du salaire, le droit à la formation continue, la généralisation des retraites complémentaires en 1972 et même, en 1974, le droit à l’indemnisation du chômage à 90 % ».

Tout cela s’est traduit par la baisse des taux de profit des actionnaires et l’augmentation des revenus des salariés. Cette augmentation des salaires aurait pu entraîner la croissance économique générale. Mais les milieux libéraux ne l’ont pas voulu, ils ont cassé l’alliance des ouvriers, des jeunes, des classes moyennes. Ils ont cassé l’espoir d’un autre monde.

La casse

Comment ? Les milieux privilégiés ont découvert que le chômage pouvait discipliner les salariés, freiner les revendications, remettre en cause les avantages acquis. Ils ont alors fait quatre choses :

1.- Ils ont glorifié le capitalisme, en faisant entrer dans la tête des gens, grâce à l’ensemble des médias qu’ils contrôlent, un certain nombre d’idées qui leur paraissent importantes :
– . La nécessité de la baisse des impôts
– . L’obsession anti-inflation
– . La privatisation des services publics
– . Le libre-échange, etc.

Toutes ces idées, qui les arrangent, ils les ont martelées jusqu’à faire croire à tout le monde qu’elles sont la condition sine qua non de l’essor économique. « Ils ont réussi, et sur ce plan intellectuel la gauche a été défaite en rase campagne » a dit J. Nikonoff

2.- ils ont réinventé le « management » des entreprises, « presque au corps à corps avec les salariés dans les entreprises, ils ont éjecté les plus remuants, muselé les autres, licencié les sans-diplôme, externalisé une partie des productions et réduit la taille des entreprises pour mieux contrôler les salariés »

3.- au niveau mondial, en juillet 1979 à Tokyo, ils ont changé la politique économique. « Le G5 (groupe des 5 pays les plus riches de l’époque) a décidé de ralentir la machine économique, de freiner la consommation, de renoncer à toute relance. Il a augmenté les taux d’intérêts, ce qui a renchéri le coût du crédit et freiné les investissements des entreprises. De ce fait, les entreprises ont été bloquées dans leur développement et le chômage en a résulté »

« Le chômage résulte d’abord d’un choix politique ! »

4-. pour les pays « non-alignés » qui se trouvaient être aussi des pays en voie de développement, ils ont prêté de l’argent, en se disant : « il vaut mieux une révolution verte qu’une révolution rouge. Et quand les taux d’intérêt ont augmenté les pays en voie de développement ont été étranglés. C’est en 1982 que le premier pays, le Brésil, s’est trouvé hors d’état de payer sa dette (trois ans après les accords de juillet 1979). Alors les pays riches ont inventé les « plans d’assainissement structurels », provoquant le renchérissement du pain et de l’eau dans les pays pauvres, la remise en cause des services publics, et l’obligation de cultiver les produits destinés aux pays riches, de façon à faire rentrer les devises nécessaires pour faire face à la dette »

Le terrorisme

Et maintenant, les salariés sont muselés, les pays pauvres sont ligotés, le capitalisme a triomphé. Il ne faut pas s’étonner s’il ne reste que le terrorisme comme moyen de « discussion ». Mauvais moyen certes, mais seule arme qui reste aux faibles. On ne peut que s’attendre à la multiplication des actes terroristes et ce ne sont pas les rodomontades des USA et de leurs alliés qui pourront empêcher quelque chose. Les pays pauvres n’ont pas pu s’opposer au rouleau compresseur des pays riches. Maintenant les pays riches sont impuissants face aux attentats-suicides des pays pauvres.

Fonds de pension

En matière économique, les milieux financiers libéraux ont imposé les « fonds de pension », produits typiquement anglo-saxons. Les Français ont un système à part « le livret A de la Caisse d’Epargne : capital garanti, taux fixé par le gouvernement et pas par le marché, fonds destinés à financer le logement social. Ce sont des fonds considérables que les banques ne contrôlent pas. C’est pourquoi elles ont obtenu des avantages fiscaux pour des produits d’épargne concurrents du livret A mais sans en avoir la finalité sociale ». Les Français ont aussi un système de protection sociale qui aide au soutien de l’économie : assurance-maladie, retraite par répartition, etc.

Les fonds de pension américains ont été créés du temps de Roosevelt en 1933. Les Etats-Unis ont choisi de faire porter leur protection sociale uniquement sur le système des retraites. Les fonds de pension permettent de capitaliser de l’argent qui servira plus tard, à chaque souscripteur, à payer sa propre retraite. Ces « investisseurs institutionnels » ont investi partout dans les entreprises anglo-saxonnes, à la recherche de la meilleure rentabilité (qui, actuellement pour eux doit tourner autour de 15 % même quand la croissance économique ne dépasse pas les 3 %).

« Et quand ils n’ont plus pu investir dans les entreprises anglo-saxonnes, ils se sont trouvés dans l’obligation d’acheter tout ce qu’ils pouvaient dans le monde. C’est ainsi qu’en moyenne 40 % des fonds des entreprises françaises sont dans les mains des fonds de pension américains »

Alors tout a changé

« Alors tout a changé. Le but de l’entreprise n’a plus été plus de produire des biens et des services pour répondre aux besoins. Il n’est plus de verser des dividendes aux actionnaires sur le résultat économique des entreprises. Le but maintenant c’est de jouer sur une plus-value la plus forte possible »

Expliquons un peu : le dividende versé aux actionnaires est fonction de la situation économique de l’entreprise. Souvent il ne dépasse guère la croissance, 3 % à 10 %. Pour un actionnaire, à notre époque, ce n’est pas suffisamment rentable. Le dividende, c’était le temps du capitalisme de papa, le temps où des dynasties familiales, des gens fortunés, des banques en lien avec l’Etat, des petits actionnaires , et l’Etat lui-même depuis 1945, contrôlaient les entreprises, pour produire des biens et des services, avec une certaine vision du progrès (qui n’excluait d’ailleurs pas une exploitation féroce ! )

La Bourse

Les actionnaires de notre époque se rémunèrent sur la plus-value, c’est-à-dire sur ce qu’ils peuvent gagner en revendant une action plus cher qu’ils ne l’ont achetée. Plus la Bourse monte, et plus la certitude de la plus-value est forte. Et pour faire monter la Bourse, tous les coups sont bons : fusions, cessions, absorptions, etc. La production en elle-même ne devient plus qu’accessoire.

« Après des années où les entreprises se sont diversifiées, pour que la baisse conjoncturelle sur un produit soit compensée par la hausse sur un autre, la nouvelle économie reconcentre les entreprises sur le cœur du métier, en vendant tout ce qui est annexe, pour arriver, comme ils disent, à des économies d’échelle, à une taille critique, à une maximisation de la valeur boursière », même si cette valeur boursière est déconnectée de la valeur réelle de l’entreprise. On l’a bien vu avec l’affaire ENRON aux USA. « Tout ce qui est en dessous d’une rentabilité de 15 % est liquidé ». Les salariés avec, évidemment. Le chômage résulte d’un choix politique !

« Et s’il était possible de donner du pouvoir aux salariés dans les conseils d’administration des entreprises ? » a interrogé quelqu’un dans la salle . « Et s’il était possible de réhabiliter le travail face à la logique du fric ? »

Pour Jacques Nikonoff, le pouvoir des salariés dans les conseils d’administration des entreprises est illusoire face aux 40 % d’investisseurs anglo-saxons. « Un seul droit pourrait être intéressant : celui de changer la stratégie de l’entreprise ». C’est pas demain la veille. Les syndicats n’ont pas le pouvoir de l’imposer. Les gouvernements, même de gauche, n’ont pas voulu et peut-être même pas songé à l’imposer.

TINA

« TINA » disait Margaret Tatcher : « There is not alternative » : il n’y a pas d’alternative. Tony Blair, en Angleterre, a repris la même idée : il n’y a pas d’économie de droite ou de gauche, il n’y a que les affaires qui marchent. La Gauche Dominante en France s’est trouvée sur les mêmes positions. Elle a essayé en 1981-1982 d’engager des réformes de gauche, positives, en injectant du pouvoir d’achat. Devant la crise politique que cela a provoqué au niveau de l’Europe, les choix de Mitterrand (et de Jacques Delors), se sont portés vers l’austérité, le franc-fort : ralentir la croissance, au risque d’augmenter le chômage. Et le chômage a augmenté. « En 1984, aux élections européennes, est apparu le Front National, résultat de l’alignement de la politique française sur les thèses libérales mondiales ». Et la Gauche n’a pas su ou pas voulu s’en libérer.

Que faire ?

Peut-on encore faire quelque chose ? Pour Jacques Nikonoff, il faut placer la lutte contre le chômage au premier plan, il faut retrouver des marges de manœuvre nationales. Mais comment ? Il y a deux niveaux d’intervention, au niveau des personnes et au niveau des institutions :

Au niveau des personnes :
– . En apportant d’autres analyses, d’autres idées. C’est ce que fait le mouvement ATTAC (Ndlr : ce sont aussi les idées que La Mée s’efforce de véhiculer)

– .En modifiant les façons d’intervenir à l’échelon local « s’engager dans le combat contre les inégalités, contre les injustices ».

Au niveau des institutions, il y a un travail d’envergure à lancer. Selon Jacques Nikonoff :

1.- il faut annuler tous les avantages fiscaux liés à l’épargne, et en même temps contrôler les mouvements de capitaux (cela s’est fait dans le passé) ce qui permet de freiner les avantages des ménages les plus fortunés. Il faut faire savoir que l’épargne ne doit pas concourir exclusivement à l’intérêt personnel mais avoir un intérêt général.

2.- il faut faire fuir les capitaux américains parce que ceux-ci fonctionnent comme un Plan Marshall* à l’envers, c’est-à-dire comme un apport des Français à la richesse des Américains.

« Alors nous retrouverons la possibilité de développer des politiques industrielles conformes à nos conceptions »

Jacques Nikonoff explique en effet qu’il y a deux conceptions de l’entreprise :

– . La conception française : l’entreprise est un bien commun, même si elle est propriété privée, parce qu’elle concourt au développement d’une région et à la vie des salariés, des commerçants, etc.

– . La conception anglo-saxonne : l’entreprise se réduit aux actionnaires. Tout doit être fait à leur plus grand profit.

Faire fuir les capitaux américains

Mais comment faire fuir les capitaux américains ?

– . Il faut augmenter la fiscalité sur les flux de capitaux (réinstaurer l’impôt de Bourse)
– . Il faut arrêter de privatiser
– . Il faut supprimer l’avoir fiscal
– . Il ne faut pas hésiter à faire des déclarations publiques comme quoi le gouvernement désire s’opposer à la mondialisation.

Tout cela fera partir les capitaux américains, c’est-à-dire qu’ils vendront leurs actions, à la baisse.

Il faudra bien que quelqu’un rachète ces actions. Qui ? « un pôle financier public, Caisse des Dépôts, Banques Mutualistes, etc, » (on pourrait rajouter le Crédit Lyonnais tant qu’il n’est pas totalement privatisé, la Poste, etc). « Ce pôle financier pourra contrôler les entreprises au moyen de l’épargne française. Ce sera alors une entité publique qui contrôlera les plus grandes entreprises. Mais ce faisant, nous serons en rupture totale avec la politique européenne et avec les institutions financières mondiales (banque mondiale, fonds monétaire international, etc). Et alors ? Ils nous imposeront des pénalités ? Et alors ? Nous ne les paierons pas ! Ils essaieront des mesures de rétorsion économique ? Et alors ? Nous aurons le moyen de nous y opposer si nous inscrivons cette politique française dans une démarche mondiale en nous appuyant sur les pays pauvres pour que, tous, nous sortions de la mondialisation libérale » a conclu Jacques Nikonoff.

Le propos est osé, et neuf . La salle aurait voulu en savoir davantage. Il était tard. Il a fallu se séparer. Mais chacun est resté sur sa faim et on a senti le désir commun de faire quelque chose, en adhérant à ces idées, nouvelles, qui sont capables de redonner du souffle à notre pays, à nos combats.


Le groupe ATTAC se réunit tous les 3e lundis du mois, à 20h30 à la Maison de l’Ange   à Châteaubriant - Tél 02 40 28 40 32

Le capitalisme a changé


NOTES:

(*) Plan Marshall : ce fut un plan américain qui, théoriquement, devait venir en aide aux pays européens à l’issue de la seconde guerre mondiale