Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Condition ouvrière et/ou salariale > Santé et travail > Le travail, c’est la santé ??

Le travail, c’est la santé ??

Le décret CMR
Le service médical inter-entreprises
médecins du travail

– écrit le 30 juin 2004

 Le travail, c’est la santé ??

  Maladies : nous vivons une époque formidable.

L’industrie « moderne » utilise de plus en plus de produits « modernes » qui rendent les gens malades, ceux qui les fabriquent, ceux qui les achètent, ceux qui les respirent

L’industrie « moderne » a besoin de moins en moins de salariés. Mais elle les presse comme un citron, et jette ensuite la peau. Les salariés sont malades du boulot. Et les chômeurs sont malades de ne pas avoir de boulot. Ce serait si simple de partager le travail et les risques.

  Déclaré « apte » à être contaminé

A Bordeaux, du 8 au 11 juin 2004 s’est tenu le 28e congrès de Médecine et santé au travail. Il y a été question notamment du fameux « décret CMR » .

CMR : pour substances
C : Cancérogènes,
M : Mutagènes et
R : Reprotoxiques.

Les produits cancérogènes sont ceux qui peuvent causer des cancers.

Les produits mutagènes sont susceptibles de provoquer une mutation des cellules reproductives de l’homme ou de la femme pouvant aboutir à une malformation des enfants.

Les produits reprotoxiques sont susceptibles de provoquer une fausse couche, des malformations ou des maladies chez l’enfant à naître ou encore une intoxication par le lait maternel.

  Exemples de substances CMR :

– le chromate de plomb
– l’hydrazine
– le chromate de zinc
– les huiles usagées
– le trichloréthylène
– les poussières de bois ...

Le « décret CMR », impose aux médecins du travail d’attester, dans l’avis d’aptitude qu’ils délivrent au salarié, par exemple lors de l’embauche, que celui-ci ne présente pas de contre-indication médicale à ces substances. Encore faudrait-il que les médecins du travail sachent exactement la composition des produits utilisés par les salariés. Mais les fabricants tiennent au secret !

On ne sait où on va, mais on y va vite

Le décret CMR date du 1er février 2001. Il a soulevé une vive protestation de nombreux médecins du travail qui estiment qu’il revient à cautionner les atteintes à la vie. Ellen Imbernon, épidémiologiste à l’Institut national de veille sanitaire (INVS) explique : « Les produits cancérogènes sont des produits encore peu connus : on ne sait pas ce qui se passe pour la santé à de faibles doses. On sait seulement que le danger s’aggrave avec la quantité ou la répétition des expositions. Mais aucun médecin ne peut aujourd’hui affirmer que quelqu’un est « apte » à travailler avec des produits cancérogènes sans risque. » Bref, on ne sait pas où on va, mais on y va vite.

C’est aussi ce qu’écrit le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), dans l’avis n°80 rendu le 4 décembre 2003 : « l’absence de contre-indication individuelle est bien difficile à affirmer, compte-tenu de l’insuffisance des connaissances scientifiques et médicales du moment »

  Comme l’amiante

L’Inspection générale des affaires sociales (Igas), et le CCNE établissent un parallèle instructif avec l’amiante : dans les années 70, un décret imposait aux médecins du travail de délivrer un certificat de non-contre-indication à l’inhalation de poussières d’amiante (déclaré cancérogène en 1977), « en prenant en compte une limite d’exposition qui s’est depuis lors avérée bien insuffisante « , rappelle le CCNE. Les travailleurs actuellement contaminés par l’amiante ont tous ainsi été déclarés aptes... sauf que maintenant ils sont malades. Mais ce n’est plus le problème de l’employeur.

La fiche d’aptitude
fondée sur le décret CMR
n’aurait-elle pas pour seul but
de prémunir l’employeur
contre des actions judiciaires ?

s’interroge le CCNE.

  Santé au travail, le dossier noir

Un collectif de neuf médecins d’un service interentreprises de médecine du travail à Bourg-en-Bresse s’est constitué depuis 1994, en publiant chaque année un rapport sur les pathologies constatées dans leurs cabinets.

Le rapport 2003, paru en mars 2004, fait le bilan des 10 ans du collectif. Le constat, dressé à partir de la surveillance de 25 000 salariés et 2 500 entreprises, souvent des PME, met en évidence :
– l’intensification du travail,
– les troubles musculo-squelettiques :TMS
– la pollution de l’air
– l’accroissement des cancers professionnels.

La France est, en Europe, en tête des plus fortes inégalités sociales - surmortalité des ouvriers, inégalités face au cancer. S’y ajoute la sous-déclaration chronique des pathologies professionnelles. Pour le collectif, il y a là un enjeu de démocratie. « La désespérance électorale qui s’est exprimée lors des élections, vient de ce mal-vivre, qui prend racine de façon centrale dans le travail, alors que les humains ont besoin d’un travail à peu près humain »

  Intensification

L’intensification du travail contamine toutes les entreprises, y compris le secteur médico-social, les maisons de retraite. Les atteintes psychiques se multiplient, états dépressifs, bouffées délirantes, « et, chose remarquable, l’émergence du suicide », note l’un des membres du collectif.

« Dans les années 90 on a vu arriver l’intensification du travail, un accroissement de la disponibilité, du niveau de qualité, de rentabilité et de responsabilité demandés aux salariés. Des politiques systématiques de réduction des coûts, des effectifs et des moyens ont accru considérablement la pression sur l’ensemble des travailleurs avec diminution des marges de manœuvre indispensables pour effectuer le travail (...). Il y a lieu de penser que cette intensification devient essentiellement dangereuse pour la santé quand elle s’accompagne de l’amputation du pouvoir d’agir ».

Ces constats, répétés depuis maintenant dix ans, ne rencontrent qu’un « silence assourdissant ». Signe du déni dont fait l’objet la souffrance au travail dans le discours politico-médiatique.

Au lieu de s’en prendre à l’organisation du travail, « la mauvaise santé au travail est systématiquement mise sur le compte des comportements individuels : ça picole trop, ça fume trop, ça bouffe trop. Un discours culpabilisateur, de nature à déstabiliser des salariés, qui transforme « les victimes en coupables » ».

(source : un article de l’Humanité)

  Les TMS, ou troubles musculo-squelettiques

La répétitivité d’un même geste peut entraîner des tendinites (inflammation des tendons trop sollicités) ou des syndromes canalaires (comme le trop connu syndrome du canal carpien). Ces TMS se développent depuis les années 80. Ils sont devenus la première maladie professionnelle déclarée en France et dans tous les pays industrialisés comme le Canada, les USA, l’Australie, la Suède... Ceci est probablement lié à une augmentation des cadences par l’arrivée du travail en flux tendus et par l’automatisation des tâches lourdes, ce qui rend les tâches non mécanisées plus répétitives. A noter aussi l’influence d’autres facteurs, moins évidents à démontrer, comme le stress, le froid, les caries dentaires, la contrainte psychologique (pression hiérarchique, non reconnaissance du travail...).

En 1991, 30 % des salariés déclaraient répéter continuellement une même série de gestes ou d’opérations de moins d’une minute. Ils n’étaient que 20% en 1984.

  Harcèlement

Les problèmes de harcèlement moral sont de plus en plus signalés dans les entreprises. Réels ou supposés ? Lorsque la situation de conflit arrive à un certain niveau, le problème paraît insoluble, chacun en rejetant sur l’autre la responsabilité. Le médecin de famille constate, le médecin du travail essaie d’en parler à l’employeur mais souvent il n’y a pas de solution sauf celle de l’inaptitude totale et définitive au poste. Le salarié en fait les frais : licenciement. Ceci gomme le conflit lié au travail mais ne fait disparaître ni la souffrance ni les interrogations de la personne harcelée. Celle-ci, si elle peut retrouver du travail, peut arriver à se reconstruire, sinon ...


Ecrit le 30 juin 2004

à Châteaubriant

A Châteaubriant un service médical interentreprises (SMIE) a compétence sur les 19 communes de la CCC   pour toutes les activités professionnelles (sauf l’agricole). Il s’intéresse aussi aux entreprises du bâtiment des cantons de Riaillé et St Mars la Jaille. Le centre médical principal est situé rue des Tanneurs à Châteaubriant, mais il existe des centres médicaux particuliers à certaines entreprises (Kuhn, Focast, Novembal, Viol, Saria, Atlas, FMGC) et des locaux annexes (mairies, maisons de retraite et autres).

Quatre médecins travaillent au SMIE, à temps partiel, pour un horaire total de 500 heures par mois environ. Au 31 décembre 2002, l’effectif surveillé était de 741 entreprises :
– 627 entreprises de 1 à 10 salariés
– 87 entreprises de 11 à 49 salariés
– 26 entreprises de 50 à 299 salariés
– 1 entreprise de 300 salariés et plus

(cela fait une moyenne de 185 entreprises par médecin)

Environ 8300 salariés sont vus par an dont 4300 soumis à une surveillance particulière. Il faut compter 700 salariés non vus.
La mairie de Châteaubriant a failli ne plus adhérer plus au SMIE pour l’année 2004, mais a fini par comprendre qu’aller à Nantes pour la visite médicale de 240 salariés environ, cela ferait une perte de temps et d’argent !

Le médecin du travail est à l’écoute des employeurs et des salariés pour contribuer à une amélioration de la vie au travail, ce qui n’est pas toujours facile quand il y a annonce de licenciements, de mutations, ou de profonds changements horaires. Les salariés ont alors un moral bas, et parfois une décompensation physique ou psychiatrique. « Nos moyens sont faibles pour les réconforter. C’est quand même notre devoir d’être à leur écoute et de les soutenir ». Mais le médecin du travail ne soigne pas : il dépiste les troubles et les maladies et envoie à divers médecins généralistes ou spécialistes.

  Surveillance particulière

Le médecin du travail doit exercer une surveillance médicale particulière pour les salariés soumis au risque de maladies professionnelle liées au bruit, au travail sur écran, au travail de nuit, aux outils-vibrations, aux poussières de fer ou de sable, à divers agents cancérogènes (goudrons, suies, huiles minérales, phénols, naphtols, benzène, phtalates, plomb, etc), à de basses températures (frigo) ou au contraire à de hautes températures. 300 salariés sont encore suivis pour d’anciennes expositions à l’amiante. Les radiations ionisantes, le contact des ordures et dépouilles animales font aussi l’objet de contrôles particuliers.

En fait le même salarié peut-être soumis à plusieurs risques. Par exemple, dans la région de Châteaubriant :

Bruit 2460 salariés
Agents biologiques 1020 salariés
Travail sur écran 850 salariés
Agents cancérogènes 590 salariés
Solvants 580 salariés
Outils-vibrations 520 salariés
Poussières de fer 390 salariés
Silice 330 salariés
Equipes de nuit 310 salariés
Poussières de bois 230 salariés
Huiles, graisses 230 salariés

  Quelles maladies ?

Ces risques professionnels peuvent entraîner des maladies diverses : par exemple, dans la région de Châteaubriant :

– 3950 salariés risquent des affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail
– 1170 salariés risquent des affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes (750) ou des vibrations de basses et moyennes fréquences transmises au corps entier (420)
– 800 salariés ont un risque d’allergie (eczéma, rhinite, asthme)

Ces chiffres rendent encore plus insupportables les tentatives de « culpabilisation » menées par le gouvernement autour du déficit de la Sécurité Sociale. Parle-t-on de responsabiliser les entreprises ?

  Détresse

Chaque année la médecine du travail, à Châteaubriant, voit des salariés, en urgence, en détresse morale, avec des troubles anxio-dépressifs liés au travail :

– Perte du poste de travail après congé maternité
– mise au placard
– manque de temps et de moyens pour faire un travail de qualité
– travail dans l’urgence avec des injonctions contradictoires
– travail toujours donné à la dernière minute
– Propos désobligeants, humiliants
– Contrôles insidieux du travail, des horaires, dans un climat de délation.

« Au départ ces salariés n’ont pas eu, disent-ils, de difficultés particulières et le travail leur plaisait. C’est pourquoi la retombée, lorsqu’ils se trouvent exclus, est d’autant plus dure. Les perturbations sont d’autant plus intenses et longues à s’améliorer, que le salarié a essayé de lutter et de tenir le plus longtemps possible. Aucun soutien auprès des collègues n’est à envisager »

  Vieillissement

Les médecins du travail estiment que le vieillissement des salariés est l’un des problèmes majeurs de santé au travail, surtout dans certaines catégories socio-professionnelles. Ils parlent d’usure prématurée des salariés dans certains postes (ménage industriel, fonderie, carrières, bâtiment) et mettent en doute la prolongation, au delà de 60 ans, de la carrière professionnelle. C’est une constatation générale en France : « On voit déjà que l’augmentation de la pénibilité du travail est largement à l’origine de l’augmentation des arrêts maladie (n’y a t-il d’ailleurs pas là sous-déclaration de la pathologie professionnelle ?) en particulier pour les salariés vieillissants. La réponse n’est pas dans le contrôle renforcé mais bien plutôt dans la prévention et la recherche des causes. » dit Lionel Doré secrétaire général du Syndicat national professionnel des médecins du travail (SNPMT).

 Pas assez de médecins du travail :
On les licencie

Le congrès Santé et Travail qui s’est tenu à Bordeaux du 8 au 11 juin 2004, rassemblait quelque 2000 praticiens et autres professionnels de ce secteur. Ils ont appris qu’un décret, unanimement contesté par les organisations syndicales et les organisations de médecins, va sortir « de façon imminente ».

Ce décret doit, en principe,
remédier à la pénurie de médecins du travail....
en augmentant la charge de travail de chacun :

– 450 établissements à suivre par an (au lieu de 200 à 300)
– 3300 salariés pris en charge (au lieu de 2700 en moyenne)
– 3200 examens annuels.

Faisons un petit calcul : 35 heures par semaine sur 47 semaines de travail cela fait 1645 heures annuelles (et même moins car un certain nombre de médecins du travail, qui sont souvent des femmes, travaillent à temps partiel ). Les médecins du travail auront donc moins d’une demi-heure à consacrer à chaque salarié

Normalement le médecin du travail doit consacrer une partie de son temps à l’observation des entreprises : en augmentant le nombre de visites à faire par chacun, cela empêche le médecin d’aller sur le terrain. C’est sans doute ce que souhaitent les patrons. C’est pourquoi les médecins du travail parlent d’un « décret MEDEF » en dénonçant « le confinement du médecin dans son cabinet ». Bien sûr il existe d’autres professions, ergonomes, hygiénistes professionnels, qui donnent leur avis sur les conditions de travail des salariés, mais ils sont sous le contrôle des employeurs et n’ont pas la même indépendance que les médecins du travail.

Ce décret imminent, vise à faire face au manque de médecins du travail mais « Le patronat a déjà réfléchi au licenciement de médecins du travail du fait de l’augmentation des effectifs attribués par médecin » a-t-il été dit au Congrès de Bordeaux.


Ecrit le 30 juin 2004

  Un praticien à contre courant

Gabriel Fernandez est un médecin du travail atypique. La preuve : « Je ne soigne pas les salariés, mais leurs conditions de travail », dit-il. Le combat d’une vie tient dans ces quelques mots. Ce praticien de 52 ans n’a jamais eu peur de bousculer les dogmes de sa profession. « Mes confrères confondent trop souvent absence de maladie et santé », regrette-t-il, rappelant le contenu de la loi fondatrice de 1946.

La quête du bonheur.

Cette loi explique que le rôle de la médecine du travail consiste à éviter l’altération de la santé des travailleurs. Et non à se contenter de prévenir les pathologies. « Un médecin doit chercher à savoir ce qui peut rendre un salarié heureux dans son travail » explique-t-il. Et de citer le cas de ces ouvriers « malheureux » dans leur travail au quotidien : « ils n’étaient pas dépressifs, ne souffraient d’aucun problème de socialisation mais ils avaient mal à leur travail, au risque de développer ultérieurement des symptômes de troubles psychiques, voire physiques », poursuit Gabriel Fernandez qui a essayé de comprendre pourquoi. Le hic, c’est que pour le directeur de l’entreprise en question, le bonheur de ses salariés n’a rien à voir avec la médecine. « il m’a dit de me mêler de ce qui me regardait », se rappelle le praticien. Malgré le soutien du comité d’entreprise, Gabriel Fernandez a préféré démissionner.

Douze ans plus tard, le 31 mars 2004, la défense de ses principes le poussera de nouveau à démissionner de l’entreprise qui l’emploie, la SNCF. Et ce, après s’être heurté à l’incompréhension de ses pairs, de la direction et même des cheminots.

Tout commence lorsqu’en 1998 le Comité Hygiène et Sécurité du dépôt SNCF de Persan-Beaumont, en région parisienne, interroge Gabriel Fernandez sur les conséquences à long terme du travail posté, et sur les moyens d’en limiter les risques pour la santé. Le médecin applique une méthode expérimentée par Yves Clot, chercheur au Conservatoire   national des arts et métiers, dans le cadre de différentes études sur la SNCF, une méthode visant à faire accoucher les salariés de leurs angoisses et de leurs non-dits en les faisant s’exprimer sur la pratique de leur métier. Cinq conducteurs de trains sont filmés, chacun pendant une séquence de travail d’une durée de vingt minutes. Les séquences sont ensuite analysées et discutées dans le détail par les cheminots. Manière de confronter les expériences, en se mettant « dans la peau de l’autre ». (1)

« Pour une fois, des salariés devenaient des observateurs de leur propre travail, dans le but d’en améliorer les conditions d’exercice », commente le médecin.

Les cheminots et les élus du CHSCT (comité hygiène, sécurité et conditions de travail) réservent cependant un accueil mitigé au rapport que le praticien présente devant le comité. « Là où ils attendaient des préconisations sur lesquelles appuyer leurs futures revendications, notamment en termes de primes, je leur suggérais de continuer à réfléchir sur leur travail pour aller mieux. »

L’Accueil a aussi été glacial côté direction. Quant aux 250 collègues médecins de la SNCF de Gabriel Fernandez, pas un ne lui a apporté son soutien... Au final, le rapport dort dans un tiroir.

Pourtant, les conducteurs qui ont participé à l’expertise vont tous mieux. « Grâce à cette démarche, je vis mon travail de manière plus épanouissante », confirme l’un d’eux


Ecrit le 30 juin 2004 :

  L’état mental se dégrade : La folie ordinaire

Pour la première fois, une quinzaine d’élus de toute la France et de toutes tendances confondues, se sont retrouvés du côté de Lyon, de novembre 2003 à juin 2004 pour analyser les situations qu’ils vivent dans la prévention de la souffrance psycho-sociale.

Maires, conseillers généraux ou municipaux, constatent une extension de la souffrance psychique, liée à l’exclusion et à la précarité. Cette souffrance peut aller jusqu’à la souffrance « mutilante » qui peut conduire à ne plus s’occuper de soi et à refuser toute aide.

Le psychiatre, et l’élu ont chacun leur rôle. Il est nécessaire d’instaurer une réflexion commune. « L’élu doit contribuer à transformer la persécution qui semble augmenter - au travail comme dans lieux collectifs - en conflit tenable, c’est-à-dire en liens sociaux » dit Jean Furtos directeur de l’Observatoire des pratiques en santé mental et précarité (Le Monde 26.6.04)


Ecrit le 30 juin 2004 :

  La santé aux USA

« Chaque année, de nombreuses personnes sont privées d’assurance-maladie sur une partie de l’année. Elles sont profondément affectées par cette situation, dans leur mode de vie physique et économique » dit le rapport de l’association « Families USA » paru en juin 2004 et qui concerne la période 2002-2003. L’association estime que 81,8 millions d’Américains (32,2 % des moins de 65 ans) sont dans cette situation et que 65 % d’entre eux sont sans assurance pendant plus de 6 mois de l’année.

« Ce problème touche même les classes moyennes américaines », explique Ron Pollack, directeur de Families USA. Un quart des familles dont les revenus sont compris entre 56 000 et 75 000 dollars (46 500 et 62 000 euros) par an en ont été victimes.

Les minorités ethniques sont les plus touchées. 59,5 % des Hispaniques et 42,9 % des Africains-Américains n’ont pas de protection médicale contre 23,5 % des Blancs-non Hispaniques.

Sur les 81,8 millions de non-assurés, les jeunes de moins de 18 ans représentent 27 millions, soit 36,7 % de tous les enfants américains

L’étude montre aussi de grandes disparités régionales au détriment du sud et de l’ouest des Etats-Unis. Le Texas, la Californie, la Floride et New-York font partie des 14 Etats qui ont le plus d’habitants non-assurés.

Il n’y a pas de CMU (couverture maladie universelle) aux Etats-Unis ! Et c’est ce pays que le gouvernement français ne cesse de nous donner en exemple ?

Ron Pollack attribue l’augmentation rapide du nombre de personnes sans assurance à la hausse du coût des soins et à la faiblesse du marché du travail. Plusieurs études médicales montrent le lien entre l’absence d’assurance-santé et la faiblesse de l’espérance de vie.


Ecrit le 7 juillet 2004 :

  Citron pressé

Attendez-vous à apprendre que les réductions de postes se font parfois une à une, de façon sournoise. Là où il y avait deux salariés, il n’y en a plus qu’un.... Tant pis si la charge de travail devient trop forte. Dans tel magasin castelbriantais, le salarié a craqué. Le magasin n’est plus ouvert que l’après-midi avec une personne qui vient ... de Nantes ! Ainsi, en supprimant un poste pour raison d’économies, tout le monde y a perdu. A force de presser le citron ...... Remarquez que le citron peut être pressé longtemps. Après l’article de La Mée de la semaine dernière (voir ci-dessus), sur la santé au travail, un salarié qui travaillait dans une ambiance d’amiante nous a raconté comment un médecin du travail lui avait dit autrefois : « Vous avez encore un poumon de bon. Donc vous pouvez continuer à travailler ici »... Le salarié, maintenant en retraite, le deuxième poumon atteint, se déplace avec une bouteille d’oxygène dans un petit chariot et dort la nuit avec une sorte de masque de plongée (un « bipap »). « Et encore, je ne suis pas le plus à plaindre » dit-il ! L’amiante vient de l’entreprise mais c’est la collectivité qui casque.

  Harcèlement : un milliard par an

Attendez-vous à savoir que le stress et le harcèlement nuisent à la fois à la santé des salariés et au bon fonctionnement des entreprises. Entre 1 milliard et un milliard et demi d’euros par an, rien que pour la France (quand on vous dit qu’un milliard c’est pas grand chose !). Tout ça parce que les situations de harcèlement sont moins dues à des persécutions individuelles qu’à une mauvaise organisation de l’entreprise. Premiers touchés : les cadres, coincés entre les exigences de la direction et le mal être des salariés. C’est malin !


Ecrit le 10 novembre 2004 :

 Arrêts de travail : c’est pas c’qu’on dit

Qui sont les gens en arrêt de travail ?
Une étude a été menée par la Caisse Nationale d’assurance-maladie,
au cours de la semaine du 5 au 10 janvier 2004.

On peut la trouver à l’adresse suivante :
http://www.ameli.fr/pdf/1552.pdf

Elle porte sur 7571 arrêts de 2 à 4 mois, pour les salariés du Régime Général stricto sensu, ce qui exclut les salariés de l’éducation nationale, de la fonction publique, des postes et télécommunications, et aussi les artisans, commerçants, professions agricoles.

Pour le seul régime général de l’assurance maladie, le montant des indemnités journalières (IJ) s’élevait à 5,4 milliards d’euros en 2003. Ce poste était en augmentation par rapport à 2002 de 6 %. Le nombre de journées d’arrêts de travail indemnisées était de l’ordre de 200 millions pour environ 6,7 millions de prescriptions d’arrêt de travail. L’étude a souhaité « décrire les motifs médicaux et l’environnement socioprofessionnel des assurés, en fonction de la durée de leur arrêt de travail. ».

Trois groupes ont été étudiés :
– Population 1 : 2858 personnes ayant obtenu 42 à 48 jours d’Indemnités journalières effectivement payées
– Population 2 : 2565 personnes ayant obtenu 57 à 63 jours d’Indemnités journalières effectivement payées
– Population 3 : 2148 personnes ayant obtenu 87 à 93 jours d’Indemnités journalières effectivement payées

Age moyen et sexe

Dans cette étude l’âge moyen était de :
– 41,7 ans pour la population 1,
– 42,3 ans pour la population 2 et
– 43,4 ans pour la population 3

La proportion des 50 ans et plus était plus élevée pour les arrêts de longue durée :
– 30,5 % dans la population 1
– 32,7 % dans la population 2
– 37,5 % dans la population 3
et surtout pour les 55 ans et plus.

Les assurés en arrêt de travail étaient plus souvent des femmes :
– 56,3 % pour la population 1,
– 58,0 % pour la population 2 et
– 55,3 % pour la population 3.

Gravité

Plus la durée de l’arrêt de travail était longue, plus les arrêts étaient en rapport avec une affection de longue durée :
– 14,2 % pour la population 1
– 18,5 % pour la population 2
– 23,4 % pour la population 3.

Les arrêts de travail étaient médicalement justifiés (après contrôle Sécu) pour :
– 93,2 % de la population 1,
– 94,2 % de la population 2 et
– 92,9 % de la population

Pathologies

Dans l’étude réalisée, les six premières pathologies étaient, quelle que soit la durée de l’arrêt de travail, les suivantes :
– les « maladies du système ostéo-articulaire, des muscles et du tissu conjonctif » pour plus d’un assuré sur quatre. Les dorsopathies, représentaient la moitié de ce sous-groupe
– les « troubles mentaux et du comportement » pour près d’un assuré sur cinq. Les épisodes dépressifs représentaient les deux tiers de ce sous-groupe
– les « lésions traumatiques » pour environ un assuré sur dix. Les luxations et entorses du genou étaient les plus nombreuses pour la population 1 et la population 3 ; les fractures de la jambe et de la cheville pour la population 2 ;
– les complications de grossesse pour environ une assurée sur dix ;
– les « tumeurs ». Parmi ces pathologies, les cancers du sein étaient les plus nombreux ;
– les « maladies de l’appareil circulatoire ».

Les hommes présentaient plus fréquemment des arrêts de travail en rapport avec des lésions traumatiques et des maladies de l’appareil circulatoire.

Les femmes avaient plus souvent un arrêt de travail en rapport avec des troubles mentaux et des tumeurs.

Activité professionnelle

Parmi les assurés en arrêt de travail, les catégories socioprofessionnelles les plus fréquentes étaient les ouvriers et les employés avec comme principale pathologie les maladies du système ostéo-articulaire.

Les arrêts de travail des cadres et professions intellectuelles supérieures et des professions intermédiaires étaient plus souvent liés à des troubles mentaux et du comportement.

Pénibilité, stress

Plus de la moitié des assurés des trois populations ont jugé leur travail pénible. Ce taux élevé peut s’expliquer par la structure socioprofessionnelle des personnes en arrêt de travail (pourcentages élevés d’ouvriers, d’employés).

La relation entre le stress et l’absentéisme au travail est évoquée dans différentes études, le stress étant plus important chez les cadres et les femmes.

Constats

Dans cette étude de la CNAM :

– dans la population active la proportion de femmes (45,6 %) est moins importante que celle des hommes. Mais, pour les arrêts de travail on trouve plus de femmes que d’hommes

– plus de 40 % des assurés en arrêt de travail étaient des ouvriers, alors qu’ils ne représentent que 26,9 % de la population active. A l’inverse, les cadres et les professions intellectuelles supérieures étaient moins représentés (entre 5,1 % et 5,7 %) par rapport à la population active (14,0 %)

– quelle que soit la durée de l’arrêt de travail, la classe d’âge des 55 ans et plus est surreprésentée par rapport à la population active. Quand on sait (lire plus haut) que 93 % des arrêts de travail sont médicalement justifiés, on peut en conclure qu’il y a un réel problème de santé pour les plus de 55 ans.

55-59 ans

Entre 2000 et 2002, dans la classe d’âge des 55-59 ans, le nombre d’indemnités journalières a progressé de 24 % alors que cette population n’a augmenté que de 13 % . En parallèle, le nombre de bénéficiaires de dispositifs de retrait d’activité a fortement diminué entre mars 2001 et mars 2002.

On constate donc que la forte contraction des dispositifs de préretraite et le durcissement de l’indemnisation du chômage peuvent expliquer en partie la progression relativement rapide des indemnités journalières pour arrêts maladie de longue durée versées aux 55-59 ans. L’étude a montré que ces assurés présentaient des pathologies particulièrement graves.

S’il est donc nécessaire de favoriser le maintien au travail jusqu’à 62 ans et plus, il est donc nécessaire aussi d’améliorer les conditions de travail.

Tensions, harcèlement

Dans l’étude, les personnes âgées de 55 ans (ou davantage) ont signalé moins souvent vivre des situations de tension, tant dans les rapports avec le public, qu’avec les collègues ou les supérieurs hiérarchiques.

On peut se poser des questions à ce sujet :

– . ou bien les « 55 ans et plus » ont mieux résisté aux conflits (les autres ayant été éliminés par le chômage)
– . ou bien les tensions sociales et la pression hiérarchique étaient un peu moins fortes il y a quelques années.

La DARES, (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), dans une étude de mars 2004 constate en effet que :

« L’évolution des conditions de travail observée depuis une quinzaine d’années n’est globalement pas favorable.
– Les pénibilités physiques ne reculent pas autant que le progrès technique pourrait le faire espérer.
– Les modèles d’organisation du travail évoluent vers plus de rigueur, plus de tension.

On assiste donc à une persistance des pénibilités physiques et à une augmentation très nette des rythmes de travail et des facteurs de charge mentale, liée au cumul de contraintes industrielles et marchandes. »

Ainsi, lorsque le législateur veut réduire le déficit de la Sécurité Sociale en contrôlant les arrêts-maladie, il se trompe largement : l’étude a montré la justification de ces arrêts, et l’existence de maladies graves.

Sans une implication des autres acteurs de la vie économique, sans une action sur les conditions de travail, les mesures de contrôle des assurés sociaux ne peuvent à elles seules limiter l’évolution des dépenses liées aux arrêts de travail.

La réforme impulsée par M. Douste-Blazy, conduit à une pression accrue sur les salariés et plus encore sur les salariés malades, sans inciter les employeurs à réformer les conditions de travail, et spécialement celles des « seniors ». On peut donc penser qu’elle est vouée à l’échec.


Sources :
– . L’enquête de la CNAM
– . L’étude de la DARES

assurance-maladie

Santé et restructurations : le rapport de l’Hires, 2009


NOTES:

Reste un beau livre (1), prolongement littéraire de cette expérience peu banale.

(1) Nous, conducteurs de trains,
par Gabriel Fernandez, Franck Gatounes, Patrick Herbain et Pierre Vallejo,
éditions La dispute, 2003, 15 €
(d’après un article de David Garcia,
revue des comités d’entreprise, juin 2004)

Tableau des maladies professionnelles : http://inrs.dev.optimedia.fr/mp3/