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Chômeurs : profilage et targeting

Voir profilage

Ecrit le 5 septembre 2007

Pauvre de vous : vous croyiez que les organismes liés au chômage (Assedic, ANPE) avaient pour mission d’accompagner les demandeurs d’emploi dans leur recherche d’un boulot. Oui, vous avez raison, mais n’oubliez pas d’utiliser des moyens modernes comme le profilage, le targeting et le risk-scoring.

Le targeting cherche à automatiser l’orientation vers les différentes prestations.

Le risk-scoring permet de modéliser le risque de fraude aux allocations.

Ces mots anglais font tout à fait sérieux. Mais voilà enfin un mot français : le pro-fi-la-ge statistique ! L’outil sert à classer les demandeurs d’emploi, dès les premiers jours de chômage, dans des catégories définies par la distance qui les sépare du marché du travail : c’est le RS (risque statistique). Qui est lié à un parcours d’emploi. Oui, c’est ronflant ! On cache les maux du chômage sous les gros mots.

C’est simple, suivez bien :

RS1 correspond au parcours P1 (recherche accélérée) qui concerne les 15 % de chômeurs les plus employables.

RS2 correspond au parcours P2 (recherche active) qui s’adresse aux individus ayant un risque modéré de chômage de longue durée (68 %).

RS3 correspond aux autres : 17 % des chômeurs.

15 + 68 + 17 = 100 %
Bravo ! Ça tient debout

Mais quand on a dit ça, on n’a rien dit du tout ! Car on n’a pas tenu compte de la « recrutabilité » : les caractéristiques du marché du travail et notamment les critères de sélection des employeurs-recruteurs. Cette question a par exemple été soulevée au Danemark, où l’on considère qu’être proche du marché du travail, mais dans un secteur en difficulté, fait d’un chômeur un travailleur peu employable malgré son risque faible de chômage de longue durée.

Et tant qu’on est sur les mots, en voici encore deux : l’efficacité et l’efficience.
– pour le chômeur, l’efficacité consiste à lui assurer un retour à l’emploi rapide ;
– pour le service public de l’emploi, l’efficience vise une utilisation optimale des budgets publics.

Au Danemark, c’est clairement l’efficacité qui est visée (retour à l’emploi pour tous avant six mois de chômage).
Aux États-Unis, en revanche, la logique financière l’emporte, puisque seuls les demandeurs d’emploi indemnisés (ceux qui coûtent le plus cher) sont profilés.

En France, la situation est intermédiaire. Tous les chômeurs sont profilés, mais les modèles sont plus complets pour les demandeurs indemnisés que pour ceux qui ne le sont pas. Vous suivez ?

Et le chômeur dans tout ça ?

Dans tous ces mots, le chômeur n’apparaît pas en tant que personne. Il n’est qu’un élément du calcul, un être abstrait en quelque sorte. D’autant plus que les demandeurs d’emploi, la plupart du temps, ne savent pas dans quelle catégorie ils ont été classés, sur quels critères ils sont jugés « employables » ou pas !

Du côté de l’ANPE, les conseillers disent garder un contrôle « humain » sur les outils techniques. Pour éviter les risques de mauvaise orientation, liés à l’utilisation d’outils de sélection automatique.

Il n’empêche qu’on ne peut qu’être inquiet de cette mathématisation des chômeurs !

Source : centre d’études de l’emploi N°44 juillet 2007, étude de Nathalie Georges.
http://www.cee-recherche.fr/fr/connaissance_emploi/profiler_chomeurs_ce44.pdf


Ecrit le 19 septembre 2007

Gigangesque fraude : 140 millions

En déplacement en Alsace, le 7 septembre 2007, N.Sarkozy a promis d’engager « un gigantesque plan contre la fraude » à l’assurance -chômage. Façon de dire qu’il y a énormément de fraudeurrs chez les chômeurs.

En réalité, en 2006, l’UNEDIC a engagé 29.436 procédures civiles et 788 procédures pénales contre des chômeurs, 342 condamnations pénales ont été obtenues dont 140 avec des peines de prison ferme ou avec sursis. Par rapport aux 1,7 millions de chômeurs, les fraudeurs représentent donc 1,78 %.

Cette fraude a coûté 140 millions d’euros alors que l’UNEDIC a versé 23 milliards d’allocations chômage. La fraude représente donc 0,6 % des allocations versées.

Les condamnations ont porté sur 41 millions d’euros dont 26 millions déjà récupérés.

Le « gigantesque plan » risque donc de faire comme un rocher utilisé pour écraser une mouche. Mais dans une communication populiste, ça fait bien.

A côté de cela, les stock-options coûtent 3000 millions à la sécurité sociale