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Start-up

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Ecrit en 2000 ?

... autes

Les premiers furent les argonautes. Puis on a connu les astronautes et les cosmonautes. Voici maintenant les internautes, les entreprenautes et même les friconautes. VisiteLes Argonautes sont des héros de la mythologie grecque qui, à bord du navire Argo et sous le commandement de Jason, partirent en Colchide à la conquête de la Toison d’Or. Parmi ces navigateurs célèbres il y avait Atalante (la seule femme de l’équipage), Médée, Augias, Orphée, Héraclès, Castor et Pollux, etc.Les astronautes, mot inventé en 1933, sont les personnes qui se déplacent dans un véhicule spatial, hors de l’atmosphère terrestre. Les cosmonautes, mot inventé en 1961, sont aussi des astronautes. Le mot serait plutôt d’origine russe.Les internautes, mot très récent, sont ceux qui se déplacent dans le monde, virtuellement, en utilisant « internet ».

Start-up !

Et puis voilà deux mots, nouveau-nés : les entreprenautes et les friconautes. Pour faire bonne mesure, en voici un troisième : les start-up.

Start, en anglais, ça veut dire démarrer. Up, indique en haut. Start-up, c’est donc quelque chose qui émerge, qui jaillit. Au Ministère des Finances, on avait pensé un moment franciser le mot en « jeune pousse », mais il faut dire que en english, ça fait toujours mieux. Va donc pour « start-up ».

Du vent sur le net

Une « start-up », c’est une jeune « entreprise » particulière : elle utilise les nouvelles technologies et le capital-risque pour se développer. Dans la quasi totalité des cas, c’est une entreprise virtuelle. Elle ne fabrique rien, elle a peu de personnel, mais essentiellement un « patron », qu’on appelle un « entreprenaute » ou une petite équipe qui vend ... du vent. Pas des produits physiques, mais des « services ». Des livres, des fournitures pour l’agriculture, ou le commerce, des conseils pour boursicoter, ou pour acheter : il suffit de créer un « site internet » sur un sujet à la mode, pour développer un « produit » ou une nouvelle technologie. Et puis rapidement il s’agit de forcer les portes, sachant qu’une start-up est faite pour entrer en Bourse ou pour être rachetée.

Faire un multiple

L’une des possibilités pour la start-up, c’est de trouver un financeur qui accepte d’y mettre de l’argent en achetant une part du capital (qu’on appelle le capital-risque).

L’investisseur en « capital-risque », c’est quelqu’un qui a de l’argent, et qui essaie de le faire fructifier : il reçoit les entreprenautes, évalue leur possible rentabilité et la possibilité, pour la start-up, d’entrer en Bourse. S’il y réussit, ce qui arrive environ une fois sur 10 dit-on, il espère alors « faire un multiple » c’est-à-dire récupérer 8 à 10 fois sa mise !

Les banques se bousculent pour organiser cette introduction en Bourse : rien d’étonnant, elles toucheront une commission au passage.

Explosion en Eldorado

L’année 1999 a connu une explosion du financement des start-up en France, au point de faire penser que notre pays est un « eldorado » pour ces entreprises, malgré une fiscalité que, en d’autres temps, on disait dissuasive à la création d’entreprises. Selon la société « Chausson Finance » 111 jeunes sociétés ont été financées en 1998, pour 675 millions de francs - En 1999, on compte 281 start-up financées pour 2,3 milliards de francs, soit 3 fois plus que l’année précédente.

Friconautes

On le voit, le monde des start-up est le monde du fric. Les quelques salariés des start-up deviennent des friconautes : ils nagent dans le fric, du moins celui qu’ils espèrent avoir. Ils gagnent entre 8000 F et 20 000 F par mois, et une partie de leurs salaires est versée en stock-options : des actions de l’entreprise qu’ils pourront revendre, plus tard, si elles rapportent gros. (mais dans le cas contraire, tant pis pour eux : c’est une façon pour les salariés de prendre des risques eux aussi). La contrepartie : travailler sans compter son temps.

Alors, les 35 heures, le droit du travail, la vie de famille, la vie sociale ... pffuuit ! C’est passé de mode.

Etre rachetée

Une autre possibilité pour un start-up, c’est d’être rachetée. L’américain Cisco, numéro un mondial des équipements de connexion pour l’internet, ne cesse d’acheter des start-up. « 30 % des innovations du groupe proviennent des start-up que nous achetons » dit le directeur général de Cisco-France.

Alcatel, AT&T, IBM, Compaq et d’autres, procèdent à des acquisitions similaires. « Dans ces acquisitions on achète les hommes autant que les produits. Il s’agit de ne pas casser les mécanismes d’innovation ». Les hommes ? « On bosse comme des malades mais on s’amuse » dit l’un de ces entreprenautes. « Moi je suis pour les 70 heures ! On travaille comme ça pendant 4 ans, on prend notre retraite et tout le monde est riche ».

Un exemple ? Quelqu’un, un jour, a créé la librairie Alapage.com. Le « libraire » en question n’a eu besoin de rien : ni d’un magasin, ni d’un stock de livres. Rien que d’un ordinateur lui permettant de prendre des commandes de livres, par internet évidemment. Il s’est placé comme intermédiaire entre l’acheteur d’un livre et l’éditeur et a même pu se payer le luxe de fournir à l’acheteur un livre moins cher que chez le libraire du coin, y compris en comptant les frais de port. Cette librairie virtuelle a si bien marché qu’elle a été vendue à France Télécom pour 320 millions de francs ! On voit ce qu’un tel système peut donner, à terme, sur l’existence des libraires et autres commerçants de proximité.

Krach

Le jeu des start-up est parfaitement immoral. La plupart des créateurs de start-up s’offusquent quand on leur parle d’argent. Seul le projet compte, disent-ils. Mais la plupart d’entre eux accélèrent au maximum . « prends l’oseille et tire-toi ... avant le krach » dit-on dans ce milieu .

Car le krach, tout le monde y pense. La sensibilité des start-up au marché est importante. Par exemple le titre Multimania, lors de son introduction en Bourse le 10 mars 2000, valait 36 euros, il est monté à 100 euros le premier jour, ça fait du........ + 277 %. Et le deuxième jour il est retombé à 83 euros (perte de 17 %), puis a continué à baisser les jours suivants tandis que se développaient les rumeurs les plus fantaisistes, susceptibles de faire baisser le titre aussi vite qu’il était monté.

Une autre start-up , Libertysurf, a été introduite en Bourse le 16 mars 2000. En une seule journée le titre a gagné 29 %, mais cela paraît faible à côté des hausses de 200 % de Multimania et Netvalue par exemple. Des corrections successives, sur les marchés des nouvelles technologies, ont quelque peu calmé les ardeurs de ceux qui imaginaient que la croissance boursière des valeurs internet n’avait pas de limite.

IPOïsables

Encore un mot : la Bourse, en américain, ça se dit IPO. Une société est donc IPOïsable quand elle est candidate à la Bourse. Il y en a une trentaine en attente actuellement. Par exemple :

Alafolie.com : site dédié au mariage

I-bazar Group et Aucland : qui se consacrent aux ventes eux enchères

CanalWeb : une chaîne de télévision uni-

quement sur le Web (60 émissions, 300 000 visiteurs par mois)

Degriftour : leader des voyages à prix cassés

Freesbee : fournisseur d’accès gratuit à Internet

ChateauOnline : vente de vins et champagne

Boursorama : premier site économique et financier en France, il permet de créer un « portefeuille virtuel ». 108 millions de pages vues en février. De la folie !

Etc. On apprend au passage que ces différentes sociétés n’ont aucune difficulté pour lever de l’argent.

Netéconomie

Actuellement, la net-économie, c’est à dire le développement de sociétés virtuelles, via Internet, est en pleine expansion. Au point de modifier profondément le fonctionnement de nos sociétés. Cela va creuser le fossé entre les « branchés » et les « net-exclus ». Dans le passé, il a pu y avoir des explosions, des révolutions. On peut se demander si cela sera possible demain et si le monde ne va pas devenir net-effrayant pour la plupart des humains.

Sources : Le Monde des 8, 15 et 16 mars - Libération du 15 mars - et Journal du Net du 17 mars.

Au Web, citoyens !

Il ne faudrait cependant pas imaginer que le WEB (= internet) est seulement un immense supermarché. Il existe un internet social, démocratique, libertaire, contestataire. C’est sur « la Toile » que se sont diffusés, à grande vitesse, les appels pour manifester à Seattle (contre la mondialisation), ou les informations concernant la pollution due au pétrolier Erika. Sur le Net circulent énormément d’informations et de pétitions par exemple pour boycotter TOTAL.

La fabrication d’un site internet est d’un coût quasiment nul : cela peut donner aux associations une capacité d’action, une puissance d’information qu’elles ne peuvent avoir autrement. Par exemple c’est la mise en ligne du texte de l’AMI (accord multilatéral sur l’investissement) qui a entraîné sa perte ! Le site d’ATTAC (association pour la taxation des transactions financières et pour l’aide aux citoyens) compte 20 000 adhérents répartis sur une quinzaine de pays. Il est traduit en 4 langues et mobilise 300 traducteurs qui, eux non plus, ne comptent pas leur temps pour transmettre des informations aux abonnés et populariser la fameuse « Taxe Tobin » que les Gouvernements refusent de créer.

La plupart des associations humanitaires ont désormais un site internet. Amnesty International peut y faire passer rapidement des informations sur les personnes qu’elle défend. Pauvreté, travail, droits civiques, économie : de nombreuses associations, via le Web, diffusent des analyses, communiqués, informations de toutes sortes, et offrent des espaces de discussion entre les citoyens. Par ailleurs de nombreux sites sont consacrés aux femmes (qui représentent désormais 30 % des internautes français). Tout espoir n’est peut-être pas perdu ?

Mais on peut se demander si ce fonctionnement « citoyen » d’internet ne masque pas la main-mise de la langue, de la culture, des valeurs des Etats-Unis et d’eux seuls. Allons-nous vers la fin du commerce traditionnel, vers la fin de la lecture, vers la fin de toute vie sociale ? Les familles, déjà agglutinées autour de leur poste de télé vont-elles finir totalement isolées devant leur ordinateur, intoxiquées par une idéologie libérale basée sur le jeunisme, le mercantilisme et l’individualisme ?