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OMC (01) - Caucun

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Ecrit le 17 septembre 2003 :

Echec à Cancun

L’organisation mondiale du commerce s’est réunie à Cancun, Mexique, du 10 au 14 septembre 2003. Elle a échoué. Les pays du Tiers Monde se sont enfin organisés pour résister au rouleau compresseur des pays développés. Voici quelques éléments :Cancun. Une cité balnéaire construite pour les riches dans la presqu’île de la pauvreté, un « paradis » recomposé pour ceux qui achètent le bonheur comme on achète une voiture : des hôtels plus luxueux les uns que les autres alignés sur une bande de terre d’une vingtaine de kilomètres de long en forme de U qui enferme une lagune et est entourée par la mer. Un site facile à isoler. Tout un message de la part de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) que le choix d’un tel endroit pour tenir sa conférence !Selon les petits pays, l’OMC est une organisation où "chantage" et "menaces" sont le lot quotidien.

Piranhas

"Supposé être le chemin vers le jardin d’Eden, en réalité, ce n’est qu’un sentier dans la jungle, bourré de mines, d’embuscades, de guérillas, de tigres et de piranhas." dit au Monde le ministre cambodgien du commerce, Cham Pradisha, tandis qu’un délégué, sous anonymat, complète : « ici, les membres permanents de l’OMC sont impitoyables, coupe-gorge, c’est la loi de la jungle, chacun pour soi."A la tête de la liste des coupables désignés se trouvent, comme partout, les Etats-Unis, "dont l’énorme déficit commercial démontre l’inefficacité en matière de commerce, mais qui restent le plus grand marché et nous avons tous quelque chose à leur vendre". C’est normal, répond sans état d’âme un interlocuteur américain, « il n’y a pas de cœur dans le commerce, et nous avons nos propres piranhas sous forme de lobbies puissants qu’il faut nourrir chaque jour."

Un brûlot

Le 4 septembre 2003, quatre ambassadeurs auprès de l’OMC ont participé à une conférence de presse pour soutenir la publication d’un brûlot sur l’Organisation (Derrière les portes à l’OMC, Zed Books). Ces délégués - ougandais, tanzanien, kenyan et dominicain - sont venus assurer que "tout ce qui est dans le livre est vrai". A tour de rôle, ils ont décrit : "Les pressions, les menaces et les chantages politiques économiques, voire physiques, qui sont le lot quasi quotidien de certains ambassadeurs de petits pays à l’OMC." « Tout ce que disent les ONG sur les grandes puissances à l’OMC est vrai, mais il est aussi vrai que nous, les pays en voie de développement, nous n’avons pas le leadership politique capable de faire face aux pressions des grands, on s’écrase ». L’ambassadeur de la Tanzanie accuse l’OMC d’avoir été "détournée pour faire avancer les intérêts des puissants". "Là où les riches établissent les règles du jeu, ce sont toujours les pauvres qui perdent". (C’est la même chose en France lors des négociations entre patrons et salariés].Bouche bée, les journalistes n’ont guère posé de questions, sauf un, qui a dit : "Vous n’avez pas peur de dénoncer ainsi ?" "Apparemment non", a répondu le délégué kenyan. "Cela dit, si vous ne me voyez plus après Cancun, vous saurez pourquoi !", a-t-il ajouté.Avez-vous lu de tels propos dans la presse à grand tirage ? Non, il vaut mieux parler de la couleur bleue de la lagune et des mœurs policées des négociateurs. Vous avez dit « policées » ?

Faire payer ce qu’on ne donne jamais

Sous la pression des pays pauvres, qui ont commencé à regimber de manière organisée, la discussion s’est envenimée, en particulier au sujet de l’agriculture. Selon Raoul Jennar (qui a envoyé un message de Caucun) : A Doha, les Américano-Européens s’étaient engagés à ouvrir leurs marchés aux produits agricoles du Sud, à réduire toutes les formes de subventions à l’exportation et à réduire les soutiens internes à la production agricole. A Cancun, les USA et l’Union Européenne ont présenté un document commun, devenu en quelques jours le document officiel présenté à la négociation (on voit qui fait la pluie et le beau temps à l’OMC). Ce document, n’est que la répétition des promesses non tenues depuis deux ans. On y trouve des engagements sans substance : pas de calendrier, pas de données chiffrées sur le niveau des réductions à nouveau promises. Les mêmes promesses chaque fois formulées, chaque fois oubliées, mais chaque fois avancées en échange, de la part des pays du Sud, d’engagements précis. A l’OMC, les pays industrialisés excellent à faire payer plusieurs fois ce qu’ils ne donnent jamais.

Des insultes

Devant ce cynisme absolu, 21 pays (puis 22), conduits par le Brésil, la Chine et l’Inde ont introduit leur propre proposition provoquant la colère du représentant de l’Union européenne (Pascal Lamy « notre » représentant !) qui a été jusqu’à insulter les ambassadeurs des trois pays. Résister à l’Europe est devenu insupportable pour ces technocrates fascinés par l’arrogance américaine. Des diplomates européens ont été chargés d’entreprendre des contacts bilatéraux avec les représentants des 21 pays (qui représentent plus de la moitié de la population mondiale) dans l’espoir de créer des divisions entre eux... C’est ça l’Europe humaniste, généreuse, solidaire !Pour la première fois les pays en voie de développement ont résisté aux pressions.

Le dossier agricole

Le dossier agricole conditionne la survie de millions de paysans. Et aussi l’avenir de la petite paysannerie européenne que la réforme de la Politique Agricole Commune va faire disparaître définitivement. La fronde des pays du G 21 (groupe des 21) est compréhensible quand on sait que le protectionnisme et les subventions des pays industrialisés représentent pour les pays en voie de développement un manque à gagner annuel de 24 milliards de dollars, selon une étude de l’International Food Policy Research Institute.

Le NAMA

Dans le jargon anglo-saxon le NAMA c’est le « Non Agriculture Market Access » ou, en langage commun, la réduction des tarifs douaniers sur les produits non agricoles (c’est-à-dire surtout les produits industriels). C’est le deuxième gros enjeu de Cancun. Le texte, imposé par le Canada, les Etats-Unis et l’Union européenne, demandait une réduction rapide des tarifs douaniers touchant leurs produits. Cette proposition aurait eu pour effet de provoquer la désindustrialisation des Pays sous-développés et de mettre leurs marchés sous la coupe des entreprises du Nord. Un groupe de pays, là aussi, a refusé de céder « aux grands ».

La décision des pays du Sud de s’organiser et de structurer leurs points de vue,pour faire front contre l’Union européenne et les Etats-Unis, représente un moment historique dans l’histoire de l’OMC. Jamais, on n’avait vu une telle détermination accompagnée de pratiques diplomatiques destinées à lui donner de l’effectivité. Dans le camp américano-européen, on s’est efforcé de minimiser - voire de nier - l’existence de ces groupes de pays opposants. On a répandu de multiples rumeurs annonçant leur éclatement prochain. Et on s’y est employé. Sans même s’en cacher.

Le coton

Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad ont demandé que les subventions sur le coton soient éliminées là où elles sont pratiquées (surtout aux USA). Ces subventions menacent directement les pays d’Afrique du Centre et de l’Ouest où la culture du coton représente 80 % des recettes d’exportation. Lles quatre pays n’ont pas demandé de traitement préférentiel ; ils demandaient, conformément aux règles de l’OMC, qu’il soit mis fin à des distorsions.

La délégation américaine a répondu en appelant ces pays à diversifier leurs activités économiques (on ne peut être plus méprisant !). L’Union européenne a exprimé « sa sympathie » pour les quatre pays. Condescendance !

Finalement la conférence de Caucun a échoué, ouvrant une crise qui rendra incontournable la réforme de l’OMC et des accords iniques et dangereux qu’elle administre.


Ecrit le 24 septembre 2003 :

Après l’échec de la conférence de Caucun :
Les limites de l’arrogance

« Merci, merci de partager notre joie » un diplomate du Sénégal se réjouit ainsi, dimanche 14 septembre 2003 vers 16 h. Au Centre des Conférences de l’OMC (organisation mondiale du commerce), il règne une atmosphère électrique : on vient d’annoncer la fin de la conférence de Cancun. C’est la joie dans le camp des pays en voie de développement.

Les ministres du Brésil, du Venezuela et de l’Argentine expliquent successivement les raisons de leur opposition résolue au projet de déclaration ministérielle. Les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ont tenu bon, malgré les terribles pressions des anciennes puissances coloniales européennes.

La conférence se sépare sans avoir adopté la moindre déclaration. Pour ceux qui voulaient marchandiser le monde encore davantage, c’est l’échec. Deux des principaux responsables de cet échec, Pascal Lamy et Franz Fischler, tentent péniblement et sans convaincre d’expliquer que l’Europe était flexible, qu’elle voulait sincèrement rencontrer les attentes des pays en développement. Leur arrogance, qui est aussi pour quelque chose dans l’échec, est intacte.

Mais déjà, déjà, pointe le discours que de puissants moyens de communication vont relayer à satiété : « les premières victimes de cet échec sont les pays en voie de développement eux-mêmes qui ont été mal avisés d’écouter les ONG » (Orga-nisations non gouvernementales). Dirigeants politiques et éditorialistes occidentaux commencent à faire passer ce message.

... comme si seuls les pays riches savaient ce qui est bon pour les pays en développement ...

... comme si l’assistance technique destinée à comprendre l’OMC, fournie par les pays riches, par l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale, était une information neutre de nature à permettre à ces pays de défendre au mieux leurs intérêts. La négociation d’adhésion du Cambodge a très bien démontré le contraire.

Inacceptable !

En réalité, l’échec incombe à ceux - Etats-Unis et Union européenne - qui ont voulu faire passer en force un texte inacceptable. Ce texte convenait davantage aux USA qu’à l’Europe. Mais il allait de toute façon dans le sens voulu par les deux puissances. Moins loin et moins vite sans doute que ce que demandaient les Européens, mais assurément dans la même direction.

Le grand perdant de Cancun, c’est l’Union Européenne.

Elle voulait tout ; elle n’a rien. Elle s’est complètement isolée. Misant la réussite de la conférence sur l’éclatement des solidarités qui se sont créées entre pays du Sud, elle n’a trouvé aucun partenaire parmi eux. Cancun s’achève par une catastrophique perte de crédit moral et politique de l’Europe dans le Sud. Dans une saine démocratie, les responsables d’un tel gâchis en tireraient les conclusions.

Le journal brésilien O Estado de Sao Paulo, dans un éditorial intitulé « Les riches ont provoqué l’échec de Cancun », estime que « l’Union européenne a saboté la rencontre ».

Pour The Star de Johannesburg, « la guerre n’est pas finie. Les pays en développement, l’Afrique en particulier, doivent continuer leur campagne pour un commerce équitable ».

Subversif

Mais où allons-nous ? Les pays pauvres mettent en échec les pays riches ! Les salariés contestent la rémunération des patrons. Le « patron » de la Bourse de New-York, trop payé, est obligé de démissionner. Le monde marche à l’envers ? C’est le moment de se souvenir d’un chant très ancien disant ceci :

Le Puissant fit pour moi des merveilles

« Déployant la force de son bras
Il disperse les superbes »

« Il renverse les puissants de leur trône
Il élève les humbles »

« Il comble de biens les affamés
Renvoie les riches les mains vides »

Ce chant, qui n’est pas encore interdit, s’appelle « Le Magnificat ». Ah si seulement les hommes, et les catholiques d’abord, le prenaient au pied de la lettre


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