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Médicaments non utilisés (MNU)

Ecrit le 28 mai 2008

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Dessin de Moon - 06 87 32 7

 MNU : Médicaments Non Utilisés.

Divers scandales ont défrayé la chronique il y a quelques années. Selon la revue L’Impatient, « suite au tremblement de terre qui affecta l’Arménie en 1988, 5000 tonnes de médicaments et de fournitures médicales furent envoyées sur place. Il fallut six mois à 50 personnes pour dresser l’inventaire des dons ! Périmés, inadaptés aux pathologies locales ou tout simplement non identifiés, 58 % des médicaments étaient inutilisables et demandaient à être incinérés ».

Situation analogue en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, « l’élimination selon une méthode non polluante des déchets pharmaceutiques légués par « l’aide » humanitaire était évaluée entre 4,4 et 8,2 millions de dollars. Davantage que la valeur totale des envois de médicaments ! »

Après les inondations de l’an 2000 qui coûtèrent la vie à plus de 30 000 de ses habitants, c’est au tour du Venezuela d’être submergé par des dons inappropriés : 70% de l’aide médicale apportée. « Selon le Dr Francisco Griffin, directeur du service gouvernemental de la production pharmaceutique, certaines compagnies auraient délibérément envoyé des produits périmés dans le but d’économiser les frais de destruction ».

Dès 1996, pourtant, l’OMS (Office Mondial de la Santé) déclarait : « tous les dons de médicaments doivent être basés sur un besoin exprimé, et adaptés au profil épidémiologique du pays bénéficiaire. Les médicaments qui ont été délivrés aux patients puis retournés à la pharmacie ou à d’autres officines, ou qui ont été distribués aux membres des professions de santé sous forme d’échantillons gratuits, ne devraient pas faire l’objet de dons »

Les députés français ont décidé, le 11 janvier 2007, de mettre fin au recyclage humanitaire des médicaments non utilisés (MNU), l’industrie pharmaceutique et les ONG partenaires disposant d’un délai pour trouver un accord sur les dons d’urgence en médicaments.

 Les dons-dépotoir

Ce texte va donc entrer en application au 31 décembre 2008. On peut se demander, cependant, s’il est nécessaire de mettre fin aux MNU de façon drastique.

Supprimer les MNU dans le cas de l’aide-dépotoir envoyée aux pays en difficulté, sûrement. Elle est souvent le fait de sociétés qui se débarrassent à bon compte et non sans danger pour les bénéficiaires :

– Les conditions de transport, stockage et distribution ne garantissent pas le maintien de la qualité initiale du médicament.

– La durée de validité des médicaments récupérés est souvent assez courte. Beaucoup seront périmés avant même de parvenir aux bénéficiaires.

– Ils viennent concurrencer et gêner la mise en place par les gouvernements locaux d’une politique de santé fondée sur la distribution de médicaments essentiels génériques avec la participation des communautés au recouvrement des coûts.

– Leur prestige de « médicaments des pays riches » leur confère une valeur marchande qui incite au détournement et au marché noir.

 Promis, pas tenu

Cela étant, on peut se demander si la destruction systématique des MNU est justifiée quand il s’agit d’utilisation par des professionnels. C’est du moins ce que dit l’association PHI (Pharmacie Humanitaire Internationale) dont une militante, Michèle Hersant, qui participe aux actions de Médecins du Monde, nous écrit : « à la Mission France, nous faisons de la réduction des risques auprès des personnes vivant des situations de précarité, mettant leur santé en péril et n’ayant pas les moyens de se soigner. La plupart des médicaments, scrupuleusement contrôlés et distribués avec parcimonie, sont des MNU. Aucun argument sérieux ne peut remettre en question l’utilisation de ces « médi-caments non utilisés » par des associations humanitaires. Bénévoles, à Médecins du Monde, nous restons des professionnels dans nos missions ! »

La section PHI-Nantes a rencontré six fois la Direction Générale de la Santé entre le 8 juin 2007 et le 28 mars 2008. Sans aboutir à rien, sauf à une lettre du Ministre Xavier Bertrand disant dans un courrier du 23 mars 2007 : « Je veux faciliter la mise en œuvre de solutions d’approvisionnement en médicaments mieux adaptés et sécurisés (…) Je m’engage à ce que l’Etat garantisse un approvisionnement des associations de manière à assurer le même nombre de journées de traitement qu’auparavant… »

Quatorze mois plus tard « nous sommes malheureusement contraints de faire le triste constat qu’à ce jour tout cela est resté lettre morte et va se traduire très clairement par la mise à mort programmée de la plupart des associations françaises ayant pour activité principale l’aide médicamenteuse des personnes en situation de précarité ici et des populations démunies là-bas » dit l’association PHI.
Il s’agit là purement et simplement d’une atteinte aux droits des personnes malades et sans ressources à qui l’on refuse des soins vitaux.

Quelles mesures compte prendre le gouvernement ? Va-t-il aggraver les déficits publics en achetant des médicaments génériques essentiels (actuellement interdits de commercialisation en France dès l’instant qu’ils transitent par des centrales d’achat humanitaires) ?

Va-t-il détruire par incinération des sub-stances chimiques hautement polluantes pour autant qu’elles aient pu être collectées par des circuits adaptés ? Ou va-t-il contribuer à grande échelle sur tout son territoire à la pollution de la terre, de l’air et de l’eau, en contradiction avec le Grenelle de l’Environnement, car nombre de médicaments échapperont, comme maintenant, à tout contrôle de destruction.

Va-t-il abandonner à leur triste sort les citoyens du Quart-Monde aussi bien dans l’Hexagone (où ils étaient jusqu’à présent aidés par nombre de services sociaux associatifs, municipaux, voire départementaux) qu’à l’extérieur de nos frontières en coopération étroite avec P.H.I. et ses partenaires, et qui survivaient ainsi depuis des décennies ?.

Enfin comment expliquer aux Français les raisons d’une destruction massive de cette matière considérée comme « noble » par l’opinion publique alors que le discours est partout celui du recyclage ?.

Cette élimination drastique des MNU ne se fait-elle pas à l’initiative   des labos pharmaceutiques ? La question est posée.

 

B.Poiraud

 


 Précisions

1 - Une action reste des plus cadrées lorsque sa dimension reste dans des limites humaines. Echelle d’une ville, d’un département ou d’une région. Lorsque l’échelle est trop grande, les contrôles en sont d’autant plus difficiles.

3 - La précarité existe ! des gens ont besoin de médicaments qu’ils ne peuvent pas payer, d’autres en ont et veulent les donner car ils n’en ont plus besoin.

5 - Des professionnels, pharmaciens, mé-decins, habilités à distribuer les médicaments, sont prêts à faciliter l’échange sécurisé, adapté aux pathologies, en prévenant les dérives toujours possibles.

Alors, des solutions doivent être trouvées ! Interdire reste la solution la plus facile mais la moins courageuse et nie les besoins ! Une nouvelle loi doit permettre la réutilisation des médicaments non utilisés et, forte des leçons des dérives désastreuses vécues, elle doit garantir cette réutilisation. Nos députés, s’ils sont à l’écoute des Humanitaires, sont en mesure de trouver les bonnes solutions. Faut-il en avoir la volonté !

 

Michèle Hersant