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Vivendi

(écrit le 24 avril 2002)

Vivendi : Le salaire du PDG :+ 80 % en 2001

La loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) oblige les groupes industriels à détailler la rémunération de leurs « mandataires sociaux » (comme c’est bien dit !). Selon ce document, M. Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi, a reçu en 2001 "une rémunération nette après impôts de 2,38 millions d’euros, avantages en nature compris" soit 1 300 000,00 F par mois. Le pauvre ! Ca fait tellement de zéros qu’on a du mal à y croire et qu’on se demande bien ce qu’il peut en faire. On sait seulement que sa rémunération a augmenté de 80 % en 2001. Au total, les dix premiers salaires ont représenté 61,2 millions d’euros de charges pour le groupe en 2001.

M. Messier a bénéficié en outre de 125 325 euros de jetons de présence reçus en tant que membre du conseil d’administration des sociétés du groupe. Et il a reçu en outre des « actions » de l’entreprise. Fin 2001, il possédait 592 810 actions, contre 152 090 un an auparavant. Les actionnaires (qui constatent que le cours de l’action Vivendi a baissé de 40 % depuis le début de l’année 2002), se sont irrités de cet état de choses ... On ne va pas pleurer sur les actionnaires mais on peut s’inquiéter de ce qui va arriver pour les salariés et, plus globalement, pour « l’exception culturelle française »

Un endettement grandissant

En 2001 l’entreprise Vivendi a vu son endettement progresser de 7 %. Au 31 décembre 2001, Vivendi Universal affichait 41,8 milliards d’euros de dettes pour 36,7 milliards d’euros de fonds propres. Ce qui lui coûte cher, ce n’est pas la branche « eau, environnement » (qui est sa vocation première), mais ce sont les médias, "Canal+" et le reste.Mais les médias, c’est important, cela permet de conditionner l’opinion. Et l’opinion publique fait les élections. Et un « bon » président, bien soumis aux diktats des patrons, comme c’est bon !Comme dit Bertrand Poirot-Delpech dans le Monde du 17 avril, à propos des médias : « Les présentateurs-chefs, et les invités qu’ils se repassent à la ronde, sont désormais plus présents à la maison que le professeur, le médecin, le policier, le prêtre, le penseur, l’artiste. Ils décrètent le vrai, le bon, le juste, le beau. Ils décident quel auteur mérite d’exister, quelle œuvre, quel Dieu, quel amour, quel coupable, quel suspect, quelle lessive, tout. Le service de presse s’est fait service de prêche. Plus qu’une banalité claironnée partout, la principale caractéristique de la campagne électorale aura été une montée en puissance vertigineuse de cette mainmise sur les esprits par une poignée de distributeurs de la parole.« Ils se sont gardés de l’admettre, mais ce sont eux qui, pour mieux se dispenser d’exposer les intentions des concurrents, temps perdu en termes d’audience, ont imposé sans preuve le slogan que les programmes se ressemblaient tous. Ce sont eux qui, au nom de sondages invérifiables, ont désigné les priorités du public comme l’insécurité, donc les questions à poser, et qui orientent les votes en les présumant. Eux qui ont monté en épingle des incidents dérisoires, pour mieux asséner que les débats sonnaient le creux »Jean-Marie Messier s’inscrit dans cette stratégie. Son idée est finalement très simple : le XXIe siècle sera celui de l’information et cela ouvre des perspectives immenses pour l’entreprise qui saura maîtriser d’un côté la production de l’information (éducation, information journalistique, divertissements, culture sous toutes ses formes...) et les moyens de la transporter et de la distribuer (la télévision, les salles de cinémas, Internet, le téléphone portable, etc). Autrement dit, Vivendi Universal se donne les moyens de maîtriser le contenu (l’information) et le contenant, c’est à dire les tuyaux (les technologies de l’information et de la communication).On peut alors détailler l’organisation de la pieuvre autour de huit tentacules : 6 branches d’activité regroupent la musique (Universal Music), la télévision et le film (Canal Plus et Universal Studios), l’édition (Vivendi Universal Publishing), les télécoms (groupe Cegetel), l’activité de télécoms au niveau international (Vivendi Telecom International), Internet (Vivendi Universal Net). Deux autres tentacules viennent compléter l’ensemble : USA Networks, géant américain de réseaux médiatiques possédé à 43 % par Vivendi Universal (cette branche se rapporte aux médias et la communication), et la seconde, Vivendi-Environnement, qui est, en fait, le métier d’origine du groupe. Toutes ces branches sont composées d’une multitude de filiales réparties à travers l’Europe et le monde. (selon l’Humanité du 19 avril 2002)Aujourd’hui l’alliance de la finance et de la distribution menace la création audiovisuelle et cinématographique française. Au moment où la fusion s’est effectuée entre Vivendi et Universal, il avait été précisé explicitement qu’il fallait que les engagements pris à l’égard du cinéma et de l’audiovisuel français soient tenus et que l’indépendance éditoriale soit respectée. Cela n’est plus le cas. « C’est un séisme industrialo-financier pour l’audiovisuel et la culture, l’américanisme comme mode de gestion des sociétés a marqué des points. C’est un enjeu de civilisation » dit Jacques Ralite dans l’Humanité. "Le problème est posé de la pérennité de l’entreprise et du groupe, de l’emploi de tous ses salariés, de la garantie de son identité éditoriale et de sa place dans la création culturelle, notamment dans le cinéma français" dit la CGT de Canal+.


(écrit le 10 juillet 2002)

Messier ou ...Le parachute en or

C’était un patron médiatique, moderne et décontracté, chantre de la nouvelle économie qui allait enrichir le monde. Il avait reçu chez lui les photographes de Paris-Match, fréquentait les stars du cinéma, et avait été distingué par Business Week parmi les 50 stars de l’Europe. Les Guignols de Canal Plus l’avaient surnommé J6M : « Jean-Marie Messier Moi-Même Maître du Monde ». Ancien Conseiller d’Edouard Balladur au Ministère de l’économie et des finances, il avait eu le toupet, le jour même de l’annonce de 13,6 milliards de perte en 2001, d’annoncer que son groupe allait « mieux que bien ».

Parachute

Mais de mal en pis ... plus dure est la chute. Pour le groupe et ses salariés. Pas pour lui, rassurez-vous, car il sait assurer ses arrières. Le patron évincé cherche en effet à obtenir des indemnités qui, selon certaines sources, porteraient sur 20 millions de dollars (140 000 000,00 F). Il exige de ne pas être poursuivi en justice pour sa gestion hasardeuse. Enfin, il souhaite pouvoir bénéficier jusqu’à la fin de l’année de l’appartement du groupe à New York, voire recevoir une aide pour un emprunt qu’il aurait contracté pour acheter des actions Vivendi....

« S’il obtient le moindre euro d’indemnités, j’engagerai avec des actionnaires une procédure pour abus de bien social. Il est peut-être ruiné. Mais les actionnaires aussi », tonne Colette Neuville, présidente de l’Association des actionnaires minoritaires (ADAM). Mais que peuvent faire des petits actionnaires contre un grand patron ?

Fourtou

Le conseil d’administration a entériné la nomination comme PDG de Vivendi Universal de Jean-René Fourtou, le vice-président d’Aventis. L’urgence pour le nouveau président est d’engager une renégociation avec les banques afin d’obtenir un sursis.

Plusieurs établissements dont la Société Générale et BNP Paribas ont déjà donné leur accord pour aider à résoudre les problèmes les plus urgents de trésorerie du groupe.

Au fond

Dans cette affaire, on entend beaucoup parler de cours de bourse, de milliards d’euros, de problèmes de trésorerie. Mais y a-t-il des hommes dans ce machin ? Oui, mais ils n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Les salariés-actionnaires ont perdu leurs économies : les mécanismes d’épargne se sont retournés contre eux.

En juin 2000, l’action Vivendi valait 119,2 euros. Jean-Marie Messier présentait à la presse son ambitieux programme d’épargne salariale. Le dispositif, innovant et alléchant, se décomposait en trois niveaux :
– un plan d’épargne-groupe,
– un plan d’actionnariat salarié « Pégase »
– et « 10 stock-options » pour tous.

Le plan d’épargne-groupe (PEG) était, alimenté à l’origine par des versements volontaires des salariés, qui avaient tout intérêt à y placer leur investissement - abondé par l’entreprise -, voire leur participation. Ce plan présentait deux particularités : il était exclusivement placé en actions Vivendi, et toutes les sociétés du groupe qui avaient leur propre mécanisme d’épargne avaient dû les transférer dans ce plan. Il s’agissait pour M. Messier de favoriser l’émergence d’une culture d’entreprise et surtout de consolider le capital du groupe. Certains faisaient remarquer (mauvais esprits !) que les trois augmentations de capital réservées chaque année aux salariés permettaient de faire passer au second plan les très importants plans de stock-options réservés à quelques dizaines de dirigeants.

Deuxième dispositif : Pégase. Les quelque 150 000 salariés français - et dans certaines conditions les salariés étrangers - se voyaient proposer d’investir 1 000, 2 000 ou 4 000 francs, toujours en actions Vivendi. L’entreprise, pour sa part, ajoutait 500 francs. Un accord avec la BNP permettait au salarié d’investir dix fois cette mise initiale. Avec ses 4 500 francs et le prêt de la banque, il pouvait donc investir 45 000 francs en actions Vivendi. Si le prix de l’action augmentait, le salarié récupérait la totalité de son investissement - y compris le prêt de la BNP - ainsi que 60 % de la hausse de l’action. La BNP empochant les 40 % restants. En cas de baisse, le salarié était malgré tout assuré de percevoir 5 % d’intérêt par an.

Pris en otage

Troisième mécanisme : chaque salarié se voyait proposer d’acheter dix actions au prix préférentiel de 62,60 euros par action (alors que les actions valaient 119,2 €, elles valent autour de 18 € cela veut dire qu’en vendant UNE action le salarié perd environ 44 € soit près de 300 F).

Aujourd’hui, les salariés sont désabusés. Confiants dans la parole du patron, beaucoup d’entre eux ont tout transféré dans le PEG. Aujourd’hui, ils sont angoissés et ont le sentiment d’être pris en otage (dit un délégué CGC)

Quant aux stock-options, personne ne les exerce puisque le cours de l’action est à moins de 18 euros. Ceux qui n’ont rien vendu n’ont encore rien perdu. Mais qui a les moyens de ne pas vendre ? Les salariés les plus aisés. Les autres n’ont souvent pas le choix quand il s’agit d’acheter son logement ou une nouvelle voiture.

Comme dit un cadre dirigeant de Vivendi : « Les gens vont perdre à la fois leur emploi et leurs économies. »

voir : salaires excessifs

Voir : l’Etat paie 2100 salariés pendant 41 ans