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Dioxines, incinération

Dans une étude publiée le 21 juin 2000, le Conseil National de Sécurité Sanitaire montre que les aliments, en France, sont peu contaminés par les dioxines, et restent dans les limites fixées par les normes européennes. Les aliments les plus touchés sont les grands crustacés et les coquillages, puis ... le lait maternel, les poissons d’eau douce et de mer, les œufs et enfin la viande.

Tout dépend alors des habitudes alimentaires des Français. Mais le plus inquiétant c’est que ce sont les bébés nourris au sein qui sont les plus exposés aux dioxines ! Il ne faut pourtant pas s’inquiéter outre mesure : les bébés ne sont nourris au sein que 6 à 7 mois, alors que les dioxines ne sont dangereuses qu’en cas d’apport journalier pendant toute une vie.

De plus, selon les spécialistes, l’allaitement maternel présente des avantages si importants qu’il ne faut pas tenir compte de la surexposition aux dioxines.

A part ça, on peut quand même se demander comment il se fait que le lait maternel contient tant de dioxines ....

 Seveso

C’est en 1976, avec l’explosion de l’usine chimique italienne de Seveso, que le grand public entend pour la première fois parler des dioxines et des risques de pollution associés à ces molécules.

Le terme générique de dioxines correspond à un groupe de plus de 200 composés organiques

Les dioxines sont toxiques (cancéro-gènes). Les dioxines se fixent dans les graisses des animaux et contaminent ainsi les chaînes alimentaires. On les retrouve ensuite dans le lait, les produits laitiers, la viande, les œufs, le poisson. Les expérimentations animales (sur souris, rat ou hamster) ont montré une augmentation de tumeurs bénignes et malignes dans différents tissus (foie, poumons, glande thyroïde notamment). D’autres effets toxiques ont été observés. Les dioxines peuvent provoquer des troubles dermatologiques. Chez des enfants exposés via l’allaitement maternel on a observé des perturbations du développement des systèmes nerveux et immunitaire.

 En France aussi

En janvier 1998, la communauté urbaine de Lille prend la décision de suspendre l’activité des trois usines d’incinération d’ordures ménagères de l’agglomération, parce que les services vétérinaires du département du Nord ont révélé un taux de dioxines anormalement élevé dans le lait des vaches de deux jeunes agriculteurs situés à proximité de l’incinérateur d’Halluin. Les analyses se poursuivant, d’autres exploitants autour de ces mêmes incinérateurs ont interdiction de commercialiser leurs produits. Au total, seize exploitants sont touchés.

Différentes mesures sont alors proposées aux agriculteurs : les exploitants les plus proches des incinérateurs renouvellent tout ou partie de leurs vaches et procèdent à une décontamination du fourrage. Et puis la terre est retournée et enherbée

Début juin 1998, c’est une usine d’incinération de l’agglomération dunkerquoise, (88 000 tonnes par an), qui doit fermer ses portes suite à de très mauvais résultats d’analyses

Fin juillet 1998, l’incinérateur d’Hénin-Beaumont, dans l’ex-bassin minier du Pas-de-Calais (60 000 tonnes provenant de 14 communes du district), est épinglé à son tour. A nouveau, les analyses révèlent des rejets en dioxines largement supérieurs à la norme. A nouveau, la production des agriculteurs exposés aux retombées atmosphériques de l’usine est touchée.

 1 000 fois la norme

En octobre 1998, le Nord-Pas-de-Calais est confronté à une nouvelle affaire concernant cette fois un site industriel, celui de Recytech, usine de recyclage de déchets industriels, à Fouquières-lez-Lens. Des analyses révèlent que l’usine rejette dans l’atmosphère des taux annuels supérieurs à plus de 1 000 fois la norme européenne. Le lait de deux exploitants agricoles de cette zone est contaminé. Parallèlement, en France, plusieurs affaires similaires sont rendues publiques dans l’année 1998.

 et en Belgique ....

Ce sont ces mêmes polluants qui sont à l’origine, en juin 1999, de la spectaculaire affaire des « poulets à la dioxine », qui prend naissance en Belgique, après que des volailles eurent été contaminées par des graisses ou des huiles minérales introduites frauduleusement dans des aliments leur étant destinés.

Les experts ne sont pas d’accord sur les doses de dioxine à ne pas dépasser (vous avez vu souvent des experts se mettre d’accord ?) mais, en application du principe de précaution, proposent « d’adopter une politique visant à réduire l’exposition de la population à ces polluants ».

« Cette politique devrait porter en priorité sur les incinérateurs de déchets ménagers » explique alors le professeur Alain Grimfeld qui propose de « maîtriser la production de déchets ménagers et de déchets assimilés et de promouvoir au sein des filières de traitement le tri et le recyclage des déchets valorisables. » . C’est ce qui se fait dans la région de Châteaubriant. On peut se réjouir de voir qu’au niveau national les Français sont peu contaminés par les dioxines (sauf le lait maternel). Il convient néanmoins de rester vigilant.

 Et puis le cadmium

Après la dioxine dans le biberon, voici le cadmium dans le chaudron. Il paraît que des « métaux lourds » (plomb, mercure, étain, arsenic, cuivre, aluminium et autres), et surtout le cadmium, se retrouvent dans les aliments que nous mangeons. Ils proviendraient de l’épandage des boues des stations d’épuration sur les terrains agricoles.

Selon le professeur Claude Boudene, de l’Académie de Médecine, qui vient de réaliser un rapport à ce sujet, le cadmium serait particulièrement dangereux parce qu’il a la faculté de se concentrer dans l’organisme humain, notamment du côté du foie et des reins. Ainsi on peut avoir un microgramme de cadmium à la naissance et 30 000 à 40 000 fois plus à l’âge adulte. Ce métal mou et blanc peut provoquer une maladie osseuse douloureuse et des troubles cardiovasculaires.

Oui mais, le cadmium c’est très utile pour protéger l’acier. Sauf que l’homme n’est pas de l’acier, lui.

Du cadmium on en trouve désormais dans des céréales, des laitues, des radis, des épinards, des champignons, mais aussi dans les huitres et les coquillages St Jacques.

 Il faut bien vivre

Nous salissons les eaux
Faut bien les épurer

Mais les stations d’épuration
Produisent des boues.
Qu’est-ce qu’on en fait des boues ?

Si on les fait brûler,
Ca produit des dioxines
Si on les fait sécher
Et qu’on les épand
Sur des champs agricoles,
Ca produit du cadmium.
Bref, on fait quoi ?

Les dioxines et les métaux lourds
Ca peut créer des maladies et tuer.
L’automobile aussi ... et bien davantage.


 Incinérateurs

Sur 84 incinérateurs à ordures, capables de traiter moins de 6 tonnes à l’heure, la moitié (soit 41), ne respectent pas les normes sur les rejets de dioxines. C’est ce que vient de révéler le ministère de l’Environnement qui leur rappelle qu’ils sont civilement et pénalement responsables des dommages causés à l’environnement. Un exemple (donné par La Terre du 5 février 2002) : 5000 bovins sont concernés par la pollution à la dioxine causée par l’usine de Gilly-sur-Isère, fermée le 21 octobre 2001 par le préfet de Savoie. En outre 12 000 litres de lait sont détruits, par jour, depuis cette date et il existe encore 5000 tonnes de foin pollué dans les étables.


Ecrit le 31 mars 2004

Records de dioxines

Malgré des progrès récents, les incinérateurs d’ordures ménagères en France émettent encore 10 à 20 fois plus de dioxines qu’il ne faudrait, selon des experts réunis mercredi 10 mars 2004 à Paris.

En 2002, les installations françaises émettaient 56 % des émissions de cette substance cancérigène en France. Entre 1995 et 2003 leurs émissions ont certes été divisées par dix, mais restent 10 à 20 fois plus élevées qu’en Allemagne, en Suède ou au Danemark. Ces pays incinèrent encore plus massivement leurs ordures, mais ont très tôt appliqué les normes les plus exigeantes.

« La France aura rattrapé son retard en 2006 », a estimé Hervé Vanlaer, du bureau de gestion des déchets du ministère de l’écologie. Toutes les installations existantes devront, au 28 décembre 2005, émettre moins de 0,1 nanogramme/m3 en application de la législation européenne. Cela aura encore pour effet de diviser par dix les émissions par rapport à 2002.

Instruit par les précédents retards, le ministère de l’écologie promet d’être vigilant.

Les dioxines restent durablement
dans l’environnement

La crise de Gilly-sur-Isère, en Savoie, en octobre 2001, a servi d’électrochoc : le lait et le foin étaient contaminés au voisinage de l’incinérateur de cette commune ! Depuis, des mises aux normes ont été effectuées mais 55 installations sont encore en infraction en France, alors qu’elles auraient dû être aux normes depuis décembre 2000.

L’épisode de Gilly-sur-Isère a aussi entraîné des études sur l’impact sanitaire des incinérateurs. L’Inserm a constaté, dans une étude menée entre 2000 et 2002, que les malformations congénitales étaient statistiquement plus fréquentes dans les communes exposées aux incinérateurs en Rhône-Alpes (70 installations en service entre 1988 et 1997). Mais ses chercheurs se gardent d’établir un lien de cause à effet, estimant que le trafic routier est un « facteur de confusion » dans les résultats. Les moteurs diesel, en particulier, émettent un autre polluant très toxique, les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques).

L’Ademe va financer des travaux complémentaires pour situer les rôles respectifs de l’incinération et du trafic routier. L’Institut national de veille sanitaire va, pour sa part, doser en 2004 et 2005 les dioxines et PCB (polychlorobiphényles, plus connus sous le nom de pyralène) dans le sang de 870 adultes ayant résidé au moins cinq ans à proximité d’incinérateurs.

L’enjeu dépasse le cas des incinérateurs, puisque d’autres sources « diffuses » de dioxines inquiètent de plus en plus : feux de décharge, feux de forêt, et même les feux dans les cheminées (7,6 % du total émis en 2002) ou les jardins des particuliers.

Les dioxines proviennent de combustions mal maîtrisées. Une fois émises, ces substances de la famille des « POP » (polluants organiques persistants) s’avèrent redoutables : elles restent durablement dans l’environnement, s’accumulent dans l’alimentation et voyagent sur de très longues distances vers les régions froides.

La dioxine symbolise des désordres culturels : l’insécurité alimentaire, l’inflation des déchets dans nos sociétés... En se transmettant par l’allaitement, elle pose directement la question des générations futures. Et de manière très choquante : la relation la plus pure qui soit - entre une mère et son enfant - est souillée par la dioxine. En tant que perturbateur hormonal, la dioxine a un effet néfaste sur la spermatogenèse, et influe sur le sex-ratio des naissances, qu’elle féminiserait. Elle s’attaque donc aux identités sexuelles. ...


Ecrit le 26 octobre 2005 :

 Nouveau scandale de l’incinération.

Après Halluin (59), Cluny (71), Gilly-sur-Isère (73), Vaux-le-Pénil (77), le coupable sévit cette fois à Gien-Arrabloy (45). Tout éclate avant l’été, quand le site Internet du ministère de l’Écologie publie le bilan 2004 des émissions des incinérateurs de déchets ménagers. Il démontre que, à elle seule, l’usine du Loiret a rejeté plus du tiers des émissions totales de dioxines en France, soit 50 g sur 170 pour l’ensemble des incinérateurs. C’est phénoménal et, compte tenu de la toxicité des dioxines, très préoccupant. Informée dès l’automne 2004 des résultats désastreux des analyses effectuées par l’exploitant, la Préfecture a d’abord attendu la fin janvier 2005 pour fermer l’usine, puis juin 2005 pour informer la population. Une lenteur administrative étrange, alors qu’en octobre 2004 les rejets de dioxines étaient plus de 2 000 fois supérieurs à la norme de 0,1 ng (nano-gramme)/m3 déjà en vigueur dans de nombreux pays européens. Le record de 680 ng/m3 soit 6 800 fois la norme, a même été atteint.

L’affaire est d’autant plus grave que, cette fois, les autorités et les exploitants ne peuvent invoquer une génération d’incinérateurs obsolètes : l’usine a ouvert en 1999.

Source : Que Choisir