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Société trop ... policée (01)

Page 1380
Ecrit le 6 août 2003

De drôles de méthodes

Joël MARTINE, animateur de l’association « recyclons 13 » qui regroupe des associations de la région de Marseille opposées à l’incinération des déchets, raconte une belle histoire qui s’est déroulée les 8 et 9 juillet 2003.

En voici quelques éléments :

Mardi 8 juillet 2003 vers midi je reçois un coup de téléphone de Madame B., de l’Hôtel de Police Division Nord de Marseille, me proposant de fixer un rendez-vous pour une convocation. Comme je lui demande l’objet de cette convocation, elle me répond qu’elle n’a pas à me le dire. Sur un ton moitié de plaisanterie, moitié de menace, elle me dit que si je ne prends pas de moi-même un rendez-vous, elle m’enverra une convocation écrite, et que si je n’y réponds pas, des policiers viendront chez moi à 6 heures du matin et m’emmèneront les menottes aux mains. Je note l’adresse de l’Hôtel de Police où elle me convoque et je lui dis que j’irai si elle me dit pourquoi je suis convoqué. Elle refuse à nouveau et raccroche.

Faux livreur

En début d’après-midi je reçois un coup de téléphone d’un prétendu livreur qui a un colis à remettre au collectif Recyclons 13. Le colis n’entrant pas dans la boîte aux lettres, nous convenons qu’il vienne me l’apporter à mon domicile.

Vers 16 heures on sonne à ma porte. Je sors de mon appartement pour accueillir dans le couloir deux hommes. Ils me disent qu’ils sont de la police et que je dois les suivre. Surpris, je leur réponds que j’attends un livreur ; ils me répondent que ce sont eux qui m’ont téléphoné. Ils me disent que la convocation est en rapport avec une manifestation qui s’est tenue le 30 juin 2002 à Saint-Martin de Crau, et j’entrevois des indications en ce sens sur quelques feuilles A4 photocopiées que l’un d’eux tient à la main.

Comprenant que je suis convoqué à la police au titre de Recyclons 13, je leur dis que je vais les accompagner, je leur demande de m’attendre devant la porte pendant que je vais mettre des habits corrects et prendre mon sac. Je leur dis que je vais fermer ma porte pendant ce temps pour éviter que mon chat ne s’enfuie, mais l’un d’eux, mettant son pied dans l’embrasure, me dit que je ne dois pas la fermer, que c’est obligatoire. Je suis étonné, mais comme ils insistent, j’accepte de laisser la porte ouverte.

Dans leur déposition, les policiers affirmeront que j’ai essayé de fermer ma porte de force sur eux, mais je n’ai jamais fait cela.

Laissant les policiers devant la porte, je téléphone à un ami de Recyclons 13 : je lui dis que, bien que je n’aie pas pu lire clairement une convocation, je vais accompagner les policiers puisqu’apparemment il s’agit d’une enquête concernant Recyclons 13. Ayant raccroché je vais rejoindre les policiers dans le couloir et je demande à lire les papiers avant de les suivre. L’un d’eux, Monsieur D., me donne les papiers. Avant que j’aie eu le temps de tourner les pages, le policier D. se précipite sur moi, me saisit brutalement les deux avant-bras, m’obligeant à laisser tomber les papiers. Il arrache les lunettes pendues autour de mon cou et les fait tomber, ainsi que mon sac. Puis il me pousse contre le mur en me frappant sur la poitrine, et me tire brutalement vers lui dans le couloir. Dans la bousculade il me fait poser le pied sur les papiers tombés à terre, sans que je m’en rende compte. Toujours en me tenant fermement les deux avant-bras, et en alternant tutoiement et vouvoiement, il m’accuse de ne pas vouloir les suivre. Il me dit « tu vois, ça c’est de la rébellion ». Ramassant les papiers froissés au sol, il ajoute « ça, c’est outrage à magistrat ».

Rébellion

Les voisins, entendant la bousculade, descendent de quelques marches l’escalier et regardent la scène interloqués. Je leur dis : « c’est la police ! Vous voyez ce qu’ils me font ! Ils viennent me chercher pour une manifestation où je n’étais pas ! ». A ce moment il est visible que les policiers, en me traitant avec brutalité et en m’accusant de leur résister, essayent de faire croire aux témoins que c’est moi qui ne veux pas les suivre et qui me rebelle. Dans un moment où le policier me lâche, je donne à la voisine mes clés que j’avais en main, lui demandant de fermer mon appartement car j’avais peur qu’ils m’emmènent en laissant la porte ouverte.

Les deux policiers me saisissent et me tordent les bras dans le dos en me mettant les menottes. Je proteste en disant qu’ils n’ont pas à me mettre les menottes puisque je suis d’accord pour les suivre.

En aucune manière je n’ai frappé les policiers. Je remuais pour qu’ils arrêtent de me faire mal en me tordant les bras. Quand j’ai été menotté, pendant que D. me tenait, la voisine a parlé à l’autre policier, lui a demandé de montrer sa carte, ce qu’il a fait. Puis il a fermé ma porte à clé, a remis mes clés et mes affaires en vrac dans mon sac, et ils m’ont emmené dehors. Avec un troisième policier ils m’ont emmené en voiture à travers la ville, toujours menotté les mains dans le dos, en mettant fréquemment le gyrophare et la sirène pour doubler les files de voitures arrêtées aux feux rouges.

Arrivés à l’Hôtel de Police, ils m’ont attaché à un banc avec les menottes. Monsieur D s’est assis devant une machine à écrire et s’est mis à rédiger quelque chose. Les policiers ne semblaient pas perturbés par ce qu’ils venaient de me faire subir. Ils fumaient des cigarettes et bavardaient. Madame B., celle qui m’avait téléphoné, m’a dit que je serais poursuivi pour « rébellion », « outrage » et « appel à l’émeute ». J’ai été mis en garde à vue et Mme B. a enregistré ma déposition. Quand des personnes sont venues prendre de mes nouvelles le lendemain, elles n’ont pas été autorisées à me voir. Il s’agissait de deux conseillers municipaux Verts, et de militants d’associations dont Greenpeace et Recyclons 13, et de mon épouse.

A l’hôtel de police, j’ai été examiné trois fois par un médecin. Le premier et le troisième de ces médecins ont constaté une contusion toute fraîche avec ecchymose à la poitrine, et une contusion avec éraflure au poignet droit, due aux menottes trop serrées.

Le mercredi 9 juillet après-midi, lors d’une confrontation entre les policiers de la BAC (Brigade anti-criminalité !) et moi-même, j’ai appris que les policiers portaient plainte contre moi, m’accusant d’avoir moi-même chiffonné, jeté à terre, puis piétiné les papiers, et d’avoir refusé de les suivre. Les policiers m’ont montré l’empreinte de ma chaussure sur l’une des feuilles, ce qui selon eux prouve que je l’aurais piétinée intentionnellement.

En réalité, dès que j’avais compris pourquoi la police voulait m’emmener, c’est-à-dire après les quelques instants d’incompréhension du début, j’ai toujours dit et répété que j’étais d’accord pour les suivre, mais que je leur demandais de me faire lire d’abord le document. Je ne l’ai jamais jeté à terre, ni piétiné intentionnellement.

A la fin de la garde à vue Madame B. m’a interrogé sur une manifestation le 30 juin 2002 pour la fermeture de la décharge d’ordures de Marseille à Saint-Martin de Crau, qui pollue la nappe phréatique. J’ai répondu que je n’étais pas présent à cette manifestation et que je n’avais pas participé à sa préparation pratique. Elle m’a demandé des précisions sur les objectifs de Recyclons 13, je lui ai répondu volontiers qu’il s’agissait d’œuvrer pour le traitement écologique des déchets. Elle m’a demandé les noms des responsables de Recyclons 13 et je lui ai répondu que Recyclons 13 étant un collectif informel d’associations, les responsables étaient ceux de chaque association. Ces renseignements sont d’ailleurs facilement accessibles sur les sites internet des associations.

Je tiens à remercier les dizaines et dizaines de personnes de Marseille et des alentours, participant aux associations et mouvements sociaux, parfois élus locaux, qui ont immédiatement témoigné de leur indignation et de leur solidarité. Beaucoup, connaissant mes activités, qui sont publiques et non-violentes, avaient compris dès la nouvelle de ma garde à vue qu’il ne pouvait s’agir que d’une interpellation arbitraire.

La manifestation en question serait celle du 30 juin 2002. A l’époque nous avions écrit ceci : « Dimanche 30 juin 2002, nous avons participé à la manifestation aux grilles de la décharge de Marseille à Entressen (entre Istres et Saint Martin de Crau). Nous avons dénoncé la défaillance de Marseille à l’expiration du délai de 10 ans accordé par la loi de 1992, pour ne plus mettre en décharge les déchets bruts (c’est à dire sans extraction de la part valorisable ou réduction du caractère polluant ou dangereux). »

http://www.greenpeace.fr/gl/marseille/incineration/criminalisation.php3

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