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Accueil > Thèmes généraux > Chômage, emploi > Chômage-emploi - 2003 - Nouvelle convention Unedic

Chômage-emploi - 2003 - Nouvelle convention Unedic

écrit le 8 janvier 2003 :

Signée le 20 décembre 2002 par le patronat, la CFDT, la CGC et la CFTC, la nouvelle convention UNEDIC fait peser sur les demandeurs d’emploi la moitié de l’effort pour rétablir l’équilibre financier de l’assurance-chômage d’ici à 2005. La durée de leur indemnisation est raccourcie.

Selon le chiffrage de l’Unedic, salariés et employeurs financeront chacun 25 % des économies via la hausse des cotisations, et les chômeurs 50 % à travers une baisse de leur revenu et un durcissement de leurs conditions d’indemnisation. Ce sont donc les chômeurs qui paieront le plus lourd tribut

Hausse des cotisations

Depuis le 1er janvier 2003 la hausse des cotisations est de 0,6 point, répartie à parts égales entre les employeurs et les salariés, qui contribueront respectivement à hauteur de 4 % et 2,4 % du salaire.

Cette répartition à parts égales, le MEDEF y tenait. Au nom de l’équité. Mais, il y a un an il a eu un sens de l’équité bien différent : il s’agissait de décider une baisse des cotisations, conséquence logique de la baisse du chômage qui a duré 4 ans. Eh bien, la baisse des cotisations patronales a été de 0,27 point tandis que la baisse offerte aux salariés n’a été que de 0,11 point.

Moins longtemps

Hausse des cotisations, mais baisse de la durée d’indemnisation. Les conditions pour percevoir les prestations sont sensiblement durcies, Dans un premier temps, seuls les chômeurs indemnisés à partir du le 1er janvier 2003 seront soumis aux nouvelles règles. Les autres demandeurs d’emploi ne basculeront dans le nouveau système qu’au 1er janvier 2004 : s’ils n’ont pas retrouvé d’emploi à cette date, leur durée d’indemnisation sera réduite, voire interrompue s’ils ont dépassé le terme fixé par la nouvelle convention.

Les moins de 50 ans

Les conditions d’affiliation ne changent pas : il faudra toujours avoir travaillé au minimum 14 mois dans les 24 derniers mois pour pouvoir être indemnisé. La durée d’indemnisation, en revanche, est réduite : elle tombe de 30 à 23 mois.

Entre 50 et 55 ans

La nouvelle convention Unedic durcit fortement les conditions d’indemnisation des chômeurs âgés. Ils devront toujours avoir travaillé 14 mois au cours des 24 derniers mois. Mais une allocation leur sera versée, désormais, pendant 23 mois seulement, et non plus 45 mois. Si toutefois ils peuvent encore justifier de 27 mois de travail au cours des 36 derniers mois, ils pourront toujours toucher une allocation pendant 36 mois.

Après 55 ans

Jusqu’à présent, les salariés qui perdaient leur emploi après 55 ans pouvaient, dès lors qu’ils justifiaient de 25 années d’activité professionnelle, bénéficier d’une allocation de chômage pendant une durée de 60 mois, soit cinq ans. Dispensés en outre de recherche d’emploi à partir de 57 ans et demi, cela leur permettait d’attendre 60 ans et de basculer directement en régime de retraite.

Au 1er janvier 2003, il faudra avoir 57 ans pour pouvoir bénéficier d’une durée d’indemnisation qui mène jusqu’à la retraite. Il faudra, en effet, avoir travaillé 27 mois dans les 36 derniers mois pour percevoir une indemnisation d’une durée de 42 mois, soit 3 ans et demi. Les salariés qui ont entre 55 ans et 57 ans seront, pour leur part, soumis au même régime que les autres quinquagénaires.

Les salariés précaires

Les salariés précaires ne bénéficieront plus aussi facilement que jusqu’à présent d’une indemnisation en période de chômage. La durée d’indemnisation sera désormais de 7 mois, même si la personne a cotisé plus de 6 mois. Ceux qui justifient de 8 mois de travail dans les 12 derniers mois verront ainsi leur durée d’indemnisation réduite de 15 à 7 mois, voire de 21 à 7 mois s’ils ont plus de 50 ans.

Radiés

Par ailleurs les ASSEDIC pourront sucrer plus facilement leurs indemnités aux chômeurs qui ne répondraient pas à une convocation de cet organisme. C’est la porte ouverte à la satisfaction d’une vieille revendication du patronat : celle de faire contrôler les chômeurs non plus par l’ANPE (service public de l’emploi) mais par les ASSEDIC (où siège le patronat). Cela permettrait plus facilement à ce dernier de donner un coup de balai dans les rangs des chômeurs indemnisés, histoire de réduire le coût de l’indemnisation.

Avec tout ça, 2003 ne sera pas une belle année pour les chômeurs : licenciements, difficulté à retrouver du travail, baisse de la durée d’indemnisation ...

Selon les calculs de FO, qui n’a pas signé l’accord, de 250 000 à 300 000 personnes ne seront plus indemnisées après le basculement dans le nouveau système. C’est une « bonne nouvelle » ( !) au moment où l’on apprend qu’en novembre le chômage a augmenté de 0,6 %

Et si on pénalisait les employeurs qui licencient ? Tu parles, Charles !

Sources : Le Monde du 28 décembre et le Canard Enchaîné du 31 décembre 2002


(écrit le 5 février 2003)

Dégazages

Eh bien ça n’a pas tardé ! A peine élu, le nouveau gouvernement (Raffarin, Fillon, Mer et compagnie) s’est attaqué aux mesures-phares du précédent gouvernement (remise en cause des 35 heures et de la loi de modernisation sociale) et, ayant « déblayé » le terrain, à la demande du patronat, il espérait bien s’attaquer à la question des retraites.

Mais le terrain a été si bien déblayé, qu’il ne reste plus de garde-fous. Le patronat revendiquait la liberté du travail pour, disait-il, pouvoir mieux embaucher. En réalité, on le savait, c’était pour pouvoir mieux licencier. Apparemment le gouvernement faisait semblant de ne pas le savoir, mais en ce début d’année 2003 les nuages noirs du chômage s’amoncellent à l’horizon : Metaleurop (830 personnes dans le Pas de Calais), Daewoo-Orion (550 per-sonnes en Meurthe et Moselle), JVC (243 salariés en Moselle), ACT Manufacturing (660 salariés à Angers), Matra Automobiles (un millier de salariés à Romorantin), Arcelor (1500 salariés en Moselle), Grimaud Logistique (835 salariés dans les Deux Sèvres), Péchiney (214 salariés à Auzat en Ariège), Lu-Danone (247 salariés à Calais), ce n’est que le début d’un inventaire (qui n’a pas la saveur de celui de Prévert), qui comprend aussi Canselier (Cholet, 95 salariés), Sort et Chasle (Nantes, 130 salariés), Bleue Couture (108 salariées à Angers), Mulliez (156 licenciements au Longeron, Maine et Loire) et les 26 600 aide-éducateurs et surveillants de l’Education Nationale.

Les plans « sociaux » si mal nommés, ne sont pas un effet d’optique car selon une étude du cabinet Dun & Bradstreet publiée par Les Echos du 27 janvier, les défaillances d’entreprises ont progressé de 3 % en 2002, après cinq années de baisse. Selon l’indice Manpower de l’emploi, publié lundi 27 janvier, les offres d’emploi à durée indéterminée publiées dans la presse nationale et régionale ont baissé de 30 % en 2002 par rapport à 2001 et cette baisse atteint même 44 % pour les annonces concernant le secteur de l’industrie. (1)

Face à ces situations de crise, le gouvernement fait les gros yeux, « L’Etat a les moyens de faire respecter la loi » a dit François Fillon au sujet de Metaleurop. Ce sera aussi efficace que les coups de pied médiatiques de Raffarin dans les « boulettes » de pétrole sur les plages souillées par la marée noire.

Et voilà que le gouvernement met en avant un « Monsieur plans sociaux » en la personne de Claude Viet, un délégué interministériel qu’on avait oublié parce que François Fillon le tenait à l’écart de tout (il n’avait même pas encore de bureau ni de secrétariat). Il a pourtant travaillé cet homme et remis un rapport de synthèse le 15 janvier 2003. Et ce qu’il dit, pour nous, enfonce des portes ouvertes, mais gêne les tenants du libéralisme et de la liberté de licencier à tout va.

Il dit en effet (voir l’article de Frédéric Lemaitre dans Le Monde du 27 janvier) que :

1) Les mutations économiques sont traitées à chaud.

2) Les obstacles aggravés par la jurisprudence empêchent les entreprises et les représentants du personnel de se saisir en amont des problèmes d’emploi.

3) La gestion des restructurations est très inégalitaire : « Les salariés de faible qua-lification sont doublement pénalisés, d’une part parce qu’ils sont les plus touchés (45 % des licenciés pour motif économique sont des ouvriers tandis que les employés représentent 20 % des personnes touchées), d’autre part parce que ce sont ces deux catégories qui rencontrent le plus de difficultés à trouver un emploi. ».

4) Le reclassement des salariés est difficile : « Le taux de reclassement est de 50 % en douze mois en cas de dispositif élaboré de reclassement ; d’une manière générale, un an après un licenciement économique, 60 % des salariés sont encore au chômage, 15 % occupent un emploi précaire et seulement 15 % ont retrouvé un CDI ; 36 % des salariés n’ont pas retrouvé d’emploi après cinq ans »

5) Le vécu des salariés soumis à une re-structuration « est souvent catastrophique et les traumatismes se fédèrent dans le refus collectif ».

6) Les restructurations « sont abordées comme des accidents ».

Reste à trouver des solutions efficaces à ces problèmes qu’on connaît bien.


Dindons de la farce

La lecture du livre de Danièle Linhart (a) met vraiment en colère. Le travail de la sociologue, directrice de recherche au CNRS, invite à la découverte - quasi chirurgicale - de la fermeture de l’usine Chausson à Creil. Et l’on entre, sans pouvoir s’en détacher, dans un roman noir où, rebondissements après rebondissements, domine le sentiment d’un énorme gâchis.

Culpabilité des survivants

D’abord il y a le mensonge. 1993 : suppression de 1104 emplois sur les 2549 de l’usine. Une saignée pour mieux guérir, explique-t-on. 1994 : nouvelle suppression (elle aussi vertueuse) de 475 emplois. 1996 : fermeture définitive... programmée dans le secret depuis 1991 par la direction. Ce premier affront n’en finit pas de blesser : « Qu’on nous dise demain hop ! on va vous filer ce qu’on vous doit et puis on ferme l’usine et puis c’est tout. C’est peut-être moins dur. Sinon, il faut aller travailler, continuer à se lever à 5 heures du matin. Les autres étaient partis, moi j’étais là... » La déchirure, justement, elle aussi. Le soulagement, d’abord, de ne pas avoir eu sa lettre de licenciement - donnée devant les autres au sein même de l’atelier -, mais la culpabilité d’être parmi les survivants.

Sentiment d’injustice

Ensuite, il y a la disqualification du passé. Comment faire le deuil de vingt ou trente années données à un même employeur quand le discours managérial repose sur la stratégie de la table rase ? « Il y a une exaltation du radicalement différent, du radicalement nouveau », expliquent les auteurs. Les salariés se sentent atteints dans leur fierté professionnelle et leur identité : s’évertuaient-ils auparavant à travailler sans tenir compte de la qualité et produisaient-ils des biens et des services sans qualité ?

Au final, le sentiment d’injustice. Pour les virés - « Une usine qui travaille mal, c’est normal qu’elle ferme, mais une qui travaille bien... » -, mais aussi pour ceux qui ont accepté de « se moderniser ». La sociologue cite, entre autres, le cas de l’usine Belin, à Evry (groupe Danone) : dès 1995, mise en place d’une nouvelle organisation, productivité accrue, effectifs diminués, nouveaux métiers créés (des conducteurs-régleurs)... pour apprendre que le site fermera définitivement en 2003.

(a) « Perte d’emploi, perte de soi » par Danièle Linhart (Ed. Erès, collection Sociologie clinique, 18 euros). Article écrit à partir des commentaires de Marie-Béatrice Baudet (journal le Monde 7 janvier 2003)


On reverra avec intérêt sur le même sujet
l’émission de télévision sur la restructuration de
l’usine Bata. L’emprunter au 02 40 81 19 55


(écrit le 2 avril 2003)

Annulation de crédits

Jacques Chirac a décidé de consacrer un milliard d’euros à la lutte contre l’exclusion en France. C’est 75 fois moins que ce que Bush demande à son Congrès pour faire la guerre à l’Irak.

Mais ce milliard contre l’exclusion risque fort de rester un simple effet d’annonce car, par un décret publié le 15 mars au Journal officiel, le gouvernement a décidé l’annulation de 1,4 milliard d’euros de crédits et le gel de 2,5 milliards.

Pourtant, selon une étude de l’INSEE dévoilée vendredi 21 mars 2003, environ un million d’enfants vivent, en France, dans un ménage dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté, soit 8 % de la population âgée de moins de 18 ans. Dans un cas sur deux, les parents de ces enfants n’ont pas d’emploi. Le taux de pauvreté des enfants est d’autant plus élevé que le niveau d’instruction de leurs parents est faible. A Paris et dans le monde rural, cet indicateur est inférieur à la moyenne alors que dans les villes de plus de 200 000 habitants (à l’exception de Paris), ce taux atteint son maximum (11 %).

Emploi en panne

Quant à l’emploi, il n’est pas florissant : ne dit-on pas que dans la région de Châteaubriant « le stock » des demandeurs d’emploi (comme on dit à l’ANPE) a augmenté de 10 % sur l’année 2002 (contre 4 % en moyenne nationale) ?

En France le chômage a progressé de 0,8% en février 2003 par rapport à janvier pour le quatrième mois consécutif, totalisant 2.343.000 personnes, selon les statistiques du ministère des Affaires sociales publiées le 28 mars. Le chômage avait progressé de 0,7% en janvier, après avoir déjà enregistré de fortes hausses en novembre (+0,6%) et décembre (+0,8%).

Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 immédiatement disponibles à la recherche d’un emploi à durée indéterminée et à temps plein) augmente de 0,8%, soit 19.200 personnes supplémentaires (après une augmentation de 17.000 personnes en janvier).

Le nombre de demandeurs d’emploi des catégories 1+6 (qui prend en compte ceux ayant exercé une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures dans le mois), progresse de 0,9% en février, comme en janvier.

Sur un an, entre fin février 2002 et fin février 2003, le nombre de chômeurs de catégorie 1 a augmenté de 5,7% et celui des chômeurs des catégories 1+6 de 4,6%.

La priorité des priorités nous semble devoir aller à la réduction, non pas des impôts et cotisations sociales, mais du chômage.


(écrit le 26 février 2003)

Menaces sur les indemnités de licenciement

Le Medef sonne l’alarme ! L’assurance de garantie des salaires (AGS), qui paye les salaires et les indemnités de licenciements à la place des entreprises lorsqu’elles sont placées en liquidation, comme Moulinex ou Metaleurop, accuse un déficit de 371 millions d’euros. Cette assurance obligatoire des entreprises est gérée par le patronat, qui trouve que le coût des « sinistres », c’est-à-dire des indemnités versées aux salariés en cas de licenciement, a tendance à augmenter.

Selon Jacques Creyssel, directeur délégué du Medef, des patrons malins utilisent le système : « On sait très bien que, dans un certain nombre de cas, lorsque l’entreprise est en difficulté, elle a tendance à utiliser l’AGS en remontant le niveau des accords » sur les primes de licenciements.

En clair, selon lui, des patrons, voyous d’un nouveau genre, concluraient des accords à la veille du dépôt de bilan, permettant aux salariés de toucher des indemnités de licenciement « trop généreuses ». En fait, les salariés, peu confiants dans les mesures de reclassement, demandent de plus en plus souvent une « surprime » de licenciement, comme chez Moulinex, Cellatex ou Daewoo.

« Nous ne pouvons admettre que certains mutualisent ainsi les coûts des restructurations », s’est insurgé Ernest-Antoine Seillière, le président du Medef. Car pour l’organisation, le poids de l’AGS est devenu trop lourd : la cotisation, versée par les employeurs, représente 0,35 % de la masse salariale, au plus haut niveau depuis trente ans, le même qu’en 1993, lorsque la récession faisait rage. Pas question donc d’augmenter à nouveau la cotisation AGS. Le Medef a préféré renvoyer la patate chaude à François Fillon.

En novembre dernier, le patronat a écrit au Ministre du Travail et de l’Emploi pour lui demander de prendre un décret abaissant le plafond maximal d’indemnisation, et limitant « la garantie de l’AGS aux accords d’entreprise conclus un an avant la date du redressement judiciaire ». En clair, réduisant les droits des salariés licenciés. En réponse, le ministre, prudent, a proposé au Medef de constituer un groupe de travail.

Ainsi les salariés seront encore plus victimes des décisions prises par les patrons.


(écrit le 6 août 2003) :

Indemnisations en baisse

Les Assedic ont envoyé, le 25 juillet 2003 des lettres à tous ceux qui sont concernés par le durcissement des conditions d’indemnisation résultant de la réforme applicable depuis le 1er janvier 2003. Certains chômeurs vont perdre ainsi plusieurs mois d’indemnisation (7 à 18 mois dans les exemples ci-dessous). Exemples :

1) Salariés de moins de 50 ans ayant travaillé 14 mois au cours des deux dernières années :

– avant le 1er janvier 2003 : 30 mois
– après le 1er janvier 2003 : 23 mois

2) Salariés de plus de 50 ans ayant travaillé 27 mois au cours des trois dernières années :

– avant le 1er janvier 2003 : 45 mois
– après le 1er janvier 2003 : 36 mois

3) Salariés de plus de 57 ans ayant travaillé 27 mois au cours des trois dernières années

– avant le 1er janvier 2003 : 60 mois
– après le 1er janvier 2003 : 42 mois

Selon une note interne de l’ASSEDIC, 856 700 chômeurs vont être touchés par une réduction de leurs droits, dont 613 000 d’ici le 31 décembre 2003. C’est ça qui va arranger le moral des ménages.

Rappelons que le montant
de l’indemnisation
dépend du salaire antérieur.

1 - Exemple : un salarié qui gagnait 990 € par mois, a droit à une indemnité de 743 € par mois (cas n° 1)

2 - Un salarié qui gagnait 9728 € par mois, a droit à 5584 € par mois. (cas n°2)


Ecrit en août 2003 :

Indemnisation en baisse, encore

Le Medef a gagné une nouvelle fois : en catimini Jean-Pierre Raffarin et François Fillon ont modifié les modalités d’indemnisation des salariés des entreprises en faillite (journal officiel du 27 juillet 2003). Le plafond maximal des indemnités versées aux salariés va être divisé par deux. Pour les salariés embauchés dans les deux années précédant la défaillance le plafond maximal sera réduit davantage encore.

« Je trouve scandaleux que les entreprises fassent payer aux salariés leurs défaillances et leurs erreurs de gestion », estime Jean-Luc Cazettes, président de la CGC.

Au Medef, on savoure cette nouvelle victoire. Mais on l’estime insuffisante.

Les salariés sont trop gourmands

« Les salariés sont trop gourmands » dit le MEDEF (patronat). Il y a pourtant des comparaisons à faire entre les salariés d’Argentan qui ont négocié une prime de départ de 12 000 € (qu’ils n’auront peut-être pas) et le PDG de Vivendi, Jean-Marie Messier, qui a obtenu 20 550 000 €

Jean-Marie Messier a demandé, mercredi 2 juillet 2003, à la justice américaine de rendre exécutoire le jugement d’arbitrage rendu en sa faveur. D’autant que la convention d’arbitrage a été signée par Jean-René Fourtou, nouveau PDG, et Jacques Espinasse, directeur financier qui se sont engagés dans l’accord à ne pas initier « d’actions judiciaires collatérales » (...) pour remettre en cause l’accord d’arbitrage.

A propos, 20,55 millions d’euros, ça fait presque 135 millions de francs. Cela représente les indemnités de 1712 salariés d’Argentan. Il y a des chômeurs qui ne sont pas malheureux. Une telle indemnité représente 27 660 mois d’indemnisation du salarié n°1 (voir ci-dessus) ou 3680 mois d’indemnité du salarié n°2. On est loin de la règle générale d’indemnisation des salariés.

Les salariés sont-ils vraiment trop gourmands ?. Le SMIC est à 7,19 euros de l’heure au 1er juillet 2003 soit 13 075 € (brut) par an. M.Messier, PDG de Vivendi, a gagné 5 600 000 € en 2002 (soit 428 fois le SMIC), en hausse de 10 % par rapport à 2001, tandis que Vivendi a perdu 80 % de sa valeur boursière et a affiché 23,3 milliards d’euros de pertes en 2002 !

(ndlr : finalement, Messier a dû renoncer)


Ecrit le 5 novembre 2003 :

Les jeunes et le chômage

Le chômage a progressé de 1,0 % en septembre 2003, totalisant 2.435.700 personnes (25.300 chômeurs supplémentaires), poursuivant sa hausse quasi ininterrompue depuis la mi-2001, selon les statistiques publiées vendredi 30 octobre par le ministère du Travail.

Le taux de chômage s’établit ainsi à 9,7 %. On craint qu’il atteigne 10 % en fin d’année.

Sur un an, le nombre de chômeurs de catégorie 1 (immé-diatement disponibles à la recherche d’un emploi à durée indéterminée à temps plein), qui sert de baromètre officiel, a bondi de 6,9 %.

Le chômage de catégories 1+6 (prenant en compte les demandeurs d’emploi ayant exercé une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures dans le mois), a progressé de 1,7 % en septembre sur un mois et de 6,6% sur un an.

Ce sont les jeunes qui sont le plus affectés par la dégradation du marché du travail : le chômage des moins de 25 ans grimpe de 5,1 % en septembre par rapport à août et de 8,2 % par rapport à septembre 2002.

Le journal L’Eclaireur, dans son édition du 31 octobre 2003, annonce que tout ira mieux à partir de 2006 parce que de nombreux salariés partiront en retraite et devront être remplacés.

Et parce que les classes d’âge arrivant sur le marché du travail sont moins nombreuses que celles du « baby-boum ».

Mais deux ans d’attente, c’est long


Ecrit le 3 décembre 2003

Nouveau logo ANPE : 2,4 millions d’euros

L’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) s’est dotée d’un nouveau logo qui remplace le précédent (datant d’une trentaine d’années). Il sera mis en service début décembre 2003. Selon ses concepteurs, l’ancien symbole - carré, jaune et bleu - fait place au rouge pour « la puissance, la solidité, la dimension institutionnelle », au vert pour « la modernité, la vivacité, l’adaptabilité » (ils n’ont pas osé dire : la flexibilité !). Le rond symbolise « la rencontre, plus humaine, en douceur » et les deux hémisphères racontent que l’agence doit « rendre possible la rencontre entre l’offre et la demande » ; « anpe » enfin, en minuscules, pour « une posture plus modeste » de l’agence.

Les détracteurs y voient plutôt la « fracture sociale, infranchissable, inéluctable », le vert concernant « les chômeurs d’en haut (...), encore capables de répondre aux besoins de l’entreprise », et le rouge pour ceux « d’en bas, considérés comme »inemployables«  ».

232 smicards

Tous sont choqués par la somme investie pour cette « nouvelle identité visuelle » : 2,4 millions d’euros (2 400 000 €) soit le salaire net de 232 smicards pendant UN AN !


Ecrit le 17 décembre 2003 :

Quialulameelalira

Ca ressemble à une chanson : « celui qui a lu La Mée la lira » ... On peut en juger à la progression du nombre des ventes en librairie (progression de 125 % en deux ans) et à la vitesse de réabonnement des abonnés !

On peut en juger aussi à la gêne de certaines personnes. Le petit article du 3 décembre 2003 sur le cher logo de l’ANPE a fait réagir des chômeurs qui ont su dire que, tout de même, un logo à 2,4 millions d’euros (soit le salaire net de 232 smicards pendant UN AN !) c’était un peu fort de café.

La Mée n’est pas le seul journal à en avoir parlé de ce logo. Le Monde en a parlé aussi mais, chez nous, les chômeurs ne lisent pas le Monde, ils lisent La Mée.

A propos, voilà que le Canard Enchaîné du 10 décembre 2003 révèle que ce logo est un attrape-gogo puisqu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de la société milanaise Reggiani (éclairages et luminaires design) qui crie au plagiat.

Mais la société qui a pondu le logo de l’ANPE jure ses grands dieux qu’elle a fait travailler trois équipes internes et deux graphistes indépendants, et qu’elle est bordée « par une étude de 40 pages d’un cabinet de recherche en antériorité ». Tout ça ? Heureusement, les lecteurs de La Mée ne lisent pas le Canard Enchaîné.


Ecrit le 3 décembre 2003 :

RMA : Employés mais pas salariés

L’Assemblée nationale a adopté mardi 25 novembre 2003, le projet de loi décentralisant le RMI (revenu minimum d’insertion) et créant un revenu minimum d’activité (RMA)

Le RMA s’adresse aux personnes qui sont au RMI depuis au moins un an. Attention, il ne s’agit pas d’un EMPLOI mais d’une ACTIVITE. C’est pas pareil. Une activité, cela signifie que les RMIstes on les occupe, pour qu’on les voie moins peut-être. Et cette « activité », si elle ne leur rapporte guère, n’est pas perdue pour tout le monde.

Le RMA c’est un contrat de travail d’une durée minimale de 20 heures par semaine sur une période maximale de 18 mois. Le revenu sera versé par l’employeur qui bénéficiera d’une aide du département égale au RMI (environ 360 €)

Une personne au RMA travaillant 20 heures par semaine percevrait ainsi quelque 545 euros par mois, soit 183 euros de plus que le RMI.

Parlant de « régression sociale », Hélène Mignon (PS) a affirmé qu’en ne travaillant que 20 heures par semaine, les allocataires du RMA « passeront du statut de pauvres sans travail à celui de travailleurs pauvres ». Et plus tard de retraités pauvres puisque les cotisations retraites seront assises seulement sur les 183 euros mensuels.

Maxime Gremetz (PCF) a qualifié le projet de « royal cadeau aux entreprises qui vont pouvoir substituer aux CDD des emplois à 183 euros ». « L’objectif visé est d’exploiter et précariser ces gens », a-t-il lancé au ministre.

Salariés à 2 €

183 € par mois, cela fait 2 € de l’heure ! M. Fillon a répondu que « l’important est moins de savoir si l’entreprise y trouve quelque avantage que de savoir si l’allocataire du RMI y trouve, lui, un intérêt ». (pas pécuniaire en tout cas !)

Rodolphe Thomas (UDF) a regretté que le RMA ne soit pas assimilé à un salaire et qu’il n’y ait « pas de garde-fous » contre les éventuels « abus » de la part des employeurs. « La rapporteure du texte Christine Boutin, députée UMP des Yvelines, a souhaité, aussi, que le RMA soit assimilé à un salaire, insistant »fortement« sur l’objectif qui doit être, selon elle, de »ne pas stigmatiser les bénéficiaires« du RMA et, surtout, de leur accorder les »protections sociales inhérentes au salaire" (allocations chômage, retraite...).

Martine Billard (Verts) a défendu « la dignité » des allocataires du RMA, tandis que Alain Vidalies (PS) dénonçait la volonté du gouvernement « de peser sur le niveau des salaires et sur le droit du travail ».

Les députés ont rejeté la proposition de la commission des Affaires sociales de limiter l’embauche en RMA à 5% des effectifs dans les entreprises de plus de 20 salariés. Cette proposition visait à lutter contre les « effets d’aubaine » pour les entreprises.


Ecrit le 3 décembre 2003 :

Noël gratis

France Télécom de la région Bretagne a invité ses pré-retraités à « venir travailler gratuitement pour la fin de l’année » pour « renforcer les équipes » pendant la période allant du 1er décembre au 11 janvier . « Gestion de la file d’attente, démonstrateur, caisse, distribution de publicité, tirage de jarretières en répartiteurs etc...« , indique la direction régionale, ajoutant qu’il faut »profiter au maximum de l’affluence des clients dans nos accueils, physiques et téléphoniques pendant la période de fin d’année« . »Fin janvier nous nous retrouverons pour une manifestation amicale où j’aurai le plaisir de récompenser tous les participants", a ajouté M. Le Cornec, directeur régional.

André Garçon, secrétaire départemental adjoint de Sud-PTT Finistère, dénonce cette situation, expliquant qu’auparavant France Télécom employait les enfants d’agents qui étaient rémunérés.

« La direction reconnaît qu’il y a du travail mais plutôt qu’embaucher elle préfère avoir recours gratuitement à ses pré-retraités », a-t-il regretté.

En somme, le travail c’est fait pour s’occuper. C’est pas fait pour vivre. Comme disait le directeur du personnel chez Focast : « quand on aime son travail, le salaire importe peu ». Et s’il n’y avait pas de salaire du tout, ce serait sans doute encore mieux ?


Ecrit le 3 décembre 2003 :

Queen Mary

Quinze personnes sont mortes, le dimanche 16 novembre 2003, au cours d’un jour de fête : la visite du Queen Mary 2 qui s’achève aux Chantiers de l’Atlantique à St Nazaire. Une passerelle inadaptée au passage de nombreuses personnes a cédé sous le poids et précipité des malheureux entre le bateau et le quai.

Faisant écho à l’émotion du personnel et de la ville, la Direction des Chantiers Navals a décidé que l’entreprise ne travaillerait pas le lendemain.

Mais émotion ne rime pas avec décence : la Direction a décidé que cette journée, non travaillée, ne serait pas payée !

Stupeur des salariés. Négociation des syndicats avec la Direction. Celle-ci propose de considérer cette journée comme un jour de RTT ou un jour pris sur les congés payés, ou accepte « géné-reusement » que cette journée soit rattrapée en travaillant un samedi.

Incroyable.

C’est bien l’horreur sociale dans toute son ampleur : c’est la Direction qui ferme les portes de l’usine et ce sont les employés qui sont privés de leur salaire.

Comme dirait le Canard Enchaîné : « Ce n’est pas parce que 15 personnes sont mortes sur une passerelle que la Direction va payer un « pont » qu’elle a imposé ! »