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La grenouille

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(écrit le 16 septembre 2002)
Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite. L’eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager.

La température commence à grimper. L’eau est chaude. C’est un peu plus que ce qu’apprécie la grenouille ; ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant.

L’eau est maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température de l’eau va ainsi monter jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s’être extraite de la marmite.

Plongée dans une marmite à 50 °C, la grenouille donnerait immédiatement un coup de pattes salutaire et se retrouverait dehors.
Cette expérience (que je ne recommande pas) est riche d’enseignements. Elle montre que, lorsqu’un changement s’effectue de manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d’opposition, pas de révolte.

C’est exactement ce qui se produit dans la société où nous vivons. De mois en mois, d’année en année, on observe une constante dégradation des valeurs, laquelle s’effectue cependant assez lentement pour que personne - ou presque - ne s’en offusque. Et notre civilisation s’enfonce ainsi dans l’obscurité spirituelle, avec le délitement social, la dégradation environnementale, la dérive de la génétique et des biotechnologies, et l’abrutissement de masse - entre autres symptômes - par lesquels elle se traduit.

Chaque fois qu’un changement est trop faible, trop lent, il faut soit une conscience très aiguisée soit une bonne mémoire pour s’en rendre compte.

Regardez, observez, et vous verrez partout les conséquences de ce principe de la grenouille dans la marmite d’eau.

Au niveau individuel, par exemple, beaucoup en font l’expérience en ce qui concerne leur santé. La perte de vitalité, de tonus musculaire, la diminution de la concentration, la perte de clarté intellectuelle (ou de mémoire), s’effectuent lentement, sans que l’on en ait vraiment conscience. Un jour, si l’on a assez bonne mémoire, on se rend compte que « l’on n’a plus vingt ans », qu’on a moins de résistance, moins de souffle, « moins »... La lenteur de ces processus empêche souvent l’adoption de modes de vie plus sains qui préserveraient plus longtemps nos facultés au profit d’un vieillissement normal et non accéléré par des habitudes délétères.

Au niveau de l’agriculture, le sol peut perdre progressivement son indispensable richesse minérale, sans que cela se voie, jusqu’au jour où soudain s’enclenche un irréversible processus de désertification.

Au niveau d’une nation, le rayonnement d’un pays peut s’effriter progressivement, période durant laquelle celui-ci vit sur ses gloires passées, jusqu’au moment où son image à l’étranger est complètement ternie.

Le piège

Le principe de la grenouille dans la marmite d’eau est un piège dont on ne se méfie jamais trop si l’on a pour idéal la recherche de la qualité, de l’amélioration, du perfectionnement, si l’on refuse la médiocrité, le statu quo, le laisser-faire.

Incidemment, ce principe fonctionne aussi au positif et même en cela il peut nous jouer des tours. Les efforts que l’on fait quotidiennement (dans le sport, à l’école, au niveau personnel, etc.) provoquent eux aussi des changements - positifs, cette fois - mais également trop faibles pour être immédiatement perçus ; ces améliorations sont pourtant bien là et, à ne pas les observer, certains se laissent décourager à tort.

Comment, alors, ne pas succomber au piège du principe de la grenouille dans la marmite d’eau, individuellement ou collectivement ?

En ne cessant d’accroître sa conscience, d’une part, et en conservant un souvenir intact de l’idéal et des buts que l’on s’est fixés. L’entraînement et le développement de la conscience sont l’un des points communs de toutes les pratiques spirituelles, qu’elles soient plutôt physiques (yoga), mystiques (méditation) ou encore sociales. Conscience de soi, conscience du corps, conscience du langage, conscience de ses pensées, conscience de ses émotions, conscience d’autrui, etc.

Au-delà de tout dogme, de toute doctrine, de toute idéologie, l’élargissement et l’accroissement de la conscience devraient être considérés - bien plus que le développement des seules facultés intellectuelles - comme un comportement fondateur de notre statut d’humain et comme un moteur indispensable à notre évolution.

Pour l’heure, la marmite sociale continue de chauffer. Alors, quel genre de grenouille êtes-vous ?

Olivier CLERC, Votre santé - juillet 2002

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