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Violence (01)

violence : rien ne choque plus ?

(écrit le 12 février 2003)

 La violence peut commencer par de petites choses...

La Violence dans les cités : c’était l’un des thèmes abordés lors de la journée « santé-citoyenneté » du Collège Ville aux Roses le 30 janvier dernier. C’est Fernando Riesenberger, responsable de l’association Rencontres  , qui a accepté d’animer cet atelier et à qui La Mée a demandé, ensuite, de faire un compte-rendu de ses discussions.

Pour lui, il faut distinguer les enfants et les jeunes.

 Du côté des enfants

Les élèves de Sixième se sont sentis très concernés par le thème de la violence, mais, à sa grande surprise, le mot violence recouvre finalement peu de choses : un coup de poing « gratuit », une insulte, la raison du plus fort, une « petite violence » qui est importante pour eux, qui les touche tous les jours. Ils ressentent plutôt l’agressivité, mais pas franchement de faits de violence exploitables pour une discussion. Quand on leur demande des situations de violence, ils font référence plutôt à des adultes violents, par exemple sous l’emprise de l’alcool, à des plus camarades plus âgés qui aiment se bagarrer. « Le mot violence ne s’est-il pas banalisé en recouvrant des situations de toutes sortes ? » » s’interroge F.Riesenberger.

En creusant un peu, Fernando s’est aperçu que, chez les élèves de Sixième, il y a d’un côté, ceux qui ont peur, peur des coups en particulier, et de l’autre ceux qui disent qu’il est normal de montrer sa force. Il y a ceux qui se sentent fragiles, et ceux qui ne se rendent pas compte de leur propre violence.

Mais qu’est-ce donc que la violence ? « La violence, c’est ce qui fait mal et qui n’est pas justifié. La victime est toujours le type sympa, qui ne demande rien, qui ne se défend pas. Permettant à l’autre de montrer facilement qu’il est le plus fort, qu’il a toujours raison. La violence peut commencer par de petites choses, si on laisse faire cela peut prendre des proportions plus importantes »

Que faire alors ? « la société a mis en place des moyens qui évitent d’employer la violence : il ne faut pas hésiter à parler de ce qui fait peur, il ne faut pas accepter d’être victime. Il faut essayer de mettre « une distance de sécurité », de s’éloigner de la personne qu’on ressent comme violente » - « Si quelqu’un t’embête, l’agressivité peut être un moyen de défense, mais enclenche un engrenage. Il vaut mieux parler de la situation aux parents, aux enseignants, aux éducateurs »

 Parler

Parler : pour Fernando Riesenberger, c’est une nécessité. Il pense même que c’est essentiel, et que bien des punitions stériles seraient avantageusement remplacées par des cours d’éducation dispensés par une personne extérieure au collège.

 Les jeunes

En ce qui concerne les jeunes, ceux qui ont dépassé les 11-13 ans : « Un regard trop appuyé, des mots mal compris, ou mal reçus, l’ennui de ne savoir quoi faire, des inégalités subies comme une injustice , voilà des maux, des réalités pour comprendre la violence »

« Le chômage, l’alcoolisme, la déstructuration familiale, les inégalités sociales, les différences de culture trop importantes dans un ensemble de logements de qualité médiocre sans lien avec le centre de la ville, déserté par les habitants plus favorisés, le manque d’activités pour les jeunes, voilà des causes de la violence dans les banlieues », situation qu’on ne connaît pas à Châteaubriant , dit Fernando.

« Partout, les jeunes ont besoin de s’opposer, ils ressentent et acceptent mal les injustices de la vie dans la cité, ils réclament le droit à la différence, le droit à être regardés comme tout le monde. »

« Pour exister dans une cité (c’est à dire une importante concentration de logements) il faut être en bande et intégrer ses codes et règles. Sans moyens financiers il n’y a que le groupe qui permet de se sentir membre, de se sentir fort. Pour cela la violence est un des moyens d’expression (insultes, dégradation, rodéo de voitures, nuisances sonores etc ), le moyen qui est le plus efficace car le plus visible. »

 De presque rien

La violence peut naître en réaction à ... presque rien :

Un regard trop appuyé peut agresser un jeune qui dans sa situation fragile, se demande : pourquoi me regarde-t-on comme ça ?

Des mots de réprimande ou de simples observations (qui même aux yeux de celui qui les utilise ne sont pas des sanctions) peuvent être reçus par un jeune comme un reproche de trop dans un univers où il est toujours vu comme quelqu’un à part, voire comme un voyou.

Dans une société où le paraître est plus important qu’être, l’habillement tient une importance majeure, il faut se donner les moyens d’être ! d’avoir les mêmes vêtements que les copains. Cela, la violence peut le permettre (vol , racket.)

L’apport massif de population étrangère dans une cité ne va pas sans causer des incompréhensions et des tensions au début de l’installation dans les logements. (cages à lapins), surtout quand ces populations étrangères (comme ce fut le cas à Châteaubriant), qui viennent pour travailler comme ouvriers, sont originaires de la campagne ou de la montagne dans leur pays d’origine. Quittant une organisation sociale où l’éducation est assumée par les parents, grands-parents, oncles et tantes, et tout le village, l’expatriation conduit à une perte de repères, insurmontables pour les parents qui ne connaissant pas la langue et les us et coutumes du pays d’accueil. Les enfants apprennent plus vite, le pouvoir des parents est amoindri, il ne reste que la maison comme territoire où le rapport de forces est détenu par les parents.

Pour les jeunes il ne reste que la rue (qui pour les parents ne représente pas de danger. De toutes façons ils ne maîtrisent plus le comportement des jeunes hors la maison).

 Ne pas laisser faire }

« Alors l’espace commun est celui de l’expression du groupe, du plus fort, on y apprend le rapport de forces, on s’affronte à la loi, à l’autorité, c’est le défi de l’existence. Le respect du collectif n’a pas valeur de droit ou d’obligation »

Mais comprendre un phénomène, ne veut pas dire admettre. « Il arrive un moment quand tous les autres moyens sont épuisés, où il ne reste que le rappel à la loi, qui peut aller jusqu’à la sanction. Mais à condition que, contrairement à la violence, cette fermeté respecte des règles humaines fondamentales »

Interview de F. Riesenberger.


Vivre ensemble

Le dialogue et l’accompagnement social sont les moyens les plus efficaces de lutte contre la violence, dit le sociologue Charles Rojzman pour qui, parler, quitte à s’affronter, peut briser le cycle infernal de la violence.

Charles Rojzman qui développe dans les banlieues une méthode pour « vivre ensemble », montre que la société actuelle souffre d’une dépression généralisée « Le sentiment d’inutilité sociale et d’oppression dont cette dépression est issue, concerne l’ensemble du tissu social. Ce mal-être se traduit par une crise de l’identité, l’absence d’idéaux, de projets, diverses formes de toxicomanie, un sentiment d’impuissance qui justifie toutes sortes de violences » . « La logique du profit personnel et immédiat développe en parallèle un égoïsme social où l’autre est considéré comme un ennemi à vaincre » dit-il dans Politis du 30 janvier 2003.

Pour restaurer le lien social, Charles Rojzman propose de susciter la rencontre entre habitants intégrés ou marginalisés, travailleurs sociaux, policiers, entre gens qui se haïssent, « faire en sorte que les personnes les plus démunies et ravagées par le sentiment d’impuissance, trouvent un pouvoir d’action et de protestation qui ait un sens. Sortir de la victimisation, de l’impuissance, pour s’investir dans un pouvoir autre que la violence. Remplacer la violence par le conflit car celui-ci n’élude pas la part d’agressivité qui est en nous, mais la gère : défendre ses positions tout en s’intéressant à un comportement ou une pensée contraires ».


Date ?

La violence à l’école

On disait autrefois qu’il fallait ouvrir l’école sur la vie. L’école a été ouverte et la vie y est entrée avec son cortège de passions et de violences. La violence scolaire fait écho à la violence sociale, aux problèmes sociaux, économiques et culturels extérieurs à l’école. Au point de se faire « gratuite » quand les jeunes s’attaquent aux conducteurs de cars, aux postiers, aux pompiers et autres médecins du SAMU. Châteaubriant y échappe encore, heureusement !

On a trop facilement tendance à dire que cette violence « gratuite » est l’expression d’une souffrance, le moyen, faute de pouvoir le dire avec des mots, de faire savoir que quelque chose ne tourne pas rond. Si l’on considère la société comme malade, la violence équivaut à la fièvre, elle sert de symptôme à la maladie.

Alors, en reprenant le modèle médical, il faut à la fois traiter la maladie au fond, et faire baisser la fièvre, sinon le malade fatigue !

C’est ce qu’a voulu faire Claude Allègre, en présentant un plan contre la violence, en présence de Claude Bartolone, Ministre de la Ville parce que « l’exclusion sociale mène à l’exclusion scolaire et l’exclusion scolaire à la violence

Pour faire face à la violence, le ministre propose un renforcement du personnel :

7000 personnes supplémentaires, prévues au budget 2000, seront affectées par anticipation dans ces établissements :

  • - 100 infirmières,
  • - 800 surveillants à mi-temps,
  • - 100 conseillers principaux d’éducation
  • - 4 000 aides-éducateurs
  • - et, nouveauté, 2 000 emplois-jeunes ouvriers. De niveau CAP-BEP, ces derniers seront recrutés sur des fonctions de technicien ou ouvrier de service

On notera que ces 7000 postes n’apportent rien de nouveau : ils sont déjà inscrits u budget 2000.

De plus, 1 000 « adultes-relais interviendront pour « assurer le lien avec les familles et apporter aux élèves un encadrement éducatif dans les temps non scolaires ».

 La morale civique. }

Des clubs antiviolence « permettant un dialogue entre adultes et jeunes seront mis en place dans tous les établissements » A l’école primaire, « une plus grande place sera faite à l’apprentissage de la morale ».

Elèves en difficulté. Les classes relais (250 budgétées en 2000) sont appelées à se développer.

Les personnels. Enfin des dispositions seront prises en faveur des jeunes enseignants des zones difficiles (une prime d’installation, bonification de carrière, formation particulière)

Adieu 68

La page de 1968 est définitivement tournée : à l’époque on refusait à la police le droit de rentrer dans l’école. Désormais des îlotiers seront appelés à surveiller les entrées et sorties des établissements scolaires. La police pourra même intervenir dans l’école au moment des incidents, grâce à l’instauration d’un lien d’urgence avec l’école.

 Eduquer avant de réprimer

Les auteurs des violences en milieu scolaire seraient sans doute des enfants sages s’ils pouvaient se projeter sereinement dans un avenir — si leurs familles ne vivaient pas dans la précarité — si la flexibilité du travail ne les privait pas de leurs parents au moment où ils ont besoin de leur présence — si, pour certains, la couleur de la peau n’était pas discriminante — s’ils avaient d’autres interlocuteurs que leurs copains ou copines — si la télévision ne transformait pas les bandits en héros positifs et l’appât du gain en valeur première — si leurs familles vivaient dans l’harmonie — Si leurs quartiers n’étaient pas montrés du doigt — si tous les policiers exerçaient leur métier en les respectant — s’ils ne souffraient pas d’une image négative qu’ils s’efforcent d’honorer... disent Nathalie Guibert et Marie-Pierre Subtil, dans Le Monde du 27 janvier 2000

 L’enfant en échec

Après avoir mobilisé toutes ses énergies pour réussir à accueillir, en masse, de « nouveaux publics », l’éducation nationale découvre qu’il est urgent de répondre aux demandes des plus faibles d’entre eux. Ces derniers se font désormais entendre par la violence . Chat échaudé ....

Reste à savoir ce que sont les demandes des plus faibles ? Quand on interroge les élèves en difficulté, ils réclament plus de récréation, ... un écran géant de télévision dans la cour, .... aucun travail scolaire à faire à la maison, ...de l’argent facile, et tout de suite . Au moment où les entreprises embauchent, ces enfants ont encore le chômage dans la tête.

« Chat échaudé craint l’eau froide ». L’enfant en échec scolaire craint l’école et rejette les « bons élèves » qu’il qualifie d’intellos sans envisager un seul instant de devenir lui-même un bon élève.

De ce fait, dans certaines classes, aussi bien en enseignement général qu’en sport, les professeurs doivent user beaucoup de temps et de diplomatie pour apprendre aux jeunes à écouter les autres, et à s’adresser à eux autrement que par des insultes et des coups ! Situation très décourageante !

On a tendance à accuser de cet état de fait, les « sections poubelle » et les « filières d’échec », en oubliant que le problème est à prendre à la base, à la maternelle, au moment où commencent les premiers apprentissages, la première socialisation. C’est à ce stade-là qu’il faut commencer à apprendre aux « sauvageons » à vivre en société et en bonne harmonie. Cela supposerait, en particulier, des classes deux fois moins chargées dans les premières années de l’école primaine.

Le « plan violence » de Claude Allègre ne semble pas prendre en compte cette réalité. Il parle plus de réprimer que d’éduquer. Il ne faut pas s’étonner si, à l’autre bout, le nombre de mineurs pris en charge par la Protection Judiciaire de la Jeunesse, a doublé entre 1990 et 1998.

Au vu de ce qui se passe dans la plupart des autres pays européens, on peut se dire que la France n’est pas au bout de ses peines.

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Un « bon » élève est-il violent ? Un enfant qui a choisi son orientation tape-t-il ses enseignants ? Un collégien à qui l’on a reconnu des talents a-t-il envie de casser son établissement ? Un père de famille convaincu de voir l’école traiter justement son enfant déboule-t-il dans sa classe pour agresser son instituteur ? Du moins ceux-là sont-ils généralement plus discrets quand il s’agit de réclamer « du respect » et peu nombreux à s’exprimer par la colère.

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40 000 par trimestre

Au cours de l’année scolaire 1998-1999, il y a eu 40 000 déclarations d’incidents, de toute nature, par trimestre

Parmi elles, 2,6 % correspondent à des faits graves (1 000 agressions sur des personnes, 1 750 actes graves sur des biens). Les auteurs de ces faits sont à 86 % des élèves et à 12 % des personnes extérieures aux établissements. Quant aux victimes, 77 % sont des élèves et 22 % des personnels.

voir : non violence

violence : rien ne choque plus ?