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Les SansRien

Ecrit le 18 février 2004

  Les Sans Rien

Je m’appelle Fabienne Jouvet, mère de famille nombreuse, adulte handicapée, et citoyenne. Je fais partie de la tribu des « SansRien », des précaires.

Lorsque vous avez perdu votre emploi, vous vivez en état d’insécurité totale, allez vous garder votre maison ? comment faire pour payer vos charges ? vos revenus sont divisés par deux... mais vos charges reste entières ! et très vite vous perdez tout, votre dignité, votre orgueil. Toute votre énergie ne vous sert qu’à survivre, on vous prend tout, jusqu’à que vous ne soyez plus rien.

Nous n’avons plus rien à perdre, on nous a tout pris, mais pour certains d’entre nous ce travail de fossoyeur n’est pas tout à fait fini, alors avant de n’avoir même plus l’énergie pour se relever, pour crier il faut gueuler nos souffrances.

Marre des statistiques, marre que des gens qui ne connaissent rien de la réalité de nos problèmes quotidiens parlent en notre nom !

NOUS NE SOMMES PAS DES STATISTIQUES !

Nous sommes là, écoutez-nous, pour une fois, regardez-nous, nous refusons de mourir dans l’indifférence générale, alors ouvrez les yeux, car si vous laissez les choses aller, un jour nous serons des millions et si vos yeux sont toujours fermés vous nous entendrez.

Parce que derrière tous les dossiers de RMI, d’ASSEDIC, de COTOREP et de CAF il y a des hommes, des femmes, des enfants...

Parce qu’il n’est pas normal d’être humilié chaque jour dans les bureaux des services sociaux, à raconter mille fois son histoire à mille personnes différentes.

Parce qu’il y en a marre d’être mis en difficulté par la Sécu ou la Caf, quand vous êtes en accident de travail, en maladie, que vos seules ressources dépendent des indemnités journalières et que celles ci ont 10, voire jusqu’à 15 jours de retard, (on ose vous dire que l’on traite votre dossier « en urgence » !). En attendant : payer son loyer et remplir le frigo, la cantine des enfants (en milieu rural le tarif de la cantine est un tarif unique quelle que soit votre situation) cela devient une mission impossible, mais qui s’en soucie ?

Tout devient difficile voire impossible, et la liste des choix impossibles s’allongent...qui l’emportera : la place de ciné pour le grand ou le plat de jambon pour le repas du midi ? L’achat d’un produit anti-pou pour la petite ou le bouquin que réclame la plus grande ?... et parfois on n’a même pas à faire de choix, car l’un comme l’autre sont « pas possibles pour l’instant » mais les « instants » chez les SansRien parfois durent.....durent....longtemps.

Fatalité ??? eh bien NON, il paraît que l’on est des milliers ???..... alors debout ! qu’avons nous à perdre ?

Qu’un SDF meure dehors ça fait les gros titres de nos journaux, mais ......tous les jours des gens meurent de la misère et de la précarité ! !

Personne n’est à l’abri, il n’existe aucun vaccin contre la misère et la précarité, un remède, quand même...LA SOLIDARITÈ, un autre en complément du premier...VOTER !

Pas d’argent, pas de pitié, juste une tribune pour tenter d’expliquer ce qu’est la précarité quand elle est vécue au quotidien, dire que les choses peuvent changer et que demain les politiques devront compter avec nous, partout où il y a des gens, des ciné, des théâtres, des conférences, des concerts, juste prendre la parole, quelques minutes suffisent, expliquer dire et témoigner, convaincre que pour enrayer cette spirale peut-être suffit-il d’aller voter...il y a 60 % de « non votants ».....alors oui, j’ai fait un rêve......
je fais un rêve, le bonheur c’est où ?, tout droit, juste après l’isoloir....

Merci de bien vouloir relayer ce message le plus largement possible ; je me rendrai partout où on voudra bien m’inviter et j’espère que d’autres, partout en France, reprendront mon discours en témoignant de leur réalité et en brandissant une arme, la seule qui ne soit pas meurtrière, leur carte d’électeur, et si cette carte a été perdue ou détruite, une simple pièce d’identité permet de rentrer dans l’isoloir ; rien que par cet acte NOUS NE SOMMES PLUS DES EXCLUS !

Fabienne Ivanov-Jouvet,
Tel 06 64 24 10 28


Ecrit le 10 mars 2004 :

 Souffrance quotidienne

L’Assemblée a rejeté une proposition de loi du groupe communiste, présentée par Daniel Paul et destinée à lutter « contre la précarité de l’emploi », en refusant le 4 mars 2004 d’examiner les articles du texte.

Le PS a soutenu la proposition mais UMP et UDF s’y sont opposés.

Pour mettre fin à la « souffrance quotidienne » des victimes de la précarité, M. Paul proposait notamment de fixer un « plafonnement à 5% » du nombre de travailleurs précaires" dans une entreprise et de créer un établissement public national « dédié à l’emploi, la formation et la sécurisation des travailleurs précaires ».


Ecrit le 11 mai 2004 :

 LES INVISIBLES EN MARCHE, lettre aux puissants

Monsieur « notre » président, avez-vous oublié que vous êtes le président de tous les Français, que vous nous laissez mourir, nous et nos enfants ? La France d’en bas est-elle si basse que votre regard ne nous discerne pas ? Mais nous sommes là, la colère et la désespérance nous ont remis debout, et si certains tombent, nous les relèverons, nous avons décidé de nous montrer, d’être impudiques et d’expliquer ce que sont aujourd’hui, la misère et la précarité.

Monsieur le Baron, patron de tous les patrons, nous les gueux, les miséreux, vous mettons en garde, nous sommes des millions de familles, désespérées et humiliées par vous et les vôtres. Vous nous avez volés, vous engrangez l’argent de l’État, vous faites travailler des gens que vous sous-payez, le trou de la Sécu est inférieur à l’argent que vous lui devez à la Sécu, et c’est nous qui devrons accepter de perdre nos acquis si chèrement gagnés ? c’est une honte, vous êtes monsieur, vous et les vôtres, les premiers responsables de notre précarité, au nom du profit, le vôtre... évidemment !

Nous les Gueux, sacrifiés de la société, avons décidé d’aller au devant de vous, vous annoncer que nous sommes debout, résolus à nous battre pour notre survie et pour celle de nos enfants.

Nous recevrez-vous ou devrons-nous subir une humiliation de plus, celle de votre indifférence ?

LES INVISIBLES SERONT EN MARCHE VERS PARIS !

Un « Tour de France » est organisé au départ de Bordeaux, le 1er mai 2004. Le cortège passera à Rennes le jeudi 20 mai, à St Nazaire les 22-23 mai, à Nantes les 24 mai, pour arriver à Paris le jeudi 27 et espérer une entrevue à l’Élysée le 28 mai.

A chaque étape un cahier de doléances sera présenté, sur lequel chacun aura la liberté d’écrire ce qu’il souhaitera à destination de ceux qui nous gouvernent.

« Ce cahier sera remis à l’Élysée à notre arrivée à Paris, et là nous dirons à tous : nous sommes venus pour vous demander de bien vouloir nous entendre, nous aider, nous sommes dix millions de précaires, la fatalité n’existe pas, nous refusons de mourir au nom du capital et du profit, nous avons des propositions, nous allons tout faire pour être écoutés. »

« Nous viendrons de partout, de Bretagne, du sud de la France, du nord, du midi, de l’Est et bientôt nous serons devant vos portes, nous sommes là, nous avons des visages, des noms, écoutez-nous, ou souffrez de nous entendre demain hurler sous vos fenêtres, il existe une ministre de la précarité dans vos rangs ?, qu’elle nous reçoive et travaille avec nous, nous sommes bien trop bas pour tomber plus bas, mais vous êtes bien haut si vous tombez, vous risquez de vous faire bien mal...

Notre but est de permettre la survie
de notre tribu, la tribu des précaires,
la tribu des SansRien,
et son retour à la vie, la VIE !

Nous réclamons :

l’arrêt des expulsions, ou le relogement systématique, des personnes ou familles expulsées, dans des logements dignes, et ceci sans qu’aucune limite d’occupation leur soit fixée.

Une carte de gratuité pour tous les transports collectifs nationaux (bus, train), pour les précaires sans emploi, les salariés précaires, les familles monoparentales.

Sous réserve d’engagement de « retour à la vie » la prise en charge complète et totale du loyer, de l’électricité et du chauffage, ceci sans changer le montant des prestations acquises, de toute personne s’engageant dans des formations qualifiantes, au retour à l’emploi.

La mise à disposition dans chaque cinéma, théâtre, lieux de concert de festivité, de place « réservées » aux précaires , un quota établi en fonction du nombre de places disponibles.

Et aussi et surtout, prendre des mesures pour que plus personne jamais ne puisse se réclamer de la tribu des précaires !

En espérant que ce message vous parvienne, qu’il soit compris et entendu de vous, avec l’espoir que nous, citoyens, soyons invités à entrer à l’Élysée pour travailler avec vous des solutions réelles à apporter sans délai à notre désespérance et à notre misère. »

CONTACT :
Les « SansRien »
La Clé Des Ondes
71, cours Edouard Vaillant
33000 BORDEAUX
tel : 06 64 24 10 28
Pour les SansRien : Fabienne Jouvet.


Ecrit le 11 mai 2004 :

 Les gestes sympas

Notification : Le Tribunal de Marseille, en donnant satisfaction aux « recalculés » de l’UNEDIC (15 avril 2004), a jeté un gros pavé dans la mare. Réaction immédiate de l’UNEDIC : ne plus délivrer aux chômeurs une copie de la « notification de leurs droits » (note interne du 19 avril) mais seulement des « attestations » qui n’ont pas la même valeur juridique devant les tribunaux ........

Recalculés : Jean-Louis Borloo, Ministre de la Cohésion Sociale a décidé, le 3 mai 2004, de rétablir dans leurs droits tous les « recalculés ». D’accord, la réintégration est une très bonne nouvelle, « mais depuis janvier, des gens ont perdu leur logement, ont été mis plus bas que terre, ont risqué leur vie dans des grèves de la faim, ont dû arrêter une formation » dit Fanny Doumayrou dans l’Humanité. « Qui va réparer cette casse humaine ? On ne peut pas accepter d’être traités comme des Kleenex, prenez l’argent et fermez-la. Ça serait trop facile. On attend des excuses et la remise en cause totale de la convention »

Convention : Mais la réforme de l’UNEDIC n’est pas annulée. Ceux qui sont tombés au chômage depuis le 1er janvier 2003 (c’est le cas en particulier de la centaine de licenciés de Focast) « bénéficient » d’une durée d’indemnisation réduite. Les chômeurs de moins de cinquante ans sont par exemple indemnisés pendant vingt-trois mois maximum contre trente mois dans l’ancien règlement. Les plus de cinquante ans sont limités à trente-six mois contre quarante-cinq mois auparavant

Annulation : La Mée en avait déjà évoqué la possibilité (relire au 31 mars 2004) , cette fois c’est fait : le commissaire du gouvernement a conclu vendredi 7 mai devant le Conseil d’Etat à l’annulation de l’agrément donné par l’Etat à la convention assurance-chômage de décembre 2002 qui a notamment privé plusieurs centaines de milliers de chômeurs de leurs droits à l’indemnisation. Le Conseil d’Etat doit se prononcer la semaine prochaine.


Ecrit le 11 mai 2004 :

 Allemagne : en arrière, toute !

Le plan « AGENDA 2010 » prévu en Allemagne comporte les dispositions suivantes : à partir de janvier 2004, l’indemnité de chômage n’est payée que 12 mois au maximum (18 mois pour les plus de 55 ans). Après cette période, on aboutira directement à l’assistance publique, 345 euros par mois. A cela s’ajoutera une indemnité de loyer et une contribution pour enfants jusque 14 ans de 207 euros, mais seulement si votre partenaire a un revenu net de moins de 1.000 euros.

Les chômeurs sont invités à devenir « entrepreneurs » : chefs d’une entreprise réduite à eux-même avec un statut d’indépendant, qui loue ses services à une autre. Vous n’êtes pas indemnisé en cas de maladie, vous n’avez pas droit à un préavis, etc. vous représentez une force de travail extrêmement bon marché. Il apparaît ainsi sur le marché du travail une concurrence jamais vue et un grand secteur de bas salaires. De plus le patronat appelle à une augmentation de la durée du travail, sans augmentation de salaire.


Ecrit le 3 novembre 2004

 Sans Rien mais pas sans dignité

Lettre à monsieur Borloo Ministre de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale (communiquée par l’association Les SansRien)

Monsieur, ce courrier pour vous demander de bien vouloir nous recevoir, dans l’urgence et de nous écouter, nous les « les SansRien », réseau de résistance contre la misère et la précarité.

Qui représentons nous ;

●- Des salariés ; précarisés par des salaires de misère qui ne suffisent plus à subvenir aux besoins de logement, de nourriture, de chauffage et d’eau.

●— Des femmes, des hommes seuls, qui élèvent un ou plusieurs enfants, et qui avec un SMIC doivent pourvoir aux frais primaires (logement, nourriture, chauffage, eau) mais aussi aux frais de garde des enfants, de cantine, et de transport

●— Des personnes handicapées qui ne peuvent vivre dignement sans l’aide d’une tierce personne, à qui généreusement l’Etat « offre » une prise en charge de deux heures d’intervention d’une aide de vie là ou il en faudrait six ou huit, voire parfois une présence constante. Et il faut tenter de survivre avec une allocation d’adulte handicapé qui n’atteint même pas l’équivalent d’un SMIC ?

●— Des enfants ; privés de culture, pour qui aucun loisir n’est possible, qui jamais ne partent en vacances en colo, et encore moins en famille, qui ne savent pas comment est faite une salle de théâtre, de concert.

●— Il y a aussi des pères, des mères sans enfant : la société leur a pris. Ils n’étaient pas mauvais parents pourtant. Mais l’assistante sociale leur a dit que « c’était mieux pour eux, Ils auront un toit, un lit, des habits et à manger », mais seront-ils heureux ? Avec 200 ou 300 € de plus par mois, ils seraient encore dans leur maison, ensemble, mais voilà ; maman et papa sont à la rue, et les enfants sont perdus.

●— Des personnes âgées, qui se laissent tomber, des suicidés laissant des orphelins ou des parents désespérés, des chômeurs, des Rmistes, des intérimaires, ou encore des intermittents du spectacle ;
(...)

Si aujourd’hui nous n’avons plus rien, nous sommes toujours citoyens et nous ferons de cette citoyenneté une arme !

Rien ne doit se faire sans nous, nous sommes 11 millions, 11 millions de personnes non représentées ; non défendues, non entendues, nous deman-dons à participer à une table de travail pour trouver des solutions vraies qui feront que demain notre retour à la « vie » sera possible et non, utopique. Les seuls à connaître la réalité de la précarité vécue au quotidien c’est nous.

Des revendications :

●— La mise en place d’une commission que nous souhaitons animer, pour trouver des solutions immédiates, comme celle de l’application d’une « charte de respect » qui ne permettrait plus sous peine de sanction, l’humiliation de gens précarisés par des salariés de services sociaux

●--- Une formation spécifique de tous les acteurs sociaux : les rencontrer, leur parler de nos réalités serait déjà un début pour mieux appréhender ce public fragile que nous sommes. Pour que CESSENT les humiliations subies chaque jour et qui parfois ont des conséquences dramatiques ;

●—Le maintien des enfants dans leur famille quand la seule raison motivant le placement est matérielle ou directement liée au manque d’argent (enfants placés à la suite de l’expulsion de leurs parents du domicile familial)

●—Des aides pour l’accueil des enfants, culture ..etc.), car la précarité matérielle entraîne toutes les autres.

Nous souhaitons être entendus, Monsieur le Ministre. Va-t-il falloir hurler dans la rue, va-t-il falloir nous enchaîner à vos portes, pour espérer que notre voix soit entendue par vous.

Nous avons rencontré votre chef de cabinet, mais aucun suivi des paroles échangées n’a été fait.

Nous savons ce qui doit être fait, comment il est possible de survivre à cette descente aux enfers, et de s’en sortir, ECOUTEZ NOUS dès demain, si c’est possible, parce qu’il y a urgence, parce que des gens meurent, parce que cette endémie doit arrêter de se répandre,
(...)

Pour nous le temps est compté

Pour les « SansRien », Fabienne JOUVET, 06 64 24 10 28


Ecrit le 26 mars 2008

 Jeu des 7 familles, créé par Sylvain Bouillard

Le jeu se compose de 7 familles différentes toutes plus exclues du système les unes que les autres : la famille des Alcooliques unanimes boit pour oublier ; la famille Grosse bouffe mange pour compenser ; la famille Défonce s’enfonce dans le marasme….

Le but du jeu est de regrouper dans la main une famille entière et les 7 RMIstes qui la composent. Quand vous avez cette belle brochette d’asociaux, vous devez les jeter sur la table et crier « Radiés » !
C’est rigolo ! « A la fin du jeu, celui qui a radié le plus de familles précaires est nommé gagnant de la France qui se lève tôt » explique l’auteur.

Jeu disponible aux éditions Terrenoire, une maison d’édition artisanale qui assure la chaîne du livre dans son ensemble. De la création artistique au façonnage, en pas-
sant par la mise en page tout est réalisé à l’atelier. Créés par des précaires dans des conditions précaires, les livres « faits à la main par des chômeurs » circulent, sont lus, amorcent des prises de conscience. « des ouvrages atypiques, virulents et que nous estimons nécessaires »

http://www.terrenoire.com