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Vache folle (03)

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Ecrit en novembre 2000 :

Le bluff de la vache

Le plus beau titre lu dans la presse quotidienne ces jours-ci : « Luc Guyau donne trois jours à l’Etat pour sauver la filière bovine » (Presse-Océan du 14 novembre 2000). Ca c’est bien la meilleure ! Les agriculteurs de la FNSEA, sont des fervents défenseur du libéralisme et du « trop d’Etat », qui protestent quand l’Etat, de leur point de vue, se mêle de ce qui ne le regarde pas, par exemple la pollution des eaux en Bretagne par l’élevage intensif des cochons.

Et voilà tout-à-coup que leur chef, Luc Guyau, demande à l’Etat d’intervenir parce que le libéralisme à tout crin a créé des farines animales, potentiellement dangereuses (bien qu’on n’ait encore aucune certitude là-dessus), qui affolent les vaches et paniquent les consommateurs !

Ce même Luc Guyau est celui qui a demandé d’abattre toutes les vaches nées avant le 15 juillet 1996, ce qui a été mal apprécié des agriculteurs. Il essaie donc de dévier la colère de ses mandants vers le gouvernement ! De plus, il ajoute : « Notre proposition n’était pas d’abattre tout, tout de suite, mais d’échelonner ces abattages dans le temps, jusqu’à la fin de carrière des animaux » (Presse-Océan du 14 novembre 2000). Bref, si on comprend bien, il dit qu’il faudra abattre les animaux un jour. Comme cela se fait habituellement. Sa proposition était donc du bœuf, pardon du bluff ! C’est fou !

Les dindes et les dindons

De son côté, Jacques Chirac, que la grande majorité des agriculteurs soutient, a accentué la panique, ce qui a obligé le gouvernement à interdire les farines animales pour la nourriture des cochons, des poissons, des dindes et des dindons ! Et aussi des lions ? On vient d’apprendre qu’un lion, dans un zoo, a été atteint lui aussi de l’encéphalopathie bovine ! Pauvre lion, c’est tomber bien bas pour lui. Et dîtes, les chiens et les chats ?

Donc, le mardi 14 novembre, Lionel Jospin a annoncé la fin des farines animales, ce qui est sans doute une bonne chose. Mais qu’est-ce qu’on va en faire ? Actuellement les équarisseurs français traitent 2,8 millions de tonnes de déchets d’abattoirs par an. Ils les transforment en farines animales, en aliments pour les animaux domestiques, et en matières premières pour les industries non-alimentaires.

Les équarisseurs traitent aussi 500 000 tonnes de « saisies vétérinaires » c’est-à-dire d’animaux malades.

Actuellement les cimentiers français, les incinérateurs spécialisés dans les « déchets industriels spéciaux » et quelques usines d’incinérations allemandes, peuvent détruire 480 000 tonnes par an. Cela pourra faire davantage si les cimentiers sont autorisés à augmenter leurs capacités de brûler certains déchets, et si les incinérateurs d’ordures ménagères sont autorisés à en faire autant. Il est question aussi que les installations de combustion de la Lyonnaise des Eaux et de Vivendi consentent à brûler ces farines, ce qu’elles ont toujours refusé jusqu’à maintenant. EDF pourrait être mobilisé aussi. Bref, on cherche des fours !

Quels fours ?

Mais il y a four et four. Dans les cimenteries, les farines animales sont utilisées comme combustible : on les injecte dans la longue flamme du brûleur à 2000° en même temps que du coke de pétrole, en veillant bien au dosage car il y a un pourcentage de ...phosphore ... à ne pas dépasser dans la composition du ciment. Il paraît que cette combustion à 2000° évite toute émission de dioxine primaire. Il n’en est pas de même pour les usines d’incinération d’ordures ménagères....

Il y a un autre problème non résolu, celui des graisses animales : 275 000 tonnes qui ne peuvent pas brûler.

Les farines à l’armée

Et puis, en attendant de brûler, il faut stocker. L’armée serait sollicitée pour mettre des terrains à contribution. Mais une aire de stockage exige une autorisation spéciale au titre des installations classées, avec enquête publique. On voit déjà la protestation des riverains !

Comme quoi le « y’a qu’à interdire les farines animales » n’est pas simple du tout.

On va donc nourrir les volailles et les porcs avec des aliments qui ne contiennent plus que des protéines végétales : graines de protéagineux (pois, féveroles, lupins), fourrage déshydraté, tourteaux de soja, colza et tournesol (c’est-à-dire ce qui reste quand on a récupéré l’huile de ces plantes). Mais le problème c’est que l’Europe dépend de l’extérieur pour les trois-quarts de son approvisionnement en protéines végétales, notamment vis-à-vis de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud. Cela résulte d’un choix fait en 1962.

Pour faire face à la nouvelle demande, l’Europe devrait augmenter de 30 % les surfaces de culture. Ce peut être une bonne chose pour les agriculteurs. Mais il faut savoir que les plantes ne poussent pas sur un simple claquement de doigt. Pour les pois protéagineux la première récolte aura lieu en juillet 2001. Un semis de colza ne pourra pas se faire avant août 2001 pour une récolte en juillet 2002. D’ici là, il va falloir procéder à des importations massives. Or, près de 60 % des sojas cultivés en Amérique contiennent des OGM (organismes génétiquement modifiés). Ainsi la vache folle aura servi de cheval de Troie pour les OGM ... Houlala !

Bœuf sur Net

Une initiative   qui vient de la Charente, le site http://www.jemangedubœuf.com est avant tout une pétition pour la dédramatisation de la psychose créée par la crise de la vache folle en France, Belgique, Luxembourg et en Suisse

Pour retrouver tout le dossier vache folle : http://www.agrisalon.com

Après la crise de la vache folle,
la crise de l’Europe folle !

Si ça se trouve, la France paie pour avoir été plus prudente que les autres, pour avoir cherché ce que les autres ne cherchent pas ! Que penser de cette Italie qui interdit vertueusement notre bœuf, alors que c’est le pays de la drogue sportive institutionnalisée ? Et de cette Commission Européenne qui a freiné des quatre sabots (de vache ?) l’information sur la crise de l’ESB (Libé du 18 nov.), qui nous imposera, pour faire plaisir à Big Brother of USA, de remplacer nos farines animales pourries par des sojas OGM-isés (la peste après le choléra) ?

Et pendant ce temps-là, Chirac va caresser la croupe des éleveurs qu’il a, par sa politique du tout productiviste et vive la FNSEA des lobbies céréaliers ou viandards, mis dans la bouse ! PMB


Que veut la Confédération Paysanne ?

Dans un communiqué du 16 novembre 2000 la Confédération Paysanne dit avoir rencontré le Préfet des Pays de Loire pour présenter des revendications à court terme et à long terme

A court terme : à situation exceptionnelle, aide exceptionnelle

– vigilance et contrôle de la traçabilité des viandes et animaux importés au sein de l’Union Européenne
– mise en garde par rapport aux difficultés que vont rencontrer les paysans pour vendre les animaux nés avant le 15 juillet 1996
– Proposition de mise en place d’arrêtés préfectoraux afin d’installer des prix plancher (...)
– souplesse dans l’application des taux de chargement puisque, dans la situation actuelle, les dépassements sont inévitables
– demande de prise en charge des intérêts d’emprunts et report en fin de prêt du capital dû sur les annuités à venir
– demande d’une aide directe aux producteurs leur permettant de couvrir leurs charges (couverture sociale)

A long terme :

– Mise en place de l’abattage sélectif (descendance et cohorte) quand un cas d’ESB* se déclare dans un troupeau
– Mise en place du dépistage systématique sur les carcasses
– Harmonisation européenne pour le suivi et le contrôle de l’ESB*
– Encouragement des agriculteurs à intégrer des filières de qualité (aide qualité OFIVAL)
– Inciter les maires à mettre au menu de leur restauration collective des viandes « tracées »
– inciter les distributeurs à s’approvisionner dans les filières de qualité et de proximité et exiger d’eux la traçabilité

Dans le cadre du Plan protéine :

– revalorisation de la prime à l’herbe (...) afin d’obtenir un équilibre avec la prime maïs-ensilage
– mise en place d’un Plan Protéagineux audacieux (culture des jachères, reconversion des surface en blé)
– Modification des taux de chargement pour les producteurs de viande : passer de 1,4 à 1,6 pour estomper le déséquilibre avec les producteurs laitiers.(**)


Les précautions de Châteaubriant

La ville de Châteaubriant est en contacts réguliers avec la société Scolarest qui assure les repas des cantines scolaires. Cette société précise quatre points :

La viande bovine :

Scolarest a obtenu l’engagement de ses fournisseurs de ne pas livrer de viande bovine en provenance de Grande Bretagne, Portugal et Suisse. Elle a mis en place des contrôles mensuels et des contrôles annuels effectués par un organisme extérieur agréé pour vérifier les origines des approvisionnements

Les OGM :

Scolarest élimine de ses approvisionnements tout produit dont l’étiquetage mentionne la présence d’OGM (organismes génétiquement modifiés) et s’est engagée à rechercher des produits de substitution

Listeria

Scolarest a interdit les approvisionnements en rillettes et produits en gelée ainsi que les fromages au lait cru.

Méthode HACCP

Scolarest a adopté la méthode HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) c’est-à-dire un référentiel hygiène qui aborde l’ensemble des séquences, depuis la réception des matières premières jusqu’à l’assiette du consommateur, sans oublier les séquences de nettoyage

voir OGM

voir farines animales

voir viande bovine

Vaches et bio-diversité : http://vimeo.com/5629970


NOTES:

(*) ESB : encéphalopathie spongiforme bovine

(**) il s’agit de 1,6 Unités de gros bovin par hectare. En dessous de ce seuil les éleveurs peuvent avoir une prime européenne à l’extensification.