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Chômage-emploi - Medef, Alcatel

(écrit le 11 septembre 2002)

  L’arrogance du MEDEF

Le MEDEF (patronat) a publié un rapport intitulé « Marché unique, acteurs pluriels » qui veut définir « de nouvelles règles du jeu » entre ce qu’il appelle, d’un côté, les entreprises privées, et d’un autre côté « l’économie sociale » à savoir les entreprises publiques, les administrations, les collectivités territoriales.

En s’attaquant ainsi à l’économie sociale, le MEDEF ne fait pas dans la dentelle.

Selon Pierre Guiard-Schmid, secrétaire d’Escoop (Économies solidaires et coopératives), « Ce rapport est un catalogue de critiques sur tout ce qui ne relève pas du champ de l’économie libérale, des monopoles privés. Il est très charpenté, s’appuie sur pas moins de cinq pages de bibliographies, cite articles de lois, directives européennes et autres références. Il s’agit bien d’un véritable outil de promotion des idées du Medef.

Que défend ce rapport ? Il plaide l’égalité entre l’ensemble des acteurs du marché au nom d’une sacro-sainte concurrence définie comme le facteur tout à la fois du développement et de la démocratie

« Mais de quelle égalité nous parle-t-on ? De celle qui n’existe pas, comme entre le cultivateur de coton africain qui ne peut compter que sur ses mains et le cultivateur de coton américain qui bénéficie de moyens techniques et de subventions ?.

Le Medef magnifie la concurrence, il ne s’interroge pas sur son inégalité qui est souvent criminelle. Ce n’est certainement pas par la concurrence que la démocratie pourra se développer. Il faut au contraire des lois, des règles, des cadres qui régissent l’organisation de la société et les relations entre les individus ».

Image

Le MEDEF est conscient de la bonne image que véhiculent le secteur public et les organismes à but non-lucratif, au point de vouloir limiter l’impact de cette bonne image. Le MEDEF n’hésite pas à écrire que « l’avantage concurrentiel que représente l’image du service public doit être pris en compte » . Il dit même qu’il faut interdire aux personnes « de faire état de leur appartenance au secteur public ou non lucratif »

Pierre Guiard-Schmid, relève par ailleurs des contradictions.

« D’un côté, le Medef affirme qu’il ne faut pas mélanger l’économique et le social, de l’autre, il estime que l’entreprise est un « facteur essentiel du développement de la société » et qu’il n’est pas besoin de l’Etat pour veiller au développement et à la prise en charge des questions sociales »

On peut aussi lire dans le rapport du MEDEF : « L’entreprise privée gère en interne des préoccupations sociales d’intérêt général notamment dans le domaine de l’insertion et de la lutte contre l’exclusion ainsi que dans celui de l’intégration et du développement des compétences »

La blague

Entendre le patronat parler de lutte contre l’exclusion, quelle bonne blague ! Quelle escroquerie ! Quand l’entreprise libérale se préoccupe d’insertion, c’est parce qu’elle n’a pas le choix. Elle bénéficie alors d’aides et de subventions de l’Etat, ces fameux « apports publics » qu’elle dénonce quand il s’agit de l’économie sociale et qu’elle réclame à cor et à cri quand elle est en difficultés..

« Si l’on parle aujourd’hui de « responsabilité sociale des entreprises », c’est bien parce que les excès du capitalisme sont trop criants et nuisent aux affaires, à l’image commerciale » dit encore Pierre Guiard-Schmid,

Bilan social

Il est vrai que le secteur de l’économie sociale s’est trop longtemps appliqué à développer ses performances économiques et à vouloir rivaliser avec le secteur privé. « Et tout à sa fierté d’annoncer des résultats financiers comparables à ceux du privé, il n’a pas toujours valorisé son bilan social qui est pourtant bien réel et qui le distingue de l’économie libérale ».

« Les entreprises coopératives par exemple ont des règles de fonctionnement qui s’ancrent sur des principes démocratiques : la consultation du salarié, sa participation aux décisions et à la définition des orientations (une personne=une voix), la responsabilité individuelle et collective, l’élection des dirigeants, les réserves non partageables, le capital faiblement rémunéré...

Dans une coopérative, pas question de faire de l’argent avec de l’argent à des fins personnelles : les parts de société enrichissent le collectif. Même si le milieu coopératif est loin d’être homogène, ces choses ne sont pas contestables et existent si les salariés s’en emparent ».

L’enrichissement est
un patrimoine collectif

Le Medef, tout à son entreprise de démolition de l’économie sociale, et de tout ce qui ressemble au secteur public, se garde bien de rappeler les origines de l’économie sociale. Et de dire qu’elle s’est développée justement en réaction à une économie capitaliste trop oppressante. C’est bien parce que leurs conditions de travail et de vie leur étaient insupportables que des femmes et des hommes se sont battus, ont lutté, fait pression et obtenu des droits pour exister. C’est toute l’histoire de l’économie sociale. Celles des services publics et de l’intervention de l’Etat aussi.

Le Medef a beau jeu aujourd’hui de dénoncer la concurrence déloyale de l’Etat qui se serait arrogé des secteurs normalement dévolus à l’économie de marché. Mais c’est bien parce que ce patronat assujettissait les gens au profit d’une minorité que l’Etat est intervenu, au nom du bien commun.

Les entreprises coopératives jouissent effectivement de quelques dérogations fiscales comme l’exemption de la taxe professionnelle, mais elles sont justifiées par un certain nombre de règles fort contraignantes auxquelles le privé n’est pas soumis. Par exemple, la revalorisation du capital n’existe pas dans les coopératives. La part versée par le sociétaire ne peut évoluer. Le « salarié-actionnaire » ne travaille pas pour le développement de son argent mais celui de l’outil de production collectif. L’enrichissement est un patrimoine collectif indivis.

La loi accepte que le patron d’une boîte privée gagne cent fois plus que l’un de ses salariés, elle accepte l’arrogance de la finance internationale qui préside aux plans sociaux et aux licenciements. Qu’elle accorde des dérogations aux coopératives, au vu de leur mode de fonctionnement, paraît juste et démocratique.

SCIC

Un nouveau statut d’entreprise - les Scic (sociétés coopératives d’intérêt collectif) - est évidemment dans la ligne de mire du Medef. Les Scic, en ouvrant leur conseil d’administration aux consommateurs et aux collectivités territoriales, en les associant donc aux décisions et aux orientations de l’entreprise, représentent une alternative au système libéral. Elles constituent une vraie avancée, liant l’activité économique à un territoire et aux besoins de sa population.

Pour peu de chose

Face à un rapport aussi offensif, il faudrait l’être tout autant. Le Medef dénonce l’économie sociale mais que pèse celle-ci aujourd’hui ? 10 à 15 % tout au plus de l’économie nationale, (1 % pour le volet coopératif de production.) Et le MEDEF entre en guerre pour cela !

C’est sans doute la folie du capitalisme que de vouloir tout, tout et toujours trop. Aucun secteur ne doit lui échapper.

« Nous devons à notre tour faire la critique précise et argumentée du secteur libéral, dénoncer tout ce qui va à l’encontre de la démocratie et du développement, du développement pour tous. Contre sa sacro-sainte concurrence et ce qu’elle sous-tend comme conséquences, nous devons affirmer nos valeurs et nos pratiques, basées sur la solidarité. Occupons-nous des points faibles du MEDEF, démontons ses mensonges. Il prétend œuvrer dans le domaine de l’insertion, mais qu’il nous dise combien il reçoit de subventions publiques pour cela ! Il revendique aujourd’hui une « éthique sociale », mais son objectif principal demeure bel et bien de réaliser des profits financiers pour nourrir le capitalisme. » dit Pierre Guiard-Schmid

La force d’une entreprise ne se mesure pas uniquement au montant de ses ressources financières et de ses réserves. A l’heure des bilans, les entreprises de l’économie sociale peuvent valoriser toutes les richesses produites, autres que financières : le développement de nouvelles compétences, le respect de l’autre, la responsabilité partagée, une juste répartition des richesses produites, une production respectueuse de l’environnement qui réponde aux besoins des gens et non pas aux exigences du marché...

Face au Medef, l’économie sociale doit quitter sa position défensive et construire un projet politique affirmé.

Malheureusement l’unité n’est pas au rendez-vous. Les plus grosses entreprises de l’économie sociale, c’est-à-dire les mutuelles et les banques coopératives, font parfois des alliances avec les groupes privés, abandonnant leurs principes fondateurs pour intégrer ceux de l’économie concurrentielle. Elles apportent ainsi de l’eau au moulin de la critique du Medef. « Il nous faut aujourd’hui construire une entité qui rassemble tout ce qui produit, vend et s’organise autrement » dit Pierre Guiard-Schmid


D’accord ! mais le dîtes pas !

SMIC et 35 heures : le premier ministre n’est pas en train d’arbitrer, il est à l’attaque, poussé par les « ultras » du patronat qui font semblant d’être mécontents !

A en croire les médias, qui plongent bien facilement dans le piège, le MEDEF est très en colère contre le gouvernement et son ministre des Affaires sociales, François Fillon. L’objet du prétendu courroux patronal : le SMIC et les 35 heures. Dans ces deux dossiers, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin serait devenu un simple « arbitre ». Incroyable numéro d’illusion, au moment où l’annonce faite par le ministre des Affaires sociales au patron du MEDEF confirme le coup fourré envisagé contre les 35 heures.

Quels sont les faits ? Le ministre des Affaires sociales envisage de réduire à néant les effets de la réduction du temps de travail, en relevant par décret (donc sans débat parlementaire ni accord des syndicats) le quota des heures supplémentaires auquel un patron peut avoir recours pour contourner la RTT. Il veut le faire sans attendre, puisque le projet est déjà inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres pour le 18 septembre. Sur quoi porte donc la « colère » d’Ernest-Antoine Seillière ? La portée de ce décret ne serait pour le moment fixée qu’à douze à dix-huit mois. Or, le patronat veut tout, tout de suite, sans délai ni possibilité de retour.

Braille plus fort !

Sur le SMIC, le marché de dupes est de même nature. On sait que sous la pression du patronat, le gouvernement de Lionel Jospin s’était refusé à une application de la RTT sans réduction de salaire. Cela a débouché sur une usine à gaz avec plusieurs niveaux de SMIC, variables en fonction des dates d’entrée dans les dispositifs RTT. Cette situation est devenue ingérable. Que choisit le gouvernement Raffarin pour en sortir ? Un rattrapage des plus bas niveaux de SMIC sur plusieurs années, compensé par un blocage du pouvoir d’achat du salaire minimum et de nouvelles baisses de cotisations patronales. Mais le MEDEF est paraît-il furieux !. Sur quoi donc là encore porte la « colère » patronale ? Tout simplement sur l’ampleur et le rythme de ces allégements. Ernest-Antoine Seillière en veut plus, encore et toujours plus.

Qu’on n’essaie donc pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, le premier ministre n’est pas en train d’arbitrer, il est sur le front de l’attaque, décidé à marquer le plus de buts possible contre le camp des travailleurs. Le gouvernement veut aller vite. Il est urgent de déjouer cette partie de poker menteur, sinon la majorité des salariés eux risquent d’y perdre gros, très gros.

(édito de l’Humanité du 4.09.02)


(écrit le 16 septembre 2002)

  France-Telecom

Le président de France Télécom, Michel Bon va quitter la présidence du groupe et abandonner son partenaire allemand MobilCom (= 5000 salariés en Allemagne !).

Cela fait suite à un endettement record historique : 69,7 milliards d’euros la fin juin 2002.

Les sept administrateurs représentant les salariés ne cachent par leur fortes inquiétudes pour l’emploi et l’avenir du groupe.

Les petits actionnaires de France Télécom (FT), ont vu fondre leur épargne : l’action qui a valu jusqu’à 219 euros en mars 2001, vaut actuellement autour de 10 euros. Et chacun s’attend, inquiet mais sans illusion, à une augmentation de capital de l’opérateur lourdement endetté. L’éventualité d’une augmentation de capital d’un montant de 15 milliards d’euros, soulève les pires inquiétudes chez les actionnaires et les salariés détenteurs de titres. Elle représenterait un coût de 9 milliards d’euros pour l’Etat, actionnaire à 55,4%.

Seule consolation pour les salariés de France Télécom : le groupe a enregistré les meilleurs résultats opérationnels de son histoire, avec un bénéfice brut d’exploitation de 6,87 milliards d’euros, en hausse de 13,6% par rapport aux 6,06 milliards d’euros affichés un an plus tôt.

Petite explication technique : imaginons une entreprise qui vaut 10 euros et qui a 10 actionnaires à un euro chacun. Si l’on double le nombre des actions, l’entreprise vaut toujours 10 euros, mais chaque action ne vaut plus qu’un demi-euro.


(écrit le 23 septembre 2002) :

  ALCATEL : le symbole de la déroute

Révélateur ce titre du Monde du 21 septembre 2002 : « Etats et Patrons cherchent une réforme du capitalisme ». Voici en effet, le dernier avatar : plus encore que France Télécom ou Vivendi Universal, Alcatel, qui a tout misé depuis 1998 sur le secteur apparemment prometteur des télécommunications, est devenu le symbole de la déroute de la nouvelle économie, avec une action tombée à 2,70 euros, alors qu’elle cotait 97 euros il y a presque deux ans. Le PDG d’Alcatel, celui qui disait le 26 juin 2001, « Nous souhaitons être très bientôt une entreprise sans usines. » multiplie les annonces de licenciements et de « cession d’actifs » (expression à la mode !)

En mars 1999, Alcatel annonce la suppression de 12 000 emplois. Le groupe avait déjà supprimé près de 30 000 postes depuis 1995. Le 2 avril 2001, Alcatel annonce encore la suppression de 1 100 emplois. Le 3 octobre 2001, Alcatel ajoute 3 000 suppressions d’emplois dans l’optique. Le 31 octobre il annonce 10 000 suppressions d’emploi, essentiellement des ingénieurs et des chercheurs, dans les activités réseaux, optiques et spatiales. Le 28 juin 2002, un nouveau plan de restructuration entraînera la suppression de 10 000 emplois supplémentaires en Europe et aux Etats-Unis. Le 19 septembre 2002, Alcatel Optronics supprime encore 1 000 postes. A côté de cela, Alcatel vend les participations qu’il détient dans Thomson-CSF, dans Thalès, il vend ses activités distribution aux entreprises (et les 6 500 salariés qui vont avec) .Et finalement, le 20 septembre 2002, Alcatel annonce qu’il va mettre en place de nouvelles mesures de restructuration afin de ramener ses effectifs à 60.000 personnes fin 2003

Après avoir compté 132 000 salariés en fin 2000, le groupe Alcatel devrait descendre à 60 000 d’ici la fin de 2003. Il aura donc fondu de plus de moitié, à coups de licenciements mais aussi de gel des embauches, de départs volontaires, de cessions d’activités et d’externalisation d’usines. Un exemple de la crise mondiale du capitalisme ...