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Abracadabrantesque

Comment la politique et les affaires font-elles la fortune ... du vocabulaire ?

Réponse :

Les discours des Ministres et Présidents de la République recèlent parfois des mots-bijoux, exhumés de vieux coffres cachés sous la poussière des greniers. De Gaulle ressuscita « la chienlit », Raymond Barre parla de « microcosme » et Jean-Pierre Chevènement de « sauvageons » et chacun s’en alla, dans son dictionnaire, chercher la signification de ces mots savoureux.

La récente affaire de Jean-Claude Méry, financier du RPR mettant en cause Jacques Chirac, permit l’émergence du mot « abracadabrantesque » qui tient de la magie (abracadabra) et de la démesure (dantesque). On crut un instant que le mot avait été inventé par Chichi. Que nenni, il figure dans le poème « le cœur volé » d’Arthur Rimbaud (1854-1891)

O flots abracadabrantesques
Prenez mon cœur, qu’il soit lavé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l’ont dépravé !

Au secours, le dico ! « Ithyphallique » est relatif à l’ithyphalle, une amulette en forme de phallus qui figurait dans les fêtes antiques du Dieu Bacchus.

Mais « pioupiesques » ?? Mystère ! Faut-il y voir un rapport avec les « pioupious » ces jeunes soldats qui, selon Arthur Rimbaud encore, « caressaient les bébés pour enjôler les bonnes » ?

A Châteaubriant, les élus ne manient pas ces mots ésotériques, mais ils aiment bien des mots comme « ludique », « optimi-sation » et autres. Et, depuis quelques temps, dans les délibérations de Conseil Municipal écrites par le personnel municipal ... on voit prospérer un « subséquemment » du plus bel effet. « Subséquemment » et « affirmatif » font habituellement partie du langage des pandores mais Chateaubriand lui-même écrivit un jour : « Rancé subséquemment jeta au feu ce qui lui restait du tirage de l’Anacréon ».

Ah ? vous ne savez pas qui est Anacréon ? Il paraît que c’est un poète grec qui composa des chansons d’amour et de table caractérisées par une légèreté gracieuse et brillante. Plus élégante sans doute que l’abracadabrantesque élyséen (1).

Subséquemment, passons à autre chose.


(écrit le 30 octobre 2002)

Humour ... Honneur

Après la dignité, valeur qui se perd au point de provoquer un procès au tribunal de Bergerac relire : l’avocate qui joue de l’accordéon, voici que se perdent aussi l’humour et l’honneur.

Première histoire : l’été dernier, à l’époque où les « Bleus » (footballeurs) n’étaient pas au top de leurs performances, le président de la FFF (fédération française du football), Claude Simonnet, est allé noyer son chagrin dans un restaurant chic de Séoul, autour d’une bonne table (10 000 F le repas à quatre, sans les vins). Vedette de la soirée : une bonne bouteille de Romanée Conti (enfin, bonne, on le dit, mais je n’en ai jamais bu), au prix modique de 4800 euros (plus de 31 000 F). Nul n’a trouvé à y redire et la FFF a payé les frais de déplacement de son grand patron.

Mais voilà qu’un jeune et fougueux arbitre breton, demandant le renouvellement de sa licence d’arbitre, a évoqué la possibilité de se faire rembourser ses propres repas de midi les jours de match, concluant son propos par ces mots « j’aime aussi le bon vin. A ta santé, Claude ! ». Quel crime de lèse-simonnet ! De lèse-dirigeant !

Pour le district d’Ille et Vilaine il y a manque de respect vis à vis du Président de la FFF. Du coup, le jeune arbitre a été suspendu jusqu’au 31 décembre 2002 par le Comité Directeur, avec mise à l’épreuve jusqu’en juin 2003.

La France de Très-Haut (y compris dans le foot, ne supporte pas l’ironie des gars de la base).

Honneur

Voilà maintenant une histoire d’honneur : il s’agit de la présentation concomitante de deux articles dans Ouest-France du 24 octobre 2002, en page d’Ancenis. Le lundi 21 octobre, Maurice Bouhyer, PDG des fonderies du même nom, a reçu la Légion d’Honneur, dans un bon restaurant, en présence de nombreuses personnalités. Le lendemain, des fondeurs de la fonderie Bouhyer protestaient devant la sous-préfecture parce qu’ils sont mis au chômage partiel pour 10 jours : 260 des 285 salariés sont touchés, perdant 40 % de leur salaire. « On est partis pour devenir la France du sous-sol » ont-ils dit.

A défaut de respect pour la Légion d’Honneur de leur patron, ils ont au moins de l’humour ... noir de colère.

BP  


NOTES:

(1) Utilisé par Jacques Chirac en septembre 2000 à propos de « la cassette-accusation » de Jean Claude Méry, ancien financier du RPR qui raconte comment il a remis une importante somme d’argent, pour le RPR, en mains propres à Jacques Chirac, alors maire de Paris