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Adolescence (01)

Novembre 1999

Adolescence :
les conduites à risque

L’adolescence, surtout dans les « années collège », s’organise principalement autour des enjeux de la puberté, c’est-à-dire des transformations du corps. Il s’agit pour le jeune de « faire » avec un corps nouveau, de tenter de gérer les pulsions nouvelles (agressives et sexuelles), et de réorganiser ses représentations des adultes et du monde. C’est à cette période de la jeunesse que s’est intéressé le Ministère de l’Education Nationale dans un document, qui vient de sortir, sur les conduites à risque des adolescents.(1)

La violence pubertaire

« Dans le tumulte intérieur qu’il subit, à la recherche de son identité, l’adolescent est malmené, sa manière d’être est bouleversée. Les conséquences se manifestent aussi bien dans sa famille, secouée par l’apparition d’un être nouveau, que dans sa scolarité. En effet, les investissements scolaires ne seront bientôt plus prioritaires, au moins provisoirement, l’adolescent étant occupé sur d’autres fronts » dit ce document

Le jeune est conscient du trouble qui l’agite, et de sa vulnérabilité. D’où ses tentatives pour reprendre la maîtrise de ce qui lui échappe : soumis à la violence pubertaire dont il n’a choisi ni le début, ni les modalités, il est parfois tenté de devenir l’artisan d’une violence extériorisée sur les autres (agressivité, provocations, bagarres, racket) ou sur lui-même (tentative de suicide, automutilation, piercing, prise de drogues ...) dont il peut penser être le maître.

D’où les dépendances nouvelles qu’il met parfois en place à l’égard de bandes, du tabac, de l’alcool, de drogues, de sectes, afin de se rassurer sur l’indépendance qu’il aimerait avoir par rapport à son enfance, à ses parents. Ce dont il a besoin est ce qui le menace le plus, et qu’il maltraitera donc davantage : les adultes, les locaux, les situations. Les plus maltraités par les adolescents sont ceux qui lui importent le plus et auxquels il aimerait devoir le moins. C’est aussi vrai pour son corps.

La question des risques

Ces paradoxes juvéniles se retrouveront à propos de la question des risques, qu’ils soient physiques (accidents, violence, ...), comportementaux (tentatives de suicide, prise de tabac, d’alcool, de drogues ...), scolaires (échec, désinvestissement, absentéisme...) sociaux (transgressions, délinquance ...) etc.

L’adolescent prend ces risques pour éprouver ses capacités nouvelles, pour se rassurer à leur sujet, pour en vérifier les limites, pour les faire reconnaître par les autres avant de pouvoir y croire. En même temps, il se met en danger comme jamais. D’où l’importance - et la difficulté - de limiter les dangers encourus, en les rappelant et en intervenant, tout en permettant les expérimentations inhérentes à cet âge, en en valorisant les qualités, en y reconnaissant les signes de la fin de l’enfance. Paradoxe complexe, à mille lieues des stigmatisations uniquement négatives ou des surdités ou aveuglements reflétant nos incapacités à les reconnaître.

En effet, les repères du passage de l’enfance à l’âge adulte se sont progressivement effacés ces dernières décennies, laissant à chacun le soin d’en définir le chemin. Le rôle des intervenants adultes en est majoré, car eux seuls peuvent être les témoins des changements qui s’opèrent chez l’adolescent ; eux seuls peuvent les officialiser en en tirant les conséquences en termes de droits et de devoirs nouveaux.

Eclosion

En ne proposant pas de prises de risques aux adolescents (prises de risques accompagnées bien sûr), en ne leur octroyant pas de valeur ajoutée en terme de reconnaissance, en n’y discernant pas les tentatives d’éclosion à la vie adulte qu’elles recèlent, les adultes risquent de conduire les mineurs à des dangers plus grands, en les abandonnant à des auto-initiations.

Appels

Presque toujours se manifestent des signes d’appel qu’il importe de repérer. Plus tôt ils seront pris en compte, plus les réponses seront simples,

Même si cela n’a pas un caractère systématique, les garçons se manifesteront plutôt par des problèmes comportementaux (agitation, coups, violence, agressivité, provocations ). tandis que pour les filles, les plaintes corporelles (maux de tête, de ventre ; spasmophilie ) et la dépressivité domineront.

Chez l’un comme chez l’autre, pourront être observés par ailleurs le repli ou l’isolement, les états d’excitation ou de dépression

Les « clignotants » scolaires se retrouveront aussi chez les deux sexes : résultats en baisse, avance ou retard systématique, absentéisme. Et plus souvent chez le garçon : indiscipline, transgression des règlements.

Identité provisoire

Il importe de se souvenir que ces signes apparents, en même temps qu’ils sont le témoignage d’une fragilité, servent de protection, voire de réputation, c’est-à-dire d’identité provisoire sans laquelle l’adolescent serait encore plus vulnérable. Il espère qu’ils seront pris en compte, en attendant d’autres ouvertures pour pouvoir vivre sans eux.

Par ailleurs, au-delà des signes d’appel problématiques, tout ne s’organise pas sous le signe du négatif. L’adolescence est aussi l’âge des potentialités et des élans créatifs qu’il faut mettre en valeur, même s’ils sont peu visibles. C’est un moyen d’éviter le risque, en assimilant adolescence et danger, d’offrir aux jeunes des supports prioritairement négatifs auxquels s’identifier

Le groupe

La fragilité individuelle, les doutes identitaires, le besoin de se fondre dans un groupe et de s’y conformer, poussent les adolescents à chercher, chez leurs pairs, des points d’appui essentiels. Comme toujours, les points d’appui peuvent se transformer en facteurs d’entraînement et d’aliénation.

Pour certains, le groupe permettra de partager, le temps nécessaire, les transformations, liées à la puberté ; le droit d’entrée à payer et la peur de se différencier risquent d’en entraîner d’autres sur des chemins difficiles. Si quelques-uns refusent d’être rattrapés par une mode quelconque, la plupart partageront avec d’autres des goûts musicaux, vestimentaires, comportementaux. Ces mécanismes d’iden tification seront d’autant plus intenses que l’adolescent se sentira vulnérable. Ils peuvent conduire au meilleur comme au pire : à des créations culturelles, à des aventures sportives et à des amitiés fortes et durables, comme aux bandes, à la consommation en groupe d’alcool et de drogues, aux transgressions.

Réorienter cette dynamique groupale vers la création, la socialisation et l’apprentissage de la citoyenneté plutôt que vers le négatif et la destructivité sera l’une des missions essentielles des adultes.

Permettre à certains de quitter leur groupe d’appartenance sans pour autant subir trop d’effets négatifs en sera une autre.

Plutôt que de traiter les groupes adolescents comme des menaces, peut-être faudrait-il réfléchir aux moyens d’en faire des forces de proposition utiles à chacun de ses membres comme à la collectivité, dans le cadre d’un projet élaboré en commun.

L’interprétation des signaux

Si certains adolescents manifestent des signes d’appel tels qu’il est impossible de passer à côté, d’autres seront plus discrets, mettant à l’épreuve les capacités de discernement des adultes.

Certains donnent dans l’excès, d’autres dans le retrait. Le problème est de les détecter et ce n’est pas toujours, loin s’en faut, l’adulte prévu institutionnellement pour s’en préoccuper qui en sera le récepteur : tel enseignant apprendra au détour d’une dissertation la détresse d’un élève, telle infirmière entendra parler d’une difficulté d’orientation, tel agent de service recevra une confidence sur un trafic ou un racket. Quelle que soit la porte d’entrée, ce qui est déterminant est la capacité de travail, de réflexion et de proposition en équipe, afin que celui ou celle qui a été alerté(e) en premier puisse apporter son point de vue aux autres et que soient confrontées les appréciations des professionnels concernés.

Ainsi, pourra être évité le risque de dramatiser ou de minimiser un signe d’appel. Ainsi, pourra être évalué le caractère récent ou ancien des troubles (de même que leur localisation ou leur extension)

Les consommations

L’adolescence est un âge correspondant souvent à la période d’entrée dans les consommations, aussi est-il primordial de bien observer le comportement des adolescents.

Une étude effectuée par l’Observatoire français de drogues et des toxicomanies, à partir d’enquêtes menées en milieu scolaire en 1997 et en 1998, a donné l’occasion de faire le point sur les consommations de substances psychoactives chez les jeunes.

Plusieurs tendances sont ainsi soulignées pour les 15-19 ans :

Alcool

La consommation de substances psychoactives, notamment celle de l’alcool débute très tôt (vers 13, 14 ans). On sait que la consommation précoce est un facteur prédictif de la consommation excessive d’alcool ou d’autres substances à l’âge adulte.

La consommation occasionnelle de boissons alcoolisées (jeunes consommant moins d’une fois par semaine et ayant connu moins de 3 ivresses dans l’année) a peu évolué depuis le début des années 1990, mais on note une tendance à la hausse pour les consommations plus régulières.

Les ivresses répétées sont en hausse en province où 27 % des jeunes ont connu au moins 3 ivresses au cours de l’année alors qu’ils étaient que 17 % dans ce cas en 1993. La consommation de drogues illicites est associée à la consommation d’alcool et de tabac.

Cannabis

L’usage du cannabis se banalise chez les jeunes, environ un tiers en ayant fait l’expérience, une moitié d’entre eux étant des consommateurs plus réguliers (10 fois et plus au cours des 12 derniers mois),

Cette banalisation est particulièrement sensible dans les lycées parisiens où le niveau d’expérimentation dépasse les 40 %. Le cannabis est la substance illicite la plus consommée entre 15 et 19 ans.

Ecstasy, Cocaïne

Les taux de consommation de l’Ecstasy, du LSD et de la cocaïne sont en hausse. Ces consommations restent relativement faibles toutefois, puisque le produit le plus expérimenté, l’ecstasy, atteint un taux d’environ 3 %. Les produits à inhaler (colles, solvants) restent les produits les plus expérimentés par les adolescents après le cannabis, mais leur usage est nettement inférieur à celui du cannabis puisqu’ils concernent environ 5 % des lycéens.

Tabac

Il y a de moins en moins de gros fumeurs (10 cigarettes par jour et plus) mais le nombre de fumeurs réguliers est en augmentation, représentant environ un tiers des jeunes (49 % chez les 19 ans).

Médicaments

L’usage des médicaments psychotropes, consommation toujours majoritairement féminine, est en augmentation avec 30 % des jeunes à y avoir eu recours même exceptionnellement, au cours de l’année.

Entre 15 et 19 ans, les prévalences de toutes les substances psychoactives augmentent avec l’âge, Les taux de consommation des garçons sont toujours nettement supérieurs à ceux des filles, à l’exception des médicaments psychotropes et des consommations modérées pour le tabac pour lesquels la tendance est inverse.

Une analyse secondaire de l’enquête permettant de distinguer les zones d’éducation prioritaire (ZEP) montre que la consommation de cannabis, d’alcool, et de tabac est nettement moins forte dans les lycées situés en ZEP que dans les autres types de lycées ; ainsi le taux de consommation de cannabis est de 19 % contre 31 % dans les autres. Toutefois, pour tous les autres produits illicites, c’est parmi les élèves de ZEP qu’on trouve le pourcentage le plus élevé d’usagers fréquents (au moins 10 fois au cours de l’année)

Piercing

« Piercing » mot anglais qui veut dire : perçant. Autrefois, on mettait un tonneau en perce, on plaçait un anneau dans le nez d’un puissant taureau pour mieux le contrôler. De nos jours on perce l’oreille des bovins pour y placer une étiquette d’identification. Les femmes, elles, se sont toujours fait percer les oreilles pour les décorer d’un bijou.

Encore clandestine voilà quelques années, la mode du « piercing » a pris une telle ampleur chez les jeunes qu’elle commence à inquiéter les pouvoirs publics. Car cette opération n’est pas sans danger : les instituts qui la pratiquent le disent d’ailleurs clairement : l’entretien d’un « piercing » prend au moins 1 heure par jour, jusqu’à cicatrisation complète. Et celle-ci peut être longue : 6-9 semaines pour une oreille, 7-9 semaines pour le nez, 3 à-9 mois pour un sein, 6 à 9 mois pour le nombril ! Il y a même des « piercing » qui se pratiquent sur la langue, ou le clitoris, ou le prépuce ! Bijoux, anneaux, ou simples épingles à nourrice. Il existe un journal « tatouage magazine » qui recense plus de 300 studios de piercing en France. Avec de nombreux risques d’infection, de transmission de maladies virales ou sida.

Une enquête réalisée en Grande Bretagne montre que ces ornements corporels donnent des sueurs froides aux médecins urgentistes : la plupart d’entre eux seraient bien incapables de les retirer.


Paroles d’adolescents


NOTES:

(Source : numéro hors-série du Bulletin officiel de l’Education Nationale -4 novembre 1999)