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Guerre de générations (02)

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Courrier des lecteurs
(écrit le 30 janvier 2002)

Dans La Mée du 2 janvier 2002, j’ai été très intéressé par l’article « Une guerre silencieuse entre générations ». Je comprends qu’un débat et un désaccord au sein du comité de rédaction aient eu lieu.

L’analyse de Louis Chauvel brosse un tableau assez sombre de l’actualité mais certains de ses arguments sont valables. Les mots « guerre » et « conflits » sont peut-être exagérés mais des changements énormes ont bouleversé le genre de vie surtout à la fin des années 60. On a chamboulé l’enseignement, le rendant obligatoire jusqu’à 16 ans alors qu’avant la majorité des élèves quittaient l’école à 15 ans et s’orientait en grande partie vers des travaux manuels.

Alouette,
Gentille alouette ...

On a dédaigné et dévalorisé ce travail manuel pour privilégier les filières bureaucratiques en apparence moins pénibles et mieux rémunérées.. Mais ce miroir aux alouettes s’est retrouvé assez vite saturé et les places de plus en plus chères. Beaucoup de jeunes sont restés sur le carreau, à la recherche d’un éventuel travail ne correspondant pas à leurs études. Jusqu’aux années 60, les jeunes qui commençaient à travailler étaient souvent livrés aux dures réalités de la vie car souvent les parents n’étaient pas en mesure de subvenir éternellement à leurs besoins et leur disaient : débrouille-toi ! La vache enragée existait déjà à cette époque.

De nos jours, nombreux sont ceux qui terminent leurs études à plus de 20 ans. S’ils ont la chance de trouver un emploi, tant mieux, sinon ils restent dans le cocon familial en attendant des jours meilleurs.
Le genre de travail a totalement changé. Autrefois, dans la majorité des cas, on faisait sa carrière dans une même entreprise sur un même lieu. Aujourd’hui, en raison de l’incessante évolution des techniques, il faut se recycler et bouger.

Comme le dit Louis Chauvel, il s’agit en partie d’un problème de circonstances historiques et économiques et c’est vrai que ceux qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu, sont ceux qui sont nés vers 1945. C’est l’époque où l’économie et le social ont fait un bond extraordinaire. Mais est-ce vraiment la faute des parents si ces jeunes sont confrontés à la situation actuelle ? Parler de générations sacrifiées, c’est un peu fort car même pendant la « bonne période » tout le monde n’a pas mangé que du gâteau. Le chemin parcouru n’a pas toujours été fait sur un tapis rouge. Il a fallu marcher sur de nombreuses épines. Mais les gens étaient motivés et voulaient oublier les récents méfaits de la guerre.

1968 a été le grand coup de pied dans la fourmilière mais le mot « Révolution », même au milieu de l’euphorie, a fait tellement peur que les élections qui ont suivi ont été un retour aux bonnes traditions conservatrices. Les agitateurs se sont tus pour réintégrer la société bourgeoise.

Les votes successifs (Marché Commun, traités et referendums) ont certes été approuvés par une majorité de parents qui n’ont peut-être pas évalué les conséquences de ces votes. Et c’est ainsi que, depuis 30 ans, mises à part les 35 heures, certains acquis ont été grignotés, des lois rétrogrades votées et le chômage a explosé.

A eux de forger
leur avenir

Alors comment voulez-vous qu’un jeune qui suit superficiellement l’actualité puisse s’intéresser et avoir confiance dans cette société où les magouilles et scandales pullulent ? Quand on a 20 ans, on pense à savourer l’heure présente et à remettre à plus tard comment construire demain.

Est-ce à dire que devant certaines désillusions ils doivent inexorablement subir et ne pas réagir ? C’est à eux de forger leur avenir. C’est dans la solidarité et non pas dans un individualisme stérile qu’ils obtiendront de véritables changements.

Faisons donc con-fiance à cette eau qui dort.
Hélas je partage la conclusion de l’auteur qui précise que les nouvelles générations subiront pendant plus d’un demi-siècle les décisions prises aujourd’hui sans elles. Je crois que cette durée est un minimum, d’autant plus qu’avec la mise en marche de l’Europe, l’harmonisation entre les divers pays sera un sérieux frein supplémentaire. J’ose espérer que le « sacri-fice » ne soit pas à venir pour leurs propres enfants.

Mais la meilleure façon de savoir comment ces jeunes considèrent le présent et envisagent leur avenir, ne serait-il pas de laisser la parole à des garçons et des filles sérieux de 20 à 30 ans ? Il en existe encore et peut-être plus qu’on ne croit.

Paul Chazé.