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Accueil > Thèmes généraux > Agriculture > OGM et bio-diversité > OGM : risques sérieux et lanceurs d’alerte

OGM : risques sérieux et lanceurs d’alerte

Ecrit le 16 janvier 2008

 OGM : des risques sérieux ... suspension

Entre autres risques sérieux, les OGM risquaient d’empoisonner la campagne des municipales. Le gouvernement a annoncé, le 11 janvier, presqu’en catimini, à une heure suffisamment tardive pour éviter le journal de 20 heures, qu’il demandait la suspension de la culture du maïs OGM Mon810. Tout ça après la déclaration du Président de la Haute Autorité Provisoire (sic !) parlant de « risques sérieux » … ce que contestent 14 membres de la dite commission.

Les anti-OGM sont contents (y compris José Bové qui arrête sa grève de la faim). Le Conseil Général de Loire-Atlantique se réjouit (il avait voté à l’unanimité une motion en ce sens le 23 octobre 2007). La FNSEA avale son chapeau. Les agriculteurs qui ont semé, l’an dernier, 22 000 hectares de maïs OGM ne savent plus à quelles semences se vouer. Bref, c’est le bordel.

Il n’y aura donc pas d’OGM cultivé en France en 2008, mais les pouvoirs publics vont devoir maintenant travailler sur une loi qui créera une Haute Autorité permanente sur les OGM et définira des règles de transparence concernant leur culture. Autant dire que le bras de fer entre pro et anti-OGM n’est pas totalement terminé… Par ailleurs le gouvernement annonce un « plan sans précédent d’investissement dans les biotechnologies végétales de 45 millions d’euros, soit une multiplication par huit des budgets actuels ». Tiens, les caisses ne sont plus vides ?


Note du 12 mars 2008

 Terrena et les OGM .... méfiance

Dessin de Moon - 06 87 32 7

A l’automne 2007 des militants des réseaux Malice, faucheurs d’OGM, Confédération Paysanne, GAB 44 et ATTAC 44 ont entrepris une action de sensibilisation dans les magasins pour dénoncer la mise en culture de 35 hectares de maïs OGM Mon 810 par la Coopérative Terrena (Ancenis) qui a mis en place ces cultures sans en informer ses coopérateurs. Ce fut parfois « chaud » ! Au point d’obliger Terrena à stocker la récolte et à ne pas la commercialiser en attendant qu’elle consulte ses adhérents.

Fin décembre 2007 : 26 000 invitations aux débats ont été envoyées à l’ensemble des adhérents de la coopérative Terrena.

Janvier 2008 : 34 débats ont réuni 2 000 agriculteurs. Après retour de 3 100 questionnaires exploitables, les conclusions ont été rendues le 5 mars 2008.

L’avis des adhérents de Terrena est empreint de nuances, les avis tranchés sont minoritaires. Si la majorité ne refuse pas le principe des OGM, la grande majorité demande à leur coopérative de ne pas s’engager dans ces cultures maintenant. Au-delà du débat technique, il semble que ce soit l’avis de la société et des consommateurs qui prédominent pour beaucoup.

 77 % de méfiants

Si l’on regroupe les agriculteurs qui disent, en même temps, que les OGM ne sont pas nécessaires pour nourrir le monde, qu’ils représentent un danger pour la diversité de l’agriculture, qu’il faut les interdire, y compris pour la recherche en plein champ, qui refusent l’idée même de coexistence avec des cultures OGM et sont hostiles à toute commercialisation par leur coopérative, on compte 19 % des réponses. On peut donc dire que 19 % des adhérents de Terrena sont absolument contre les OGM.

A l’opposé, si l’on regroupe ceux qui pensent qu’à l’avenir les OGM seront une nécessité, qu’ils ne représentent pas de danger pour la diversité de l’agriculture, qu’il faut en permettre la culture, qu’ils sont prêts à titre personnel à en cultiver et qu’ils souhaitent que leur coopérative en commercialise aux agriculteurs qui le demandent, On trouve 4% de l’ensemble des adhérents. On peut donc dire que 4% des adhérents de Terrena sont absolument pour les OGM.

77 % des adhérents se retrouvent sur des attitudes plus nuancées. Une majorité n’exclut pas d’en cultiver un jour et n’est pas opposée par principe aux OGM mais pense, en même temps, que les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour en faire. Cela signifie que le monde agricole est très attentif à l’avis de la société dans son ensemble.

Ce sont d’ailleurs les plus jeunes qui sont les plus modérés et les plus réceptifs à l’écho de la société. 51% des moins de 30 ans demandent à leur coopérative de ne pas commercialiser d’OGM maintenant pour tenir compte de l’avis du consommateur contre 38 % de la population globale des adhérents.

 Veille technologique

Pour Terrena, 57% de ses adhérents ne rejettent pas le principe des OGM sur leurs exploitations. Même si une majorité d’agriculteurs ne voient pas une nécessité immédiate à l’utilisation du maïs Mon 810, la majorité ne veut pas exclure, par principe, cette technologie des pratiques futures de l’agriculture.

En conséquence, Terrena décide :
– de mettre en place une veille technologique active sur l’ensemble des recherches dans le domaine des biotechnologies : génomique, marqueurs génétiques, OGM, bio-contrôle, micro-organismes et lutte biologique à l’échelle mondiale.
– d’établir des partenariats en France dans le domaine de la recherche avec les instituts de recherche publics et les entreprises de façon à ne pas « décrocher » des technologies qui pourraient être demain déterminantes en matière de compétitivité des entreprises et des exploitations agricoles.

 Pas en France

61 % des adhérents de Terrena souhaitent le maintien d’un moratoire sur les cultures d’OGM en plein champ le temps que la recherche avance et 68% demandent à leur coopérative de ne pas commercialiser de semences OGM maintenant.

En conséquence, Terrena décide de ne pas commercialiser de semences OGM à ses adhérents en 2008 et 2009, même si la loi l’autorise, et de renouveler cet engagement au-delà si les conditions d’une cohabitation pacifiée de ces cultures avec le reste de l’agriculture ne sont pas réunies.

Compte tenu de ces décisions, Terrena restitue les semences récoltées en 2007 aux obtenteurs, en contrepartie d’un engagement de ces obtenteurs de ne pas les commercialiser en France. (Mais en dehors de la France ??)

 Produits chimiques

La coopérative Terrena a consulté également ses adhérents sur l’emploi des phytosanitaires et engrais chimiques.

46 % des adhérents pensent tenable l’objectif de 50% de réduction de l’usage des phytosanitaires en 10 ans. Ils ne sont que 36 % des moins de 30 ans à partager le même avis. L’objectif qui parait au plus grand nombre difficile, voire impossible à atteindre, est celui du développement de l’agriculture biologique. 80 % des adhérents pensent qu’il sera difficile, voire impossible de développer l’agriculture biologique.

Cependant la grande majorité des adhérents (84 %) sont favorables à ce que leur coopérative leur propose des solutions allant dans le sens des orientations du Grenelle de l’environnement, et notamment des alternatives crédibles à l’emploi de produits phytosanitaires.

Note du 20 mars : Le Conseil d’Etat maintient l’interdiction de cultiver du maïs OGM :
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/sciences/20080319.SCI3462/le_conseil_detat_maintient_linterdiction_de_cultiver_du.html


Ecrit le 12 mars 2008

 Lanceur d’alerte

Christian Vélot est Enseignant-Chercheur à l’Université Paris-Sud. Depuis 2002, il est responsable d’une équipe de recherche sur le Centre Scientifique d’Orsay.

En même temps il anime, sur son temps personnel, de nombreuses conférences à destination du grand public sur le thème des OGM, permettant à de nombreux citoyens d’avoir accès à une connaissance de la réalité des OGM et contribuant à la prise de conscience raisonnée des risques qu’ils portent. Il est souvent intervenu en tant que témoin dans les procès de faucheurs volontaires.

Ses prises de position lui valent aujour-d’hui, de la part de la direction de son Institut, de nombreuses pressions matérielles, depuis la confiscation de la totalité de ses crédits pour 2008, la privation d’étudiants stagiaires, la menace d’un déménagement manu militari, jusqu’à l’annonce de l’exclusion de son équipe de l’Institut à partir de fin 2009.

Une pétition en sa faveur est lancée .
http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1638

Au-delà du cas de Christian Vélot, il faut être très vigilant face aux atteintes à la liberté d’expression des chercheurs, et demander un véritable statut juridique des « lanceurs d’alerte ».

En effet d’autres lanceurs d’alerte comme Pierre Meneton et Véronique Lapides sont traînés en justice.

Note du 15 mars : Pierre Menton relaxé :
http://citron-vert.info/spip.php?breve1124