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Médicaments : la dépression et l’imposture

L’imposture médicamenteuse

Ecrit en février 2002

L’imposture médicamenteuse
ou comment fabriquer des déprimés

Philippe PIGNARRE (1) vient de publier un livre qui n’est pas une nouvelle thèse sur la dépression, mais un réquisitoire courageux - que seul un auteur issu du sérail pouvait produire - sur les mystifications que recouvre ce nouveau fléau (multiplié par 7 en France entre 1970 et 1996).

Les ambitions du livre s’affichent d’emblée :

– non, la dépression - qui traduit les difficultés accrues de notre monde - n’est pas une maladie mentale comme les autres et le choix essentiellement médical opéré à son égard relève d’un « coup de force » mettant en cause l’industrie pharmaceutique.

– non, les certitudes de la psychiatrie nouvelle, des antidépresseurs aux psychotropes, n’ont rien de « scientifiques » et sont, au contraire, en partie responsables de la multiplication des « dépressions ».

Le coup de force

Le « coup de force » ou le passage du pouvoir médical (psychiatres et médecins) à l’industrie pharmaceutique, seule à gérer aujourd’hui le marché des antidépresseurs, s’est produit à partir des années soixante et surtout soixante-dix (après la découverte des neuroleptiques puis de leurs proches, les psychotropes). Ceci grâce à leur production désormais uniformisée et massive, puis des recherches sur leur élargissement par les grands labos...

Si bien qu’en quelques décennies, recettes miracles en main, les 10 000 psychiatres ont été relayés sinon supplantés par 100 000 généralistes (procédant en 10 ou 15 minutes d’examen) dans la prescription des antidépresseurs.

Oubliées, les causes !

Or la manière dont est testé et mis sur le marché un psychotrope, selon l’auteur, n’a rien à voir avec la biologie véritable puisqu’on n’explique rien des causes, en ne tablant que sur des effets pharmaco-induits. De là, des médicaments indéfiniment renouvelables, chaque offre nouvelle élargissant le spectre de la dépression et démultipliant d’autant « l’épidémie », en réduisant un peu plus le rôle de la psychothérapie, notamment analytique.

De plus, la mise au point - américaine notamment - de diagnostics à base de symptômes universels, a favorisé la globalisation de la dépression. Cette épidémie n’est finalement que le « fruit amer » d’une fausse biologisation jouant les apprentis sorciers.

Face à cette imposture, il faut, dit l’auteur, retrouver les causes multiples de la dépression. Et valoriser les nouveaux courants qui, sans enfermer celle-ci dans la seule intériorité psychique du patient (prédisposition naturelle ou inconsciente), font ressortir les facteurs extérieurs, aujourd’hui majeurs. Ainsi des agressions d’ordre socio-économique (harcèlement moral) qui font souvent le lit de la dépression.

d’après JEAN LIBERMAN
(Dans Politis du 14 février 2002)

(1) Comment la dépression est devenue une épidémie, par Philippe Pignarre, La Découverte, 153 pages, 13 euros.


Prescrire or not prescrire

Le bilan dressé par la revue Prescrire sur l’efficacité des nouveaux médicaments lancés en 2001 montre que l’écrasante majorité des nouvelles spécialités mises sur le marché n’apportent rien de nouveau et que certaines peuvent même se révéler potentiellement dangereuses.

Sur 203 médicaments nouveaux en 2001, seulement 13 apportent réellement un progrès pour les patients, et 11 autres sont éventuellement utiles !

Pire, les deux médicaments stars de l’année, le Zyban contre le tabac et le Sibutral contre l’obésité ont des effets indésirables trop graves pour des bénéfices aléatoires.

Sur 2460 nouveaux médicaments analysés par la revue « Prescrire » de 1981 à 2001 inclus :

– 3,1 % sont intéressants
– 8,2 % apportent quelque chose
– 16,8 % sont éventuellement utiles
– 64,4 % n’apportent rien de nouveau
– Pour les 7,5 % restants, la Revue n’est pas d’accord, ou n’a pu se prononcer.

Ratadine et tirizine !

« Moi aussi » (= me too, in english) : les domaines thérapeutiques qui promettent beaucoup de patients potentiels, et des traitements de longue durée, sont tentants pour les industriels du médicament : pour être présents sur le « marché porteur » et avoir leur part des bénéfices, les labo pharmaceutiques commercialisent de nouveaux médicaments, dérivés du médicament initial, vendus plus cher, sans apporter d’avantage clinique pour le patient.

Par exemple, en 2001, la lévofloxacine (Tavanic) n’a aucun avantage démontré sur l’ofloxacine (Oflocet). On peut s’attendre à voir arriver l’ésoméprazole pour remplacer l’oméprazole (Mopral, Zoltum) et la desloratadine pour remplacer la loratadine (Clarityne) et la lévocétirizine pour remplacer la cétirizine (Virlix, Zyrtec).

Les pratiques promotionnelles des firmes pharmaceutiques restent agressives et leur pression pour obtenir des prix élevés est forte mais l’Agence Française des Produits de santé commence à prendre au sérieux son devoir d’information des professionnels de santé et des patients.


Ecrit le 19 mai 2004 :

Génériques : Le Canada en pointe

Le Canada devient le premier pays industrialisé à modifier sa législation pour faciliter l’accès aux médicaments génériques des pays les plus pauvres. La nouvelle loi, qui devrait être ratifiée fin mai 2004, lui permet de contraindre les grands laboratoires implantés sur son territoire à communiquer leurs formules à des fabricants de médicaments génériques, destinés à être exportés vers les pays en développement.

Le Canada met ainsi en œuvre une application pratique de l’accord sur la fourniture de médicaments à bas prix aux pays pauvres conclu dans le cadre de l’OMC en août 2003. C’est particulièrement important pour la lutte contre le Sida.

Onusida vient de lancer une « coalition mondiale sur les femmes et le sida » qui vise à réduire la vulnérabilité des femmes, premières victimes des infections à VIH. En Afrique subsaharienne, parmi les personnes vivant avec le virus du sida, 58 % sont des femmes et, chez les jeunes de 15 à 24 ans, les filles ont un risque deux fois et demi plus important que les garçons d’être contaminées. Le faible pouvoir économique et social des femmes les empêche de négocier avec leurs partenaires le port du préservatif ou encore l’abstinence, sans parler de la fidélité.


Ecrit le 3 novembre 2004 :

Communiqué de presse :

POUR UN MEILLEUR USAGE DU MEDICAMENT

Une centaine de personnes étaient réunies, le lundi 27 septembre, à l’appel de la Mutualité de Loire-Atlantique. Thème de la conférence-débat : les médicaments, sensibiliser et informer tout usager pour être acteur de santé et contribuer à la maîtrise des dépenses de santé.

« Tout assuré est acteur du système de santé et n’est pas uniquement simple consommateur » présente Daniel Gérard président de la Mutualité Française en Loire-Atlantique. « Ainsi, lors de cette conférence-débat, nous avons souhaité expliquer le médicament dans sa globalité : ses enjeux et perspectives, sa mise sur le marché, le service médical rendu, le tarif forfaitaire de remboursement ».

Quelques données générales
sur le médicament :

En 2003 : 26.6 milliards de boîtes prescrites, 23.8 de remboursées.

La Sécurité sociale rembourse à hauteur de 64.3%, les mutuelles 11.2 % et les ménages prennent en charge 17.4% des dépenses.

Entre 2002 et 2003, les dépenses de médicaments à vignette blanche ont baissé de 5% et celles à vignette bleue ont augmenté d’autant.

La France est le premier pays prescripteur et consommateur de médicament à Service Médical Rendu Insuffisant (veinotoniques, vasodilatateurs...) : 16 % des prescriptions, 800 médicaments. A titre de comparaison, pour le Canada, seulement 2.8 %.

Sur un an, la part du marché générique (au sein des généricables) a augmenté de 14%. La vente des génériques en valeur représente 13%.

Les objectifs de la
politique « médicament » de la Mutualité

– Proposer une offre différente basée sur le bon usage du médicament
– Rembourser l’utile. Le service Médical Rendu s’évalue à partir de données cliniques. La Mutualité milite pour dérembourser les médicaments à Service Médical Rendu Insuffisant et allouer des ressources pour les médicaments à valeur ajoutée thérapeutique.
– Elle souhaite également débattre sur les critères d’innovation et les mécanismes de réévaluation de leur prix. Ce sera la mission de la Haute Autorité de Santé qui a été créée lors de la dernière réforme.
– Jouer un rôle actif dans l’évolution des comportements avec les adhérents

En Loire-Atlantique, des actions sont menées depuis plus de 6 ans : aujourd’hui, le département de Loire-Atlantique est en tête dans la diffusion des médicaments génériques. Une évolution dans les comportements est constatée :
– une idée communément admise : « le générique est identique à sa forme commerciale »
– une interpellation renouvelée : « le besoin d’être écouté par son médecin »
– un message constant : « le rôle de conseil du pharmacien ».

(communiqué de la Mutualité)

6,4 millions

C’est le nombre de traitements antibiotiques inadaptés évités depuis l’hiver 2001-2002 selon la Cnamts, soit 33,3 millions de prescriptions pour l’hiver 2003-2004 contre 39,7 millions pour l’hiver 2001-2002.

Bravo ! Les Français consomment moins d’antibiotiques.

Mais qui donc les prescrivait ? Les médecins, sur la forte incitation des laboratoires pharmaceutiques vantant les mérites (parfois mal contrôlés) de leurs compositions.


Ecrit le 3 novembre 2004 :

Vioxx
Le groupe Merck a retiré, le 30 septembre 2004, un anti-inflammatoire célèbre (et cher) : le Vioxx qui aurait occasionné, après un usage prolongé, des risques accrus de crise cardiaque ou d’attaque cérébrale sans pour autant protéger d’ulcères d’estomac.

Ce retrait volontaire touche un médicament devant générer plus de 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2004, et dont le nom était martelé sur les télévisions américaines depuis 1999 !

Cette décision, bénéfique pour les finances de la Sécurité Sociale, risque d’avoir des conséquences financières désastreuses pour le groupe Merck. Des licenciements sont déjà envisagés. Les patrons font des erreurs, les salariés paient.