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Accueil > Thèmes généraux > Libertés, justice, Droits Homme > Libertés > Libertés en danger-Bavures

Libertés en danger-Bavures


(écrit le 8 janvier 2003)

 Que sont les libertés devenues ?

Que sont mes amis devenus ...
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Ils ont été trop clairsemés ....

chantait le pauvre Rutebeuf en concluant « l’amour est morte » ...

En ce début de 2003 on pourrait hélas paraphraser : « Que sont les libertés devenues ... ? » tant se multiplient les « bavures ». En voici quelques-unes glanées dans différents journaux, qui sont révélatrices d’un état d’esprit délétère.

Les pieds devant

Un procès s’est déroulé à Paris le 19 décembre 2002 pour les faits suivants : le 24 août 1998, un restaurateur de Bagneux, est ressorti du commissariat de Clignancourt « les pieds devant, à l’horizontale, porté par des fonctionnaires de police », selon la présidente du tribunal, Edith Dubreuil. Il avait le tympan gauche percé, un pouce cassé, une entorse des vertèbres cervicales et de multiples ecchymoses lui ayant occasionné une incapacité temporaire de travail de dix jours.

Cet homme était venu au commissariat pour y déposer plainte. Quelques minutes plus tôt, il avait en effet été violemment pris à partie par des agents de sécurité du métro, qui voulaient lui faire payer une amende. Récemment opéré d’un coude, cet ancien champion de lutte gréco-romaine avait franchi un portillon automatique derrière son frère, sans prendre la peine d’utiliser sa carte orange, parce qu’il avait alors le plus grand mal à la sortir de sa poche avec son bras fracturé à trois reprises. Appelée en renfort par le frère du restaurateur, une équipe de police-secours était alors intervenue pour mettre fin à l’échauffourée et conduire les plaignants au poste de police.

Au commissariat, la cohue a commencé quand deux policiers ont voulu passer une paire de menottes au restaurateur. Stupéfait, celui-ci a alors fait un geste pour protéger son bras endolori. Quelle drôle d’idée aussi : il va alors recevoir « une gifle, un coup sur la tête, un coup à la mâchoire », énumère la présidente, puis faire l’objet d’une manœuvre d’étranglement et d’une « tentative d’intrusion d’une matraque dans l’anus ».

Témoins

« Je ne voyais plus rien, je tombais par terre », se souvient le restaurateur très ému. La scène est décrite par plusieurs policiers, dont l’un expliquera aux enquêteurs de l’IGS (police des polices) que « la méthode employée justifiait que la partie civile traite ses agresseurs de nazis »

Les deux policiers accusés d’avoir donné la gifle et les coups sur la tête nient toute violence. Les autres policiers n’ont rien vu. Malgré les cris, le commandant de poste n’a pas bougé de son bureau. Le garde des détenus, lui, a bien assisté à la scène mais n’a constaté aucune violence. « Il y en a pourtant bien eu, s’énerve la présidente. Parce que les certificats médicaux sont bien réels, eux. Tout le monde ment dans ce commissariat ! Que voulez-vous qu’on fasse ? Vous étiez quatre sur lui, et il y a contre vous deux témoignages accablants. Qu’est-ce que ça veut dire ? ».

La réponse de l’officier, à propos des deux témoignages accablants est ... accablante : « cela prouve qu’ils étaient dans la police depuis peu de temps », dit-il, ce qui fait réagir la substitut du procureur, Brigitte Chemin, indignée. « On nous a dit que c’était leur manque d’expérience qui avait fait dire des bêtises aux jeunes policiers. Non, c’est leur manque d’expérience qui, peut-être, les rend plus sensibles à ce qui les choque », poursuit-elle, réclamant de quatre à six mois de prison avec sursis à l’encontre des fonctionnaires prévenus. Le jugement sera rendu le 6 février.

Ah, à propos, le restaurateur s’appelait Tarek Saïd. Même s’il avait eu un nom français et avait été un jeune de banlieue, les choses se seraient sans doute mal passées aussi pour lui.

Mais avec un nom pareil, que voulez-vous qu’il fît ?

Que sont les libertés devenues .... ?

Selon le Canard Enchaîné ,

Sarkozy avait promis de ne
tolérer aucune bavure.
Mais des bavures il y en a,
et la « Police des Polices »
a refusé de répondre
aux questions du journal
sur l’ampleur des dérapages . Malaise ?

17 décembre, sur Arte, la main au collet d’un adolescent, un policier monte les marches du commissariat, et ne sachant pas qu’il est aussi enregistré, il murmure : « T’as de la chance qu’y a les caméras. T’entends ce que je te dis, t’as de la chance ».

 La danse du ventre

Des syndicalistes policiers sont les premiers à l’affirmer : « Chaque fois qu’on a un discours ultra-sécuritaire et un ministre qui fait la danse du ventre devant les forces de sécurité, on a des gens qui se sentent autorisés à déraper » (...).

Exemple, Y., lui, il aurait dû être filmé au cours de sa garde à vue. C’est la loi : il a 14 ans et la caméra doit tourner lors de l’audition des mineurs. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu par le Code de procédure pénale. Un problème de pile pour le Caméscope, peut-être ? Le 5 décembre à 8 heures du matin, les gendarmes de Rieux (Oise) débarquent dans son collège. Devant tout le monde ils lui passent les menottes (c’est illégal) et l’emmènent : direction la brigade. Suspecté d’avoir fait le guet pendant un cambriolage, il sera ensuite disculpé. Mais en attendant les pandores l’ont traité comme une « racaille » d’envergure. A 13 heures seulement - c’est très tard au regard de la loi - Y. fut examiné par un médecin. Le toubib parti, la maréchaussée peut enfin travailler.

 Punching-balls

Attaché à un poteau par ses menottes, l’adolescent est frappé plusieurs fois à l’abdomen. Les fins limiers tiennent leur « coupable », il faut qu’il avoue. A sa famille, qui s’inquiète par téléphone, il est répondu que le gamin ne veut pas d’avocat et que, si nécessaire, il restera quarante-huit heures. « Jusqu’à ce qu’il avoue ! » Mais au jeune Y., les zélés pandores racontent que ses parents ne veulent pas lui fournir d’avocat.

Il faut dire que le jeune se prénommé Yacine, quelle drôle d’idée aussi. Alors, avec les coups, viennent les réflexions délicates. Genre docte : « Les Maghrébins, ils ont ça dans leurs gènes. » Ou farceur, comme cet adjudant qui, le mettant en joue avec une arme, lui lâche : « Et si une balle partait toute seule ? » .Ou menaçant : « Ah, ton père est chef d’entreprise ? On va aller vérifier sa comptabilité... Ton frère travaille chez Saint-Gobain ? On va les appeler pour leur dire que c’est une famille de voleurs ». A 17 heures, le dur à cuire de quatorze ans, en larmes, craque : « Si vous voulez que je dise que je faisais le guet, c’est bon. » En tout cas, c’est bon pour les statistiques.

Et la procédure suit son cours, tandis que Yacine et sa famille, épaulés par le MRAP, portent plainte. Dans un rapport de trois pages, le médecin de Creil qui a examiné l’adolescent après son interrogatoire a constaté six hématomes et accordé six jours d’incapacité temporaire de travail. La suite de l’enquête a disculpé le gamin ...

Correction

Yacine s’en est tiré avec des hématomes, la peur de sa vie et... de la police. Abdou Salam Traoré, dix-neuf ans, Français d’origine africaine, mettra sans doute plus de temps à oublier, lui. Le 3 novembre 2002 à 19 h 45, cet étudiant est interpellé pour un contrôle d’identité dans le quartier des Courtilières à Pantin (Seine-Saint-Denis) par trois policiers en patrouille. Abdou est en règle mais on lui passe les menottes. Et il est embarqué à bord du car de flics en direction du Bourget. Le véhicule s’arrête le long d’une voie ferrée désaffectée. Puis, sans dire un mot, tandis que deux des policiers le maintiennent, un troisième le frappe plusieurs fois au visage. Avant de l’abandonner dans la nature. Il n’y a rien de tel qu’une correction préventive pour empêcher la délinquance ! Rentré chez lui en se tenant la mâchoire, Abdou ne peut plus parler. Il est envoyé à Avicenne, puis opéré le lendemain à la Salpêtrière d’une fracture à la mâchoire. Pendant cinq semaines, il s’est alimenté avec une paille. Très choqué, il dit qu’il reconnaîtra sans peine ses agresseurs et qu’il va porter plainte.

Un p’tit bonjour

Le 26 octobre 2002, Franck Bouis, vingt ans, qui travaille tard, a, lui, simplement l’idée saugrenue de rentrer chez lui, dans le XXe arrondissement de Paris, à 20 h 30. Il se trouve au bas de son immeuble quand, soudain, des flics arrivent en courant et ordonnent à tout le monde de se mettre face au mur. Franck, qui a aperçu ses parents, se retourne pour leur faire un petit signe. Il reçoit un coup de matraque à la figure et s’écroule au sol. Sa mère, qui tente de s’interposer, est bousculée. Franck est menotté, embarqué au commissariat. Placé en garde à vue, il ne sera relâché que le lendemain à midi, avec une plaie et un hématome près de l’oeil.

 Des cogneurs qui portent plainte

Curieusement, ce sont deux flics qui ont porté plainte. Pour rébellion. La parade est grossière mais classique. Puisque ça marche souvent auprès des magistrats, pourquoi s’en priver ! Mais Franck a porté plainte à son tour, dans sa lettre au procureur, il en profite pour raconter qu’il a été à nouveau mis en garde à vue, le 6 novembre, trois semaines après son passage à tabac, pour une sombre histoire de cambriolage. Les brillants enquêteurs ayant fini par démasquer le vrai coupable, Franck a été relâché sans un mot d’excuse au bout de six heures

 Comme ça au moins t’auras peur

Le lendemain 7 novembre, non loin de là, place Gambetta, c’est Fouad Djilali qui a eu le plaisir et l’avantage de goûter aux méthodes délicates de certains fonctionnaires. Il est 22 heures et il vient de raccompagner chez eux, en voiture, quelques jeunes de son club de judo. Il est en train de leur serrer Ia main quand il voit tout le monde détaler. Fouad, lui, ne s’enfuit pas. Contrôle d’identité et fouille de son sac sport. Un flic l’apostrophe : « Alors, connard, tu te prends pour un caïd. Pourquoi tu te sauves pas ? » interroge-t-il, tandis qu’un collègue frappe le judoka dans le dos. L’insolent explique qu’il n’a rien à se reprocher. Nouveaux coups. « Eh bien comme ça, rigole le flic, maintenant tu auras peur de la police. ». Faut bien rigoler ! Fouad a déposé plainte auprès de la « police des polices ». Depuis, il n’a eu aucune nouvelle de l’enquête. Pas plus que le Canard qui a demandé, via la direction de la police, l’opinion de cette vénérable institution sur ce cas précis et sur d’autres.

Espèce de traînée

Samir Belmir, jeune Français d’origine marocaine, a en revanche été entendu par l’IGS (Inspection Générale des Services). C’était en décembre 2001 sous le ministère du socialiste Daniel Vaillant. Deux flics lui ayant perforé le tympan lors d’un contrôle (au faciès ?) dans le XI* arrondissement, il avait porté plainte. L’IGS cette fois a fait son boulot : les poulets passeront au tribunal en février prochain.

Mais Samir a une tête qui, apparemment ne revient pas aux flics de l’arrondissement. Le 28 juillet 2002 pour une banale histoire de stationnement à 22 heures sur une place de livraison - il a aussitôt déplacé sa voiture - Samir a disparu 72 heures. Soit deux jours de garde à vue et un jour au dépôt en compagnie de deux de ses copains, dont l’un ressortira avec le nez cassé pour avoir osé répondre aux flics. Sachant mieux que d’autres, désormais, de quoi les poulets sont capables, Samir s’est tenu à carreau pendant qu’on l’embarquait. Et même lorsqu’une fliquette a lancé à sa compagne étudiante venue le rejoindre au commissariat : « Espèce de sale petite bourgeoise qui traîne avec des Arabes ». L’Arabe en question a pourtant été condamné, après que la femme flic eut porté plainte, à 6 mois avec sursis pour « insultes et menaces de mort ». Soutenu par la Ligue des Droits de l’Homme, il a fait appel.

Ferme ta gueule

Un dernier exemple pour d’éventuels témoins qui souhaiteraient agir en citoyens. C’était le 12 décembre à Paris, à 23h45 dans l’autobus 31 (direction gare de l’Est). Six courageux flics en civil s’acharnent sur un black : « On va te casser le bras, connard ». Une jeune femme proteste et demande que l’homme soit amené au commissariat s’il a fait quelque chose, mais qu’on cesse de le malmener. « Ferme ta gueule » lui répond un flic qui la menace de 24 heures de garde à vue et la fait descendre du bus. Le Noir disparaît avec ses anges gardiens. Quant à la jeune femme elle ramasse une amende de 62 euros. Aucun motif n’est inscrit sur le PV mais le flic lui a fait la leçon : « Ca vous apprendra à vous mêler de vos affaires. C’est à cause de gens comme vous qu’il y a le bordel en France »

C’est bien vrai, ça. Les droits de l’homme ça vous gâche parfois le métier de flic.

Mais que sont les libertés devenues ?


 Les gants

Mais il n’y a pas qu’en France qu’il se passe des choses pareilles. Tenez, Le Monde du 28 décembre 2002 reprend des propos tenus par le « Washington Post » un journal bien américain qui s’inquiète au des méthodes d’interrogatoire de la CIA dans les centres de détention dont elle dispose à l’étranger.

Les suspects arrivent dans les centres de détention de la CIA après avoir déjà été brutalisés à dessein, raconte le journal. Les équipes intervenant sur le terrain sont composées d’agents de la CIA, de membres des forces spéciales américaines et d’alliés locaux. « Après qu’elles ont appréhendé un suspect, elles « l’assouplissent » : passage à tabac, suspect encagoulé, projeté contre un mur, puis détenu dans un endroit confiné, soumis à des bruits intenses, privé de sommeil, ficelé dans des positions douloureuses ». Des méthodes qui rappellent celles des nazis, dîtes-vous ? Le même journal américain affirme que ceux qui refusent de parler sont remis aux services de renseignement de certains autres pays connus pour pratiquer couramment la torture - [et, à ce titre, régulièrement dénoncés par les Etats-Unis].

Dans son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde, le département d’Etat, à Washington, stigmatise les pays ayant recours à ces pratiques. Contrairement au centre de détention de Guantanamo, sur l’île de Cuba, où les prisonniers sont quotidiennement visités par la Croix-Rouge internationale, les centres de détention de la CIA à l’étranger sont des lieux tenus secrets. Le Washington Post fonde son enquête notamment sur le centre dont la CIA dispose à l’intérieur de la base aérienne américaine de Bagram, non loin de Kaboul.

Les mains propres

Le quotidien a interrogé d’anciens agents américains et une dizaine d’autres encore en service et ayant participé aux interrogatoires. Il cite le témoignage d’un certain Cofer Black, l’homme qui dirigeait alors la section « contre-terrorisme » de la CIA : « On est dans un domaine très secret ; ce que j’ai à dire, c’est tout ce que vous devez savoir : il y a un « avant » les attentats du 11 septembre 2001 et il y a un « après » - et dans cet « après », on ne prend plus de gants ».

Ou plutôt si, on prend des gants : on fait faire le sale boulot par les autres.

Mais que sont les libertés devenues .... ?


Ecrit le 3novembre 2005

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Azous B

 Contrôles au faciès

Il est ministre
Il a une carte professionnelle de ministre
Il était invité à faire une conférence
aux USA sur le ..... racisme
Le Ministre français Azouz Begag a fait l’objet d’un contrôle « poussé » à l’aéroport d’Atlanta, le 13 octobre dernier .

Pour un ministre à l’égalité des chances, cette réception « chaleureuse » est une véritable gifle. De plus, pour lui, fils d’immigrés algériens, chargé de la lutte contre les discriminations et de la promotion des « minorités visibles », dans le gouvernement Villepin, l’expérience n’est pas nouvelle,.

« Depuis le 11 septembre 2001, j’ai systématiquement des ennuis aux Etats-Unis, dit-il, nous ne sommes plus traités comme les autres, uniquement à cause du faciès. »

En France, c’est souvent qu’on le prend pour « le garde du corps du ministre ». C’est déjà bien ! Il y a quelques années, coiffé d’un bonnet de laine par un jour d’hiver, il a été bloqué dans le sas d’une agence bancaire pendant que le directeur appelait la police.

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Habid Sou

Monsieur le réfugié politique
n’est pas content ?

Paris, lundi 17 octobre, métro Châtelet. Contrôle policier. Un homme porte la main à son blouson de cuir pour y chercher ses papiers. Malheureux ! Le geste à ne pas faire quand on est Algérien, même réfugié politique, même auteur d’un livre dénonçant les exactions de l’armée algérienne.

Habib Souaidia, ses papiers sont en règle, mais qu’importe, il a une tête d’Arabe. Le contrôle se fait musclé, l’homme est menotté, collé au mur, tabassé, la nuit se passera en cellule. Double fouille en règle. Rien à lui reprocher. Dommage ! L’homme est libéré le lendemain midi. « Monsieur le réfugié politique n’est pas content ? » rigole le chef de poste. (récit de Libération du 22 octobre et du Canard du 26 octobre)

Dans son livre « La sale guerre » Habib Souaïdia dénonce le comportement de l’armée algérienne depuis 1992. Il a pu contrôler, in situ, les différences avec les contrôles de police en France.


Ecrit le 25 juillet 2006
(non publié dans l’édition papier)

  Les bavures, ça n’arrive pas qu’aux autres

Le texte qui suit est le récit des brutalités policières qui se sont produites lundi 24 juillet 2006, à l’encontre d’un homme, Jean-Jacques Reboux. L’homme raconte :

Le lundi 24 juillet 2006 à 18h40, je circulais à bord de mon véhicule avenue de Clichy à Paris (17e). A la suite du passage en sens inverse d’un véhicule de pompiers, un léger engorgement de circulation s’est fait à un carrefour. J’ai
attendu et suis passé au feu vert.

Aussitôt après le carrefour, deux agents de la circulation m’ont fait signe de m’arrêter, ce que j’ai fait, pensant
immédiatement que ce contrôle était dû au pare-chocs de ma voiture en mauvais état. Comme je venais de récupérer ma voiture au garage à Colombes et qu’elle venait juste de subir le contrôle technique légal, le policier n’a pu que
constater que tous mes papiers étaient en règle. Il m’a néanmoins demandé de sortir du véhicule et m’a aussitôt annoncé son intention me mettre un PV pour « obstruction à la circulation ».

Stupeur de ma part, étant donné que mon arrêt au milieu du carrefour, le temps que le flot de la circulation devant moi se décante, n’a aucunement gêné « le passage des autres véhicules venant des voies transversales », contrairement à
ce qui est écrit sur le PV.

J’ai dit au policier « Vous n’avez pas le droit de
me mettre une amende, je n’ai aucunement gêné la circulation. Vous m’avez arrêté car l’avant de ma bagnole est amoché et comme je suis en règle, vous me
mettez un PV qui n’a pas lieu d’être, uniquement pour me faire chier. C’est honteux ! »

Réponse du policier : « Calmez-vous, monsieur ! »

J’ai répondu : « Je me calmerai quand vous m’aurez rendu mes papiers. Je n’ai pas plus de raison de garder mon calme que vous n’en avez de me coller ce PV imaginaire. Vous
outrepassez vos droits. Mes papiers sont en règle, je paie mes impôts, rendez-moi mes papiers et laissez-moi partir. »

Réponse du policier : « Ne me parlez pas comme ça, monsieur, gardez votre calme. »

Je lui ai répété que j’étais dans l’incapacité de garder mon calme face à une situation inique, alors que je rentrais tranquillement chez moi, venant de
récupérer ma voiture pour partir en vacances le lendemain matin, que mon énervement était parfaitement justifié, et que le fait de porter un uniforme ne lui donnait ni le droit de me mépriser ni celui de mettre des PV bidons.

Le policier : « Faites attention à ce que vous dites, monsieur, vous êtes en train de me traiter de menteur ! »

J’ai répondu que oui, et j’ai ajouté que je le traiterais bien d’autre chose mais que je m’abstiendrais car je ne tenais pas à écoper d’un PV pour outrage.

Il a souri. De toute évidence, il n’attendait que cela. J’ai encore insisté pour qu’il admette qu’il avait tort
et me rende mes papiers et comme il refusait, j’ai lâché entre mes dents « Espèce de petit connard ! Dire que vous pourriez être mon fils. » [J’ai 47 ans, il n’en avait pas 30.] J’étais à bout, je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher ce
mot.

Il m’a demandé de répéter et je me suis défaussé avec une réflexion sur son intelligence inversement proportionnelle à sa virilité. Voyant que j’avais mis le doigt dans l’engrenage, j’ai aussitôt passé un coup de fil à ma compagne depuis mon portable pour lui dire que je serais sûrement en retard car j’avais des petits soucis avec un policier pour des raisons aberrantes. J’étais
tellement à bout qu’elle n’a pas reconnu ma voix. Le policier m’a brutalement arraché mon portable des mains et a appelé à la rescousse deux motards de la Police de la route qui passaient de l’autre côté de la rue, puis il a demandé à son collègue d’appeler des renforts.

J’étais estomaqué de voir un tel déferlement de violence. Je me suis mis à hurler, provoquant très rapidement un
attroupement d’une cinquantaine de personnes sur le trottoir. Autant que je me souvienne, j’ai hurlé ceci : « C’est une honte, mesdames et messieurs ! Je n’ai
rien fait, je n’ai même pas grillé un feu rouge ! On vit dans un pays où la police a tous les droits ! La France n’est pas un Etat de droit ! Faites quelque chose. »

L’un des motards m’a alors poussé par terre en me disant « Ta gueule ! » et m’a passé les menottes dans le dos, en serrant très fort. J’ai alors demandé à une dame qui avait une bouteille d’eau si elle pouvait me donner un peu d’eau car je n’avais plus de voix, la dame m’a tendu sa
bouteille, les gens étaient muets de stupeur, mais le motard m’ a crié « Tu boiras au commissariat ! »

Je lui ai crié qu’il n’avait pas le droit de me
tutoyer. Un autre policier m’a alors passé un cordon de sécurité en plastique autour des chevilles, qu’il a serré très fort, et je me suis fait embarquer dans un fourgon en résistant aux policiers qui me poussaient de force. Je suis
alors tombé par terre et me suis ouvert le genou gauche et le coude droit. J’ai demandé aux policiers présents dans le fourgon s’ils savaient pourquoi on m’arrêtait mais aucune réponse. Juste des regards lourds de haine, des
quolibets. Le policier qui se tenait à ma gauche dans le fourgon et maintenait une forte pression sur mon épaule gauche m’a dit « Tu raconteras ça au commissariat ! » Je lui ai dit qu’il n’avait pas le droit de me tutoyer et lui
ai demandé de lâcher mon épaule, que je n’allais pas me sauver, vu que j’avais les chevilles et les poignets menottés, mais il a refusé et a dit « Je ne vous
parle pas, je parle à mon collègue. » C’est alors qu’est intervenu le motard, qui a aidé ses collègues à me pousser complètement dans le fourgon. J’ai alors croisé le regard de la conductrice qui n’avait encore rien dit et je lui ai dit « Et vous, vous ne dites rien ? Vous n’avez pas le droit de traiter les citoyens comme ça ! C’est Sarkozy qui vous donne des ailes ? »

Le motard m’a alors enfoncé sa matraque [tonfa ?] dans les côtes et m’a murmuré à l’oreille, suffisamment fort pour que je comprenne, mais suffisamment bas pour n’être
compris que de moi : « T’as vraiment de la chance qu’il soit pas encore président ! » Puis il a refermé la porte du fourgon. C’est le moment où j’ai eu le plus peur. J’ai vraiment pensé à ce moment-là qu’on allait me passer à tabac dans le fourgon, j’avais aussi très peur qu’on me casse mes lunettes, mais rien de tel n’est arrivé.
Je tiens à préciser, avant de poursuivre, que lors de l’intervention, les policiers m’ont dépossédé sans aucun ménagement de mon portefeuille, des clés de ma voiture, de mon sac à dos, de la facture du garagiste et du récépissé du contrôle technique, prenant de toute évidence un malin plaisir, soit par leurs réflexions, leurs mimiques menaçantes ou leur refus obstiné de répondre à mes
angoisses et questions de citoyen victime d’une injustice flagrante à me signifier leur supériorité numérique (notamment lorsque j’ai crié : « Et je
suppose que vous allez mettre ma voiture à la fourrière ? »)

Aucun d’eux n’a accepté d’écouter mes récriminations comme je me proposais de leur dire la raison arbitraire pour laquelle on m’avait arrêté.

J’ai ensuite été transporté en fourgon au commissariat de la rue Truffaut et contraint de rallier le Poste en sautillant à pieds-joints car ils ont refusé
de m’ôter les menottes de cheville, ce qui n’a été fait qu’une fois dans la « salle d’attente », où l’on m’a démenotté pour m’attacher à une barre de fer
placée sous le banc avec une menotte au poignet gauche.

J’ai alors revu l’agent XXX par qui tout avait commencé, qui affichait un sourire rayonnant de satisfaction et m’a dit « Vous êtes content, là ! »

Je lui ai répondu : « Non, c’est vous qui êtes content, visiblement. Vous avez eu ce que vous voulez ! Vous avez votre outrage, bravo ! » J’ai serré les dents pour
lui faire comprendre tout le mépris que m’infligeait son comportement. J’avais envie de pleurer mais je me suis retenu pour ne pas le faire jubiler davantage.

Un policier a alors pris un cutter pour couper le lien en plastique que j’avais aux chevilles, après m’avoir recommandé de « ne pas lui donner de coup de pied
 ». J’ai dit que je n’étais pas une brute.

J’avais très soif. J’ai demandé à avoir un verre d’eau et le fameux agent XXX m’a dit que je boirais un verre
d’eau après avoir vu l’Officier de Police Judiciaire qui prendrait ma déposition. J’ai laissé tomber tout bas « c’est vraiment dégueulasse » et le
policier XXX s’est alors précépité sur moi [j’avais les mains démenottées] et m’a menotté le poignet gauche à la barre de fer, en prenant bien soin de serrer les menottes le plus fort possible de façon à ce que j’aie
le plus mal possible. Il a juste prononcé les mots « et voilà, arrestation ».

Je suis resté seul dans la pièce pendant une vingtaine de minutes, en penchant la tête vers l’entrée pour demander à appeler ma compagne afin de la rassurer et à boire de l’eau, mais il m’a été répété que je téléphonerais et boirais dans le bureau de l’OPJ.

Ensuite [mais là, je ne suis pas sûr de la
chronologie], on m’a détaché le poignet gauche puis remenotté les mains dans le
dos. Un peu plus tard, comme j’insistais pour boire, le chef de Poste, plus humain que les autres policiers présents, a consenti à m’apporter un verre
d’eau et m’a aidé à tenir le gobelet pour boire (étant donné que j’avais toujours les mains menottées dans le dos).

J’ai ensuite été conduit devant l’OPJ à l’étage, qui a recueilli oralement mon témoignage et m’a demandé si je reconnaissais l’outrage, en me précisant que
l’agent XXX avait été traité par moi de « connard ». J’ai dit que c’était possible, que tout était allé très vite et que j’avais complètement paniqué.

L’OPJ m’a précisé que si je reconnais le délit d’outrage je pouvais espérer sortir du commissariat dans les deux heures. Dans le cas contraire, je devrais passer la nuit en garde-à-vue. J’ai donc reconnu l’outrage, en précisant que je trouvais parfaitement inique le fait qu’il n’y avait aucune discussion possible et INTELLIGENTE avec les membres des forces de l’ordre en tenue, avec qui on ne
peut jamais avoir raison.

J’ai pu constater que l’OPJ était un individu
« civilisé » et courtois, contrairement à certains de ses collègues en tenue.

On m’a alors fait attendre (menotté à un banc) dans le couloir pendant un quart d’heure, puis un second OPJ, également « civilisé » et courtois a recueili ma
déposition. J’ai fait état de mon métier d’éditeur et écrivain de romans policiers, en précisant que j’avais notamment écrit un roman dont le sujet était une bavure policière. Cette remarque a fait sourire mon interlocuteur,
mais c’était le sourire d’un homme intelligent et compréhensif, je tiens à le préciser (et pas un sourire de moquerie). Le seul sujet de discorde avec cet
OPJ étant le fait « qu’il faut comprendre les collègues en tenue, qui se font traiter de tous les noms toute la journée, alors forcément, il y a des moments
où ils craquent ». J’ai simplement répondu que l’agent XXX avait outrepassé ses droits en me mettant un PV pour une infraction imaginaire et que le délit d’outrage et de rébellion pour lequel j’avais été transporté au
commissariat était de sa seule responsabilité, et le résultat de son inconséquence et de son incompétence.

J’ai fait part à l’OPJ de mon intention de ne pas me contenter d’attendre ma convocation au tribunal et de déposer une plainte contre l’agent XXX.

J’ai ensuite été redescendu (menotté dans le dos) dans la salle d’attente par un policier en tenue très courtois, qui m’a dit à mots couverts qu’il semblait trouver totalement disproportionnée la raison de mon arrestation.

J’ai attendu une demi-heure, le temps que l’OPJ prenne connaissance de la déposition de l’agent et de son collègue, avant qu’on me rende ma liberté.

Je suis resté environ 2 h 45 au poste de Police. J’ai retrouvé mon véhicule stationné avenue de Clichy et j’ai pu parler dans un café avec des gens qui avaient été témoins de mon arrestation arbitraire et qui n’en sont pas revenus
quand je leur ai dit les raisons pour laquelle on m’avait arrêté.

Quinze heures après ces évéments, j’ai mal un peu partout, j’ai vu un médecin qui a pu constater que j’avais été victime de violences mais ce n’est pas cela
le plus grave : le plus grave, c’est que j’ai surtout très honte d’être Français.

Jean-Jacques Reboux
Paris, le 25 juillet 2006

PS : "Physiquement, ça va, les matraques
sont restées dans le fourreau et je m’en sors avec des contusions et quelques marques aux poignets, mais psychologiquement, la pilule est un peu dure à
avaler, et comme je le dis à la fin de ce texte, je ne suis pas vraiment très fier d’être Français.
Portez-vous bien, et si vous croisez des flics en uniforme, même si vous n’avez rien à vous reprocher, faites attention, une bavure est vite arrivée !"

Jean-Jacques Reboux


Ecrit le 26 novembre 2006 :

 lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des libertés policières

Les éditions Après la Lune, ont publié le livre LETTRE OUVERTE A NICOLAS SARKOZY, MINISTRE DES LIBERTÉS POLICIÈRES

LE CONTEXTE. La France sécuritaire de nos tristes années zéro, huit mois avant les présidentielles.

LES RAISONS DE LA COLÈRE. Les violences policières impunies, implicitement tolérées par l’attitude
d’un ministre de l’Intérieur obsédé par le tout-répressif et la démagogie électoraliste.

LES FAITS. 24 juillet 2006, 19 h, avenue de Clichy, Paris 17e. Comment un banal contrôle routier peut conduire
un citoyen à passer 3 h dans un commissariat, menotté aux poignets et aux chevilles, pour avoir contesté
un PV bidon puis, dans un second temps, commis le gravissime délit d’outrage à agent (qui consiste à dire un
gros mot à un agent assermenté), puis celui de rébellion (qui consiste à refuser de se laisser embarquer par
douze flics déchaînés, violents, grossiers). Point culminant de cette bavure, la petite phrase qui fait froid dans le
dos, entendue dans la bouche d’un flic au comportement de milicien, dont la matraque me taquinait les côtes :
T’AS DE LA CHANCE QU’IL SOIT PAS PRÉSIDENT ! faisant référence, on l’aura compris, au ministre de l’Intérieur
Nicolas Sarkozy, candidat aux élections de mai 2007. En attendant ma convocation au tribunal, et à cause de
cette petite phrase de trop, j’ai décidé d’écrire à ce ministre de l’Intérieur qui a tendance à faire du ministère
des libertés publiques le ministère de plus en plus exclusif des libertés policières, et de l’interpeller à mon tour,
à propos de quelques questions essentielles sur l’avenir des libertés dans la République.

LE CONTENU DU LIVRE . Il se compose de 3 parties. Dans un premier temps, j’ai tenté de décrire le mécanisme
insidieux de la bavure (arrogance provocatrice des policiers, peur-panique du citoyen pris par surprise).

Ensuite, il m’a paru utile de dépasser mon cas personnel et laisser de côté ma dignité blessée pour aller à la
rencontre des autres. Et prévenir : Attention, ce qui m’est arrivé peut arriver à chacun d’entre vous. Et cela pourrait être
bien pire encore après mai 2007 si d’aventure... Je n’aurais, en effet, pas donné à cette missive une résonance
publique si son destinataire n’aspirait aux plus hautes fonctions de la République.

La troisième partie, enfin,
est un glossaire intitulé : De la police, de ses coutumes, de son répertoire, et des différents moyens offerts par la société
au citoyen pour se protéger des abus de certains de ses membres dévoyés.

Jean-Jacques Reboux
www.apreslalune.com


Ecrit le 24 décembre 2008

 Je cogne : ne me filmez pas

Deux photographes de l’AFP ont été victimes, le 16 déc 2008, lors d’une manifestation étudiante d’un nouveau concept « le droit à l’image des policiers » pour empêcher les deux journalistes de couvrir le rassemblement, place Bellecour à Lyon.

Quand les deux agenciers ont voulu faire leur métier, ils ont aussitôt été victimes de brutalités policières, une clef de bras pour l’un et matraque sur le cou pour l’autre, avant que les disquettes photos ne leur soient arrachées des mains. Voilà donc la véritable conception de la liberté de la presse du chef de l’Etat qui a beau se gargariser des Etats Généraux et de la presse libre....
Ces méthodes ressemblent comme deux gouttes d’eau aux pratiques de la police anglaise pour empêcher nos collègues photographes britanniques de travailler, notamment lors des manifestations que Londres ne veut pas voir couvrir par la presse.


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libertés syndicales

liberté de manifester

libertés en danger

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pays liberticides

chasse aux pauvres

Pean noire et humiliation ordinaire