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Les prions cachés

Page 1503
Ecrit en janvier 2000 :

Les prions cachés

Il y aura bientôt un an, la Suisse lançait, pour la première fois au monde, un programme de dépistage de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB, ou maladie de la « vache folle »). Sur la base des premiers résultats, a priori inquiétants, les experts français des maladies à prions ont formulé l’avis qui a conduit le gouvernement français à refuser la levée de l’embargo qui frappe les viandes bovines britanniques.

Le programme suisse a pu être lancé grâce aux travaux menés sur les prions, à l’université de Zurich, par un groupe de chercheurs autour, notamment, de Bruno Oesch. Ce dernier a identifié et cloné le gène dirigeant la synthèse de la protéine-prion avant d’aller travailler dans le groupe du professeur Stanley Prusiner, Prix Nobel de médecine pour ses travaux sur les prions.

En 1997, Bruno Oesch a fondé la société Prionics, avec laquelle il a mis au point l’un des premiers tests de dépistage rapide de l’ESB. Jusqu’alors, le diagnostic était effectué, après la mort de l’animal, avec de longues et coûteuses méthodes histochimiques.

Les difficultés rencontrées pour mettre au point une méthode rapide tiennent aux très faibles différences structurelles entre la protéine-prion naturellement synthétisée par l’organisme et sa configuration pathologique à l’origine du processus neurodégénératif mortel. Le test « prionics » permet de faire la différence et les autorités helvétiques ont décidé qu’il devait être expérimenté.

On les croyait sains

Un premier essai pilote fut mené sur des échantillons cérébraux provenant de 3 000 bovins normaux. Résultat : à la fin de 1998, un cas avait été dépisté chez une vache zurichoise de cinq ans.

« Cela ne signifie absolument pas qu’une bête sur 3 000 est positive en Suisse, expliquait M. Oesch en janvier 1999. Mais cela montre bien la nécessité qu’il y a à multiplier ce genre de tests dans les abattoirs du pays, seul moyen de se faire une idée de la situation réelle. Grâce au test, nous entrons dans une période de vérité.

On pourra bientôt demander à chaque pays de tester un grand nombre de vaches sélectionnées au hasard des portes des abattoirs.

On saura alors la réalité de l’épidémie de « vache folle » dans le monde.

En avouant un test positif chez un animal déclaré sain, la Suisse est peut-être plus honnête - et non pas plus contaminée - que d’autres pays. »

Sécurité des consommateurs

Les autorités sanitaires suisses ont ensuite décidé d’élargir la surveillance aux bovins retrouvés morts sans que l’on connaisse la cause du décès ainsi que chez d’autres devant être abattus. On retrouva, dans le premier groupe, 10 cas positifs sur 3 639 et, dans le second, 3 cas sur 1 508. L’ensemble des résultats disponibles fut transmis le 29 juillet 1999 à la direction générale de la Commission européenne chargée de la santé des consommateurs.

Les dernières données fournies par les responsables suisses confirment que dans le cheptel suisse la protéine-prion pathologique n’est pas uniquement présente chez les animaux présentant les symptômes de l’ESB. Des résultats positifs ont été obtenus chez 16 animaux (sur 6 760) retrouvés morts et chez 5 (sur 3 355) ayant dû être abattus d’urgence. Plus inquiétant, trois cas ont été observés dans un échantillon de 6 840 bovins normalement conduits à l’abattoir. Dans tous les cas, une confirmation histochimique a été apportée, certains animaux présentant déjà des lésions cérébrales caractéristiques d’une encéphalopathie spongiforme.

La chaîne alimentaire

« Nos résultats démontrent que des animaux infectés par le prion pathologique peuvent entrer dans la chaîne alimentaire.

Nous souhaitons donc mettre en œuvre un programme de dépistage sur une échelle plus large afin d’améliorer la sécurité des consommateurs. Nous sommes en contact avec des chaînes européennes de grande distribution soucieuses de vendre des produits de qualité, explique M. Oesch. Le système actuel de surveillance en Europe, basé sur les déclarations des éleveurs, ne permet pas une surveillance exhaustive des cas d’ESB. »

Pas rassurant tout ça !

(extrait d’un article de J.Y. Nau pour
le Monde du 5 janvier 2000


Ecrit le 19 juillet 2001 :

Maladie de la vache folle
Les précautions sont insuffisantes

Au moment où l’on apprend qu’un cas d’ESB (maladie de la vache folle) vient de toucher une exploitation agricole d’Issé, près de Châteaubriant (voir Ouest-France du 19 juillet), l’agence France-Presse du 18 juillet 2002 révèle que des résidus de moelle épinière, l’un des matériaux à risque qui doivent être obligatoirement retirés à l’abattoir, ont été retrouvés sur 10% de 1.000 carcasses de bovins examinées dans le cadre d’une enquête des services vétérinaires.

Les MRS (ou matériaux à risque), :moelle épinière, thymus, rate, intestins, etc., qui d’après la réglementation française doivent être détruits avant la sortie de l’abattoir, sont considérés comme les principaux vecteurs du prion, l’agent infectieux à l’origine de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), la maladie de la vache folle.

Parmi les autres résultats de l’enquête, les services vétérinaires ont constaté que certains MRS (thymus, amygdales) n’étaient pas systématiquement retirés, ce qui accroît le risque de sortie des abattoirs de carcasses présentant encore ce type de matériaux.


(écrit le 5 mars 2003)

La guerre dans
nos assiettes

Avec quelques bactéries,
un essaim d’insectes ravageurs,
on peut détruire les ressources alimentaires d’un ennemi.
C’est si simple qu’on se demande si cela n’a pas déjà été fait...

« L’agroterrorisme » consiste à frapper l’adversaire à l’estomac, en le privant de nourriture. Ceci sous couvert d’une catastrophe délibérément provoquée, mais aux allures tout à fait naturelles.

Au risque peut-être de susciter des vocations, l’OMS (Office mondial de la santé) vient de publier un « document d’orientation », destiné aux gouvernements et aux industriels de l’agroalimentaire, intitulé : « Menaces terroristes sur l’alimentation » (1). Cette étude commence par montrer la fragilité et la vulnérabilité de nos approvisionnements alimentaires puis énumère la liste des mesures à prendre pour éviter, si possible, les catastrophes annoncées.

Dès l’année 2000, c’est Michael Margolian, un chercheur canadien travaillant pour le ministère de la Défense de son pays, qui a mis en garde sur cet immense risque à peu près ignoré. Son message vient d’être relayé en France par Frédéric Suffert, de l’Inra, dans un article intitulé : « L’épidémiologie végétale, nouvelle discipline de guerre ? » (2). Ces deux études justifient les craintes de l’OMS.

Morve et doryphore

Depuis près d’un siècle, plusieurs pays (dont la France) ont mené des recherches guerrières en ce sens. Pendant la Première Guerre mondiale, l’Allemagne cultivait le germe de la « morve » du cheval pour anéantir les cavaleries ennemies. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la même Allemagne avait planifié la destruction des cultures de pommes de terre britanniques par le lâcher aérien de colonies de doryphores. A la même époque, nous apprend Frédéric Suffert, la France poursuivait un programme mis en place en 1939, qui « organisait la prolifération du doryphore » et, en vue d’un lâcher sur les champs de patates teutons, « étudiait son comportement en vol à haute altitude ».

Le mildiou de la pomme de terre, la piriculariose du riz, le charançon du colza, les rouilles jaune et noire du blé furent de même embrigadés dans des recherches militaires, avec le but d’affamer l’ennemi.

Durant la guerre froide, les Etats-Unis ont mené des recherches visant le blé d’Ukraine et le riz chinois (et n’oublions pas tous les défoliants qui ont été jetés sur les champs de riz au Vietnam). En même temps, l’Union soviétique employa jusqu’à 10 000 chercheurs dans ses programmes concernant les épidémies transmissibles aux céréales.

Plus récemment, en 1995, la Commission spéciale des Nations unies sur l’Irak (CSNU) démontra que le gouvernement de Bagdad avait, notamment, mené des travaux très sophistiqués concernant le charbon du blé, dans l’intention d’anéantir les récoltes de céréales iraniennes.

Quand le blé fait boum

Avec le charbon du blé, les agroterroristes sont assurés de faire coup double : non seulement cette maladie réduit considérablement le rendement des moissons. Mais en plus « elle produit un gaz inflammable, la triméthylamine, susceptible de provoquer l’explosion des moissonneuses ». Une sorte d’idéal en somme, de perfection dans le genre, avec l’impunité en prime puisqu’il s’agit d’une maladie « naturelle ». Et comme le charbon du blé ne vise que le blé, ne tue donc personne (sauf éventuellement les conducteurs de moissonneuses-batteuses et les affamés qui manquent de blé), c’est réellement une arme très élégante...

Officiellement, tous ces programmes n’ont jamais reçu le moindre début d’application pratique. Pourtant, à diverses reprises, Cuba accusa les Etats-Unis d’avoir saccagé ses récoltes de canne à sucre ou de tabac, puis ses palmeraies et ses élevages de poulets. On sait, d’autre part, que la CIA a effectivement mené un programme secret visant la destruction de l’agriculture cubaine. Mais aucun lien de cause à effet n’a jamais pu être établi par les experts de l’ONU, et les mécomptes de la production cubaine ont toujours été attribués à l’inefficacité du marxisme-léninisme. Comme la Russie, les Etats-Unis ont, du moins officiellement, mis un terme à toutes les recherches du genre. Sauf à celles qui, menées sous le contrôle des Nations Unies, concernent certains champignons capables de détruire les cultures d’opiacées et de cannabis. Mais quand on sait qu’en Afghanistan, par exemple, la culture de l’opium progresse au détriment de celle du blé - dont les variétés locales ont vu leur rendement très amputé par une mystérieuse, et tenace, épidémie de « rouille jaune » -, on peut se demander avec Frédéric Suffert si le bioterrorisme agricole n’est pas déjà sérieusement à l’œuvre.

D’après un article de FABIEN GRUHIER
(le Nouvel Observateur, 13 février 2003)


Ecrit le 23 avril 2003 :

La ricine
(La presse du 18 mars 2003)

« DES TRACES DE RICINE, un poison violent, très toxique qui peut être utilisé comme arme biologique par des terroristes, ont été relevées, lundi 17 mars 2003, dans deux flacons découverts dans une consigne de la gare de Lyon à Paris. Il s’agit d’une toxine recensée parmi les 23 produits dangereux du plan Biotox de lutte contre les menaces biologiques mis en place après le 11 septembre 2001. Ce même poison avait été retrouvé à Londres, en janvier, chez des islamistes. » : Radios et télés ont diffusé cette information à l’envi.

Le Ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, le 20 mars, puis le 21 mars sur Europe 1, a déclaré que la « recette »de la ricine « était dans les papiers d’Al-Qaida », et qu’on en avait « beaucoup parlé à propos du métro » de Londres, contre lequel trois islamistes auraient projeté un attentat. M. Sarkozy a aussi estimé qu’on pouvait « faire un lien » entre ces flacons et neuf islamistes présumés arrêtés en décembre 2002 à La Courneuve et à Romainville, en banlieue parisienne.

Il faut dire que les analystes du laboratoire militaire antiterroriste avaient notamment injecté le liquide contenu dans les deux flacons à deux souris, qui étaient mortes à deux heures d’intervalle. D’après les tests plus élaborés, dont les résultats viennent d’être transmis au parquet de Paris par le même laboratoire militaire, elles sont en réalité crevées d’hémorragie pulmonaire, à cause du mélange acétone-éthanol.

Et puis, le 18 avril 2003, le Parquet de Paris a indiqué que les deux flacons de liquide jaune pâle découverts dans la consigne de la gare de Lyon, ne contenaient pas de ricine mais... une farine faite de germe de blé et d’orge moulu, mêlée à de l’eau, de l’éthanol et de l’acétone.

Aujourd’hui, on explique avoir agi sous la pression. « Les fuites sont venues du laboratoire, se défend-on. Les télés et les radios expliquaient qu’il y avait de la ricine dans Paris. Nous ne pouvions pas ne pas parler. » La brigade criminelle cache son agacement devant la précipitation du ministère, en se disant « consternée d’avoir tant travaillé pour rien ».

Comment expliquer ce mélange de germe de blé et d’orge moulu, d’eau, d’éthanol et d’acétone ? La section antiterroriste pense à une ’« escroquerie », de faux mélanges chimiques monnayés, à prix forts, par des malfrats.

L’information donnée aux Français a manqué de sérieux ! La peur, elle, est quelque chose de sérieux : deux femmes ont passé 32 heures en garde à vue à Nîmes, le 15 avril 2003, pour avoir mis du sucre dans une lettre recommandée (comportant leur adresse !), du sucre « envoûté » (à 450 € l’enveloppe) qui, espéraient-elles, devaient leur obtenir les faveurs de l’administration.

vache folle

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NOTES:

(1) Sur internet : http://who.int/fsf

(2) Courrier de l’environnement de l’Inra, n° 47.