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La mort (01) : traditions


Ecrit le 5 novembre 2003

 La nuit de Samain

Les Celtes d’avant la conquête romaine fêtaient leur nouvel an, Samain, le 6e jour de la lune montante, entre le 25 octobre et le 20 novembre. Ce jour-là les druides cueillaient le gui, la plante sacrée qui donnait immortalité et régénération physique. A cette époque de l’année, les troupeaux étaient ramenés des prairies aux étables, et le soleil était remercié de la moisson qui représentait une aide pour la bataille à venir contre les ténèbres et le froid. La période celte correspond au signe du Scorpion, symbole de mort et de renaissance.

Le dernier jour de l’année celte, on supposait que les portes de l’autre monde s’ouvraient, que s’estompait la frontière entre le monde des vivants et le monde des morts, que les esprits pouvaient faire une brève visite à leurs parents. Dans la mythologie irlandaise le « Peuple de la Déesse Dana » autorisait les mortels à entrer dans son royaume.

En cette nuit de Samain les Celtes suivaient un cérémonial rigoureux afin de s’assurer une bonne année à venir :

Dans tous les foyers les feux étaient éteints, les Celtes se rassemblaient en cercle autour des druides qui étouffaient solennellement le feu sacré de l’autel, puis frottaient des branches sèches du chêne sacré jusqu’à enflammer un nouveau feu pour honorer le dieu du soleil, et effrayer les esprits diaboliques. Chaque chef de famille recevait de la braise rouge recueillie dans ce feu pour en allumer un nouveau dans son âtre, feu qui devait brûler jusqu’à l’automne suivant. Ce feu sacré devait protéger du danger le foyer tout au long de l’année.

 Des Gaulois à Odilon de Cluny

La fête de Samain était la plus importante des fêtes Gauloises. Un festin rassemblait tous les habitants du village. On buvait de la bière, du vin, de l’hydromel... La fête durait de nuit à quinze jours et pour être certains d’effrayer les esprits, les Gaulois étaient grimés et portaient des costumes effrayants.

Incorporer Samain au calendrier catholique prit plusieurs siècles. Au Vllle siècle le pape Grégoire III déplaça la fête des Saints en novembre. Vers 840, le pape Grégoire IV installa la Toussaint, fête de tous les Saints. Odilon de Cluny choisit en 1048 le 2 novembre comme le Jour des Morts.

La Fête des Morts n’est pas réservée aux peuples celtes. Au Mexique El dia de los Muertos est sans doute la fête la plus spectaculaire Elle se déroule pendant deux jours, les 1er et 2 novembre.

El Dia de los Muertos date de 3 500 ans environ, rituel des anciennes peuplades mexicaines (Mayas, Toltèques, Aztèques)lié à la mort et à la résurrection. Les Espagnols, après la colonisation, déplacèrent la date de ce jour aux 1er et 2 novembre (fête des saints et fête des morts) afin que les nouveaux chrétiens « christianisent » de fait ce rituel de tradition païenne.

Comme les Celtes, les Mexicains n’avaient pas peur de la mort ! Si la journée débutait par des prières, elle se continuait avec les bouteilles de tequila ... au son des mariachis !!! tandis que les squelettes servaient de décoration.

La Bretagne a longtemps conservé ces traditions celtiques. Dans son livre « Le Cheval d’orgueil », Per Jakez Hélias raconte : « Vers l’approche de la Toussaint ; nous avons l’habitude de creuser des betteraves, d’y pratiquer des trous en forme d’yeux, de nez, de bouche, d’y introduire un bout de bougie et de refermer le tout. Ce lampion à tête humaine posé la nuit sur un talus ou dissimulé dans les broussailles d’un chemin creux, terrifie toujours quelques noctambules. Quelquefois aussi, on le dépose sur la fenêtre d’une vieille fille connue pour son petit courage et son esprit crédule ».

Halloween

Aztèques et Celtes, Gaulois et Bretons .... les Irlandais émigrés aux USA ont conservé les traditions. Le mot anglais viendrait de cette époque. All Hallows’day pour la Toussaint, All Hallow E’en pour la nuit sainte qui précède.

Arrivée en France il y a quelques années, condamnée par quelques prélats catholiques scandalisés de ce retour au paganisme, la fête d’Halloween évolue avec les nécessités .... du commerce.

Jusqu’à maintenant on vendait citrouilles, masques de sorcières, et noires araignées échappées de quelque château hanté. Cette année a vu une innovation : les squelettes ont envahi les vitrines des magasins. On laisse la Fête de tous les Saints pour revenir au Jour des Morts, mais une mort effacée, traitée à la rigolade (ce qui ne manque pas d’étonner en cette année 2003 où la canicule a tué tant de gens au cours de l’été).

On peut se scandaliser de voir ainsi tourner la mort en dérision. Cette attitude n’a cependant rien de moderne.

Dans un excellent site internet (« la mort dans l’art »), l’auteur recense les thèmes principaux communs à différents pays européens.

Tel je fus comme tu es
Tel tu seras comme je suis

Très fréquent « le dit des trois vifs et des trois morts » montre une fascination pour la mort, la splendeur des vivants et l’inévitable putréfaction accompagnant la mort. La légende est simple : trois cadavres (des ecclésiastiques) se tiennent sur le chemin de trois vivants (un duc, un comte et un prince). Les morts s’adressent aux trois nobles en les exhortant à se repentir : « Tel je fus comme tu es, et tel que je suis tu seras. Richesse, honneur et pouvoir sont dépourvus de valeur au moment de votre trépas. » Les morts incitent les vivants à changer de vie tant qu’il est temps

Dans neuf pays européens on recense 195 fresques de ce genre (dont 92 en France).

 Danse macabre

Vers le 13e siècle, en France, apparaissent les Vado Mori (je me prépare à mourir) : poèmes en latin, où des représentants de classes sociales variées se plaignent, généralement en deux vers, du fait qu’ils vont mourir sous peu. Dans les plus vieux textes du genre, on trouve un prologue soulignant le caractère inévitable de la mort et, suivant ce prologue, les couplets de onze mourants (le roi, le pape, l’évêque, le chevalier, le physicien, le logicien, le jeune, le vieux, le riche, le pauvre et le fou). Toutefois, la Mort est absente et personne ne réplique aux complaintes des mourants.

Les danses macabres ou danses de la mort, dont la plus ancienne serait celle du cimetière des Innocents de Paris, peinte en 1424, sont une sorte de dialogue entre les vivants et les morts. La magnificence des vivants, riches et nobles, contraste avec l’abomination des cadavres putrides, démontrant au peuple que même les fortunés sont sujets à la mort. Riches et pauvres sont égaux devant elle. Dans les danses macabres, le glas a sonné, il est trop tard pour se repentir, et tous doivent se joindre la danse.

Le thème de la danse de la Mort a inspiré les poètes (Charles Baudelaire), les musiciens (Frank Listz, Camille Saint-Saëns) et les conteurs, notamment bretons.

 La jeune fille et la mort

Ce thème prend racine dans de très vieilles traditions mythologiques qui racontent qu’une jeune déesse, (qui s’appelle Perséphone chez les Grecs, Proserpine chez les Romains), cueillait des fleurs en compagnie de nymphes insouciantes lorsqu’elle aperçut un joli narcisse et le cueillit. À ce moment, la terre s’entrouvrit ; le dieu des morts (Hadès chez les Grecs, Pluton chez les Romains) sortit des abysses et enleva la jeune fille.

Ce thème est une claire préfiguration du sombre lien entre Éros (amour) et Thanatos (la mort), entre la sexualité et la Mort.

Dans l’œuvre de Niklaus Manuel Deutsch, (voir ci-dessus), exécutée en 1517, la Mort est un cadavre putride qui empoigne la jeune fille par le cou, l’embrasse, et touche à son sexe.

Dans d’autres œuvres de la même époque, la jeune fille est totalement nue. La rencontre de la jeune fille avec la Mort a été utilisée comme prétexte pour représenter la nudité féminine.

Edvard Munch en 1894, modifie le thème, suggérant une victoire de l’Amour sur la Mort : sa jeune fille n’est pas dominée, mais étreint elle-même passionnément la Mort. (voir ci-après).

 Le triomphe de la mort

A l’époque des grandes épidémies de peste, ou de choléra, ou à l’occasion de guerres civiles ou de répressions sanglantes, un autre thème s’impose : le triomphe de la mort. La Mort n’est pas représentée dans une danse ordonnée, mais dans un combat furieux avec les vivants.

La Mort égorgeuse, gravée par Alfred Rethel en 1851, illustre un poème de Heinrich Heine contant l’émergence soudaine de l’épidémie de choléra en l’an 1832, pendant un bal masqué du carnaval de Paris. La Mort y joue d’une sorte de violon, pendant que les musiciens fuient. Près d’eux, une silhouette féminine décharnée, enveloppée d’un suaire, symbolise la maladie. Au premier plan, des fêtards ont déjà succombé au fléau.

 Une amie

Des thèmes plus rares se trouvent sur certaines fresques, par exemple la légende des morts reconnaissants et secourables. Une fresque située à Baar, en Suisse, 16e siècle, montre un homme poursuivi par des brigands, qui se réfugie dans un cimetière, s’agenouille et prie. Les morts, reconnaissants des prières que le pieux homme a faites pour le repos de leur âme, se lèvent et sortent de leur tombe, armés de faux et de bâtons, pour le défendre.

Ces légendes, présentes uniquement dans la tradition germanique, veulent montrer l’importance de la prière pour honorer l’âme des morts. Les corps décharnés deviennent alors un secours surnaturel pour celui qui les a invoqués.

Une autre œuvre d’Alfred Rethel, gravée en 1851, (non représentée ici) offre l’une des très rares représentations positives de la Mort : un sonneur de cloche, endormi sur son fauteuil au coucher du soleil. La Mort est venue sonner les vêpres à sa place, sonnant son trépas par la même occasion.

Les trois âges et la mort, la mort faucheuse aux yeux bandés, la mort noire : ce sont d’autres thèmes de la mort que l’on peut trouver sur le site internet :

http://www.geocities.com/ppollefeys/intro.htm

Il y manque les légendes bretonnes autour de l’Ankou, et tous les chants bretons qu’Hersart de La Villemarqué a recueillis dans son Barzaz Breiz (textes en breton et en français).

Le livre le plus riche est sans doute « La légende de la mort » d’Anatole le Braz, collecte de traditions liées à l’Ankou, aux moyens d’appeler la mort, aux veillées funèbres et enterrements, et au peuple immense des âmes en peine (qu’on appelle l’Aanon) qu’il faut veiller à ne pas faire souffrir davantage : « Il n’est pas bon de balayer la maison après le coucher du soleil, on risquerait de balayer, avec la poussière, les âmes des morts qui, à cette heure-là, obtiennent souvent la permission de revenir dans leur ancien logis »


Note :

 Halloween

La fête d’Halloween a été importée des USA vers 1992. Elle permettait de stimuler les ventes à une période commerciale creuse entre la rentrée et les fêtes de fin d’année. En 2000, les Français auraient dépensé plus de 60 millions d’euros pour évoquer sorcières et autres monstres. Mais les gens ont conservé leurs déguisements d’une année sur l’autre et les citrouilles sont devenues moins juteuses. La fête d’Halloween (31 octobre) marche mal. Ne nous plaignons pas, il semblerait que l’année prochaine, la Pentecôte (privée de son lundi) marchera encore plus mal.

Comme dit le Canard Enchaîné : la route est droite mais la Pentecôte sera raide.

Voir le site :http://www.geocities.com/ppollefeys/intro.htm


Ecrit le 11 mai 2004 :

 Peine de mort

La Ligue des Droits de l’Homme a appris que plusieurs députés avaient déposé une proposition de loi tendant à rétablir la peine de mort en matière de terrorisme.

Outre le fait que rétablir, fût-ce partiellement, la peine de mort reviendrait à dénoncer la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, la LDH condamne la démarche parfaitement démagogique de ces parlementaires.

La LDH a fait part de sa réprobation aux intéressé(e)s et a demandé au Premier ministre de soumettre au Parlement la ratification du protocole additionnel n°13 à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme qui abolit en toutes circonstances la peine de mort.


Ecrit le 22 octobre 2008

 La Toussaint arrive : innovez !

Célestis est une société américaine spécialisée dans les obsèques spatiales. Elle permettra, dès 2010, d’envoyer un peu de nos cendres autour de la Terre ou de la Lune, pour 6800 euros. « Celestis, est placé en orbite jusqu’à ce qu’il se désagrège comme une flamboyante étoile filante dans un dernier hommage au défunt ».

signé : Ch. Labrousse et http://www.celestis.com

A voir : l’Ankou et les mystères des Monts d’Arrée - http://tf1.lci.fr/infos/jt/0,,4142286,00-les-mysteres-des-monts-d-arree-.html