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L’argent du crime (01) et les paradis fiscaux

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(D’après Le Monde Diplomatique d’Avril 2000)

L’argent du crime

Dans deux articles publiés dans le « Monde Diplomatique d’avril 2000, CHRISTIAN DE BRIE fait la démonstration magistrale, documentée et implacable, de la conséquence directe de la globalisation libérale, dite »mondialisation« , ainsi que des abandons de souveraineté qui, permettant la libre circulation des capitaux sans contrôle d’un bout à l’autre de la planète ont »favorisé l’explosion d’un marché de la finance hors la loi, moteur de l’expansion capitaliste lubrifiée par les profits de la grande criminalité", et, ajoute Christian de BRIE, « les partenaires associés sur l’archipel du blanchiment de l’argent sale, gouvernements, mafias, compagnies bancaires et sociétés transnationales, prospèrent sur les crises et se livrent au pillage du bien commun en toute impunité ».- Il est largement fait appel pour la rédaction de cet article à la démonstration de CHRISTIAN DE BRIE auquel de nombreux passages ont été empruntés.

La criminalité financière
_ est d’abord un marché

La criminalité financière est d’abord un marché prospère et structuré où se rencontrent offre et demande. Ce marché est intimement lié à l’expansion du capitalisme moderne qui associe trois partenaires : gouvernements, entreprises transnationales et mafias. Les grandes organisations criminelles ne peuvent assurer le blanchiment et le recyclage des fabuleux profits tirés de leurs activités qu’avec la complicité des milieux d’affaires et le « laisser-faire »’ des pouvoirs politiques et des organisations internationales.

La libéralisation complète des mouvements de capitaux depuis la fin des années 80, le gonflement et la dématérialisation des transactions financières, et la révolution technologique des communications, ont considérablement favorisé à la fois la dictature du Dieu-marché, la globalisation ultralibérale de l’économie et ... toutes les collusions criminelles et tous les coups tordus.

Tous les moyens sont bons : ententes et cartels, abus de positions dominantes, dumping et ventes forcées, délits d’initiés et spéculation, absorptions et dépeçage des concurrents, fraude et évasions fiscales par filiales offshore et sociétés écrans, détournements de crédits publics, marchés truqués, corruption, commissions occultes, chantages, sans oublier les pratiques en vigueur dans les « zones franches »

Tous les secteurs
sont concernés

Tous les secteurs et tous les marchés sont concernés : armement, pétrole, travaux publics, aviation civile, transports aériens, ferroviaires et maritimes, télécommunications, assurances, chimie, agroalimentaire. Tous ces secteurs entraînent de considérables détournements de fonds.

Ce n’est possible qu’avec la complicité active ou passive des pouvoirs d’Etat et des organisations internationales. En échange, les auteurs et bénéficiaires de ces opérations « financent la démocratie » (campagnes électorales, promotion des personnalités politiques et des hauts fonctionnaires les plus prometteurs et « lobbies » en tous genres chargés de les aider à faire les « bons choix » et de les corrompre). Si ça ne marche pas, il est d’autres moyens : on ne compte plus les hommes d’affaires, banquiers, politiciens, juges, avocats, journalistes « suicidés, » ou « morts accidentellement ».

Banques et grandes entreprises internationales sont avides de capter, après blanchiment, l’argent de la drogue, du racket, des enlèvements, du proxénétisme (femmes et enfants), de la contrebande (alcools, tabac, médicaments) et des trafics divers (main d’œuvre clandestine, exode des réfugiés, piratage informatique et organes humains), trafics aussi de contrefaçons, d’armes, de déchets toxiques, de produits nucléaires, etc. ".

L’argent du crime
c’est 20 % du commerce mondial

Le trafic de la drogue représente de 300 à 500 milliards de dollars (8 à 10 % du commerce mondial), le piratage informatique 200 milliards de dollars, la contrefaçon 100 milliards de dollars etc.. Le produit criminel brut dépasse les 1000 milliards..de dollars (20 % du commerce mondial). Le secteur d’activité de l’argent sale est indispensable au fonctionnement d’un marché et d’une « mondialisation » dont il maîtrise parfaitement les logiques. Il est le « lubrifiant » du capitalisme moderne en partenariat permanent avec les transnationales et les banques qui gèrent ses placements.

Aucune organisation internationale (G 7, ONU, OCDE, FMI, BRI « banque des règlements internationaux », UNION EUROPEENNE) n’a jamais, jusqu’à ce jour,ébranlé le système de la criminalité financière. Quant aux « paradis fiscaux » on les a seulement incités à adopter des codes de bonne conduite !

Les Etats-Unis, premier partenaire de la
criminalité financière

Mieux, sous l’égide des Etats-Unis d’Amérique, premier partenaire de la criminalité financière internationale, on assiste en ce moment à une opération de rationalisation (d’américanisation) de la dite criminalité, en la rendant « plus présentable » et en mettant à sa disposition les services secrets de ce qui demeure le plus puissant appareil d’état mondial, passé de la guerre froide à la guerre économique. Ainsi en témoigne la création de l’association appelée « TRANSPARENCY INTERNATIONAL », association de lobbying, correspondante de la C.I.A, qui, avec la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et l’O.C.D.E., n’a d’autres objectifs que « la bonne gouvernance » d’une criminalité financière désormais intégrée à la mondialisation des marchés.

Dans son deuxième papier, CHRISTIAN DE BRIE s’attache plus particulièrement à démonter pièce par pièce le fonctionnement de tout le système de recyclage de l’argent, recyclage qui compte en gros trois opérations successives ou croisées qui se déroulent dans les « paradis fiscaux » :

Le recyclage
de l’argent sale

Il y a d’abord le placement, ou prélavage qui consiste à transférer argent liquide et devises vers différents paradis fiscaux sur une multiplicité de comptes.

Vient ensuite l’empilage ou brassage : multiplication des virements en tous sens et en toutes directions en particulier par le « réseau Swift » (télécommunications financières mondiales : 4000 banques dans cent pays ; deux millions de transferts codés par jour) ou le système « chips » (chambres de compensation des systèmes de paiement interbancaires ; 1000 milliards de dollars de mouvements de fonds par jour ).

Enfin dernière étape, l’intégration planifiée des capitaux blanchis sur des comptes sélectionnés prêts à être réutilisés en toute égalité et dans des conditions d’anonymat garanti, avec accès libre à tous les marchés mondiaux et correspondance assurée avec les grands réseaux.

La Suisse lave plus blanc
mais tous les continents sont gangrenés

La Suisse figure parmi les recycleuses en chef, qui lave plus blanc les opérations les moins présentables. Mais tous les pays ou unions de pays sont gangrenés, qu’il s’agisse de l’Amérique, de l’Europe, ou du Japon ! Et il appartient à tous et à chacun de commencer par balayer « devant sa porte » ! On peut consulter les catalogues publicitaires sur papier glacé ou mieux encore interroger Internet, tout simplement.

Comme par hasard les Organisations Internationales F.M.I. (Fonds Monétaire International), Banque Mondiale, O.M.C. (Organisation Mondiale du Commerce), Union Européenne sont capables de placer des Etats sous embargo durant des années (Irak, Iran, Libye, Cuba), de contraindre à des abandons de souveraineté les grandes puissances et la Communauté Internationale, mais se révèlent dans « l’incapacité » de contraindre une poignée de pseudo états-confettis à se conformer à un ensemble de normes communes !

La criminalité financière est
indissociable de la « mondialisation » ultra-libérale

De nombreuses autres analyses, en particulier celle de Guilhem FABRE ou de Jean de MAILLARD dans le même numéro du Monde Diplomatique, mais aussi les derniers ouvrages de Viviane FORRESTER (Une Etrange Dictature) et de José BOVE et François DUFOUR (Le monde n’est pas une Marchandise) ont fait la preuve que ce qu’on appelle la bouche en cœur la « mondialisation », en réalité la « Globalisation économique et financière » ,ne sont que la dictature mondiale de l’ultra libéralisme et de la spéculation, c’est-à-dire l’idéologie de la prépondérance du « marché », poussée jusqu’à l’absurde, et exacerbée par une sur-communication en folie qui tient de la transe.

Mais il était indispensable de démontrer aussi que la criminalité internationale a toute sa place et est partie prenante et constitutive de cette idéologie de soi-disant régulation par le marché dont le comble actuel est la prolifération de ces sociétés financières appelées « start-up » qui spéculent devant des écrans sur des valeurs virtuelles dont la plupart risquent de n’être pas concrétisées : ça rapporte, parait-il, des sommes considérables

La libre circulation

Il ne faut jamais perdre de vue que les accords sur la liberté du commerce international (GATT, dont la dernière équipée s’est déroulée à Seattle) et les différents traités abolissant les frontières entre les pays, sont aussi et souvent d’abord des permis de circuler sans contrôle pour les marchandises, dont l’argent qui est la première des marchandises, et donc des permis de trafics en tous genres.- En réalité la libre circulation des hommes existait quant à elle, sauf exceptions notoires, depuis longtemps avec parfois des modalités particulières : les hommes se déplaçaient, en fonction de leurs moyens personnels (ce qui reste toujours vrai) dans le plus grand nombre de cas pour être exploités par d’autres hommes et dans une moindre mesure pour exploiter d’autres hommes. La libre circulation des idées est bien souvent asservie par une communication contrôlée par les « valeurs » du marché. Quant aux cultures (devenues une marchandise) et aux langues (pour certaines en voie de disparition plus ou moins rapide), on s’achemine tout doucement vers le modèle unique. Et il ne semble pas que l’accélération de la circulation de la communication, de l’argent, et des marchandises, ait amélioré en quoi que ce soit la situation des pays démunis de tout ou presque : ce serait plutôt le contraire. Alors, avec la légalisation de la criminalité financière et de la criminalité tout court, par dessus le marché (c’est le moment de le dire), c’est chouette la « mondialisation » !

Zones franches

Il en existe environ 250 dans le monde, réparties dans 70 pays, sans compter les zones partiellement ou temporairement défiscalisées

Amérique latine :
Mexique, Guatemala, Honduras, Panama, Nicaragua, Costa Rica, République Dominicaine, Guyane française.

Afrique :
Tunisie, Maurice, Togo, Egypte, Ghana, Kenya, Zimbabwe, Madagascar

Asie :
Chine, Indonésie, Philippines, Taïwan, Sri Lanka, Bangladesh, Pakistan, Turquie.

Europe :
Irlande, France (environ 40 zones dont Dunkerque et Ia Seyne sur-Mer)

Paradis fiscaux (voir aussi plus loin)

Europe :
Suisse, Luxembourg, Liechtenstein, Monaco, Vatican, Malte, Chypre, Gibraltar, Andorre, île de Man, Jersey, Guernesey, Sark, Alderney

Amérique-Caraïbes :
Bermudes, Bahamas, Turks et Caicos, République Dominicaine, îles Vierges, Caïmans, Jamaïque, Aruba, Grenade, Barbade, Antigua et Barbuda, Anguilla, Belize, El Salvador, Costa Rica, Panama.

Asie-Océanie :
Hongkong, Hainan, Labuan, Philippines, Vanuatu, Fidji, Tonga, Samoa, Nauru, Marshall

Organisations criminelles transnationales

Etats-Unis : Cosa Nostra (40 000 membres, 25 familles)

Colombie : Narcotrafiquants (25 000 personnes, 2500 groupes)

Italie :
– Mafia (Sicile, 50 000 membres, 150 familles),
– Camora (Campanie, 7000 membres, 130 familles),
– N’Drangheta (Calabre, 5000 membres, 150 ’Ndrine),
– Nuova Sacra Corona Unita (Pouilles, 2000 membres, 50 familles)

Russie : 160 000 membres, 12 000 groupes

Japon :
– Yakuzas, Yamaguchi-Gumi (23 000 membres, 750 clans),
– Sumiyoshi-Rengo (7 000 membres, 170 clans),
– Inagàwa-Kai (7 000 membres, 300 clans)

Hongkong :
– Triades :
Fédération Wo (40 000 membres,10 clans),
14 K (25 000 membres, 30 clans),
Sun Yee On (50 000 membres)

Autres pays :
Canada, Mexique, Jamaîque, Turquie, Albanie, Kosoo, Tchétchénie, Chine, Taïwan, Nigeria, Israêl.


(écrit le 1er octobre 2003)

Les paradis fiscaux
Evasion fiscale, blanchiment des capitaux,
agences de sécurité,
pavillons de complaisance....
la grande délinquance financière prospère
en utilisant les paradis fiscaux.

Une lutte efficace contre la dictature des marchés financiers et la mondialisation libérale passe, notamment, par la mise en accusation et la suppression de ces sanctuaires de la criminalité.

En 30 ans, les paradis fiscaux sont devenus, avec la passivité ou la complicité de la plupart des grands Etats, le cœur du système financier planétaire sous l’impulsion de l’idéologie ultra-libérale, volant et appauvrissant tous les Etats, fragilisant les économies, bloquant les politiques de progrès social, reportant l’effort collectif sur les revenus du travail, développant les inégalités au sein des pays du Nord et entre pays du Nord et du Sud.

Pour ne parler que de l’évasion fiscale, ce sont près de 500 milliards d’euros, 38 milliards pour la France, qui échappent ainsi chaque année au fisc.

S’attaquer aux paradis fiscaux, c’est remettre en cause frontalement les privilèges des multinationales derrière lesquelles se cache l’hyper-bourgeoisie de la planète, ainsi que les classes dominantes des Etats qui multiplient les malversations, corruptions et refusent de payer l’impôt.

Depuis sa création en juin 1998, le mouvement ATTAC a multiplié les actions, souvent coordonnées au niveau européen, (pétitions, réunions d’information, conférences, campagnes, manifestations en direction ou au cœur même de ces micro-Etats délinquants) pour exiger la suppression des paradis fiscaux. « Cet automne, plus que jamais, c’est tous ensemble, citoyens, militants, élus, magistrats que nous devons amplifier la mobilisation » dit Attac

Une pétition européenne contre la délinquance financière et les paradis fiscaux a été lancée sans six pays. Objectif : atteindre 40 à 50.000 signatures pour utiliser le moment venu la disposition prévue dans le texte de la Convention concernant les initiatives citoyennes .


AGCS

ATTAC

OMC

Altermondialisation

Les paradis fiscaux : http://france.attac.org/spip.php?article9551