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Vache folle (04)

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écrit le 31 janvier 2001 :

Un cas de vache folle à Châteaubriant : après celui d’Issé, il y a quelques semaines, c’est un vrai crève-cœur pour les agriculteurs de la région, et pour tous les habitants, quand on connaît le sérieux avec lequel les agriculteurs de chez nous prennent soin de leur troupeau. Cela prouve que la maladie n’épargne personne. D’autres pays que la France, qui ont enfin accepté des tests systématiques de dépistage, font la même expérience. Par exemple en Allemagne l’institut fédéral de recherches sur la viande estime qu’il pourrait y avoir 200 à 500 cas de vache folle en Allemagne d’ici la fin de l’année. (En Angleterre, on tourne autour de 170 000 cas depuis le début de l’épizootie).

Le coût de la vache folle

La crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a conduit l’Europe à adopter des mesures spécifiques pour tenter d’enrayer la maladie, stabiliser le marché et rétablir la confiance des consommateurs. Mesures juridiques en premier lieu avec une batterie de règlements fixant des obligations (abattage des animaux, tenue de registres...) ou des interdits (interdiction d’utilisation des farines animales pour l’alimentation des bovins, embargo sur les exportations du Royaume-Uni...).

Mesures budgétaires en second lieu sous la forme d’aides financières. Depuis le début de la crise, en 1996, le montant total des aides relatives à l’ESB est de l’ordre de 30,8 milliards de francs. Le Royaume-Uni a été le principal bénéficiaire de ces soutiens (44 % du total). La France, deuxième destinataire, a reçu 16 % du total. Les trois quarts de cette aide communautaire ont été versés en 1996 et 1997, période de la première crise de l’ESB. Les dotations suivantes ont rapidement décliné jusqu’à cette année et augmentent à nouveau avec la crise actuelle.

Que finance l’Union ? Face à la crise, les Quinze ont adopté trois types de réponses qui correspondent à trois types de dépenses : sanitaire, économique, scientifique.

Réponse sanitaire

La première réponse est sanitaire. La crise de l’ESB est, avant tout, une crise de santé publique, appelant des mesures vétérinaires destinées à éliminer les animaux considérés comme suspects. La toute première mesure, décidée en 1996, a consisté à abattre le bétail de plus de trente mois au Royaume-Uni. Sa mise en œuvre s’est heurtée à de nombreuses difficultés liées au nombre considérable d’animaux concernés (plus de 7 millions de bêtes) et aux limites des capacités d’abattage et d’incinération. La dépense est cofinancée par le budget communautaire à hauteur de 70 % (30 % restant à la charge du Royaume-Uni). Le programme se poursuit encore aujourd’hui.

Plusieurs autres décisions d’abattage, sélectives ou facultatives, ont également été financées : abattage des veaux importés du Royaume-Uni avant 1996 (en France, 79 500 veaux ont été abattus), abattage au Royaume-Uni des animaux susceptibles d’avoir été exposés à de la farine de viande et d’os, abattage des troupeaux au sein desquels se serait manifesté un cas d’ESB. La prise en charge par le budget communautaire varie selon les cas et les pays, autorisés à verser des montants supplémentaires. En France, la prime en cas d’abattage d’un troupeau infecté, financée par l’Etat, dépend de la valeur des animaux et du manque à gagner de la production laitière ou bovine.

Si l’abattage constitue la principale mesure de prévention, l’Union finance également d’autres mesures. Une décision de 1996 a consisté à racheter et éliminer les carcasses en stock au Royaume-Uni. Le budget 2001 marque une innovation majeure puisque, pour la première fois, le budget communautaire finance des tests de dépistage.

Réponse économique

La deuxième réponse est économique. Parallèlement aux mesures d’éradication, l’Union a arrêté un dispositif spécifique visant à soutenir le marché, en évitant que les revenus des éleveurs ne s’effondrent et que la crise sur la filière bovine ne s’aggrave.

En premier lieu : soutien direct aux revenus des producteurs pour faire face à une diminution brutale des prix.

En second lieu : contrôle de la production. D’ordinaire, en cas de surproduction en Europe, il existe une échappatoire : l’exportation. Avec l’ESB, cette issue devient évidemment plus étroite, la viande européenne étant suspectée. Toute la panoplie des mesures prévues par l’organisation commune du marché de la viande bovine est alors mise à contribution : primes à la mise précoce sur le marché des très jeunes veaux (pour réduire le poids et limiter la production de viande rouge), stockage privé (le négociant reçoit une aide pour garder ses carcasses en attendant que les prix remontent), et surtout stockage public (les carcasses sont rachetées par la Commission et revendues sur le marché après amélioration).

Réponse scientifique

La troisième réponse est scientifique : financer les recherches sur l’ESB. La plus grande confusion règne pour 2001.

Au total, les crédits agricoles liés à l’ESB, budgétés pour 2001, atteignent 2,75 milliards de francs en augmentation de 75 % par rapport à l’an 2000. Une mesure aisément finançable puisque la baisse de l’euro par rapport au dollar dégage, à elle seule, 435 millions d’euros d’économies sur les crédits de la politique agricole commune.

(d’après Nicolas-Jean Brehon, enseignant à la faculté Jean Monnet de Paris).

40 milliards

L’ensemble payé par le budget communautaire représenterait donc, entre 1996 et 2001, la somme de 39,4 milliards de francs. Et ce n’est qu’un début.

On peut rappeler que le budget communautaire n’est pas une manne qui tombe du ciel, mais résulte d’un prélèvement sur les finances des pays de l’Union Européenne. Il provient donc des impôts payés par les citoyens. On peut simplement s’étonner du fait que les pollueurs ne sont pas les payeurs. En effet, la maladie est due au fait que, il y a 20 ans, la crise énergétique a incité les trois-quarts des fabricants de farines de viande et d’os à adopter des traitements à basse température pour traiter les cadavres et les déchets d’abattoir, et que de ce fait, le redoutable « prion » qui nécessite des températures très élevées pour être éliminé, est resté dans la chaîne alimentaire. On en paie aujourd’hui les conséquences.

Que mange une vache ?

Que mange une vache ? A Paris, Nantes et Epinal, trois juges se sont piqués, il y a quatre ans, de le savoir. Ils ont plongé dans un sac d’aliments pour bovins, en quête d’une réponse et d’une éventuelle fraude dans l’utilisation des farines animales. Ils cherchent encore. Ils ont découvert l’insondable complexité des granulés, bouchons et autres compléments protéinés fournis au bétail. Dans 849 aliments expertisés par les services vétérinaires entre 1984 et 1995 entraient 30 000 formules différentes, avec des dénominations propres à chaque société et parfois à chaque usine.

Que choisir ?
Boycott des étiquettes pas claires

L’une des principales associations de consommateurs français, l’UFC-Que Choisir, a appelé, le 24 janvier, à boycotter la viande de bœuf ne comportant pas un étiquetage clair, alors que les prix au kilo augmentent plus fortement que prévu sur les étals des commerçants.

En matière d’étiquetage, la filière bovine s’est alignée sur le règlement européen qui oblige à indiquer le lieu et la date d’abattage, les numéros de l’animal, de l’abattoir et de l’atelier de découpe, mais ni le type racial ni la catégorie du bovin, qui permet de connaître son âge et son sexe.

« Nous demandons aux professionnels de renouveler leur accord de 1997 qui spécifiait ces mentions -origine, race et catégorie- et au ministre de l’Agriculture de nous appuyer pour que l’étiquetage de la viande bovine soit modifié au niveau de l’Union Européenne », a indiqué Marie-José Nicoli, présidente de l’UFC-Que Choisir.

Pour Mme Nicoli, « les numéros d’abattage et d’atelier de découpe n’ont aucun intérêt pour le consommateur, alors que la catégorie lui permet de connaître l’âge et le sexe de l’animal, c’est-à-dire des éléments essentiels de la qualité ». De même, la mention de la race - vache laitière ou vache à viande - renseigne le consommateur sur les formes d’alimentation et d’élevage de l’animal. « C’est important quand on connaît le pourcentage de répartition de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) dans les troupeaux », a-t-elle ajouté.

En effet, selon un premier bilan du programme de dépistage sur les animaux à risque (morts, malades, accidentés et abattus en urgence), lancé depuis juin dernier en France, la quasi-totalité des cas de vache folle ont été recensés parmi les vaches laitières.

Prix en hausse

Les associations de consommateurs comme les professionnels de la distribution ont reconnu par ailleurs que loin d’avoir baissé, le prix au kilo de la viande bovine avait augmenté plus que prévu depuis le début de la crise de la vache folle, à la mi-octobre 2000.

Selon Mme Nicoli, les enquêtes menées par l’UFC-Que Choisir ces dernières semaines montrent « une hausse allant de 8 et 10% en grandes surfaces et chez les bouchers » par rapport aux prix d’avant la crise.

L’augmentation du prix de la viande est en effet la conséquence d’autres facteurs : notamment le renchérissement du coût de la nourriture pour les animaux (après l’interdiction des farines carnées et leur remplacement par des protéines végétales plus onéreuses), et un report de la consommation vers certaines catégories de viandes dont les cours augmentent, comme le veau

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Vaches et bio-diversité : http://vimeo.com/5629970